Bryson Graham, l’homme qui doit changer les Bulls

Ces dernières années, la franchise de Chicago a multiplié les mauvais choix, avec un fonctionnement interne dysfonctionnel. Le nouveau vice-président arrive avec une autre manière de diriger.

Les exemples récents de Sam Presti à Oklahoma City ou de Leon Rose à New York, les deux derniers champions NBA, le démontrent de manière éclatante : pour faire grandir une franchise et lui permettre de viser, voire de décrocher le titre, il faut du flair, de la patience, mais surtout le bon capitaine. Michael Reinsdorf, le président des Bulls, l’avait énoncé au moment de recruter Arturas Karnisovas et Marc Eversley.

« Une des choses les plus importantes que j’ai à faire, c’est de trouver la bonne personne pour diriger la franchise. Si on choisit la mauvaise personne, ça peut demander des années pour s’en remettre », disait-il en 2020, sans savoir que les Bulls allaient illustrer à merveille ces propos.

Dans un long article fondé sur de nombreux témoignages internes, ESPN a retracé les problèmes rencontrés par les Bulls depuis le début de la décennie, sous les mandats d’Arturas Karnisovas et Marc Eversley. Entre choix ratés, décisions prises loin de l’unanimité et stratégie floue dans les bureaux de Chicago, les dernières saisons ont été compliquées. L’arrivée de Bryson Graham est censée rompre avec ces dysfonctionnements.

Le symbole Patrick Williams

Tout commence en 2020, avec une première décision importante à prendre : la Draft. Avec le 4e choix, Chicago dispose d’une arme très intéressante. Sauf qu’on est alors en pleine pandémie de Covid-19. Impossible de rencontrer les futurs rookies et tout se fait avec des vidéos.

Arturas Karnisovas jette son dévolu sur Patrick Williams. Il n’a que 18 ans et possède un profil à la Kawhi Leonard, ce qui, un an après le passage légendaire de l’ailier à Toronto, fait logiquement fantasmer.

Dans le même temps, au sein des départements de scouting et des statistiques avancées des Bulls, on aimerait plutôt drafter Tyrese Haliburton. Arturas Karnisovas et Marc Eversley sont invités à considérer cette option. Ce qu’ils ne feront pas, et c’est le premier refus d’une longue liste dans les années à venir. Patrick Williams est bien sélectionné, déçoit continuellement mais, coup de théâtre, est prolongé en 2024 pour cinq saisons et 90 millions de dollars…

« Il a fallu trois ou quatre ans pour qu’ils arrêtent de penser qu’il pourrait devenir le futur Kawhi Leonard », raconte un ancien membre de la franchise de l’Illinois. « Alors même que Patrick avait démontré qu’il n’allait pas devenir un Kawhi. »

Le problème de cette séquence n’est pas forcément le mauvais choix, qui est un risque que chaque franchise prend une année ou une autre. Ce qui a marqué les esprits, c’est l’obstination et la méthode. Les membres des bureaux étaient entendus dans un premier temps mais, in fine, Arturas Karnisovas et Marc Eversley organisaient une nouvelle réunion, seulement en compagnie des assistants GM JJ Polk et Pat Connelly, pour trancher.

Secret et incertitude au sommet

« On venait pour ces soi-disant réunions de groupe mais c’était évident que les décisions avaient déjà été prises », regrette un ancien membre de la direction des Bulls. « Les gens étaient évidemment encouragés à exprimer leur opinion, leurs idées mais c’était un petit groupe qui prenait les décisions », confirme un dirigeant encore en place.

Les membres écartés apprenaient donc les nouvelles au dernier moment. En 2021, certains ont ainsi découvert sur leur téléphone, grâce à une notification d’ESPN, que leur franchise avait lâché un premier tour de Draft dans le « sign-and-trade » pour faire venir DeMar DeRozan.

Pour couronner le tout, le duo Arturas Karnisovas – Marc Eversley n’a jamais réussi à définir clairement les ambitions et la politique des Bulls, restés dans le ventre mou bien trop longtemps. Les deux dirigeants ne voulaient pas « tanker », prenant exemple sur les Pistons qui, à l’époque, ne sortaient pas des bas-fonds de la ligue. Ils semblaient également influencés par des propriétaires qui ne voulaient pas entendre parler de reconstruction. Mais, sur ce dernier point, les témoignages divergent.

« Il était toujours dit qu’il fallait être compétitif, que tanker n’était pas une possibilité. Les mots tanker ou reconstruction n’ont jamais été prononcés. Il y a toujours eu une sorte de pression pour gagner des matches », affirme un membre du bureau.

« Il faut savoir s’y prendre avec ses supérieurs. Il faut expliquer au propriétaire pourquoi on doit faire cela et ce qui va nous aider », glisse un autre. Michael Reinsdorf était prêt à payer la « luxury tax » si les Bulls jouaient le titre, mais pas « pour une équipe qui ne joue pas les playoffs ». D’après plusieurs sources au sein de la franchise, il aurait également accepté une reconstruction afin de se renforcer grâce aux Drafts 2025 et 2026.

Redonner une voix à chacun

Une stratégie globale peu définie et des décisions prises par un petit groupe de dirigeants, sans réelle collégialité, ont mécaniquement écarté plusieurs membres du staff, qui ne voyaient plus l’intérêt d’intervenir. Bryson Graham, nouveau vice-président des opérations basket, est conscient des erreurs à ne pas reproduire. Au moment de la Draft, il a organisé de grandes réunions pour entendre les avis des uns et des autres.

« Je n’essaie pas d’intervenir, de corriger à l’excès. Je dirige simplement de la manière qui me semble la plus appropriée », décrit l’ancien dirigeant des Pelicans. « Au début du processus, il faut écouter, entendre le point de vue de tout le monde, afin que chacun donne le meilleur de lui-même pour aider à prendre la bonne décision. Ensuite, je prends les informations, je les analyse et je fais ce qu’il faut. »

ESPN précise ainsi que plusieurs dirigeants régulièrement écartés sous Arturas Karnisovas sont revenus au centre des discussions, comme John Paxson, conseiller, Brian Hagen, ancien assistant GM de Paxson, ou encore Gar Forman, ancien GM.

« L’ambiance est très, très différente. Tout le monde le ressent », se réjouit un membre des opérations basket. « On fait des réunions, ensemble, et pas seulement de quatre personnes. On parle de la Draft, de la free agency, du nouveau coach. Il n’y a pas de secret et on n’apprend rien avec une notification d’ESPN sur nos téléphones. »

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Rédacteur Jonathan Demay

Passionné d'histoire de la NBA, Jonathan a très tôt rejoint l'équipe de Basket USA, en décembre 2008.

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