À première vue, parler d’effort financier, voire de « sacrifice », pour un contrat de 252 millions de dollars semble déplacé. Victor Wembanyama vient ainsi de signer pour cinq saisons supplémentaires avec les Spurs, avec une « player option » sur la dernière année de son nouveau bail.
À partir de 2027/28, le Français gagnera donc en moyenne un peu plus de 50 millions de dollars par saison. Une somme qui place son accord parmi les plus importantes prolongations de contrat rookie de l’histoire de la NBA.
En 2024, Cade Cunningham avait signé pour 224 millions de dollars garantis, avec la possibilité de grimper jusqu’à 269 millions grâce aux bonus liés aux sélections All-NBA. Evan Mobley avait obtenu une structure similaire à Cleveland. Avec la hausse du « salary cap », soit l’enveloppe des salaires, le montant de base de Victor Wembanyama atteint désormais 252 millions de dollars. Mais son contrat aurait pu aller beaucoup plus haut.
De Tony Parker à Victor Wembanyama
À l’échelle du basket français, le changement d’époque est encore plus impressionnant, même si la comparaison ne prend évidemment pas en compte l’inflation ni l’explosion des revenus de la NBA.
En 2004, Tony Parker avait prolongé pour 66 millions de dollars sur six ans avec les Spurs. Un montant alors considérable pour un joueur français.
Douze ans plus tard, Nicolas Batum avait presque doublé cette référence en acceptant les 120 millions de dollars sur cinq ans proposés par Charlotte. Puis Rudy Gobert avait franchi la barre des 200 millions avec sa prolongation de 205 millions sur cinq ans au Jazz.
Victor Wembanyama porte donc désormais le record français à 252 millions de dollars. Mais l’élément le plus important de son contrat n’est peut-être finalement pas son montant total. C’est le chiffre de 25%.
Environ 51 millions de dollars laissés de côté
En vertu de la convention collective, un joueur possédant moins de sept années d’ancienneté peut normalement commencer un contrat maximum à hauteur de 25% du salary cap. La « Rose Rule » permet toutefois aux meilleurs joueurs de monter jusqu’à 30% à l’issue de leur contrat rookie s’ils remplissent certains critères individuels, notamment une sélection dans une All-NBA Team ou un trophée de MVP ou de défenseur de l’année.
Victor Wembanyama, élu défenseur de l’année et sélectionné dans la All-NBA First Team, pouvait profiter de cette majoration. Les Spurs et son entourage ont ainsi étudié plusieurs structures avant que le Français ne décide de renoncer aux clauses permettant de faire passer son contrat à environ 303 millions de dollars.
D’après les estimations rapportées par le San Antonio Express-News, son salaire devrait débuter autour de 43,5 millions de dollars en 2027/28, au lieu d’environ 52,2 millions avec le maximum à 30 %.
La différence approcherait donc 8,7 millions dès la première saison et 51 millions sur l’ensemble du contrat.
« Famille Spurs, je suis là pour rester. Quoi qu’il en coûte », a écrit le Français au moment de l’annonce. Une phrase qui prend tout son sens avec la structure choisie pour sa prolongation.
Cette décision ne signifie pas que San Antonio disposera soudainement de 51 millions de dollars supplémentaires à dépenser librement. Les Spurs devraient de toute façon évoluer au-dessus du salary cap lorsqu’il faudra prolonger les autres membres de leur jeune noyau. Mais chaque million économisé sur le salaire de leur meilleur joueur peut faciliter le contrat d’un « role player », un transfert ou la gestion des différents seuils de la « luxury tax ».
Le problème des 70% de Brad Stevens
La décision de Victor Wembanyama intervient alors que les dirigeants NBA découvrent encore les conséquences liées aux effectifs dont les ressources sont concentrées sur deux contrats maximums.
Après avoir transféré Jaylen Brown, Brad Stevens a expliqué pourquoi le poids financier du tandem formé avec Jayson Tatum était devenu problématique. Lors du titre de Boston en 2024, les deux joueurs représentaient environ 47% du salary cap de l’équipe. Avec leurs nouveaux contrats, cette proportion devait dépasser 70% !
« Le chemin semblait un peu plus compliqué avec 70% de notre salary cap attachés à deux joueurs », a reconnu le dirigeant des Celtics, interrogé sur sa décision.
