C’est l’histoire d’une petite revanche. Michigan est allé au bout de sa superbe saison en décrochant le titre NCAA, face à UConn. Réputés pour leur attaque, les Wolverines ont pourtant fait la différence en défense lors de la finale.
Pourtant, ce ne sont ni Yaxel Lendeborg, ni Morez Johnson Jr, ni Aday Mara, les trois probables premiers tours de la prochaine Draft NBA dans cet effectif, qui ont eu droit aux honneurs individuels. Le titre de Most Outstanding Player est revenu au meneur Elliot Cadeau, meilleur marqueur de la finale avec 19 points, et tellement plus que ça.
« Outstanding », soit « exceptionnel » en français, est un mot bien choisi pour décrire les montagnes russes traversées par le joueur de 21 ans avant d’atteindre cette reconnaissance.
Le Suédo-Américain (MVP du Championnat d’Europe U18 Division B en 2022) aurait toutefois bien pu ne jamais repartir avec cette récompense. Junior, Elliot Cadeau disputait pourtant sa première saison à Michigan. Et alors que ses coéquipiers prenaient la route d’Indianapolis en début de semaine dernière, le joueur de 21 ans a de son côté dû retarder son arrivée pour passer deux heures à l’hôpital. Allergique aux noix de cajou, il a été victime d’une crise d’urticaire, avant d’être conduit en voiture jusqu’au Final Four par un membre du staff !
Cette entrée en matière a quelque chose de rocambolesque, mais elle n’est finalement pas grand-chose à côté des nombreuses péripéties qui ont jalonné son parcours.
De l’hôpital au MOP, la folle semaine d’Elliot Cadeau
Le meneur faisait partie des lycéens les plus suivis à son poste lors de son arrivée à North Carolina en 2023. Mais ses deux saisons chez les Tar Heels ont été particulièrement pénibles.
« Cela vaut tout l’or du monde pour moi », a-t-il réagi après la rencontre. « Je suis tellement fier de moi-même, fier du chemin parcouru. L’année dernière, j’étais vraiment déçu de moi, beaucoup de gens ont douté de moi. Et je suis vraiment fier de pouvoir dire que j’ai été le meilleur joueur tout en remportant le titre national. »
Ce qui ressemblait à une très belle prise pour North Carolina s’est transformé en divorce inévitable deux ans plus tard. Étiqueté comme peu fiable à Chapel Hill, Elliot Cadeau avait été pris en grippe par l’exigeant public des Tar Heels. Pas assez bon shooteur, pas assez sûr dans ses choix… Tous les motifs étaient bons pour le huer.
« Ils ont dit que je n’étais pas à la hauteur », s’est-il lâché dans un live Instagram tourné dans les vestiaires. « De quoi ils parlent, putain ? Ils ont essayé de me faire passer pour un nul, ces idiots. »
Quelques mois après les quolibets, le voilà chef d’orchestre de l’une des attaques les plus impressionnantes du pays, auteur d’un double-double en demi-finale contre Arizona (13 points, 10 passes décisives).
« J’adore les fans, et ce jeu n’existerait pas sans eux, mais beaucoup sont à côté de la plaque », avait estimé l’assistant de Tennessee Gregg Polinsky, dans des propos rapportés par The Athletic. « Il dirige le jeu. Il fait exploser les défenses rien que par la vélocité de ses passes. Et sa vision ? Vous pouvez parler de tous les autres joueurs de Michigan, mais si vous l’enlevez de cette équipe, et je pense que leur coach Dusty May dirait la même chose, il vous manque la cuillère qui mélange la boisson. »
Elliot Cadeau a trouvé dans le jeu en mouvement de Michigan le contexte idéal pour exprimer ses qualités. Et voir ainsi sa moyenne de ballons perdus passer de 3,1 la saison dernière à 2,4 en 2025/26.
« Nous pensions avoir besoin d’un quarterback, d’un passeur sur le parquet en permanence », a expliqué le coach des Wolverines, Dusty May. « Elliot est un savant. Il est brillant. Il a fait de nous de meilleurs entraîneurs, et j’espère que nous l’avons aidé à devenir un meilleur joueur. »
« Sa capacité à contrôler le rythme du match, à créer des tirs pour lui-même comme pour les autres… J’ai un respect et une confiance absolus quand Elliot a le ballon entre les mains », a salué l’arrière Roddy Gayle Jr.
Un double-double en demi-finale, puis meilleur marqueur de la finale
Utilisé à son véritable potentiel, Elliot Cadeau a trouvé à Michigan l’endroit idéal pour s’épanouir en tant que joueur, mais aussi en tant qu’homme. Sa relation avec Dusty May s’est nouée dès le parking de l’université, lorsque le coach est venu aider son jeune meneur à décharger ses meubles sur le campus.
Mis en confiance, le meneur a affiché un tout autre visage, celui d’un joueur capable de sanctionner à longue distance, alors que ce domaine était jusque-là considéré comme sa principale lacune. De 18,7 % lors de sa saison freshman puis 33,7 % comme sophomore, le Wolverine a porté son adresse à 37,6 %. Son seul tir à 3-points réussi lundi soir, à 13 minutes de la fin, a offert à Michigan sa première avance supérieure à dix points.
« J’ai simplement pris un nouveau départ avec un staff qui m’a permis de tirer quand je le voulais, sans arrière-pensée. Je pense que c’est ce qui m’a vraiment aidé à faire grimper mes pourcentages. Je n’ai absolument rien changé à mon tir. C’était uniquement mental, pas technique. Je n’ai jamais été un mauvais shooteur de ma vie. »
Avec la grave blessure du meneur remplaçant L.J. Cason fin février, Michigan n’avait guère d’autre choix que de se reposer encore davantage sur la création et le talent d’Elliot Cadeau. Les Wolverines ne l’ont pas regretté. Et cela pourrait encore durer, puisque le Suédo-Américain a assuré qu’il comptait bien revenir à Ann Arbor.
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