Cette finale NBA entre Spurs et Knicks vire aussi à la guerre des tribunes (parfois frontale…) entre les fans des deux camps. La nuit prochaine pour un Game 5 vital pour les Spurs, alors que les supporters new-yorkais comptent bien se faire remarquer à nouveau, le public de San Antonio devra rugir plus fort pour faire vibrer la salle.
Avec en première ligne, la section 114 du Frost Bank Center, la plus bruyante de toutes, située à l’arrière de l’un des paniers. C’est ici que les fameux Jackals, ce club de supporters ultras des Spurs fondé par Victor Wembanyama en amont de la saison régulière, ont leurs habitudes et déploient leur énergie.
Une ferveur qui s’annonce indispensable pour tenter de digérer le traumatisme du match 4 à New York et de relever la tête. « On est peut-être à terre, mais pas encore morts. On croit toujours en notre équipe pour faire taire tous les sceptiques. On leur fait confiance. Go Spurs Go ! », s’enthousiasme malgré tout Jennifer Montes, alias « Jackal Jen », jointe par Basket USA.
Professeure à l’université du Texas à San Antonio, la supportrice, née l’année de l’arrivée des Spurs en ville (1973), n’oublie pas que ce noyau de passionnés a déjà fait ses preuves, tant en saison régulière qu’en playoffs. Notamment lors du Game 7 à Oklahoma City, où une poignée d’entre eux avaient pu se rendre. « Les résultats sont là, ils ont fait la différence à l’extérieur lors du Game 7 », avait même salué « Wemby » en personne. Une reconnaissance qui a mis les fans « aux anges ».
Une rencontre inoubliable avec « Wemby »
Le Français avait annoncé en septembre dernier sa volonté de fonder ce club peu commun dans le championnat américain. Son annonce a attiré l’attention de dizaines de fans locaux, curieux de savoir la forme que prendrait ce « kop », plutôt propre aux stades de foot ou à certaines salles de basket européennes.
Le rendez-vous avait été pris un dimanche matin de septembre 2025 pour des auditions devant un Victor Wembanyama assis sur une réplique de trône de glace, un clin d’œil à la légende locale, George « The Iceman » Gervin. « Et il nous parlait comme si c’était les deux minutes les plus incroyables de notre vie », n’oublie pas la supportrice de longue date qui, petite, allait déjà voir l’équipe jouer à l’HemisFair Arena.
Le Français s’est ainsi personnellement impliqué dans le recrutement de ce groupe d’environ 80 personnes (83 aujourd’hui) aux profils très variés, avec des membres âgés d’à peine 10 ans, jusqu’à 70 ans. Principal point commun : une passion plus exacerbée que les autres pour l’équipe locale. Jennifer Montes, qui n’hésite pas à se maquiller un damier (aux couleurs des Spurs donc) sur le visage, se souvient du temps où elle se sentait bien seule à donner de la voix dans sa section.
![]()
Ce temps est désormais révolu dans la « 114 », avec les Jackals, un nom adopté collectivement après avoir été suggéré par Wembanyama, avec cette touche européenne inspirée du coyote, la mascotte de la franchise. Comme l’a décrit ESPN dans un long papier sur eux, l’ensemble est composé de huit capitaines, tous choisis par la vedette locale, qui les avait informés de cet honneur lors d’un appel FaceTime pour les inviter à une réunion au centre d’entraînement des Spurs.
« Wemby » très investi
Nouvelle preuve de l’implication de « Wemby » dans ce projet, celui-ci avait débuté cette rencontre par une présentation PowerPoint détaillant ses objectifs pour le groupe dans l’idée de le structurer au mieux. Sur un tableau blanc, Wembanyama avait listé plusieurs rôles spécifiques pour les capitaines (président, vice-président, meneur de chants, spécialiste des banderoles, directeur des réseaux sociaux, batteur).