Le problème n’était pas simplement le montant de la « luxury tax » à régler par le propriétaire. Avec une telle concentration des salaires, il devenait extrêmement difficile de financer les six ou sept autres joueurs nécessaires à une rotation de playoffs.
Une compilation de CBS Sports permet de mesurer le problème. Sur les quinze derniers champions NBA, un seul a consacré plus de 61% du salary cap à ses deux plus gros salaires : Golden State en 2022, avec 74,5% pour Stephen Curry et Klay Thompson. En excluant cette exception, la moyenne des quatorze autres champions tombe à 53,6 %. Les Celtics de 2024 se situaient dans cette zone, avec 54,1 % du cap pour leurs deux plus gros contrats et seulement 47 % pour le tandem Tatum–Brown. Leur passage à environ 70% changeait donc radicalement l’équation.
| Saison | Champion NBA | Deux plus gros salaires | Part du salary cap |
|---|---|---|---|
| 2025/26 | New York Knicks | Karl-Anthony Towns et OG Anunoby | 59,95% |
| 2024/25 | Oklahoma City Thunder | Shai Gilgeous-Alexander et Isaiah Hartenstein | 46,85% |
| 2023/24 | Boston Celtics | Jrue Holiday et Kristaps Porziņģis | 54,14% |
| 2022/23 | Denver Nuggets | Nikola Jokić et Jamal Murray | 52,79% |
| 2021/22 | Golden State Warriors | Stephen Curry et Klay Thompson | 74,52% |
| 2020/21 | Milwaukee Bucks | Khris Middleton et Giannis Antetokounmpo | 55,50% |
| 2019/20 | Los Angeles Lakers | LeBron James et Anthony Davis | 59,12% |
| 2018/19 | Toronto Raptors | Kyle Lowry et Marc Gasol | 55,78% |
| 2017/18 | Golden State Warriors | Stephen Curry et Kevin Durant | 60,23% |
| 2016/17 | Golden State Warriors | Kevin Durant et Klay Thompson | 45,89% |
| 2015/16 | Cleveland Cavaliers | LeBron James et Kevin Love | 60,95% |
| 2014/15 | Golden State Warriors | David Lee et Andrew Bogut | 44,37% |
| 2013/14 | San Antonio Spurs | Tony Parker et Tim Duncan | 38,96% |
| 2012/13 | Miami Heat | LeBron James et Chris Bosh | 60,56% |
| 2011/12 | Miami Heat | LeBron James et Chris Bosh | 55,20% |
Avec 70% du salary cap consacré à deux joueurs, une équipe peut rapidement se retrouver dépendante de contrats minimums, de jeunes joueurs ou de vétérans acceptant eux aussi une réduction. En se limitant à 25% du gâteau, Victor Wembanyama laisse davantage d’espace pour construire un effectif dense autour de lui.
Le « second apron » change la responsabilité des stars
La nouvelle convention collective a ainsi considérablement renforcé ce problème. Les franchises qui dépassent le « second apron » ne doivent plus seulement payer une facture très élevée : elles perdent également plusieurs outils essentiels pour améliorer, ou conserver, leur effectif.
Ces équipes peuvent notamment perdre l’accès à la « mid-level exception », ne plus pouvoir agréger plusieurs contrats dans un transfert ou récupérer davantage de salaire qu’elles n’en envoient…
Leur liberté d’action sur le marché des transferts est limitée et certains choix de Draft peuvent être gelés, voire repoussés à la fin du premier tour. Le « second apron » fonctionne ainsi de plus en plus comme un « hard cap », même si les franchises conservent techniquement le droit de le dépasser.
Dans ce système, les propriétaires ne sont plus les seuls à devoir faire des choix. Les superstars doivent également déterminer si elles veulent obtenir chaque dollar disponible ou préserver la compétitivité de leur équipe.
Le précédent Jalen Brunson
Jalen Brunson est devenu le symbole de ce nouveau dilemme. En juillet 2024, le meneur avait accepté une prolongation de 156,5 millions de dollars sur quatre ans avec les Knicks.
En attendant une saison supplémentaire, il aurait pu prétendre à 269 millions sur cinq ans. La différence de 113 millions de dollars souvent évoquée doit toutefois être nuancée : Jalen Brunson s’était engagé pour une année de moins et pourra revenir plus rapidement sur le marché afin de récupérer une partie de cet écart.
