Interview Freddy Fauthoux : « Je ne veux pas que Victor change sa nature »

Equipe de France – Avant d’affronter la Slovénie à Bercy, Freddy Fauthoux évoque le statut de capitaine de Victor Wembanyama ou encore son choix de privilégier Sylvain Francisco à Nadir Hifi.

Freddy FauthouxLors du point presse organisé à l’AccorArena de Paris-Bercy, le sélectionneur des Bleus a expliqué toute la complexité de son rôle pour construire un collectif à travers des fenêtres internationales morcelées, mais aussi l’importance de ne surtout pas prendre la Slovénie à la légère ce jeudi soir. Il est également revenu sur la situation du poste 1, où Sylvain Francisco a pour l’instant pris le pas sur Nadir Hifi.

Freddy, que faut-il craindre de cette équipe de Slovénie, qui se déplace sans Luka Doncic ?

C’est une équipe particulière parce que c’est un groupe avec quelques joueurs habitués à ces matchs-là. Il y en a six ou sept qui reviennent très régulièrement, qui ont fait des Coupes du monde, des Euros. Donc ils ont de l’expérience. C’est une équipe qui prend énormément de risques sur ses tirs à 3-points. S’ils sont dans un de ces soirs, et ça peut être le cas, ils peuvent nous mettre en difficulté. De notre côté, on veut imposer nos forces pour justement les empêcher de jouer ce jeu-là. (…) Ce serait une grave erreur de ne pas les prendre au sérieux. On est à 5-1 [en phase de poules], le travail a bien commencé pour la qualification, il faut continuer !

Est-ce qu’il y a des systèmes qu’on préfère dissimuler avant les matchs importants ?

Il y a forcément des adaptations par rapport à l’adversaire, puisque ce ne sont pas les mêmes joueurs, ni les mêmes défenses qui nous sont proposés. Souvent, quand on a peu de préparation comme ça, il faut savoir imposer ses points forts. C’est le plus important pour gagner des matchs, comme face à la Serbie par exemple. De ce point de vue, on n’a pas grand-chose à cacher. Mis à part des adaptations très spécifiques pour l’adversaire, en l’occurrence la Slovénie.

Victor Wembanyama, un capitaine qui doit « rester lui-même »

Est-ce que vous ressentez un engouement plus important sur cette fenêtre du fait que Victor Wembanyama soit présent ?

Je n’ai eu aucune demande de place pour Orléans, pour ma part [sourire]. Non, mais plus sérieusement, on le sent dans la vie de groupe, à l’hôtel, où plus de gens viennent vers nous. Quand on est arrivé à Orléans pour le match, il y avait déjà énormément de monde devant la salle, deux heures avant le début. C’est un environnement qu’il faut savoir apprivoiser pour protéger le groupe, parce que ce n’est pas ce qu’on voit d’habitude pendant nos saisons en club. On le sait, c’est une star mondiale maintenant, dans le monde du basket, si ce n’est plus. C’est quelque chose auquel on doit s’habituer. Et puis, on veut aussi s’adapter à tout ça pour Victor, pour lui rendre la vie plus facile.

Lors de la dernière fenêtre, vous aviez Bilal Coulibaly et Zaccharie Risacher. Cette fois-ci, ce sont Victor Wembanyama et Rudy Gobert. N’est-ce pas embêtant de ne pas pouvoir les avoir tous en même temps ? À défaut, vous avez tout de même pu les observer individuellement…

C’est ce qui nous est proposé [donc on fait avec]. Mais c’est sûr que j’aurais préféré les avoir tous en même temps. On connaît la valeur intrinsèque de chacun d’entre eux, on sait quels joueurs ils sont et comment ils jouent. La difficulté, c’est de les faire jouer ensemble. On en a eu certains en juin, on en a d’autres en août, on essaye de mettre des choses en place pour que, le jour où ils seront tous là, il y ait déjà des automatismes. Dans l’absolu, il est certain que cette situation retarde la cohésion et les automatismes du groupe final.

Est-ce dans votre idée de resserrer la rotation sachant que ces matchs ne comptent plus pour du beurre ?

C’est le match qui dicte ça, en vérité. On a bien réparti le temps de jeu sur le premier match face à la Serbie, un peu moins sur le second. Là, on verra bien. En général, je suis quelqu’un qui aime bien faire tourner pour garder l’intensité, la concentration, le jeu pendant 40 minutes. Si le match nous oblige à resserrer la rotation, on le fera. Si on doit au contraire faire jouer beaucoup de joueurs parce que c’est ça qui nous permettra de gagner, on le fera aussi. On n’a pas de plan prédéfini.

Quelle est votre méthode pour garder le contact avec les joueurs NBA pendant la saison ?

