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[happy birthday] Rod Strickland, « Toupie » or not to be…

rod-stricklandC’est l’histoire d’un gâchis comme la NBA en a trop souvent connu.

Rod Strickland (45 ans aujourd’hui), l’enfant du Bronx, aurait pu tutoyer les sommets avec New York, l’équipe chère à son cœur. Au lieu de ça, la « Toupie » a écumé la Ligue (9 franchises) et nourri le feu des critiques avec une constance remarquable…

Même les joueurs les plus rapides ne peuvent rattraper le passé. Eté 1994. Rod Strickland, le meneur flashy des Trail Blazers, en est à sa troisième équipe en six saisons NBA. Il travaille à changer de réputation. Forcément, ce genre d’oiseau migrateur au plumage de mercenaire n’a pas bonne presse. Les médias ont plus souvent parlé de lui pour des bagarres et pour son côté mauvais coucheur que pour ses exploits balle en main. Strickland, 1.91 m, a été surnommé « Twirl » (la Toupie) pour sa faculté à tourner en l’air et sa capacité à passer la balle au tout dernier moment. Mais même en tournoyant sur lui-même, Rod n’a pu éviter la malchance et une réputation de « nasty boy ».

« Rod est un incompris, affirme son ex-partenaire Mario Elie qui a grandi avec lui à New York. C’est un mec extra. Il s’est juste trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Je crois qu’il veut effacer cette image et montrer à tout le monde qu’il n’est pas un mauvais garçon. »

Il y a deux personnalités différentes chez Rod Strickland : le joueur parfois égoïste et imbu de sa personne et le fils bien élevé issu d’une famille soudée du South Bronx, qui appelle les siens au moins une fois par semaine. Le problème vient sûrement du fait qu’il a dû s’accommoder de la gloire et des attentes dès son plus jeune âge.

Il emmena la Harry Truman High School de New York au sommet du basket lycéen, à Co-Op City. Il dut ensuite passer une année en Virginie, à la Oak Hill Academy, un établissement qui aide les enfants du ghetto à atteindre un bon niveau scolaire. Puis Strickland rejoignit la fac DePaul où il fut considéré comme l’un des dix meilleurs joueurs du pays. C’est à DePaul qu’il commença à bâtir sa sulfureuse légende. Les quatre participations consécutives des Blue Demons au Final Four NCAA, de 1985 à 1988, n’y changent rien. Il y a ces absences et ces retards à répétition, une mauvaise habitude qu’il conservera pendant son année et demie passée chez les Knicks.

Drafté par New York en 1988 (19e position), Rod ne supporte pas vraiment la concurrence de Mark Jackson, rookie de l’année 1988. Ses coups de gueule et son comportement revêche divisent le groupe. La presse, dubitative dès le départ, s’interroge sur cet attelage incongru et cette cohabitation délicate. Strickland compte quelques partisans dans le locker room mais les résultats de l’équipe entraînent son départ pour San Antonio en février 1990, en échange du vétéran Maurice Cheeks. Les Spurs avaient cruellement besoin d’un meneur. Aussi, Rod est accueilli à bras ouverts.

Avec David Robinson sous le cercle, Terry Cummings, Sean Elliott et Willie Anderson à l’aile, Strickland « n’a plus qu’à » monter le ballon, passer et éviter les écarts hors du terrain. Ce dont il est incapable… On le tient pour responsable de l’élimination en demi-finales de Conférence face à Portland (4-3) pour avoir, dans le Game 7, tenté une no-look pass suicidaire avant de faire faute sur Clyde Drexler. En février 1991, il se fracture la main droite en se battant dans un bar et loupe 21 rencontres. Il reprend sa place en avril mais le mal est fait.

