Craig Hodges, le sniper des Bulls que la NBA a fini par oublier

NBA – Double champion avec Chicago et triple vainqueur du concours à 3-points, Craig Hodges fête ses 66 ans. L’ancien shooteur des Bulls reste aussi une figure à part : celle d’un joueur convaincu d’avoir payé très cher son engagement politique.

Craig HodgesIl y a des carrières qui tiennent parfois dans une image. Pour Craig Hodges, ce pourrait être celle du concours à 3-points du All-Star Weekend 1993. Triple vainqueur de l’évènement en titre, le shooteur ne défend pas son trophée avec le maillot des Bulls, ni avec le maillot d’une autre franchise… mais avec une tunique générique NBA.

La raison ? Le double champion n’a alors plus d’équipe. Coupé par Chicago après le deuxième titre des Bulls, à l’été 1992, il n’a pas retrouvé de contrat en NBA dans la foulée. La ligue l’autorise tout de même à défendre son trophée alors qu’aucune équipe n’a donc souhaité l’intégrer dans un effectif…

Né le 27 juin 1960 à Park Forest, dans l’Illinois, Craig Hodges n’a jamais été une star NBA au sens classique du terme. Drafté en 1982 au troisième tour par les San Diego Clippers, passé ensuite par Milwaukee, Phoenix puis Chicago, ce meneur/arrière de 1m88 a fait carrière grâce à une arme alors en développement : le tir extérieur.

À son époque, le 3-points reste un complément. Un bonus. Un outil que beaucoup d’équipes n’utilisent qu’avec extrême prudence. Lui en fait une spécialité. Sa mécanique est compacte, rapide, sans fioriture. Il ne saute pas très haut, ne force pas mais quand il reçoit le ballon, surtout dans les corners ou en tête de raquette, le geste est prêt.

Avant Stephen Curry, une référence du tir longue distance

Aux Bulls, entre Michael Jordan et Scottie Pippen, Craig Hodges n’est évidemment pas le visage de la dynastie. Mais il en est l’un des spécialistes les plus identifiables. Dans le triangle de Tex Winter, il offre une solution simple pour punir les aides, écarter le jeu et sanctionner dès que la défense se concentre trop sur les stars.

Son vrai terrain d’expression reste toutefois le All-Star Weekend. Là où Larry Bird avait posé les bases du concours à 3-points, Craig Hodges a prolongé l’héritage. Finaliste dès la première édition en 1986, il remporte ensuite l’épreuve trois années de suite, en 1990, 1991 et 1992, rejoignant Larry Bird dans le club des triples vainqueurs. Seul Damian Lillard (2023, 2024 et 2026) les rejoindra dans ce groupe particulièrement restreint.

Son chef-d’œuvre arrive en 1991. Ce jour-là, Craig Hodges enchaîne 19 tirs primés consécutifs lors de la demi-finale de l’épreuve, un record qui appartient encore à l’imaginaire du concours.

Le champion venu parler politique à la Maison-Blanche

Sauf que Craig Hodges ne veut pas être réduit à son poignet. Dans une NBA très frileuse sur les prises de position publiques, l’ancien joueur de Long Beach State parle. Beaucoup. De racisme, de pauvreté, de responsabilité sociale, de la place des athlètes noirs dans l’Amérique des années 1980 et 1990. Il admire Muhammad Ali, Kareem Abdul-Jabbar, Jim Brown ou Curt Flood. Il pense que les sportifs les plus visibles doivent aussi être les plus utiles.

Après le titre des Bulls, lors de la visite à la Maison-Blanche, Craig Hodges se présente en dashiki et remet une lettre au président George H. W. Bush. Il y demande que l’administration s’intéresse davantage aux communautés pauvres et aux minorités…

Le geste est fort, impossible à ignorer. Surtout dans une ligue où l’image commerciale des superstars prend de plus en plus de place. Craig Hodges interpelle aussi Michael Jordan, qu’il aimerait voir plus engagé sur les questions sociales. Il rêve même, à l’époque, d’actions collectives plus spectaculaires. Après le passage à tabac de Rodney King par quatre policiers de Los Angeles, il propose ainsi à son coéquipier et Magic Johnson de boycotter le premier match des Finals 1991 pour envoyer un message. Refus catégorique des deux superstars.

Un an plus tard, sa carrière NBA s’arrête. Officiellement, les Bulls veulent rajeunir leur effectif. Et il est vrai que Craig Hodges a 32 ans, qu’il n’est pas un grand défenseur et que son rôle est de plus en plus limité. Mais l’intéressé ne croira jamais à une simple décision sportive. Dans les années suivantes, il expliquera avoir été écarté pour ses prises de position. En 1996, il ira même jusqu’à poursuivre la NBA et ses franchises, réclamant 40 millions de dollars car il estime avoir été mis à l’écart pour ses opinions politiques. La plainte sera rejetée, mais Phil Jackson admettra que la sa disparition du circuit fut étonnamment brutale.

« J’ai trouvé étrange qu’aucune équipe n’ait appelé pour se renseigner sur lui. D’habitude, je reçois au moins un appel concernant un joueur que nous avons décidé de ne pas garder. Certes, il n’était pas très bon en défense, mais comme beaucoup de joueurs de la ligue. En revanche, rares sont ceux qui peuvent tirer de loin comme lui. »

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Rédacteur de contenu Dimitri Kucharczyk

Tombé amoureux de la balle orange au son de la voix de George Eddy et des arabesques de Penny Hardaway et Hakeem Olajuwon, Dimitri a intégré BasketUSA en 2008, avant d'en devenir rédacteur en chef

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