Le 16 juin 1975, les Lakers récupèrent le meilleur pivot du monde mais ils changent surtout leur destin. Car en envoyant Elmore Smith, Brian Winters, Dave Meyers et Junior Bridgeman à Milwaukee, Los Angeles met la main sur Kareem Abdul-Jabbar, accompagné de Walt Wesley. À 28 ans, le triple MVP quitte les Bucks après six saisons, un titre NBA et une finale perdue face aux Celtics.
À l’époque, Kareem Abdul-Jabbar est le meilleur joueur de la planète. Avec Milwaukee, il a déjà été champion en 1971, MVP des Finals, meilleur scoreur de la ligue et MVP de saison régulière à trois reprises. Mais l’histoire avec les Bucks s’essouffle. Oscar Robertson a pris sa retraite et l’intérieur veut changer d’air.
Une demande de transfert gardée secrète
Le départ aurait pu tourner au feuilleton. Il n’en sera rien. Avant la saison 1974/75, Kareem Abdul-Jabbar demande discrètement son transfert. Wayne Embry, alors GM des Bucks, racontera plus tard l’organisation d’un rendez-vous secret dans une suite privée d’un hôtel de Brookfield, en banlieue de Milwaukee. L’objectif : éviter la fuite.
« Nous ne voulions pas que tout le monde sache qu’il voulait être échangé », expliquera Wayne Embry. Lors de cette réunion, Kareem Abdul-Jabbar donne ses destinations préférées : « New York, Los Angeles ou Washington. »
Les dirigeants des Bucks tentent de le convaincre de rester. En vain. « La franchise, c’était lui » résumera Wayne Embry. Mais Kareem Abdul-Jabbar n’est pas en guerre avec le club. Il ne règle pas ses comptes, ne dénigre pas Milwaukee et ne s’attaque pas à son coach. Il veut simplement passer à autre chose.
« Vous n’êtes pas le problème. Le coach non plus », dira-t-il en substance. Son message est clair : « C’est juste le moment pour moi de passer à autre chose. »
« J’avais besoin d’aller là où je pourrais le plus m’épanouir dans ce business », expliquera-t-il par la suite. Milwaukee lui avait offert un titre mais pas l’environnement qu’il recherchait à long terme, lui qui avait grandi à New York et connu Los Angeles lors de son passage à UCLA.
Le contraste est cruel pour Milwaukee. Quelques mois plus tôt, les Bucks étaient encore en Finals face aux Celtics. Une série immense, conclue par un Game 7 perdu à domicile. Boston avait dû sortir le plan anti-Kareem, avec des prises à deux, Dave Cowens en première ligne et Paul Silas en renfort. Pour Milwaukee, c’était la fin d’un âge d’or.
Le premier pilier du « Showtime »
Pour les Lakers, c’est le début d’une nouvelle ère. Wilt Chamberlain a quitté la scène en 1973, et Los Angeles sort d’une saison à 30 victoires. La franchise a besoin d’un nouveau géant.
L’effet n’est pourtant pas immédiat collectivement. Pour sa première saison en Californie, Kareem Abdul-Jabbar compile 27.7 points, 16.9 rebonds et 4.1 contres de moyenne. Il est élu MVP, mais les Lakers manquent les playoffs. L’année suivante, il décroche un cinquième trophée de MVP et mène Los Angeles au meilleur bilan de la ligue, avant d’être « balayé » par les Blazers de Bill Walton en finale de conférence Ouest.
La suite, elle, appartient à la légende. En 1979, Magic Johnson arrive. En 1980, les Lakers redeviennent champions. Kareem Abdul-Jabbar gagne cinq titres à Los Angeles, et le « Showtime » se construit autour de cette alliance improbable entre le pivot le plus froid de la ligue et le meneur le plus solaire de l’histoire.
Car KAJ n’a jamais été une superstar facile à aimer. Il a longtemps été mal compris, parfois jugé distant, parfois perçu comme hostile. Lui-même se définira comme « le plus méchant parmi les gars les plus méchants ». À côté du sourire de Magic Johnson, son masque impassible le condamnait souvent à l’ombre.
Pat Riley, lui, refusera toujours de réduire Kareem Abdul-Jabbar à cette image. « Pourquoi juger ? » demandera l’ancien coach des Lakers, qui ne voyait que « l’un des plus grands joueurs de tous les temps ».
C’est aussi pour cela que le 16 juin 1975 reste une date charnière. Ce jour-là, les Lakers n’ont pas seulement recruté une superstar. Ils ont récupéré le pont entre Wilt Chamberlain et Magic Johnson, entre l’ancienne NBA et celle des années 1980. Un maillon de cette continuité à part, de Mikan à Wilt, de Kareem à Magic, puis de Shaq à Kobe.
Suivez toute l'actualité NBA sur la
Suivez nous également sur