Outsiders pour le titre NBA après une saison à 56 victoires-26 défaites un an plus tôt, les Spurs ne retrouvent pas leur niveau de jeu. Ils seront éliminés par Golden State au 1er tour des playoffs (3-1). A titre personnel, le meneur venu de « Big Apple » n’a pas grand-chose à se reprocher : sur 42 minutes, il a tourné à 18.8 points, 5.3 rebonds, 8.8 passes et 2.25 interceptions…

Durant l’été, Strickland va au clash avec la direction de la franchise texane pour obtenir un nouveau contrat. Il n’accepte de se mettre en tenue qu’après avoir obtenu 1,3 M$ pour l’année et loupe ainsi les 24 premiers matches. Pour ne rien arranger, le New-Yorkais se retrouve au centre d’une sombre histoire d’attentat à la pudeur. Quelles que soient ses perfs sur le terrain, Rod est jugé sur son comportement en dehors. Sportivement, l’issue n’est guère plus heureuse : San Antonio (47-35) est balayé par Phoenix, toujours au 1er tour des playoffs. Strickland manque le troisième match à cause d’un os fracturé dans la main gauche. Free-agent au cours de l’été 1992, il prend la direction de Portland tandis que Vinny Del Negro, actuel coach des Bulls et ancien partenaire de Toni Kukoc au Benetton Trévise, déboule chez les Spurs. Rassuré, le porte-parole de San Antonio définit ainsi le « Rital » (Del Negro est américano-italien) :

« C’est tout le contraire de Rod Strickland »

Portland offre une troisième chance à Rod. Qui s’en prend à la presse, stigmatisant la « fixette » dont il est l’objet.

« Mon problème, c’est que les médias parlent beaucoup plus de ce qui se passe loin des parquets que de mes qualités de joueur. Tout cela fausse la perception que le public a de moi. J’ai changé, croyez-moi. Et pourtant, je reste le même joueur. J’espère que les fans de Portland le remarqueront. »

Les Trail Blazers croient en Strickland. Ils lui ont fait signer un contrat de 6 ans. L’intéressé a accepté de partager son temps de jeu avec le meneur titulaire, Terry Porter. Pour sa première saison dans l’Oregon, il rapporte 13.7 points et 7.1 passes sur 31 minutes. Portland tombe au 1er tour des playoffs contre… San Antonio (3-1). La suivante (en 1993-94), il grimpe à 17.2 points et 9 passes sur 35 minutes. C’est la troisième option offensive derrière Clifford Robinson et Clyde Drexler.

« Rod veut et sait faire tout ce qu’il faut pour gagner, tranche son coach, Rick Adelman. Sa mauvaise image ? Cliff Robinson, notre ailier, était supposé lui aussi être un joueur à problèmes. Personne n’en voulait le jour de la draft et tout le monde nous le déconseillait. Vous avez vu le résultat… C’est pareil pour Rod. J’ai une confiance en lui illimitée. »

Le plus étonnant est encore que Strickland réussisse là où Drazen Petrovic et Danny Ainge avaient plus ou moins échoué. En troisième arrière, il se révèle capable de créer comme de marquer. On pense alors que c’est la pièce qui manquait aux Trail Blazers pour retourner en Finales NBA, deux ans après l’échec contre Chicago…

« Il a le style des grandes villes, analyse Mario Elie. Des accélérations, des feintes, un super dribble et beaucoup de flair quand il part en pénétration. C’est ça, le basket à la new-yorkaise. »

Strickland, qui fut élevé au 17e étage d’un HLM, a un frère et deux sœurs. Malgré un environnement peu recommandable, la famille est toujours restée unie et a su éviter les soucis. Contrairement à ce que pourrait laisser penser son cursus basket, Rod n’est pas infidèle. Au milieu de la décennie 90, Sheryl Browne est sa compagne depuis sept ans. Rien de comparable à son parcours de joueur vagabond, véritable journeyman. A 28 ans, on se dit que Strickland a trouvé, dans la douceur de l’Oregon, tout ce dont il avait besoin : le calme, une vie paisible.

« La NBA a ses avantages et ses inconvénients, commente alors le n°1 des Trail Blazers. On peut y faire beaucoup plus de choses qu’un citoyen normal mais on est aussi sans arrêt surveillé et épié. Ici, je n’ai pas l’impression d’être une bête curieuse comme souvent par le passé. Même les journalistes commencent à me laisser tranquille… C’est vrai que tout ce qu’on pouvait écrire à mon sujet me rendait dingue. Certains écrivaient toutes sortes de trucs sur moi alors qu’ils vivaient à 5 000 km et ne m’avaient jamais rencontré une seule fois ni parlé une seule seconde. Le pire était que mes parents lisaient ces papiers infâmes. Même s’ils connaissaient la vérité, ils étaient blessés. C’était dérangeant. Je crois que tout cela est bien fini, heureusement »

On apprend aussi à connaître la troisième personnalité de Rod Strickland : l’homme qui sort du banc.

