Plutôt que de continuer à subir la multiplication des départs de jeunes Français vers la NCAA, la Ligue Nationale de Basket a décidé d’ouvrir le dialogue avec le basket universitaire américain.
En marge de la Summer League, son directeur général Fabrice Jouhaud et deux salariés de la Ligue ont ainsi organisé à Las Vegas une première réunion de travail avec des entraîneurs universitaires, des agents, des scouts NCAA et NBA, ainsi que des représentants et des « General Managers » de plusieurs facultés.
Aucun accord n’a encore été conclu, mais la LNB souhaite désormais transformer ces premiers échanges en un protocole commun. Une initiative saluée par Jonathan Givony, qui y voit une première étape importante afin de construire une migration internationale plus durable.
Pour Philippe Ausseur, le président de la LNB, l’immobilisme n’était de toute façon plus une option.
« Ne rien faire ou ne pas dialoguer, c’est subir. Et donc, à terme, périr en termes de protection de notre formation. On ne pouvait pas rester les bras ballants. Le premier objectif était d’échanger pour comprendre d’un côté, expliquer de l’autre, et arriver à proposer un modèle gagnant-gagnant. S’ignorer ne sert à rien. »
Une puissance financière « incomparable »
L’attractivité sportive et universitaire des États-Unis n’est pas nouvelle, mais les revenus du NIL, puis la validation en juin 2025 de l’accord House v. NCAA, qui a ouvert la voie au partage direct des revenus entre les universités et leurs athlètes, ont changé l’échelle du problème.
« La NCAA, à travers le NIL, est devenue quasiment une ligue professionnelle, avec tous ses atouts », constate Philippe Ausseur. « Il y a l’accompagnement universitaire, les études, et une puissance de feu financière incomparable. Aucun club français, et même presque aucun club européen, ne peut rivaliser. »
Le président de la LNB assure que les dirigeants européens ont été débordés par les montants proposés : « Quand on a vu que les universités pourraient distribuer autour de 20 millions de dollars par an à leurs athlètes, cela a complètement changé la donne. Et quand on a vu les contrats proposés aux jeunes joueurs… Il y en a à plus d’un million par an, largement. Même pour un club d’Euroleague, il serait très compliqué de faire ce type de pari. »
Une situation qui avait poussé Philippe Ausseur à employer un terme particulièrement fort.
« À l’époque, j’avais parlé d’un pillage. Se faire piller, c’est se faire enlever des ressources sans avoir la moindre contrepartie. L’idée est maintenant de transformer cette menace réelle en opportunité. »
La menace ne concerne d’ailleurs pas seulement la France. Le Real Madrid et le FC Barcelone avaient même envisagé des mesures radicales face aux pertes sportives et financières provoquées par ces départs.
Des « buy-outs » réglés par les universités
La LNB reconnaît qu’il serait illusoire, et juridiquement très difficile, d’empêcher les joueurs de tenter l’aventure américaine. Elle souhaite donc faire de la NCAA un véritable débouché pour les centres de formation français, à condition que ces derniers obtiennent une compensation…
« On ne peut pas tuer ce qui peut s’apparenter à un rêve américain », explique Philippe Ausseur. « Mais les universités doivent comprendre que, si elles se contentent d’aller chercher ces jeunes, le modèle de formation européen sera mis à mal, voire mis par terre. À court terme, elles auront gagné des joueurs. À moyen terme, elles n’en auront plus parce que nos clubs ne continueront pas dans une voie où ils forment sans avoir aucun retour. »
La proposition clé de la LNB consiste à instaurer « un buy-out supporté par les universités, et non par les joueurs ». Les contrats pourraient aussi prévoir une priorité accordée au club formateur si le joueur revient des États-Unis, voire une nouvelle indemnité s’il signe ensuite en NBA, en Euroleague ou dans une autre formation européenne.
« On n’a pas senti d’opposition sur ce principe. Il y a au contraire une reconnaissance de la formation. Avec le pragmatisme américain, s’il y a eu quelque chose de délivré, il faut que le club qui a formé en ait le juste retour. »
À ce stade, il ne s’agit toutefois encore que d’un projet. La Ligue veut désormais élaborer un cadre juridiquement solide, plutôt que de laisser les clubs conclure individuellement des accords privés fragiles. Mais s’il se concrétise, le changement serait majeur : jusqu’à présent, les centres de formation français pouvaient perdre un joueur sans que l’université qui le recrutait ne leur verse directement la moindre indemnité.
« Nous sommes partisans d’un cadre commun et d’un accord tripartite entre les universités, la Ligue et les clubs », précise Philippe Ausseur. « Ce système de buy-out serait finalement assez similaire à ce que fait la NBA, en venant rémunérer la formation délivrée auparavant. »
La démarche rejoint celle de la FIBA, qui souhaite protéger les investissements des clubs formateurs. L’instance internationale avait notamment annoncé son intention de discuter avec la NCAA afin que ces mouvements soient traités comme des transferts internationaux, avec une lettre de sortie et une compensation.
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Un « guichet unique » pour les joueurs et les clubs
Au-delà des compensations financières, la LNB veut se transformer en bureau de liaison entre les centres de formation, les familles et les universités. Un rôle devenu d’autant plus important que les règles d’éligibilité des prospects internationaux évoluent rapidement, qu’il s’agisse de l’âge, des diplômes ou de leur passé dans une structure professionnelle.
La NCAA impose notamment une certification académique et sportive spécifique aux joueurs internationaux, tandis qu’un nouveau modèle d’éligibilité fondé sur l’âge doit progressivement entrer en vigueur.
« On n’est pas à l’abri qu’un prospect se retrouve non éligible alors qu’il est déjà sur le sol américain », avertit Philippe Ausseur. « Il faut que la LNB joue son rôle de collecte d’informations et d’éclaireur. Il ne faut pas que les agents soient les seuls à la manœuvre. Une Ligue qui possède une vision globale doit apporter des retours d’expérience et des connaissances pour que le choix soit fait en pleine connaissance de cause. »
La prochaine étape sera donc la rédaction d’un protocole commun. Deux collaborateurs de la LNB suivent actuellement le dossier, mais Philippe Ausseur souhaite accélérer dès la rentrée.
« Si ce que l’on souhaite se met en place, ce guichet unique ou ce bureau de liaison LNB-NCAA sera formalisé, avec probablement une à deux personnes totalement dédiées à ce suivi. »
Des premiers échanges entre entraîneurs de centres de formation et coaches universitaires ont déjà été engagés. À plus long terme, la Ligue envisage aussi des confrontations entre équipes françaises et américaines afin que les joueurs puissent mesurer les exigences de la NCAA avant de s’engager.
Philippe Ausseur aimerait voir les autres championnats européens, voire la FIBA, rejoindre cette démarche.
Mais la LNB n’entend pas attendre qu’un consensus général se dégage. « Si la Ligue française peut servir de précurseur et être à l’avant-garde, allons-y. Il faut maintenant se prendre en main. L’erreur a été de trop subir le sujet et de ne pas avoir de coordination, ne serait-ce qu’au niveau d’un pays. »
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