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Manu Ginobili et l’esprit de compétition : « Quand tu es obsédé, tu penses toujours au lendemain »

La légende des Spurs a confié avoir longtemps été poussé par l’envie de se dépasser et de dominer, au point de ne commencer à apprécier pleinement sa vie de basketteur… qu’à partir de 37 ans.

« Ce n’est pas que je me compare à Kobe, mais Kobe était cent fois pire que moi. » Bienvenue dans le monde des ultra-compétiteurs. Un univers où le talent, combiné à un esprit de compétition hors normes, façonne l’élite du basket mondial. Comme Kobe Bryant, Manu Ginobili a fait partie de ces joueurs qui n’ont cessé de repousser leurs limites, mus par la volonté d’être toujours plus forts, toujours plus constants dans l’excellence.

Un tel mode de vie est toutefois loin d’être de tout repos. Il se paie au prix de nombreux sacrifices et exige un mental d’acier. Pour devenir le meilleur parmi les meilleurs, chaque détail compte.

Manu Ginobili l’a rappelé en évoquant l’importance de la préparation physique, essentielle pour rester au plus haut niveau après 35 ans. Mais la légende argentine s’est aussi confiée sur l’aspect mental de cette quête de perfection, reconnaissant, avec le recul, qu’elle l’a empêché de savourer ses exploits à leur juste valeur… jusqu’à ses 37 ans.

« J’ai commencé à accepter le temps qui passe. Au début, je refusais de l’accepter, je voulais rester le même qu’avant. Je crois que les Finals perdues en 2013 ont été un moment très important dans ma carrière, pour le meilleur comme pour le pire. Ça m’a fait comprendre beaucoup de choses. J’ai commencé à prendre du recul, à me dire que j’avais déjà 35 ou 36 ans, et que, quand je regardais autour de moi, il ne restait plus beaucoup de joueurs de mon âge. Je me suis dit que je devais forcément faire quelque chose de bien pour être encore là », a-t-il révélé.

« Bien sûr, je traversais un moment difficile parce que je venais de perdre une finale et que je jouais mal. Mais jusque-là, je n’arrivais pas à prendre du recul sur moi-même, à cause de mon esprit de compétition, de mon obsession de jouer, de gagner, de me comparer au gars que j’avais en face de moi. Et à ce moment-là, j’ai commencé à relâcher la pression, à me faire davantage confiance. Je me disais : ‘J’ai 37 ans, je joue pour l’une des meilleures équipes du monde, aux côtés de joueurs qui me respectent, dans une ville où on m’adore. Tout va bien… Comment pourrais-je passer un mauvais moment simplement parce que j’ai mal joué pendant ces Finals ?’ »

De l’enfer de 2013 au paradis de 2014

Pour rappel, en 2012/13, San Antonio a atteint les NBA Finals après avoir signé le troisième meilleur bilan de la ligue en saison régulière (58-24), derrière Oklahoma City et Miami. En playoffs, les Texans ont sweepé les Lakers au premier tour, battu les Warriors 4-2, puis balayé Memphis en finale de conférence, alors que les Grizzlies venaient d’éliminer le Thunder. Tout cela pour atteindre les Finals, où le Heat a finalement eu le dernier mot dans les ultimes instants du Game 7, au terme de l’une des séries les plus passionnantes de l’histoire de la NBA.

Même s’il ne réalise pas sa meilleure campagne, Manu Ginobili reste alors le quatrième meilleur marqueur et le deuxième meilleur passeur des Spurs en playoffs. Son équipe échoue à une marche du titre. Il aura donc fallu aller jusque-là pour que « El Manu » parvienne à cette prise de conscience. Cet ajustement mental lui sera bénéfique, notamment pour rebondir lors de la saison 2013/14, l’une des plus accomplies de l’histoire de la franchise texane. Et pour enfin apprécier ce qu’il avait réussi en quinze ans de carrière au plus haut niveau, en Italie puis en NBA.

« Après ces Finals, il y a eu comme une transition dans ma tête. J’ai commencé à me dire : ‘OK, j’ai fait tout ce que j’avais à faire, et même bien mieux. Je vais consacrer le reste de ma carrière à profiter.’ Et après le titre de 2014, jusqu’en 2018, j’ai vécu de meilleurs moments que pendant mon année rookie ou ma saison 2004-2005. Parce qu’enfin, j’étais calme. Je vivais dans le présent », a-t-il ajouté.

