Acte I : le héros improbable. En 2013, Milwaukee utilise son 15e choix pour récupérer un adolescent grec encore extrêmement frêle, que la plupart des observateurs ne connaissaient pas. Giannis Antetokounmpo arrive en NBA sans hype mais avec des bras interminables, un nom difficile à prononcer et une grosse marge de progression.
La suite sera l’une des plus belles histoires de développement individuel de l’histoire récente de la ligue. Le « Greek Freak » grandit avec les Bucks, et les Bucks grandissent avec lui. D’abord simple curiosité, puis titulaire, puis All-Star, puis MVP, il devient peu à peu l’identité même de la franchise. Milwaukee, longtemps coincé entre le souvenir de Kareem Abdul-Jabbar et l’anonymat des marchés moyens, retrouve une place centrale sur la carte NBA.
En 2020, au moment de prolonger, Giannis Antetokounmpo transforme ce lien en serment public. « J’ai demandé à ma mère si elle voulait déménager ou pas. Elle m’a répondu non, donc j’ai signé le contrat. C’est l’endroit où je veux être. C’est ma maison, ma ville. Je veux représenter Milwaukee », explique-t-il. « Cette ville m’a soutenu, avec ma famille, depuis le premier jour où je suis arrivé au Bradley Center. J’avais 18 ans, j’ai 26 ans maintenant. »
Le pacte de loyauté
À une époque où les superstars bougent beaucoup, le Grec signe un pacte de loyauté avec son club de toujours. Pas par confort, mais par conviction. « Nulle part, il n’y a de garantie de gagner un titre. »
Acte II : l’apogée. En 2021, ce pacte atteint son sommet. Après les échecs face aux Raptors en 2019 puis au Heat dans la bulle, les Bucks auraient pu exploser. Ils vont au bout. Giannis Antetokounmpo gère une blessure au genou qui aurait pu tout gâcher, domine Phoenix et boucle la série par un Game 6 à 50 points, 14 rebonds et 5 contres !
Sur le podium, au milieu du Fiserv Forum, il répète ce qui fait la force de son histoire. « Je veux remercier Milwaukee d’avoir cru en moi. » Et surtout : « Je voulais le faire ici, dans cette ville. Je voulais le faire avec ces gars. » L’histoire est parfaite pour ce gamin des rues d’Athènes parvenu sur le toit de l’Amérique.
Celui qui avait longtemps refusé d’être résumé à ses trophées individuels, en déclarant notamment « Ne m’appelez pas MVP tant que je ne suis pas champion », a désormais les deux. Double MVP, champion mais aussi MVP des Finals. Le héros improbable est devenu roi dans son nouveau pays. Milwaukee tient son épopée grecque, et la franchise obtient ce qu’elle attendait depuis 1971 : une bannière et une légitimité retrouvée.
Problème : dans les tragédies, l’apogée ne marque pas toujours la fin. Là, elle ouvre également le troisième acte.
La fuite en avant des Bucks
Acte III : la chute. Car après le titre, Milwaukee ne parvient pas à retrouver le même équilibre. Giannis Antetokounmpo reste immense, mais son corps et son équipe montrent des signes d’usure. Les échecs en playoffs s’accumulent alors que le Grec ne cache pas ses exigences. Après l’échec de 2023, il pose la menace : « Gagner un titre passe en premier. Je ne veux pas passer vingt ans dans la même équipe sans en gagner un autre. »
Les Bucks entendent le message, mais ils se lancent dans une spirale sophocléenne où tout ce qu’ils feront pour éviter l’issue tragique… semble finir par y mener de façon toujours plus inéluctable. Mike Budenholzer, l’entraîneur du titre, est remercié. Adrian Griffin arrive, puis disparaît après 43 matches malgré un bilan de 30 victoires pour 13 défaites. Doc Rivers débarque en cours de saison.
Entre-temps, Jrue Holiday, pilier défensif du titre, est sacrifié pour attirer Damian Lillard. Sur le papier, Milwaukee frappe très fort. En réalité, la franchise casse une grosse partie de ce qui faisait sa stabilité.
Tout est fait pour montrer à Giannis Antetokounmpo que les Bucks restent ambitieux. Tout finit par renforcer l’idée inverse. Le noyau vieillit. Les marges salariales se réduisent. Les choix de Draft se raréfient. Chaque décision semble pensée pour rassurer le leader à court terme, mais chacune rend la suite un peu plus difficile.
