Balles perdues et ballons volés, le parcours chaotique de Tony Allen avant la NBA

NBA – Tony Allen a son maillot retiré pour l’éternité à Memphis. Mais sa vie aurait très bien pu s’arrêter avant l’an 2000, dans les rues de Chicago…

Tony AllenConnu comme le « Grind Father », véritable légende à Memphis où son numéro 9 trône à jamais au plafond, Tony Allen a raccroché les baskets il y a huit ans maintenant, avec un joli palmarès pour un joueur drafté à la 25e place de la Draft 2004. Champion NBA avec les Celtics en 2008, l’arrière formé à Oklahoma State a surtout récolté six sélections dans les meilleurs cinq défensifs de la Ligue entre 2011 et 2017, dont trois dans le meilleur cinq !

Pourtant, la jeunesse de TA est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Avant de passer par plusieurs universités, dont un Community College perdu du Kansas, il a aussi connu plus d’une galère durant son adolescence à Chicago. C’est effectivement par un véritable miracle, après avoir notamment échappé de peu à une fusillade, qu’il va atterrir à Crane High School, où il fera équipe avec Will Bynum et sans aucun doute changer le cours de son existence.

« Deux balles sont passées tout près de ma tête »

« C’est une histoire incroyable. Avant d’arriver à Crane, j’avais arrêté l’école, je m’étais fait expulser dès la seconde ! Dès que les premiers bulletins de notes sont sortis et que j’ai compris que je n’avais pas les résultats suffisants pour faire partie de l’équipe du lycée, je n’allais plus à l’école… Et, de fil en aiguille, j’étais parti sur autre chose. Vous savez tous comment ça se passe, quand on traîne dans les rues sans trop savoir quoi faire ! Avant même que je me rende compte de ce dans quoi je m’étais engagé, c’est comme si j’avais vu défiler ma vie devant mes yeux. Je faisais du trafic et deux balles sont passées tout près de ma tête. Cela a été le tournant de ma vie. Je me suis dit que ce n’était pas fait pour moi. Je fais 1m90, 93, ce n’est pas moi ça ! »

C’est alors qu’intervient Will Bynum, l’explosif meneur passé notamment par le Maccabi Tel Aviv et les Pistons, désormais assistant coach en G-League à Washington, et par lequel tout arrive pour Allen.

« Un jour, il y avait un tournoi Pro Am, le tournoi qui s’appelle IT. J’étais dans mon taxi, j’arrivais à la salle. Et sur le parking, je vois qu’il y a des grosses voitures de partout, des Bentley, des Mercedes, des Range Rover. Je me demandais pourquoi il y avait tous ces gens qui étaient là. Et c’est là que j’ai croisé mon gars Jason Straight, qui a joué à Wyoming. Il me demande comment ça va, si je vais jouer dans le tournoi. Là, j’avais trop la honte parce que je ne jouais plus, j’avais été expulsé du lycée. Il me dit qu’il va jouer un gros match, contre l’équipe de Shawn Marion. Il m’a invité à jouer avec eux et j’ai fini avec 18 points. Le match suivant, on jouait contre Antoine Walker et Will « The Thrill » Bynum. Ils étaient dans les gradins à regarder ce match. Et Will vient me voir après dans les vestiaires, il me félicite pour mon match et il me demande où je joue. Je lui réponds que j’ai arrêté l’école, je ne joue plus vraiment. Le coach de son équipe, Anthony Longstreet, me demandait comment étaient mes notes à l’école, il était dur avec moi sans véritable raison. Will me dit : t’inquiètes, je vais t’aider à rejoindre l’école. Pendant ce temps-là, ma mère m’a aussi expulsé de la maison : si tu ne vas pas à l’école, tu ne peux pas vivre sous mon toit. Je me dis alors que je n’ai pas le choix, je dois retourner au lycée. »

