Austin Reaves n’a pas le CV classique d’une future deuxième option dans une équipe ambitieuse. Non drafté en 2021, issu de Newark, une petite ville d’Arkansas, passé par deux universités avant de vraiment éclore, l’arrière des Lakers s’est pourtant installé, saison après saison, comme un joueur qui compte vraiment.
Aujourd’hui, il réalise la campagne la plus aboutie de sa carrière et s’est durablement fait une place dans la hiérarchie offensive de Los Angeles. Un statut qu’il n’a pas arraché par hasard.
« Depuis tout petit, j’ai une confiance irrationnelle en mes capacités », raconte-t-il dans le podcast Mind the Game. « Dans ma ville, on pêche, on chasse, on fait tous les trucs qu’on fait à la campagne. Je devais avoir 9 ans, une amie de ma mère me demandait ce que je voulais faire plus tard dans la vie, pour discuter pendant une chasse, et j’ai répondu que je voulais jouer en NBA. Tu es sûr que tu ne veux pas dire la MLB ? Non, en NBA. »
Une confiance forgée très tôt
Il faut dire que chez les Reaves, le basket est une affaire de famille. Ses deux parents ont joué à Arkansas State, où ils se sont rencontrés, et son grand frère Spencer est lui aussi devenu professionnel.
« À la maison, mon grand frère me battait tout le temps, à tous les jeux. Au basket bien sûr, mais aux cartes, aux jeux vidéo, à tout. Mes parents aussi. Personne ne me laissait gagner. J’ai attendu mes 12 ans pour battre mon frère au basket. Il me laissait tirer de loin, en pensant que je n’allais pas en mettre assez. Mais j’ai eu la main chaude et je l’ai battu. J’ai couru dans la maison, j’étais comme un fou, mon frère rageait, une sacrée scène. »
Passé d’abord par Wichita State où il a réalisé deux saisons anonymes, puis par Oklahoma où il a percé avec une saison senior à 18 points, 5 rebonds, 5 passes, Austin Reaves s’est longtemps battu pour faire taire les nombreux critiques. Et effacer des préjugés à la peau dure, mais erronés sur son profil physique.
« Je me suis souvent dit que j’étais trop faible, que je devais me renforcer, devenir plus rapide, plus athlétique. Mais j’ai aussi appris que si tu penses le jeu, tu peux arriver à limiter tes carences physiques. »
Le pari de la Draft 2021
C’est notamment ce qui a motivé la stratégie audacieuse de son camp au moment de la Draft 2021. Sollicité par les Pistons en milieu de second tour, Austin Reaves a finalement préféré un « two-way contract » avec les Lakers.
Un choix payant car bientôt transformé en contrat véritable (dès le 27 septembre, soit un mois et demi après sa première signature). Ayant misé sur sa progression et son travail individuel, il peut même prétendre à décrocher le gros lot l’été prochain avec possiblement jusqu’à 50 millions de dollars par saison !
« Mes agents ont mis un plan en place pour la Draft. On savait que les Lakers avaient une place en ‘two-way’, donc, quand Detroit est venu vers moi pour me sélectionner en 42e choix, on s’en est tenu à notre plan. Ce n’était pas évident du tout, parce que c’est le rêve de n’importe quel gamin d’entendre son nom appeler le soir de la Draft, et je voulais ça aussi ! Ça m’a saoulé de ne pas être appelé ce soir-là, mais se mettre dans la meilleure situation possible pour percer en NBA était encore plus important, donc on s’est tenu à notre plan. »
Cette stratégie avait été pensée intelligemment en amont, avec une liste d’équipes qui correspondaient au mieux aux qualités atypiques du « combo guard ». Depuis, Austin Reaves sort tout simplement de cinq saisons consécutives en progrès constants, passé de 7 à 24 points au gré d’une courbe remarquablement régulière.
