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Dell Curry et Charlotte, une improbable histoire d’amour

NBA – D’abord joueur de la toute première équipe en 1988, puis ambassadeur après sa retraite, avant de devenir commentateur en 2009, Dell Curry incarne mieux que quiconque l’histoire des Hornets. Une longue histoire d’amour, aussi forte qu’improbable.

Dell CurryHonoré cette semaine en grande pompe, entouré de sa famille, de ses petits-enfants et de son fils Stephen, double MVP, Dell Curry a vu son numéro 30 rejoindre le plafond du Spectrum Center de Charlotte. Pourtant, au moment de la naissance de la franchise, en 1988, rien ne le destinait vraiment à entrer dans la légende des Hornets.

Et pourtant, avec près de 12 points de moyenne sur 1 083 matchs en seize saisons NBA, dont 14 points de moyenne sur dix saisons à Charlotte (à 48% au tir et 40% à 3-points), Dell Curry a été l’un des artisans majeurs de la première période faste de la franchise, aux côtés de légendes comme Muggsy Bogues, Alonzo Mourning ou Larry Johnson.

Depuis, le gamin de Virginie s’est enraciné encore davantage dans l’ADN des Hornets. Consultant télé depuis 2009, il occupe toujours ce poste aujourd’hui. Pourtant, après deux premières saisons assez discrètes entre Utah et Cleveland, Dell Curry débarquait à Charlotte dans un territoire inconnu : une ville sans franchise sportive majeure.

« C’était une décision très difficile, entre moi et Craig Ehlo »

« Sachant que j’étais le premier joueur sélectionné lors de la création de la franchise et le dernier de cette première équipe à partir, j’ai tout vu. J’ai vu l’équipe grandir, la ville grandir, la franchise grandir. J’ai été la constante de cette équipe pendant dix saisons, présent chaque année. Les fans apprécient ça », expliquait-il récemment. « Et puis, maintenant que je suis commentateur, cela fait plus de 25 ans que je suis avec cette équipe. C’est tout cela que ça représente, pas seulement ce que j’ai pu faire sur le terrain. »

Dell Curry raconte même qu’au cours de sa première saison, voire de la deuxième, il n’avait presque jamais à payer ses repas en ville, tant les habitants de Charlotte étaient heureux d’avoir enfin une franchise professionnelle. Cette histoire d’amour, qui dure donc depuis plus de 38 ans, est pourtant née d’une décision douloureuse, prise dans un bureau de Cleveland à l’aube de la Draft d’expansion de 1988.

« J’étais un peu déçu de quitter les Cavs, parce que je savais qu’ils allaient devenir une bonne équipe. Brad Daugherty était un bon ami, il y avait Ron Harper, ‘Hot Rod’ Williams, Phil Hubbard, Mark Price, Craig Ehlo… On avait un très bon groupe. Mais je savais aussi que je devais partir pour trouver du temps de jeu et montrer mes qualités. Je me souviens d’une discussion avec Wayne Embry [le GM des Cavs à l’époque], qui m’avait dit que c’était une décision très difficile entre Craig Ehlo et moi pour savoir qui protéger [à l’Expansion Draft]. Mais il pensait que Craig aurait une meilleure chance de défendre sur Jordan. Je lui avais répondu : ‘OK, ça me rassure que ce soit votre décision, parce que je sais que ça ne va pas marcher’. »

Un monstre de régularité

Préféré à Dell Curry pour ses qualités défensives, Craig Ehlo restera malgré lui associé aux exploits de Michael Jordan, notamment à ce tir mythique inscrit au premier tour des playoffs 1989. Dell Curry, lui, mesure la chance qu’il a eue de durer dans une franchise naissante alors qu’il n’était pas une star dans la Grande Ligue.

« Je savais juste que c’était pour moi une vraie opportunité de jouer. Je savais aussi qu’on n’allait pas être très bons au départ, mais, en tant que jeune joueur, je pourrais m’exprimer et trouver ma place dans la ligue », nous racontait-il quelques années en arrière. « Rester aussi longtemps dans la même franchise sans être une superstar, c’était quelque chose de rare à l’époque. Quand on n’est ni Michael Jordan, ni Larry Bird, ni Magic Johnson, passer dix ans dans la même ville, c’était un vrai cadeau. J’ai pu y élever ma famille tranquillement. Ça n’arrive pas souvent, et même aujourd’hui, ça reste rare. »

Modèle de professionnalisme, élu meilleur sixième homme en 1994, Dell Curry s’est imposé comme un monstre de régularité tout au long de ses seize saisons en NBA. En 1993, pour leur cinquième saison dans la ligue, les Hornets créent la surprise en éliminant les Celtics au premier tour pour leur première apparition en playoffs, avant de tomber en cinq matchs contre les Knicks en demi-finale de conférence.

