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Les « Comeback Knicks », ou l’art de partir à point

NBA – Menés dans chaque match de ces Finals, les Knicks ont fini par user les Spurs en laissant passer l’orage avant de reprendre le contrôle. Une fable du lièvre et de la tortue à la sauce basket.

Jalen brunsonLa statistique est vertigineuse : si les matchs de ces Finals 2026 avaient duré 46 minutes, les Spurs l’auraient emporté 4-1. Or, ce sont bien évidemment les Knicks qui sont champions, sur le score de 4-1…

« Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. » Ces Finals ont ainsi ressemblé à une version NBA de la fable de La Fontaine. Sur les courbes d’évolution du score, San Antonio partait presque toujours le premier. Les Spurs ont mené dans les cinq matchs, à chaque fois de plus de 10 points, et même pendant près des trois quarts de la série. Mais à l’arrivée, ce sont les Knicks qui ont coupé la ligne en premier.

Le scénario s’est répété jusqu’à devenir l’histoire de la série. San Antonio démarrait fort, imposait son activité, sa défense et son jeu rapide. New York encaissait, s’ajustait, ralentissait le rythme, puis revenait progressivement. Le Game 4, avec ce retard de 29 points effacé, restera comme le symbole le plus spectaculaire de cette tendance. Mais il n’a même pas été une anomalie. Il a seulement poussé la logique de la série à son extrême.

Victor Wembanyama l’a lui-même résumé après le Game 5 : « Nos séquences de domination étaient absolues. On a dominé pendant la majeure partie de la série. Mais nos erreurs ont été punies si durement qu’on ne peut pas avoir des hauts et des bas comme ça. Les hauts, ça va. Les bas, c’est la raison pour laquelle on a perdu. »

Les Spurs, une équipe de contre

Les Spurs ont longtemps joué comme une équipe de judo. Ils sont excellents pour utiliser l’élan adverse, provoquer les pertes de balle, courir, attaquer une défense qui recule et transformer leur protection du cercle en paniers faciles. À leur meilleur niveau, ils n’ont pas besoin de forcer : ils contrent, accélèrent et punissent.

Mais quand les Knicks ont mieux protégé le ballon, quand le match s’est installé sur demi-terrain et que les possessions sont devenues plus lentes, San Antonio a eu beaucoup plus de mal à imposer son propre rythme. Là où New York pouvait se réfugier derrière Jalen Brunson, les Spurs ont souvent cherché la bonne réponse collective sans toujours trouver le joueur capable de créer une solution simple dans une possession compliquée.

Mitch Johnson n’a donc pas cherché d’excuse. Après le Game 5, l’entraîneur des Spurs a parlé tour à tour « d’exécution », de « rebond », de « détails de fin de match » ou encore de cette incapacité à conserver les avances. « On n’était pas prêts à gagner un titre NBA. La meilleure équipe a gagné. On a fait beaucoup de bonnes choses, et on n’a pas fini le travail. C’est comme ça » a-t-il simplement conclu.

C’est aussi une vieille leçon des playoffs. Même les Warriors de Steve Kerr, référence du jeu en mouvement, avaient fini par ajouter Kevin Durant après l’échec de 2016. Pas parce qu’ils manquaient de talent offensif, mais parce qu’en playoffs, face aux meilleures défenses, il faut parfois un joueur capable de faire la différence sans système. L’ailier expliquait que l’attaque de Golden State « ne fonctionnait que jusqu’à un certain point » et qu’il fallait ensuite « mélanger avec du jeu individuel ».

En fin de playoffs, quand les équipes connaissent absolument par cœur les forces et les tendances adverses, « aucun système » ne suffit à découper une défense de Finals. Il faut des joueurs capables de dépasser le cadre.

Jalen Brunson, le bouton d’urgence

Les Knicks avaient ce joueur. Jalen Brunson n’a pas toujours été propre, ni même adroit sur toute la série, mais il a gardé cette capacité à revenir à ses spots, à contrôler le tempo et à produire quand l’attaque se grippait. À la question de savoir ce que son équipe aurait dû mieux faire face à ses 45 points dans le Game 5, Mitch Johnson n’a pu que répondre, dans un sourire amer : « Le faire marquer moins de points. »

San Antonio n’a pas encore cette sécurité. Le graphique de l’efficacité en isolation sur cette saison 2025/26 l’illustre : les Spurs n’avaient pas de solution naturelle dans ce registre. De’Aaron Fox aurait pu l’incarner, mais sa finale a surtout cristallisé les frustrations. Stephon Castle et Dylan Harper ont déjà montré des éclairs, mais ils apprennent encore. Victor Wembanyama, lui, n’est pas (encore ?) un joueur efficace en isolation et il porte de toute façon trop de choses : la dissuasion, le rebond et l’attention constante de la défense.

À mesure que les matchs se refermaient, l’énergie dépensée en défense semblait aussi lourdement peser sur sa lucidité offensive. Après le Game 4, son coach reconnaissait d’ailleurs qu’il devait mieux l’aider à garder « l’énergie nécessaire pour finir le match aussi fort qu’il doit le faire ».

C’est la prochaine étape des Spurs. Pas en changeant leur identité, mais en y ajoutant une soupape. Leur défense, leur taille et leur jeu rapide les ont déjà menés jusqu’aux Finals. Pour gagner les derniers matchs, il leur faudra un moyen plus stable de survivre aux possessions cassées et aux adversaires qui refusent de leur donner du rythme.

Les Knicks, de leur côté, n’ont pas toujours couru. Ils ont souvent subi, attendu, absorbé. Mais ils sont partis à point.

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Rédacteur de contenu Dimitri Kucharczyk

Tombé amoureux de la balle orange au son de la voix de George Eddy et des arabesques de Penny Hardaway et Hakeem Olajuwon, Dimitri a intégré BasketUSA en 2008, avant d'en devenir rédacteur en chef

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