Son choix avait malgré tout réduit son poids immédiat dans le salary cap et facilité la construction de l’effectif new-yorkais. Deux ans plus tard, les Knicks ont remporté le titre NBA.
Victor Wembanyama n’a pas exactement emprunté le même chemin. Jalen Brunson avait prolongé immédiatement plutôt que d’attendre de devenir éligible à un contrat plus important. Le Français, lui, a renoncé aux clauses qui auraient pu faire passer son salaire de 25 à 30% du salary cap.
Mais le principe reste le même : gagner un peu moins pour offrir davantage de souplesse à sa franchise.
Une évolution qui ne plaît pas au syndicat des joueurs. À Las Vegas, David Kelly, le directeur exécutif de la NBPA, a directement visé le « second apron » et les choix qu’il impose désormais aux stars.
« Le système ne devrait pas demander à un joueur de porter tout ce poids », a-t-il déclaré. « Il ne devrait pas avoir la responsabilité de maintenir une équipe ensemble. »
Pour le syndicat, les nouvelles règles transfèrent une partie de la responsabilité financière des propriétaires vers les joueurs. Ou offrent, au minimum, une excuse idéale aux dirigeants pour demander à leurs stars de revoir leurs ambitions à la baisse…
Dans les pas de Tim Duncan
À San Antonio, le choix de Victor Wembanyama renvoie forcément à celui de Tim Duncan.
À l’été 2012, l’intérieur sortait d’une saison rémunérée 21,2 millions de dollars. Il avait alors accepté un contrat de trois ans et environ 30 millions, avec un salaire ramené à 9,65 millions dès la première année.
Cette baisse avait permis aux Spurs de conserver leur noyau tout en repassant sous la « luxury tax ». Lors de la saison du titre en 2014, Tim Duncan ne touchait que 10,36 millions de dollars, soit moins de 18% du salary cap.
San Antonio pouvait ainsi financer une rotation particulièrement dense autour de Tim Duncan, Tony Parker, Manu Ginobili et Kawhi Leonard. Boris Diaw, Danny Green, Patty Mills, Tiago Splitter ou Marco Belinelli avaient tous un rôle important dans l’équipe qui avait dominé Miami en Finals.
Tim Duncan avait encore consenti un effort en 2015. À 39 ans, il avait accepté un contrat de 10,4 millions de dollars sur deux ans, dont seulement cinq millions pour la première saison, afin d’aider les Spurs à dégager la marge nécessaire à l’arrivée de LaMarcus Aldridge.
La comparaison a évidemment ses limites. Tim Duncan avait déjà remporté quatre titres et approchait de la retraite lorsqu’il avait accepté ses principales réductions de salaire. Victor Wembanyama vient seulement d’avoir 22 ans et négociait le premier grand contrat de sa carrière.
Mais la logique reste proche. Dans une NBA qui pénalise de plus en plus lourdement les effectifs les plus chers, la valeur d’un contrat ne se mesure donc plus uniquement à ce qu’un joueur reçoit. Elle dépend aussi énormément de ce qu’il laisse à son équipe pour l’entourer au mieux. Victor Wembanyama a donc fait sa part. Aux Spurs, désormais, de transformer cette marge de manœuvre en profondeur, puis en titres. Et peut-être en dynastie ?
| Victor Wembanyama | Pourcentage | Rebonds | |||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Saison | Equipe | MJ | Min | Tirs | 3pts | LF | Off | Def | Tot | Pd | Fte | Int | Bp | Ct | Pts |
| 2023-24 | SA | 71 | 29:40 | 46.5 | 32.5 | 79.6 | 2.3 | 8.4 | 10.6 | 3.9 | 2.2 | 1.2 | 3.7 | 3.6 | 21.4 |
| 2024-25 | SA | 46 | 33:12 | 47.6 | 35.2 | 83.6 | 1.8 | 9.2 | 11.0 | 3.7 | 2.3 | 1.1 | 3.2 | 3.8 | 24.3 |
| 2025-26 | SA | 64 | 29:09 | 51.2 | 34.9 | 82.7 | 2.0 | 9.5 | 11.5 | 3.1 | 2.4 | 1.0 | 2.4 | 3.1 | 25.0 |
Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.
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