« À ce moment-là, je ne sais pas du tout où est Crane. Je vais voir ma mère chez elle. Il n’y a personne. Il s’est passé quoi, où est-elle ? On me dit qu’elle a déménagé un mois auparavant ! Je reprends mon taxi et je vais chez ma grand-mère. Je lui demande où habite ma mère. Elle me dit qu’elle a déménagé parce que je traîne les rues à faire ce que je ne suis pas censé faire, à essayer d’être un grand. Alors, sois vraiment un adulte ! Là, je lui dis que je veux retourner à l’école. Elle me donne alors la nouvelle adresse de ma mère. Elle a déménagé à l’ouest de la ville. C’est là que je me dis que Dieu y a mis son grain de sel, car j’appelle ma mère pour lui annoncer que je veux retourner à l’école, et retourner vivre avec elle. Elle me demande à quel lycée ? Je lui réponds, Crane. Crane ? Mais c’est juste en bas de la rue ! C’est à cinq blocs d’ici. Incroyable ! Comme si c’était écrit. Je remercie encore Will Bynum à ce jour car c’est grâce à lui que j’ai pu finir là-bas. »

« Je n’avais toujours pas désaoulé au début de la deuxième mi-temps ! »

Son arrivée à Oklahoma State est une autre paire de manches, avec deux étapes préliminaires : la première au Community College de Butler County, dans la région de Wichita au Kansas, et la deuxième à Wabash Valley College, dans son état natal de l’Illinois, qui lui a servi de tremplin vers la première division NCAA. Et même un Final Four inattendu en 2004 avec des Cowboys survoltés… qui vont affronter le Georgia Tech de son pote Will Bynum, qui les avait ignorés alors qu’OK State le recrutait.

« On avait des heures à respecter et un couvre-feu à 22h. Pendant ce temps-là, je reçois un message vidéo de [Will Bynum]. Ils sont dans une suite, ils font la fête, il y a des filles, il y a des bouteilles. Je montre ça à J-Luc [John Lucas], regarde, regarde ! Il me dit : non, ne le fais pas, n’y va pas ! Les coaches sont venus faire leur tournée des chambres à 22h, et dès qu’ils sont partis, je les ai suivis ! Dans le c** leur couvre-feu, je me casse ! Je les rejoins, on boit du Hennessy, la musique à fond, les filles qui dansent, je ne suis pas parti avant 4h du matin [rires] ! On avait le match à 17h, wow, c’était dur [rires] ! Je n’avais toujours pas désaoulé au début de la 2e mi-temps ! »

Tête brûlée sur et en dehors des planches, Tony Allen se voyait déjà défier Ben Gordon et Connecticut dans la grande finale du dimanche. Ses Cowboys étaient revenus à égalité à 26 secondes du terme, grâce à un trois-points clutch de John Lucas. Mais Bynum en a décidé autrement…

« Quand les coachs NBA vont nous appeler, on va te démonter ! »

« Le match était serré, on était à égalité, je devais être à 13 points à 4/11 aux tirs. Je sortais de gros matchs à 22 et 24 points, un autre à 11 quand je m’étais occupé personnellement de Jameer Nelson et Delonte West [de St Joseph]. Je savais que si on gagnait, on allait jouer Ben Gordon [et Connecticut]. Pour moi, c’était le ticket pour la Ligue, voire pour la Loterie [à la Draft]. Mais ce qui s’est passé, c’est que Will a réussi à déborder J-Luc et a placé un floater au-dessus de Joey Graham. Le pire, c’est que pendant le temps mort juste avant, Eddie Sutton voulait sortir J-Luc pour jouer attaque-défense. Mais je lui ai répondu que pas du tout, pas question de sortir J-Luc, il va faire un stop et on va gagner d’un point. Mais J-Luc s’est fait avoir comme un bleu sur cette feinte, et Joey Graham, qui plantait pourtant des 360 à l’échauffement, a laissé passer ce floater à la noix, j’étais dégoûté. J’étais redevenu complètement sobre mais on avait perdu ! »

Dans les vestiaires, c’est forcément la soupe à la grimace. Non seulement accablés par cette fin de match des plus cruelles, les hommes de Coach Sutton sont également abattus par cette défaite qui met fin à leur rêve fou de devenir champions. Si près, si loin. Et pas au bout de ses peines, notre cher Tony Allen…