« Avant la Draft, les gars qui font des stats avancées [dans notre agence] avaient établi un classement des équipes qui étaient le plus adaptées à mon jeu. Les Lakers étaient premiers, les Bucks deuxièmes, et il y avait une troisième équipe, que j’ai oubliée. Les Lakers étaient premiers parce qu’ils n’avaient que cinq ou six joueurs sous contrat et qu’il y avait vraiment la place d’aller gratter un contrat pour le 13e spot dans le roster. Et puis, avec mon QI basket, qui est une de mes qualités, je me disais que j’allais pouvoir entrebailler la porte. »
Signé pour son premier gros contrat, 54 millions de dollars sur quatre ans, à l’été 2023, Austin Reaves a prouvé sa valeur, se montrant non seulement de plus en plus scoreur et organisateur, mais aussi clutch. Comme face aux Wolves en octobre dernier, avec 28 points et 16 passes – record en carrière égalé. Plus le tir de la gagne.
« Je me souviens du match en début d’année à Minnesota. On avait vraiment dominé la deuxième mi-temps, notamment le troisième quart. Alors même qu’on avait un cinq qui n’avait jamais joué ensemble, encore moins terminé un match ensemble. Ils nous ont sorti une défense de zone, et les choses se sont corsées pour nous. Ils ont repris l’avantage et on a pris temps mort. Je me souviens revenir sur le banc, JJ est en train de dessiner un système, on rentre en jeu avec 20 secondes sur l’horloge. Je me disais : ‘Mince, on va vraiment avoir l’air con si on perd ce match !’ Mais je vais le gagner ! Et c’est ce qui s’est passé en fin de compte. Il s’agit juste de croire en soi, de rester positif malgré le chaos, de rester équilibré mentalement. C’est un truc que j’ai toujours réussi à faire. »
Le sang-froid comme signature
Dès sa saison rookie, Austin Reaves avait montré son aptitude à être clutch, notamment lors d’une fin de match aux couteaux face à Dallas, quand il disait au banc texan : « Normalement, je ne vais pas toucher la balle. Mais, si elle me tombe dans les mains, je vous garantis que ça va finir dedans ! »
Résultat : un 3-points sous les yeux d’un certain Luka Doncic, son futur coéquipier du côté de Los Angeles !
Shooteur pur, comme son frangin, et excellent manieur de ballon, passé expert dans la lecture du jeu, Austin Reaves a développé son arsenal offensif. Steve Nash n’a pas pu se retenir de souligner ainsi son usage particulier du dribble dans le dos, que ce soit pour temporiser, mais aussi et surtout pour mystifier ses adversaires directs.
« En général, les gars aiment bien le faire quand ils ont leurs deux appuis au sol. Personnellement, j’aime bien aussi le faire quand je suis en mouvement et sur un seul appui, » analyse-t-il ainsi. « Dès mes premières saisons, je me souviens de mes sessions d’entraînement avec Phil Handy [assistant coach des Lakers entre 2019 et 2024], on bossait beaucoup dessus. Il me disait que j’étais un des rares gars capables de changer de direction sur un pied, aussi rapidement. Il avait bossé avec Kyrie aussi sur ça. J’ai essayé de développer cette capacité. »
| Austin Reaves | Pourcentage | Rebonds | |||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Saison | Equipe | MJ | Min | Tirs | 3pts | LF | Off | Def | Tot | Pd | Fte | Int | Bp | Ct | Pts |
| 2021-22 | LAL | 61 | 23:15 | 45.9 | 31.7 | 83.9 | 0.7 | 2.4 | 3.2 | 1.8 | 1.4 | 0.5 | 0.7 | 0.3 | 7.3 |
| 2022-23 | LAL | 64 | 28:48 | 52.9 | 39.8 | 86.4 | 0.5 | 2.5 | 3.0 | 3.4 | 1.7 | 0.5 | 1.5 | 0.3 | 13.0 |
| 2023-24 | LAL | 82 | 32:04 | 48.6 | 36.7 | 85.3 | 0.7 | 3.6 | 4.3 | 5.5 | 1.9 | 0.8 | 2.1 | 0.3 | 15.9 |
| 2024-25 | LAL | 73 | 34:56 | 46.0 | 37.7 | 87.7 | 0.8 | 3.7 | 4.5 | 5.8 | 2.1 | 1.1 | 2.4 | 0.3 | 20.2 |
| 2025-26 | LAL | 48 | 34:49 | 49.3 | 36.5 | 86.6 | 0.6 | 4.1 | 4.7 | 5.5 | 2.2 | 1.1 | 2.9 | 0.4 | 23.6 |
Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.
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