À quelques heures de défier l’Allemagne pour une place en finale de la Coupe du monde, Jean-Aimé Toupane peut savourer sa principale réussite : avoir convaincu ses joueuses de mettre leur statut personnel de côté.
L’exemple le plus spectaculaire reste évidemment Marine Johannès. Avec 16,5 points de moyenne, l’arrière est l’une des principales armes offensives des Bleues mais continue pourtant de débuter les rencontres sur le banc.
Un choix totalement assumé par le sélectionneur.
« Dès que je suis arrivé en Equipe de France, j’ai dit aux filles qu’il fallait accepter des rôles différents de ceux en club », explique-t-il à L’Équipe. « En sélection, ce sont les douze meilleures joueuses de leur pays alors que dans leur équipe, il n’y a que trois ou quatre fortes leaders. Il faut partager les temps de jeu, les responsabilités. »
« Il faut partager les responsabilités »
Pour Jean-Aimé Toupane, il ne s’agit pas simplement de composer le cinq de départ le plus talentueux possible.
« Cela me permet aussi de faire en sorte de maintenir le niveau de jeu et d’intensité pendant tout le match. Si tu mets tes cinq meilleures joueuses en même temps, un problème de fautes peut vite causer des soucis. »
Voilà pourquoi Marine Johannès sort du banc alors que Janelle Salaün, que jean-Aimé Toupane estime capable d’être « désignée meilleure sixième joueuse aux États-Unis », débute les rencontres. Une organisation qui permet aux Bleues de conserver constamment de la création et du danger offensif sur le parquet, comme elles l’ont encore démontré face à la Chine en quart de finale.
Marine Johannès assure avoir désormais accepté ce fonctionnement. « C’est quelque chose que j’ai accepté, on va dire », confie-t-elle désormais.
Une évolution également remarquée par Rachid Meziane. « Le langage corporel de Marine par rapport à Tokyo est différent : on la sent différente, elle s’exprime de façon plus épanouie. Elle a moins de pression sur les épaules. Et la façon dont elle accepte tout ça est à mettre à son crédit. C’est un signe de grande maturité. »
« C’est la clé de notre réussite »
Et Marine Johannès est loin d’être un cas isolé. Ancienne capitaine avant que Gabby Williams récupère le brassard, Valériane Ayayi accepte elle aussi un rôle davantage tourné vers les tâches de l’ombre.
Même chose pour Carla Leite, pourtant habituée à disposer de beaucoup plus de responsabilités avec Portland. Avant même le début du Mondial, la meneuse expliquait avoir parfaitement intégré cette logique : « Je vais juste faire ce que le coach me demande. S’il me demande de davantage scorer, je scorerai. Pareil s’il me demande de davantage passer la balle. Je ferai tout ce qui est nécessaire pour aider au mieux l’équipe. »
Une adhésion collective dont Jean-Aimé Toupane mesure aujourd’hui l’importance.
« Je suis assez fier que les filles aient confiance dans ce qu’on leur propose. Ça a demandé un temps d’adaptation, toutes n’ont pas compris tout de suite ce qu’on leur demandait. Carla est un autre exemple de joueuse qui domine avec son équipe, qui vient d’arriver et qui se met au service de l’équipe. C’est la clé de notre réussite. »
Une philosophie parfaitement résumée par Dominique Malonga lorsqu’elle évoque Marine Johannès : « Quand elle est comme ça, qu’elle joue juste sans réfléchir, c’est incroyable. C’est ce qui fait sa particularité. Elle est une des raisons de notre succès pour l’instant. »
Et elle illustre surtout la profondeur d’une Equipe de France dont la menace semble pouvoir venir de partout.
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