« Les coaches arrivent dans les vestiaires, et vous savez comment ils sont, ils ont la tête basse, ils font les cent pas, ils cherchent leurs mots avant leur discours. Et là, il dit : Tony Allen ! Je lève les yeux, à travers mes larmes, pour montrer quand même que [cette défaite] me fait très mal aussi. Il dit : on sait que tu es sorti hier soir. On le sait. Quand les coachs NBA vont nous appeler, on va te démonter ! Je n’en croyais pas mes oreilles. Je me suis remis à pleurer [rires] ! »

Finalement sélectionné par les Celtics à la 25e place de la Draft en 2004, après avoir raflé le titre de meilleur joueur de sa conférence, Tony Allen va faire son petit bonhomme de chemin, avec sa défense pot de colle comme carte de visite durant six saisons à Boston, puis sept à Memphis, avant un dernier tour de piste avec les Pelicans.

Un parcours improbable pour celui qui, quelques années plus tôt, avait quitté l’école et vu deux balles passer tout près de sa tête. Avant de devenir l’un des défenseurs les plus respectés de sa génération et champion NBA.

Un de ses meilleurs matchs rookie en 2005

Le bel hommage à l’occasion du retrait de son maillot à Memphis

Tony Allen Pourcentage Rebonds
Saison Equipe MJ Min Tirs 3pts LF Off Def Tot Pd Fte Int Bp Ct Pts
2004-05 BOS 77 16 47.5 38.7 73.7 1.1 1.8 2.9 0.8 2.0 1.0 1.0 0.3 6.4
2005-06 BOS 51 19 47.1 32.4 74.6 0.6 1.6 2.2 1.3 2.5 1.0 1.3 0.4 7.2
2006-07 BOS 33 24 51.4 24.2 78.4 1.1 2.7 3.8 1.7 2.6 1.5 2.3 0.4 11.5
2007-08 BOS 75 18 43.4 31.6 76.2 0.5 1.8 2.2 1.5 2.2 0.8 1.5 0.3 6.6
2008-09 BOS 46 19 48.2 22.2 72.5 0.5 1.8 2.3 1.4 2.1 1.2 1.7 0.5 7.8
2009-10 BOS 54 17 51.0 0.0 60.5 1.0 1.7 2.7 1.3 2.0 1.1 1.2 0.4 6.1
2010-11 MEM 72 21 51.0 17.4 75.3 1.0 1.7 2.7 1.4 2.2 1.8 1.2 0.6 8.9
2011-12 MEM 58 26 46.9 30.8 80.0 1.7 2.3 4.0 1.4 2.5 1.8 1.6 0.6 9.8
2012-13 MEM 79 27 44.5 12.5 71.7 1.5 3.1 4.6 1.2 2.7 1.5 1.2 0.6 8.9
2013-14 MEM 55 23 49.4 23.4 62.8 1.4 2.4 3.8 1.7 2.2 1.6 1.6 0.4 9.0
2014-15 MEM 63 26 49.5 34.5 62.7 1.6 2.8 4.4 1.4 2.6 2.1 1.4 0.5 8.6
2015-16 MEM 64 25 45.8 35.7 65.2 1.6 3.0 4.6 1.1 2.7 1.7 1.2 0.3 8.4
2016-17 MEM 71 27 46.1 27.8 61.5 2.3 3.2 5.5 1.4 2.5 1.6 1.4 0.4 9.1
2017-18 NOP 22 12 48.4 33.3 52.4 0.9 1.2 2.1 0.4 2.2 0.5 0.9 0.1 4.7
Total   820 22 47.5 28.2 70.9 1.3 2.3 3.5 1.3 2.4 1.4 1.4 0.4 8.1

Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.

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Rédacteur Emmanuel Laurin

Journaliste à Basket USA depuis 2009, Emmanuel Laurin a été correspondant à Oklahoma City puis à Portland. Il a couvert de nombreux playoffs, Finales NBA, ainsi que la Summer League et le All Star Weekend, sans oublier l'Equipe de France depuis l'Euro 2015. Il a collaboré avec de nombreux magazines, dont Basket Le Mag, Total Basket, Maxi Basket, 5 Majeur ou encore le mag de la FFBB.

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