Le projet NBA Europe continue de prendre forme, avec un lancement prévu en 2027 et une formule qui doit comprendre 16 équipes, dont 12 franchises permanentes. Mais pour Jordi Bertomeu, qui a dirigé l’Euroleague pendant plus de vingt ans, les ambitions économiques de la ligue nord-américaine se heurtent déjà à la réalité.
Interrogé dans le cadre des Business Conversations du European Basketball Advisory Group sur les valorisations envisagées pour les futures équipes de NBA Europe, l’Espagnol s’est montré particulièrement sceptique.
« À mon avis, les valorisations au niveau que vous évoquez ne correspondent pas à la réalité du basket en Europe », explique-t-il. « Si c’était réalisable, la première conséquence serait un remplacement presque généralisé des propriétaires actuels des clubs par de nouveaux propriétaires, de nouveaux investisseurs. »
Les propriétaires actuels incapables de suivre ?
Selon Jordi Bertomeu, le problème est simple : très peu d’acteurs actuellement présents dans le basket européen auraient les capacités financières pour entrer dans une compétition valorisant aussi fortement ses franchises.
« Il est évident que les clubs actuels n’ont pas la capacité d’assumer de telles valorisations. Et il reste à voir si les clubs de football sont prêts à réaliser des investissements de ce niveau pour leurs sections basket. »
Une interrogation importante alors que la NBA souhaite notamment s’appuyer sur de grandes métropoles et pourrait tenter d’attirer certaines des plus puissantes institutions sportives européennes.
Même la promesse d’une rentabilité à très long terme ne suffit pas à convaincre l’ancien dirigeant de l’Euroleague.
« Si la réponse est que l’investissement deviendra rentable à très long terme, il faut se rappeler que le sport est très dynamique et que l’industrie sportive évolue également très facilement. Faire des prévisions sur une période aussi longue implique donc énormément d’incertitudes. »
Ces réserves interviennent alors que l’Euroleague observe attentivement l’avancée du projet. Son président Chus Bueno avait d’abord évoqué la possibilité d’un rapprochement entre les deux organisations, avant de prévenir plus récemment que l’Euroleague était prête à affronter frontalement NBA Europe si aucun accord n’était trouvé.
Le précédent britannique
Jordi Bertomeu met également en avant une autre difficulté : disposer de moyens financiers importants et d’une marque mondialement connue ne garantit pas à implanter durablement le basket dans de nouveaux marchés.
L’ancien patron de l’Euroleague rappelle notamment les difficultés rencontrées au Royaume-Uni. La compétition européenne avait en effet elle-même tenté de s’installer à Londres lors de ses premières saisons, sans jamais parvenir à transformer l’essai sur le long terme.
« Le Royaume-Uni est un marché très saturé et nécessite une stratégie spécifique, avec une vision claire à moyen et long terme et un plan d’action et d’investissement permettant de placer l’Euroleague parmi l’offre de divertissement proposée aux Britanniques », poursuit-il.
Jordi Bertomeu reconnaît en revanche les progrès réalisés en France et en Allemagne, tout en estimant que l’Italie n’a plus aujourd’hui le poids qu’elle possédait historiquement dans le basket européen.
Un constat qui résume son principal avertissement à la NBA : pour conquérir l’Europe, sa puissance financière et la force de sa marque ne suffiront peut-être pas. Encore faudra-t-il construire un modèle économique adapté…
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