Il y a les grands matchs, et il y a ceux qui traversent les décennies pour devenir indissociables d’un joueur. Pour Oscar Schmidt, disparu en avril dernier à 68 ans, le 24 septembre 1988 appartient à cette seconde catégorie.
Ce jour-là, aux Jeux olympiques de Séoul, le Brésilien affronte l’Espagne pour le dernier match de la première phase. Depuis le début du tournoi, « Mão Santa » est déjà en fusion : 36 points contre le Canada, 44 face à la Chine, 31 contre les États-Unis puis 39 face à l’Égypte. Mais contre la sélection espagnole, il va encore repousser les limites.
Pendant 40 minutes, Oscar Schmidt arrose de partout. À mi-distance, derrière la ligne à 3-points, en transition ou sur la ligne des lancers-francs. L’ailier brésilien termine ainsi avec 55 points à 17/28 au tir, dont 11/17 à deux points, 6/11 à 3-points et 15/16 aux lancers-francs ! Il ajoute cinq rebonds, quatre passes, trois interceptions et un contre.
« Donnez-moi le ballon »
Une orgie offensive qui résume parfaitement sa conception du basket. « Il n’y avait pas un tir que je n’aimais pas. Je les aimais tous parce que je les avais tous travaillés », expliquera-t-il des années plus tard. « Alors donnez-moi le ballon. Si vous ne voulez pas que je shoote, ne me donnez pas le ballon. »
Oscar Schmidt n’a jamais caché le secret derrière cette confiance presque déraisonnable : la répétition. Des centaines et des centaines de tirs quotidiens.
« Je ne pense pas que les joueurs s’entraînent suffisamment. Si vous vous entraînez assez, vous deviendrez un bon scoreur. Si vous ne vous entraînez pas, vous ne marquerez pas. Si je jouais aujourd’hui, je shooterais de l’extérieur à chaque fois », confiait-il à la FIBA en 2014.
À Séoul, l’Espagne en fait l’expérience pendant toute la rencontre. Problème pour le Brésil : derrière son génie offensif, le reste de l’équipe ne suit pas. Les Espagnols finissent par s’imposer 118-110.
Oscar Schmidt vient d’établir le record de points sur un match du tournoi olympique masculin… dans une défaite.
42,3 points de moyenne sur le tournoi
Le plus fou est que cette soirée n’est finalement qu’un sommet au milieu d’un tournoi totalement hors normes. Deux jours plus tard, le Brésilien inscrit encore 46 points contre l’Union soviétique d’Arvydas Sabonis en quart de finale. Puis 46 contre Porto Rico et 41 contre le Canada lors des matches de classement.
Bilan : 338 points en huit rencontres, soit 42,3 points de moyenne, à 56,9% de réussite au tir, 55,6% derrière la ligne à 3-points et 91,8% aux lancers-francs. Aucun autre joueur du tournoi ne dépasse les 24 points de moyenne…
Un an auparavant, Oscar Schmidt avait déjà traumatisé les États-Unis avec 46 points lors de la finale des Jeux panaméricains d’Indianapolis, remportée par le Brésil. Un match qu’il qualifiera plus tard de « plus grand match de ma vie ». Kobe Bryant racontait avoir grandi en Italie en regardant le Brésilien : « Il était mon Larry Bird. »
Oscar Schmidt, lui, avait justement choisi Larry Bird pour l’accompagner lors de son intronisation au Hall of Fame en 2013. « Mon idole ne court pas, ne saute pas, mais il est meilleur que tout le monde », avait-il notamment lancé en désignant la légende des Celtics.
À Séoul, durant quelques heures, c’est pourtant Oscar Schmidt qui avait semblé meilleur que tout le monde.
Suivez toute l'actualité NBA sur la
Suivez nous également sur