« Cela ne me pose aucun problème. J’étais titulaire précédemment mais j’ai toujours voulu faire partie d’une équipe en lice pour le titre. C’est le cas de Portland. Pour une bague de champion NBA, je suis prêt à tout et même un peu plus. »

Difficile quand même d’exister dans une poule Pacific où Seattle et Phoenix font régner la loi. Portland compile 47 victoires avant de tomber au 1er tour des playoffs 1994 contre le futur champion, Houston (3-1).

L’année suivante, le transfert de Drexler chez les Rockets en cours d’exercice porte un coup fatal à la franchise du Nord-Ouest des Etats-Unis. Strickland (18.9 pts, 8.7 pts) voit son équipe se faire pulvériser par les Suns, toujours au 1er tour (3-0). Ça ne passera pas non plus malgré le renfort d’un pivot européen surdoué du nom d’Arvydas Sabonis (3-2 contre Utah au 1er tour en 1996).

Rod boucle ses valises, direction Washington où l’accompagne Harvey Grant. Rasheed Wallace et Mitchell Butler font le trajet inverse. Avec son vieux pote de Michigan Juwan Howard, Chris Webber ramène les Bullets (futurs Wizards) en playoffs pour la première fois en neuf ans (sweep contre Chicago au 1er tour en 1997). Il était dit que le destin ne sourirait pas à Strickland, souvent cité dans les compos du groupe de rap Wu-Tang Clan : l’enfant du Bronx finit meilleur passeur de la Ligue en 1997-98 (10.5 pds plus 17.8 pts de moyenne) mais Washington, qui accueille dorénavant les Magiciens, termine seulement 4e de la division Atlantic.

L’équipe est en vacances. Chris Webber est expédié à Sacramento et entame ce qu’on croit être, à tort, une traversée du désert. Pour obtenir « C-Webb », les Kings lâchent leur scoreur maison Mitch Richmond plus Otis Thorpe (qui avait déjà servi de monnaie d’échange dans le trade de Drexler en 1995). Et là, c’est le drame…

Pendant trois ans, le trio Strickland-Richmond-Howard cristallise les critiques. Les résultats de « Wash » (18, 29 et 19 victoires) sont inversement proportionnels aux revenus des trois nababs, nantis de contrats pharaoniques. Le point de non-retour sera atteint en 2000-01. Michael Jordan, revenu aux affaires comme GM, fait le ménage. Il se débarrasse de Juwan Howard, expédié à Dallas, en février 2001. Mitch Richmond s’en va humer le parfum d’un titre chez les Lakers quelques mois plus tard. Rod Strickland, dont le contrat est racheté, entame un nouveau chemin de croix.

Il transite par Portland, Miami, Minnesota, Orlando, Toronto et Houston avant de tirer sa révérence en 2005, après 17 ans de carrière qui lui auraient rapporté 43 millions de dollars. Intronisé au Basketball Hall of fame de New York en septembre 2008, il assiste aujourd’hui John Calipari à Kentucky après avoir été directeur des opérations basket de l’université de Memphis. Le joueur laisse définitivement une image trouble. Non convoqué pour le All-Star Game 1998, durant sa meilleure année (All-NBA Second Team), il avait expliqué qu’il déclinerait toute invitation future. Il n’y en eut pas… Le 25e joueur de l’histoire à compiler 10 000 points et 5 000 passes se serait peut-être simplifié la vie avec un soupçon de caractère en moins et un poil de discipline en plus.

Stats en carrière

17 ans

1 094 matches (740 fois starter)

13.2 points, 3.7 rebonds, 7.5 passes, 1.4 interception

45.4% aux tirs, 28.2% à 3 points, 72.1% aux lancers francs

Un mix sur Rod Strickland (mauvaise qualité)

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