Même si les derniers mois ont été pénibles pour tout le monde dans le Wisconsin, où on parlait même de « Giannis fatigue » tant les rumeurs et les mauvais résultats ont plombé le vestiaire, son transfert à Miami ne ressemble donc pas à une trahison. Plutôt à la dernière scène d’une tragédie grecque : le héros a atteint le sommet, puis il a perdu son royaume en tentant de freiner sa chute. Les Bucks ont tout fait pour garder Giannis Antetokounmpo, jusqu’à prendre des décisions qui ont fini par fragiliser l’édifice construit avec lui.
Mais au moment de faire les comptes, on oubliera ce dernier acte pénible pour se rappeler de la bannière, des deux trophées de MVP, du trophée de MVP des Finals et d’une place que personne ne lui contestera dans l’histoire de Milwaukee. Car l’épopée grecque a tout de même offert aux Bucks leur plus beau chapitre depuis un demi-siècle.
| Giannis Antetokounmpo | Pourcentage | Rebonds | |||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Saison | Equipe | MJ | Min | Tirs | 3pts | LF | Off | Def | Tot | Pd | Fte | Int | Bp | Ct | Pts |
| 2013-14 | MIL | 77 | 24:38 | 41.4 | 34.7 | 68.3 | 1.0 | 3.4 | 4.4 | 1.9 | 2.2 | 0.8 | 1.6 | 0.8 | 6.8 |
| 2014-15 | MIL | 81 | 31:22 | 49.1 | 15.9 | 74.1 | 1.2 | 5.5 | 6.7 | 2.6 | 3.1 | 0.9 | 2.1 | 1.0 | 12.7 |
| 2015-16 | MIL | 80 | 35:17 | 50.6 | 25.7 | 72.4 | 1.4 | 6.2 | 7.7 | 4.3 | 3.2 | 1.2 | 2.6 | 1.4 | 16.9 |
| 2016-17 | MIL | 80 | 36:58 | 52.1 | 27.2 | 77.0 | 1.8 | 7.0 | 8.8 | 5.4 | 3.1 | 1.6 | 2.9 | 1.9 | 22.9 |
| 2017-18 | MIL | 75 | 36:45 | 52.9 | 30.7 | 76.0 | 2.1 | 8.0 | 10.0 | 4.8 | 3.1 | 1.5 | 3.0 | 1.4 | 26.9 |
| 2018-19 | MIL | 72 | 32:45 | 57.8 | 25.6 | 72.9 | 2.2 | 10.3 | 12.5 | 5.9 | 3.2 | 1.3 | 3.7 | 1.5 | 27.7 |
| 2019-20 | MIL | 63 | 30:26 | 55.3 | 30.4 | 63.3 | 2.2 | 11.4 | 13.6 | 5.6 | 3.1 | 1.0 | 3.7 | 1.0 | 29.5 |
| 2020-21 | MIL | 61 | 33:00 | 56.9 | 30.3 | 68.5 | 1.6 | 9.4 | 11.0 | 5.9 | 2.8 | 1.2 | 3.4 | 1.2 | 28.1 |
| 2021-22 | MIL | 67 | 32:54 | 55.3 | 29.3 | 72.2 | 2.0 | 9.6 | 11.6 | 5.8 | 3.2 | 1.1 | 3.3 | 1.4 | 29.9 |
| 2022-23 | MIL | 63 | 32:08 | 55.3 | 27.5 | 64.5 | 2.2 | 9.6 | 11.8 | 5.7 | 3.1 | 0.8 | 3.9 | 0.8 | 31.1 |
| 2023-24 | MIL | 73 | 35:10 | 61.1 | 27.4 | 65.7 | 2.7 | 8.8 | 11.5 | 6.5 | 2.9 | 1.2 | 3.4 | 1.1 | 30.4 |
| 2024-25 | MIL | 67 | 34:10 | 60.1 | 22.2 | 61.7 | 2.2 | 9.7 | 11.9 | 6.5 | 2.3 | 0.9 | 3.1 | 1.2 | 30.4 |
| 2025-26 | MIL | 36 | 28:52 | 62.4 | 33.3 | 65.0 | 2.7 | 7.1 | 9.8 | 5.4 | 2.4 | 0.9 | 3.2 | 0.7 | 27.6 |
Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.
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