C’est très complexe de faire travailler un joueur qu’on n’a pas sous la main. Chaque joueur a des demandes très spécifiques de la part de son club, et ce n’est pas leur rendre service de leur demander de bosser des trucs pour l’Equipe de France [en parallèle]. Avec les joueurs NBA, mais aussi d’Euroleague, on garde un contact téléphonique pour savoir comment ils vont. On les observe aussi pendant la saison, pour voir comment ils progressent et évoluent. Notre travail, c’est de les mettre dans les meilleures dispositions quand on les a avec nous, pour qu’ils soient le plus performants possible pour l’Equipe de France. Ça ne peut se faire qu’avec des entraînements, des matchs de préparation. Ils évoluent chacun à leur façon et nous, en Equipe de France, on doit les accompagner en ce sens.

Est-ce que Sylvain Francisco a marqué des points sur cette fenêtre, notamment après avoir été le grand artisan de la victoire face à la Slovénie lors du match aller (103-95) ?

Sylvain, je l’ai connu à 18 ans, donc il a bien mûri depuis. Il connaît maintenant le basket sur le bout des doigts. On sait le type de joueur qu’il est, et il avait montré à l’occasion de ce match toute sa qualité. Il avait marqué beaucoup de points [32 points, 7 rebonds, 5 passes, ndlr]. Mais, il y a un an, l’équipe était bien différente, et maintenant, on a plus de joueurs qu’il faut mettre en valeur, à commencer par Victor, qui est notre leader, comme tout le monde le sait.

Quelle est votre évaluation de Victor Wembanyama en tant que capitaine, malgré son jeune âge ?

C’est un jeune capitaine mais c’est normal par rapport à ce qu’il représente pour la France du basket. Il est bien entouré par d’autres vétérans, comme Evan, Rudy et Tim. Je les vois souvent discuter ensemble pour savoir comment il peut faire les choses. Mais je ne veux surtout pas qu’il change sa nature parce qu’il est capitaine. Il y a tellement de façons d’être le capitaine d’une équipe, donc il faut commencer par rester soi-même.

Pourquoi Freddy Fauthoux privilégie Sylvain Francisco à Nadir Hifi

Est-ce que vous sentez une montée en régime, à l’entraînement et plus généralement en coulisses, avant ces deux matchs qui comptent ?

J’espère qu’on aura la même progression sur ce match qu’entre la première et la deuxième rencontre face à la Serbie. Face à une excellente équipe, on fait une très bonne première mi-temps, puis de bonnes minutes à la fin du match. Il va falloir combler ce quart d’heure où on n’a rien fait de bon. On fait des vidéos, on se regarde jouer, on observe évidemment l’adversaire. Je souhaite vraiment qu’on ait la même intensité qu’on a pu avoir à Orléans face à la Serbie.

Malgré tous les aléas de cette préparation découpée en fenêtres, est-ce important d’établir un socle de joueurs leaders dès maintenant ?

Il faut qu’on puisse établir un socle sur lequel bâtir notre collectif. Si on s’amuse à changer à chaque rassemblement 80% des joueurs, c’est compliqué de former un groupe. Malheureusement, c’est ce qui s’est passé à chaque fois, à cause des indisponibilités des uns et des autres. Mais c’est aussi un engagement de la part des joueurs à répondre aux convocations. Au moins, on peut avoir ce socle et définir ces leaders sur une plus longue période. Cette fenêtre est intéressante à cet égard, mais celle de juin l’était tout autant.

Pourquoi n’avez-vous pas sélectionné Nadir Hifi ?

Aujourd’hui, j’ai pris le parti de ne pas le faire jouer parce que c’est compliqué d’avoir plusieurs arrières de petite taille sur le terrain. Peut-être qu’en ce moment, Sylvain correspond plus à l’équipe qu’on a. C’est un choix très personnel. Nadir fait de bons entraînements avec l’équipe, mais son style de jeu ne correspond pas encore à ce dont il dispose à Paris. Cela dit, il ne faut surtout pas qu’il change son jeu parce que c’est un joueur d’exception, et c’est ce qu’il montre dans le contexte de Paris. Pour le moment, on a décidé de partir sur Sylvain et Matthew au poste 1.

Est-ce qu’on peut comparer Tony Parker et Victor Wembanyama dans leur approche de l’équipe nationale, leur envie de revenir le plus souvent possible ?

Pour avoir aussi joué avec Tony, je connaissais très bien sa mentalité pour venir en Equipe de France. Et sincèrement, ils ont le même engagement à revenir à chaque fois qu’ils peuvent. S’il n’y a pas de contre-indication médicale, il sera là chaque été pour venir jouer avec nous. À chaque fois qu’il a pu venir, il est venu. Et quand il n’a pas pu, c’est qu’il ne pouvait vraiment pas, je pouvais sentir sa déception.

Propos recueillis à l’AccorArena de Paris-Bercy

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Rédacteur Emmanuel Laurin

Journaliste à Basket USA depuis 2009, Emmanuel Laurin a été correspondant à Oklahoma City puis à Portland. Il a couvert de nombreux playoffs, Finales NBA, ainsi que la Summer League et le All Star Weekend, sans oublier l'Equipe de France depuis l'Euro 2015. Il a collaboré avec de nombreux magazines, dont Basket Le Mag, Total Basket, Maxi Basket, 5 Majeur ou encore le mag de la FFBB.

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