Zach Randolph, de paria à roi de Memphis

NBA – Zach Randolph fête ses 45 ans. Longtemps associé aux excès des « Jail Blazers », l’intérieur a trouvé à Memphis la ville et l’équipe capables de transformer Z-Bo en héros.

Zach RandolphÀ Portland, son départ avait presque été présenté comme une délivrance. Dans ses mémoires, le propriétaire Paul Allen résumera son transfert vers New York avec une brutalité rare : « Nous avons mis fin à une époque que personne parmi nous ne regretterait. » Le 16 juillet 1981 naissait pourtant celui qui allait devenir, trente ans plus tard, le premier joueur de l’histoire des Grizzlies à voir son maillot retiré.

Entre ces deux images, il y a l’une des plus belles réhabilitations de l’histoire récente de la NBA. Drafté en 19e position en 2001 après une saison à Michigan State, Zach Randolph s’impose progressivement chez les Blazers. Élu « MIP » en 2004 avec 20.1 points et 10.5 rebonds de moyenne, il possède déjà tout ce qui fera sa force, avec un « footwork » rare et une finesse inattendue pour se créer des espaces et déclencher de la main gauche.

Mais son talent est éclipsé par son comportement et les affaires qui entourent les « Jail Blazers ». À New York, puis chez les Clippers, ses statistiques restent solides, sans faire disparaître l’étiquette de joueur individualiste et ingérable. Lorsque Los Angeles l’envoie à Memphis en 2009 contre Quentin Richardson, Zach Randolph le vit comme un nouveau rejet. « Je ne me sentais pas apprécié. J’avais l’impression d’avoir été donné », confiera-t-il.

Le coeur du « Grit & Grind »

Memphis ne lui demande pourtant pas d’effacer ses cicatrices. La ville se reconnaît même en elles. Dans une franchise encore à la recherche de son identité, Z-Bo trouve Marc Gasol, Mike Conley, puis Tony Allen. Un noyau sans superstar, mais rempli de joueurs qui ont quelque chose à prouver.

« Ce qui nous définit, c’est notre cœur. C’est notre Grit & Grind », expliquera Zach Randolph, en référence à cette identité fondée sur la dureté, l’abnégation et le combat. Sur le terrain, il met les mots en application. Dos au panier, il pousse, pivote, feinte, attend que son défenseur quitte le sol puis termine de la main gauche. Pas de vitesse, quasiment pas de détente, mais une science des appuis et du contact qui use les intérieurs adverses.

Le déclic collectif arrive au printemps 2011. Huitième équipe de l’Ouest, les Grizzlies affrontent les Spurs, la meilleure équipe de la conférence. Zach Randolph compile 21.5 points et 9.2 rebonds sur la série, avant de signer 31 points et 11 rebonds lors du Game 6. Il inscrit 17 points dans le dernier quart-temps pour offrir à Memphis la première série de playoffs de son histoire.

Cette performance face aux Spurs change son statut. Memphis pousse ensuite Oklahoma City jusqu’au Game 7, tandis que Z-Bo intègre la All-NBA Third Team. Deux ans plus tard, les Grizzlies atteignent les finales de conférence. Pendant ses huit saisons à Memphis, Zach Randolph participe à sept campagnes de playoffs consécutives et devient le cœur d’une équipe à son image : rugueux, lent, imparfait mais terriblement attachant.

« C’est plus grand que le basket »

Son influence dépasse d’ailleurs rapidement le terrain. L’intérieur règle les factures d’électricité de familles en difficulté, distribue des repas et protège les plus jeunes du vestiaire. « Z-Bo te traitait comme son petit frère. Tu pouvais l’appeler à n’importe quel moment », se souvient Ish Smith.

Avec Marc Gasol, le lien est indissociable du succès des Grizzlies. « C’est mon frère. C’est plus grand que le basket », dira-t-il à propos de l’Espagnol. Leur complémentarité technique est évidente, mais leur proximité symbolise surtout cette équipe : des parcours, des caractères et des cultures différents réunis par une loyauté absolue.

Parti à Sacramento en 2017, où il prouve qu’il peut encore prendre feu à 36 ans, Z-Bo n’a plus jamais retrouvé ailleurs ce qu’il avait construit à Memphis.

Lorsqu’il annonce sa retraite en 2019, il écrit : « J’ai tout donné à ce jeu, et il m’a rendu davantage. » Deux ans plus tard, son numéro 50 monte au plafond du FedExForum, une première dans l’histoire de la franchise.

« À Memphis, j’ai enfin trouvé la dernière pièce du puzzle. Tout s’est assemblé », dira d’ailleurs l’ancien indésirable. Zach Randolph n’était peut-être pas né dans le Tennessee, mais aucune autre ville n’aurait pu fabriquer Z-Bo.

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Rédacteur de contenu Dimitri Kucharczyk

Tombé amoureux de la balle orange au son de la voix de George Eddy et des arabesques de Penny Hardaway et Hakeem Olajuwon, Dimitri a intégré BasketUSA en 2008, avant d'en devenir rédacteur en chef

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