Lorsqu’il s’est retrouvé à l’infirmerie entre la mi-novembre et la mi-décembre, le Français a par la suite fait un point d’étape en déjeunant avec eux. « Il était très satisfait, mais il avait quelques suggestions à nous faire. Et c’est là qu’il nous a appris le ‘clap du chacal’ », rapporte « Jackal Jen », sur cette tradition, là encore, très peu commune à la NBA.
« Il voulait apporter cette ambiance européenne, il voulait importer aux États-Unis cette énergie du football européen. C’est exactement ce qu’il a fait », décrivait Aidan Sterling, le président des Jackals pour ESPN. Un esprit incarné par des chants bien connus des supporters outre-Atlantique et déclinés en version française : le « Shalala Lala, merci Wemby » ou le « Qui ne saute pas n’est pas un Spur, un Spur ».
Des Français à la rencontre du groupe
Des chants repris en chœur par Mathieu Delarche et son groupe lors d’une rencontre improvisée avec les Jackals il y a quelques jours. Avec son agence spécialisée Hardwork TRIP, il organise, 10 à 15 fois par an, des voyages vers la Grande Ligue pour les fans. Il a ainsi permis à 12 Français de s’envoler pour San Antonio pour vivre les deux premiers matchs des finales NBA face aux Knicks.
Une expérience inoubliable pour ces fans, malgré les deux défaites des Spurs, du fait des rencontres sur place et du « timing fou » et ultra serré qui s’est imposé. Le voyagiste s’était positionné pour l’obtention de ces 12 places à San Antonio dès le succès lors du Game 1 des Spurs à OKC, en finale de conférence. Un pari risqué, mais gagnant.
Soulignant la cote de popularité des Français sur place (« Beaucoup de gens ont voulu prendre des photos avec nous »), Mathieu Delarche, qui a pu chanter une Marseillaise avec son groupe devant « Wemby » lors d’un entraînement, décrit les Jackals comme des fans « hyper dévoués, hyper gentils, costumés de malade, l’un en chacal, un autre en alien… ».
Et les fans « lambdas » locaux des Spurs, leur rapport au kop local ? « Ils sont très enthousiastes, ils viennent dans notre section pour prendre des photos avec nous, montrer leur ferveur et chanter avec nous. Parfois, quand tous les Jackals ne peuvent pas venir, nous invitons des fans à devenir des Jackals honoraires pour occuper les places vides », décrit Jennifer Montes, dont l’équipe répète régulièrement, ses membres ayant appris à ménager leur voix « en criant depuis le diaphragme et non depuis la gorge ».
999 dollars à l’année
Une organisation qui demande un investissement total, mais aussi financier avec des frais d’adhésion au kop, payables en plusieurs fois, à 999 dollars, comme annoncé pour la saison régulière, qui comprend les billets des fans et le parking. « Un défi financier » qui a pu en freiner certains. « Pour les playoffs, on doit payer par tour, et le prix augmente à chaque fois, mais on paye tout de même un tarif considérablement réduit par rapport au prix normal. L’organisation des Spurs nous a donc vraiment aidés sur ce coup-là. »
À ce stade de la compétition, le défi actuel est ailleurs : faire face aux fans des Knicks en tribunes. « C’est sans aucun doute notre expérience la plus difficile, en particulier à cause du fait qu’ils viennent en nombre pour montrer leur force. Ils tirent une certaine fierté à essayer d’entrer dans nos têtes, on a donc appris à ne pas écouter et à rester concentrés sur ce qu’on fait, sans se laisser distraire. On essaie de ne pas entrer dans leur jeu, ni de nous lancer dans des joutes verbales avec eux », poursuit la supportrice.
Cette cohabitation parfois rugueuse n’entache en rien l’optimisme des Jackals pour l’avenir. « Maintenant que les gens ont vu ce qu’on représente et ce que cela coûte, je pense qu’il y aura beaucoup plus de monde qui voudra faire partie de l’aventure l’année prochaine. On a hâte d’agrandir notre groupe la saison prochaine », termine « Jackal Jen » qui espère voir la troupe doubler ses effectifs.
Suivez toute l'actualité NBA sur la
Suivez nous également sur