Portée par le duo intérieur explosif Larry Johnson – Alonzo Mourning, ainsi que par Muggsy Bogues et Kendall Gill sur les lignes arrière, Charlotte était alors l’une des équipes les plus enthousiasmantes du moment.

Toujours dans les rumeurs, jamais transféré

« On avait une bonne équipe. À mon avis, les dirigeants l’ont cassée un ou deux ans trop tôt. Je pense qu’on aurait vraiment pu aller loin en playoffs si on était restés tous ensemble. Mais on avait un bon groupe, un bon vestiaire. C’était un bon mélange de vétérans et de jeunes joueurs. On avait des gars avec un bon QI basket, et ça nous permettait de jouer assez librement. C’était vraiment une très bonne équipe. »

Utilisé presque exclusivement comme joker de luxe, pyromane offensif en sortie de banc, Dell Curry a connu de très belles heures à Charlotte. Mais il a aussi vécu toute sa carrière sur un fil, sans jamais vraiment pouvoir se projeter d’une saison sur l’autre. À cet égard, les Hornets lui ont toujours offert un cadre stable et accueillant, malgré les hauts et les bas de la franchise.

« Oui, j’étais dans les rumeurs de transfert chaque année [rires]. On dit toujours que c’est bon signe, parce que cela veut dire qu’on est demandé. Mais aucune de ces rumeurs n’a débouché sur un transfert. Donc c’était à la fois positif et frustrant. J’étais évoqué pour des équipes de playoffs, mais j’aimais aussi beaucoup mon équipe à Charlotte. Et je suis heureux d’y être resté au final », nous expliquait-il, avant d’ajouter : « Honnêtement, je pense que c’est grâce à ce rôle que je suis resté aussi longtemps dans la ligue. Chaque année, les coaches me mettaient dans cette position de joker en sortie de banc, capable d’apporter l’étincelle. C’est un rôle particulier. En général, tous les joueurs veulent être titulaires, mais ce n’est pas possible. Il faut savoir mettre sa fierté de côté. Je me suis dit que c’était comme ça que je pourrais durer le plus longtemps possible en NBA. J’ai gagné le trophée une fois, j’ai fini deuxième une autre saison. J’aimais beaucoup ce rôle. »

Une séparation difficile, puis un retour presque écrit d’avance

Souvent annoncé sur le départ, jamais transféré, Dell Curry sent pourtant à la fin des années 1990 que son histoire avec Charlotte approche de son terme. Le couperet tombe finalement à l’été 1998, alors même qu’une prolongation semblait encore possible.

« J’avais un contrat de trois ans sur la table pour rester à Charlotte. Mais avant de pouvoir le signer, je me suis blessé au mollet et ils ont retiré leur offre. J’étais très déçu de devoir partir. Le propriétaire a mis ça sur le dos de Dave Cowens [le coach de l’époque], et Cowens sur celui du propriétaire [George Shinn]. »

Petite consolation : il retrouve un an plus tard à Toronto son ami et ancien coéquipier Muggsy Bogues, lui aussi membre de l’équipe originelle des Hornets. Mais le départ de Charlotte reste un crève-cœur.

« Ils m’ont proposé le poste de consultant »

« C’était dur, après dix ans dans la même ville et la même franchise. En plus, j’étais séparé de ma famille (à Milwaukee). Ce fut une année compliquée, et j’étais content qu’elle se termine. Ensuite, je suis allé à Toronto, et là, l’expérience a été très bonne. La ville était formidable et ma famille m’y a rejoint pour mes trois dernières années dans la ligue. J’y ai encore beaucoup d’amis. »

Quand il prend sa retraite en 2002, Dell Curry rentre logiquement à Charlotte. Et le destin ne tarde pas à le rattraper. Comme si, au fond, son histoire avec la franchise ne pouvait jamais vraiment s’arrêter.

