Pourquoi les franchises NBA n’ont jamais tant changé de mains

Depuis 2020, onze franchises ont changé de propriétaire pour un total de 54,1 milliards de dollars. Une frénésie qui illustre la transformation des clubs NBA en actifs financiers extrêmement recherchés.

Jeanie BussLes Wolves qui changent de propriétaire, les Lakers vendus en 2025 puis de nouveau cet été, sans oublier les Blazers et les Celtics : les transactions s’enchaînent en NBA.

Selon Front Office Sports, la ligue a enregistré 25 changements de contrôle depuis 2010, dont onze depuis 2020, pour une valeur cumulée de 54,1 milliards de dollars. Hornets, Bucks, Lakers et Wolves ont même chacun été vendus deux fois sur cette période.

Pourquoi une telle accélération ? Les raisons diffèrent. Marc Lore veut notamment se concentrer sur Wonder, son entreprise appelée à entrer en Bourse, tandis que la vente des Blazers était prévue par le testament de Paul Allen. Mais la flambée des valorisations crée aussi une tentation évidente. « Le prix élevé rend difficile de ne pas encaisser », résume l’économiste Victor Matheson. La famille Grousbeck a ainsi vendu ses parts des Celtics pour profiter de l’explosion de la valeur du club, malgré un vrai attachement à la franchise.

Des clubs devenus des actifs financiers

L’exemple des Bucks donne la mesure du phénomène. En 2014, Wesley Edens et Marc Lasry avaient acheté la franchise pour 550 millions de dollars. Neuf ans plus tard, la vente des parts de Lasry valorisait Milwaukee à 3,5 milliards. Même vertige à Portland : Paul Allen avait déboursé 70 millions en 1988 avant que les Blazers soient cédés pour 4,25 milliards l’an passé.

Cette inflation change aussi le profil des acheteurs. Là où les franchises étaient souvent acquises par de riches entrepreneurs ayant un lien personnel avec l’équipe, elles attirent désormais des investisseurs qui les regardent comme de simples actifs financiers. « Ils n’aiment pas vraiment l’équipe. Ils aiment les rendements », résume une source du secteur bancaire à Front Office Sports.

Les franchises NBA cumulent en effet plusieurs qualités : elles sont rares, leurs revenus sont récurrents et leurs droits TV sont sécurisés. La ligue a ainsi signé avec Disney, NBCUniversal et Amazon jusqu’en 2035/36.

« Le sport professionnel semble relativement à l’abri des récessions », explique James Adams, du CFA Institute, au Los Angeles Times. Et alors que l’intelligence artificielle bouleverse l’économie, l’avocat Ross Williams rappelle que le sport est plutôt épargné : « Nous ne voulons pas regarder des robots jouer au basket. »

La NBA a ouvert la porte aux fonds

La ligue a accompagné cette évolution. Après le capital-investissement, elle a autorisé les fonds de pension et souverains à entrer au capital de ses franchises. Depuis décembre 2025, un fonds peut investir dans huit équipes différentes, contre cinq auparavant. Il reste limité à 20% d’une franchise, tandis que les investisseurs institutionnels ne peuvent en posséder collectivement plus de 30%.

Ils ne peuvent donc pas contrôler directement un club, mais leur arrivée accompagne des valorisations devenues gigantesques et un cercle d’acheteurs individuels qui se réduit.

La vraie rupture se situe donc moins dans la manière de gérer les franchises que dans le profil de ceux qui les achètent. « Dans le passé, les gens qui voulaient ces équipes et remportaient les enchères étaient des gens qui aimaient l’équipe », explique à Front Office Sports un banquier spécialisé dans les transactions sportives. Désormais, les nouveaux propriétaires viennent davantage de la finance, de la tech ou du capital-investissement et peuvent surtout considérer une franchise NBA comme un moyen de diversifier leur patrimoine.

Avec une différence majeure : il n’y a que 30 franchises NBA, bientôt un peu plus avec l’expansion de la ligue, et elles bénéficient d’un public fidèle ainsi que de revenus audiovisuels sécurisés pour près d’une décennie.

Tant que les valorisations continueront de progresser à ce rythme, les propriétaires historiques auront toujours davantage de raisons de vendre et les investisseurs toujours davantage de raisons d’acheter. La NBA était autrefois un championnat de franchises transmises ou conservées pendant des décennies. Elle est désormais aussi devenue un marché où quelques-uns des actifs sportifs les plus rares au monde s’échangent à coups de milliards.

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Rédacteur de contenu Dimitri Kucharczyk

Tombé amoureux de la balle orange au son de la voix de George Eddy et des arabesques de Penny Hardaway et Hakeem Olajuwon, Dimitri a intégré BasketUSA en 2008, avant d'en devenir rédacteur en chef

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