Il y a les records que l’on poursuit, et ceux que l’on construit presque sans s’en rendre compte. Celui de Ron Boone, qui fête ses 80 ans ce 6 septembre, appartient plutôt à la deuxième catégorie. Pendant treize saisons professionnelles, de 1968 à 1981, l’arrière n’a tout simplement jamais manqué un match de saison régulière !
Soit 1 041 rencontres consécutives, à cheval entre l’ABA et la NBA. Pas une absence en treize ans, malgré les entorses, les coups, un nez cassé ou même une épaule déboîtée. Un record du basket professionnel qui a longtemps tenu avant qu’A.C. Green ne le porte à 1 192 matchs consécutifs. Un record encore inégalé en NBA, et que certains « Iron Men » modernes peuvent seulement contempler de très loin.
Le plus étonnant est que Ron Boone assure que cette assiduité remontait à bien plus loin. Il n’aurait déjà manqué aucun match à l’université et affirme que la série avait commencé dès ses premières années de basket.
Une star de l’ABA avant d’être un « Iron Man »
Son endurance ne doit pourtant pas faire oublier le joueur. Sélectionné seulement au 11e tour de la Draft NBA 1968 par les Phoenix Suns, Ron Boone choisit plutôt les Dallas Chaparrals, en ABA. Pour sa première saison professionnelle, il tourne immédiatement à 18.9 points, 5.1 rebonds et 3.6 passes de moyenne.
Transféré aux Utah Stars en cours de saison 1970/71, il participe quelques mois plus tard au seul titre de l’histoire de la franchise, sous les ordres de Bill Sharman.
Une équipe restée importante dans l’histoire du basket local, au point que le Jazz a ensuite repris le nom « Stars » pour son équipe de G-League.
Ron Boone devient l’un des meilleurs extérieurs de ABA. Il est sélectionné quatre fois au All-Star Game et intègre la All-ABA First Team en 1975, aux côtés de Julius Erving, George McGinnis, Artis Gilmore et Mack Calvin.
Cette saison-là, il signe d’ailleurs sa meilleure campagne avec 25.2 points, 4.8 rebonds et 4.4 passes de moyenne. Lors de la sélection de l’équipe anniversaire de l’ABA dans les années 1990, son nom figure ainsi logiquement parmi les 30 joueurs retenus.
Lorsque l’ABA finit par disparaître et fusionner avec la NBA en 1976, Ron Boone passe dans la Grande Ligue et ne ralentit pas vraiment. Pour sa première campagne avec Kansas City, à 30 ans, il joue les 82 rencontres et compile encore 22.2 points par match. Et surtout, la série continue.
« J’ai eu la chance d’avoir un corps assez solide », expliquait-il en 2021. Avec les années, il reconnaissait être devenu de plus en plus fier de cette longévité, conscient de l’usure provoquée non seulement par les matchs, mais aussi par les entraînements et les déplacements.
Même une épaule déboîtée ne l’arrête pas
Cela ne signifie toutefois pas que Ron Boone était indestructible. Au cours de sa carrière, il doit notamment composer avec une épaule déboîtée et un nez cassé. Mais rien ne parvient à lui faire manquer une rencontre. À l’époque, cette régularité lui vaut naturellement le surnom de « Iron Man ».
Après des passages par Kansas City et Los Angeles, la boucle se referme en octobre 1979 lorsqu’il revient dans l’Utah, cette fois sous le maillot du Jazz, récemment déménagé de La Nouvelle-Orléans.
Et c’est finalement une décision administrative, davantage que son corps, qui met fin à son incroyable série.
Le 26 janvier 1981, Utah doit libérer une place pour réactiver Rickey Green. À 34 ans, après 52 rencontres cette saison-là, Ron Boone est coupé. Le Jazz envisage un temps de le conserver via la liste des blessés, mais le dirigeant Frank Layden refuse d’utiliser un artifice réglementaire pour garder son vétéran.
Ron Boone s’arrête donc à 1 041 matchs disputés sur 1 041 possibles. Une série qui reste aujourd’hui la deuxième plus longue de l’histoire du basket professionnel derrière celle d’A.C. Green. Ses statistiques en carrière témoignent également de sa régularité : 17 437 points, soit 16.8 de moyenne, auxquels s’ajoutent 4.2 rebonds et 3.7 passes.
Plus de quarante-cinq ans après son dernier match, il n’a d’ailleurs jamais vraiment quitté le Jazz puisqu’il est devenu consultant et analyste radio de la franchise.
Juste avant son 80e anniversaire, l’« Iron Man » vient même de recevoir un nouvel hommage. La ville d’Omaha, où il a grandi, a rebaptisé une portion de Pratt Street en « Ron Boone Street ». Une manière d’immortaliser celui dont le compte sur les réseaux sociaux porte un nom qui résume bien sa carrière : « @1041straight ».
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