« Les Hornets ont déménagé à La Nouvelle-Orléans en 2002, au moment où j’ai pris ma retraite. J’étais à Charlotte, j’entraînais l’équipe de lycée de mon fils et je jouais au golf. Quand les Bobcats ont été créés en 2004, j’ai appelé Ed Tapscott, qui venait d’être nommé président et que je connaissais déjà, car il avait travaillé pour mon agent. Je lui ai proposé de rejoindre la nouvelle franchise, et j’ai été nommé ambassadeur, un rôle que j’occupe encore aujourd’hui. J’ai eu plusieurs fonctions : scout, membre du staff technique… Mais comme coacher ne me plaisait pas vraiment, j’étais prêt à partir. Fred Whitfield m’a alors convaincu de rester. J’étais ambassadeur, et je venais de commenter quelques matchs universitaires. Le consultant de l’époque, Henry Williams, s’apprêtait à devenir pasteur à plein temps. Ils m’ont donc proposé son poste. Après deux matchs à l’extérieur, à Toronto et Chicago, Fred et Rod Higgins [alors GM] sont entrés dans mon bureau — car je faisais encore partie du front office — et ils m’ont demandé si je voulais me lancer pour de bon dans le commentaire. J’ai dit oui, et tout s’est fait naturellement. Steve Martin m’a appris les ficelles du métier, et aujourd’hui je travaille avec Eric Collins, l’un des meilleurs dans son domaine. »

De premier joueur sélectionné par la franchise à voix familière de ses retransmissions à la télévision, Dell Curry aura donc tout traversé à Charlotte. Et sans jamais être une superstar, il est devenu un repère.

Un très joli documentaire

De délicieux highlights d’époque

Dell Curry Pourcentage Rebonds
Saison Equipe MJ Min Tirs 3pts LF Off Def Tot Pd Fte Int Bp Ct Pts
1986-87 UTH 67 10 42.6 28.3 78.9 0.5 0.7 1.2 0.9 1.3 0.4 0.7 0.1 4.9
1987-88 CLE 79 19 45.8 34.6 78.2 0.5 1.6 2.1 1.9 1.6 1.2 1.4 0.3 10.0
1988-89 CHA 48 17 49.1 34.5 87.0 0.5 1.6 2.2 1.0 1.4 0.9 0.9 0.1 11.9
1989-90 CHA 67 28 46.6 35.4 92.3 0.5 2.0 2.5 2.4 2.2 1.5 1.5 0.4 16.0
1990-91 CHA 76 20 47.1 37.2 84.2 0.6 2.0 2.6 2.2 1.6 1.0 1.1 0.3 10.6
1991-92 CHA 77 26 48.6 40.4 83.6 0.7 2.6 3.4 2.3 2.0 1.2 1.7 0.3 15.7
1992-93 CHA 80 26 45.2 40.1 86.6 0.6 2.9 3.6 2.3 1.9 1.1 1.6 0.3 15.3
1993-94 CHA 82 27 45.5 40.2 87.3 0.9 2.3 3.2 2.7 2.0 1.2 1.5 0.3 16.3
1994-95 CHA 69 25 44.1 42.7 85.6 0.6 1.8 2.4 1.6 2.1 0.8 1.4 0.3 13.6
1995-96 CHA 82 29 45.3 40.4 85.4 0.8 2.4 3.2 2.2 2.1 1.3 1.6 0.3 14.5
1996-97 CHA 68 31 45.9 42.6 80.3 0.6 2.5 3.1 1.7 2.2 0.9 1.4 0.2 14.8
1997-98 CHA 52 19 44.7 42.1 78.8 0.5 1.4 1.9 1.3 1.6 0.6 1.0 0.1 9.4
1998-99 MIL 42 21 48.5 47.6 82.4 0.4 1.6 2.0 1.1 1.0 0.9 1.1 0.1 10.1
1999-00 TOR 67 16 42.7 39.3 75.0 0.2 1.3 1.5 1.3 1.0 0.5 0.6 0.1 7.6
2000-01 TOR 71 14 42.4 42.8 84.3 0.2 1.0 1.2 1.1 0.9 0.4 0.6 0.1 6.0
2001-02 TOR 56 16 40.6 34.4 89.2 0.4 1.0 1.5 1.1 0.9 0.4 0.7 0.1 6.4
Total   1083 22 45.7 40.2 84.3 0.6 1.9 2.4 1.8 1.7 0.9 1.2 0.2 11.7

Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.

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Content Editor Emmanuel Laurin

Journaliste à Basket USA depuis 2009, Emmanuel Laurin a été correspondant à Oklahoma City puis à Portland. Il a couvert de nombreux playoffs, Finales NBA, ainsi que la Summer League et le All Star Weekend, sans oublier l'Equipe de France depuis l'Euro 2015. Il a collaboré avec de nombreux magazines, dont Basket Le Mag, Total Basket, Maxi Basket, 5 Majeur ou encore le mag de la FFBB.

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