« Quand tu es obsédé, tu penses toujours au lendemain, à la façon dont tu vas gagner. Et si tu gagnes, tu penses déjà au prochain match, aux prochains playoffs. C’est là que je me suis dit : ça suffit. La seule chose que je peux contrôler, c’est aujourd’hui, alors je vais en profiter. Et si je perds, on verra bien ce qui nous attend demain. »

Trouver le compromis entre ambition et satisfaction : l’histoire d’une carrière

Un an plus tard, San Antonio remportait donc son dernier titre, et Manu Ginobili a marché sur l’eau pendant les Finals face à Miami. Avec le temps, sa vision de l’excellence et de l’approche mentale a évolué dans le bon sens. Mais auparavant, il s’était imposé une forme de torture mentale pour se pousser sans cesse à se dépasser.

« Je pense que ça te pousse à donner un peu plus que ce que tu donnerais sans cet état d’esprit, sans ce côté perpétuellement insatisfait. J’ai l’impression que la nouvelle génération insiste davantage sur le fait de profiter du moment, d’être plus calme, plus en paix avec soi-même. Mais il existe encore des gens ‘malades’ comme moi, et j’en connais quelques-uns. Quand j’étais gamin, je m’insultais devant le miroir. Je me disais : ‘Tu es idiot, tu es un âne ! Où est-ce que tu crois aller jouer ? Est-ce que tu veux vraiment jouer pour l’équipe nationale ?’ Je me maltraitais. »

« J’avais un poster grandeur nature de Michael Jordan dans ma chambre — et il y est toujours — auquel je parlais. Je ne sais plus exactement ce que je lui disais, mais je m’en servais comme source d’ambition, comme moteur pour rêver plus grand. Mais en même temps, je m’auto-flagellais, en me demandant ce que j’allais devenir parce que je n’avais pas réussi à battre telle ou telle équipe. Et ça a continué après Bahía Blanca, avec la sélection notamment. Quand j’étais plus jeune, j’avais tendance à avoir ce genre de comportement d’auto-flagellation. »

Parmi les grands champions ayant traversé ce cheminement, on peut penser à son compatriote Lionel Messi, longtemps guidé par l’obsession de remporter la Coupe du monde avant de pouvoir savourer pleinement l’ampleur de sa carrière et assumer définitivement son statut d’héritier de Diego Maradona. Dans un registre proche, Pelé avait lui aussi confié n’avoir pas ressenti de joie après ses plus grands succès, mais surtout du soulagement.

« Je ne connaissais pas la citation de Pelé, mais ça m’est arrivé très souvent. D’être sacré champion et de ressentir davantage du soulagement que du bonheur. De me dire : ‘Merci mon Dieu’, puis de passer très vite à autre chose. J’aurais pu profiter davantage de ces moments si j’avais commencé à lire et à me préparer à ça un peu plus tôt. Je pense que j’aurais alors pu baisser ma garde et apprécier tout cela bien avant, peut-être dès 22 ans. En tout cas, je n’aurais peut-être pas eu à attendre 37 ans. »

« D’un autre côté, certains athlètes vont aussi très loin avec ce genre d’obsessions, ce qui les empêche d’apprécier le moment présent. Parce qu’ils ont toujours cette envie de se dépasser : ‘Je suis arrivé ici, maintenant je veux aller jusque-là.’ C’est exactement ce qui m’est arrivé. Quand je jouais dans le championnat argentin, je me comparais à mes coéquipiers. L’année suivante, j’étais déjà en Italie, et là aussi je me comparais à ce qui se faisait de mieux là-bas, puis aux meilleurs joueurs d’EuroLeague. Et quand je suis arrivé en NBA, je voulais jouer comme Kobe ! Tu ne peux jamais trouver la paix intérieure si tu ne prends pas le temps de te dire : ‘C’est déjà incroyable d’en être arrivé là.’ C’est simplement comme ça qu’on est faits » conclut-il, désormais enfin apaisé.

Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.

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Journaliste Romain Davesne

« All-Around Player » : rédacteur complet par excellence, capable d'évoluer à plusieurs postes (NBA, Sneakers, Jeux Vidéo...) grâce à une large palette technique !

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