Victor Wembanyama et la tradition floue des salutations en Finals

NBA – Après la défaite des Spurs face aux Knicks en Finals, Victor Wembanyama a quitté le parquet sans saluer les champions. Une scène qui fait beaucoup parler, même si aucune règle ne la définit…

Victor WembanyamaÀ 22 ans, Victor Wembanyama connaît déjà trop bien ce moment. Celui où l’adversaire célèbre, où les confettis tombent pour les autres. Rester sur le parquet ? Saluer les vainqueurs ? Ou filer aux vestiaires ?

Après le Game 5 des Finals perdu face aux Knicks, le Français a donc choisi la troisième option et ça fait depuis largement débat. Comme une grande partie des Spurs, il a quitté le terrain sans aller féliciter les nouveaux champions NBA. À l’inverse, Jalen Brunson a rapidement rejoint Mitch Johnson pour lui serrer la main.

« Je suis d’abord allé voir le coach Johnson par respect », a expliqué le MVP des Finals. « C’était instinctif. C’est comme ça que j’ai été élevé. Victoire ou défaite, il faut toujours montrer du respect, quel que soit le résultat. »

Victor Wembanyama a-t-il manqué de respect aux Knicks ? Ou a-t-il simplement réagi comme un joueur dévasté ? La question touche à une tradition floue, car en NBA, il n’existe pas de protocole officiel. Pas de « ligne de salutations » comme en NHL. Juste un usage, plus ou moins suivi selon les époques, les rivalités et les caractères.

Le respect ou la colère ?

Pour Draymond Green, le geste compte. « Ils n’ont pas serré les mains… Ce n’est pas bon », a-t-il réagi, avant d’expliquer ce qu’il attend d’un adversaire battu. « Regarde ton tueur dans les yeux. Si tu quittes le terrain sans me regarder alors que je viens de te battre, je sais que tu m’appartiens pour toujours. »

Jose Alvarado, sacré avec les Knicks, a tenu un discours proche. « Je suis partagé », a-t-il expliqué. « Je suis un compétiteur, mais je regarde aussi mes ennemis dans les yeux. Je leur serre la main. »

Pour le meneur portoricain, le combat s’arrête ainsi au buzzer. « Sur le terrain, on se bat pour quelque chose. Entre les lignes, tout est permis. En dehors, tu serres la main. »

Mais tout le monde ne partage pas cette vision. Robert Horry, sept fois champion NBA, comprend parfaitement ceux qui partent directement. « On venait de perdre. On ne veut pas te parler », a-t-il résumé. « Je ne cherche pas à être ami avec quelqu’un qui vient de me botter le cul. »

« Big Shot Rob » assume même une position très simple : « Je suis d’accord s’ils serrent les mains. Je suis d’accord s’ils ne le font pas. Moi, je ne serre pas les mains après une défaite. Je suis en colère. »

Jay Williams va dans le même sens. « Serrer la main, c’est ce qu’on fait en Little League », a-t-il lancé. « Je ne crois pas que les joueurs NBA doivent serrer les mains. Arrêtons avec ces règles qui n’ont jamais existé. »

Des précédents en Finals

L’histoire des Finals confirme cette absence de règle claire. Les images modernes montrent souvent des gestes de respect entre les leaders. LeBron James est allé saluer les Spurs en 2014, puis les Warriors en 2015 et 2018. Stephen Curry et Kawhi Leonard ont échangé après le titre des Raptors en 2019. Luka Doncic et Jaylen Brown se sont enlacés après le sacre des Celtics en 2024. En 2023, Nikola Jokic avait même pris le temps de serrer la main des joueurs du Heat avant de célébrer pleinement le premier titre des Nuggets.

Mais il serait faux d’affirmer que les finalistes battus saluent toujours les champions. En 2010, après le Game 7 perdu face aux Lakers, les Celtics ne semblent pas avoir salué Kobe Bryant et ses coéquipiers. Les images montrent surtout la célébration de Los Angeles et le départ des joueurs de Boston vers les vestiaires. Impossible, évidemment, de certifier que personne n’a salué personne. Mais le précédent empêche de transformer l’usage en règle absolue.

« Je sais que ce sont les Finales, que c’est le dernier match et tout ça, mais vous traversez tellement de choses. Quand on a perdu, je ne me souviens pas avoir serré des mains en 2010 » a d’ailleurs confirmé Paul Pierce. « Je crois que moi aussi, je suis parti directement, et personne n’a rien dit à ce sujet. Je ne vais pas rester là pendant que les confettis tombent. Je ne vais pas aller les voir en mode : ‘Allez, viens, fais-moi un câlin, check-moi.’ Non. Ils sont dans leur moment, donc moi, je m’en vais. Ce n’était pas un manque de respect. C’était juste : ils sont dans leur moment. Profitez, vivez votre moment, les gars. On se reparlera plus tard. »

Larry Bird l’avait d’ailleurs reconnu pour les années 80, lorsque la rivalité Celtics – Lakers était encore plus directe. « Je ne serrais pas la main quand on perdait contre les Lakers », avait-il expliqué. « Je ne serrais jamais la main. Quand les Lakers et les Celtics jouaient, on ne se serrait pas la main. »

Le cas le plus célèbre reste celui des Pistons en 1991, même s’il ne concerne pas les Finals mais la finale de conférence Est. Battus par les Bulls, Isiah Thomas, Bill Laimbeer et plusieurs joueurs de Detroit avaient quitté le parquet avant même la fin du match, sans saluer Chicago.

Michael Jordan ne l’a jamais oublié. « Deux années de suite, on leur avait serré la main quand ils nous avaient battus », rappelait-il. « C’est ça, le fair-play, même quand ça fait mal. Et ça faisait très mal. »

LeBron James a connu un débat similaire en 2009, après la finale de conférence Est perdue par Cleveland face à Orlando. Lui aussi avait quitté le parquet sans féliciter Dwight Howard et le Magic. « C’est dur pour moi de féliciter quelqu’un après avoir perdu contre lui », avait-il lâché. « Je suis un gagnant. Ce n’est pas être mauvais joueur. »

Wemby face à ses défaites en finale

Victor Wembanyama n’est donc pas le premier joueur à partir sans serrer de mains. Mais son cas attire davantage l’attention parce qu’il est déjà l’un des visages de la NBA.

Mais aussi parce que cette défaite s’ajoute à d’autres. À seulement 22 ans, le Français a déjà perdu six finales : l’Euro U16 2019 face à l’Espagne, le Mondial U19 2021 face aux États-Unis, la finale de Betclic Élite 2023 avec les Mets 92, la finale olympique 2024 avec l’équipe de France, la NBA Cup 2025, puis les Finals 2026 face aux Knicks.

Après la finale du Mondial U19, il avait reconnu que cette défaite lui était restée en travers de la gorge. « Rien que d’y penser, ça me crispe la mâchoire. » Après celle face aux Knicks, il a parlé de « la plus grande leçon » de sa vie.

C’est peut-être pour cela que la séquence a autant marqué. Il ne s’agit pas seulement d’une poignée de main oubliée. Il s’agit d’un jeune joueur qui continue d’apprendre à perdre au plus haut niveau, sous le regard du monde entier.

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Rédacteur de contenu Dimitri Kucharczyk

Tombé amoureux de la balle orange au son de la voix de George Eddy et des arabesques de Penny Hardaway et Hakeem Olajuwon, Dimitri a intégré BasketUSA en 2008, avant d'en devenir rédacteur en chef

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