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Pourquoi les Spurs n’ont-ils pas demandé de temps-mort ?

NBA – En laissant Victor Wembanyama relancer après son rebond défensif à moins de 14 secondes de la fin, Mitch Johnson a assumé un choix de plus en plus répandu en NBA. Un choix cette fois raté.

Les SpursLa perte de balle de Victor Wembanyama dans les dernières secondes du Game 2 est évidemment l’image de la rencontre. Alors que Jalen Brunson venait de rater le tir, le Français avait ainsi récupéré le rebond, alors que les deux équipes étaient à égalité. Et sa passe sur le dos de Stephon Castle a coûté très, très cher à son équipe…

Pour les fans des Spurs, le manque de lucidité de Wemby était ainsi au centre des débats après ce deuxième revers dans ces Finals 2026. Mais une autre question se posait : pourquoi Mitch Johnson n’a-t-il pas utilisé un temps-mort pour calmer sa jeune troupe et mettre en place un ultime shoot dans cette fin de quatrième quart-temps ?

À 104-104, avec le ballon pour San Antonio et moins de 14 secondes à jouer, le vieux réflexe aurait été évident : temps-mort, remise en jeu dans la zone avant, système dessiné, dernier tir pour gagner ou prolongation.

Mitch Johnson a choisi l’inverse. Il a laissé jouer. Victor Wembanyama a remonté le ballon, Stephon Castle est parti devant pour lui ouvrir le terrain, et la passe du Français a fini dans le dos de son coéquipier. Jalen Brunson a intercepté, provoqué la faute, marqué un lancer-franc sur deux, puis Wemby a manqué la balle de match face à Mitchell Robinson. Score final : 105-104 pour les Knicks, désormais devant 2-0 dans ces Finals.

À chaud, la décision est forcément difficile à défendre. Mais elle ne vient toutefois pas de nulle part…

« Mon corps a réagi plus vite que mon esprit »

Les Spurs ont d’abord gâché cette possession sur un quiproquo. « Je manque encore de lucidité », a reconnu Victor Wembanyama. « C’est tout le problème. Je dois avoir plus de sang-froid, plus de contrôle sur le match. »

Sur la perte de balle, son explication est encore plus nette : « C’est la chose la plus frustrante, perdre le ballon après avoir fourni tous ces efforts. À ce moment-là, c’est l’urgence. Le corps réagit plus vite que l’esprit. »

Car Stephon Castle n’attendait pas une passe. Il voulait avant tout ouvrir le terrain pour son coéquipier. « Je le regardais quand il a pris le rebond », a expliqué le meneur/arrière. « Ensuite, je suis parti pour lui donner de l’espace afin qu’il puisse remonter le ballon. Je ne l’ai pas vu me faire la passe. »

Pensait-il que Mitch Johnson allait demander temps-mort ? « À ce moment-là, je cours simplement. Je vois que Vic a le ballon, que le score est à égalité. J’essaie juste de lui donner de l’espace. Qu’il ait appelé temps-mort ou non, j’essayais juste de donner de l’espace à Vic. »

Ne pas couper le jeu supposait que tout le monde lise la situation de la même manière. Victor Wembanyama voulait accélérer en lançant Stephon Castle… qui voulait s’écarter pour laisser Victor Wembanyama accélérer.

Ce que disent les chiffres

Car depuis plusieurs années, l’idée que le temps-mort est automatiquement la meilleure option en fin de match est sérieusement contestée par les données accumulées.

L’étude la plus adaptée à la NBA moderne a ainsi été publiée dans le Journal of Sports Economics. Elle porte sur 16 839 matchs NBA, dans une situation très précise : une équipe menée d’une possession dans le quatrième quart-temps, avec moins de 24 secondes à jouer et la balle en main. Conclusion : appeler temps-mort réduit de 5.7 points de pourcentage les chances de réussir la possession, c’est-à-dire de marquer assez pour égaliser ou passer devant !

Ce n’est pas exactement la situation des Spurs, puisque le score était alors à égalité. Mais l’enseignement général est le même : dans les toutes dernières secondes, le temps-mort est surtout un atout… pour la défense.

Une étude du Harvard Sports Analysis Collective, sur la NCAA, allait en effet encore plus loin dans les situations à égalité. Sur 452 dernières possessions analysées, les équipes qui prenaient temps-mort marquaient 35.7% du temps, contre 53.0% pour celles qui n’arrêtaient pas le jeu. En efficacité, l’écart était aussi net : 0.773 point par possession après temps-mort, contre 1.06 point par possession sans temps-mort.

Autrement dit, dans cet échantillon, laisser jouer représentait +17.3 points de pourcentage de réussite, et près de 0.29 point supplémentaire par possession. L’auteur ajoutait même que les équipes qui ne prenaient pas de temps-mort étaient environ deux fois plus susceptibles de marquer que celles qui en prenaient.

L’étude invitait toutefois à la nuance car sur les situations où l’équipe était menée d’un ou deux points, l’écart entre appeler un temps-mort ou pas n’était pas statistiquement significatif. Il ne faut donc pas en conclure « qu’il ne faut jamais prendre temps-mort » mais plutôt que ce n’est pas un bouton magique, et que son intérêt dépend du score, du chrono, des matchups, des joueurs sur le terrain et de la capacité de l’équipe à jouer dans le chaos.

Le temps-mort aide (surtout ?) la défense

C’est là que le choix de Mitch Johnson se comprend le mieux. En NBA, un temps-mort en fin de match permet évidemment d’avancer le ballon en zone avant si l’équipe le demande avant d’avoir fait progresser la balle. Il offre aussi 75 secondes pour dessiner une action… mais il autorise également tous les remplacements.

Ne pas appeler de temps-mort, cela permet ainsi d’attaquer face à une défense qui n’est pas en place, et surtout face à des joueurs qui étaient chargés d’attaquer, et qui sont donc plus friables défensivement.

Sur cette séquence, les Spurs auraient potentiellement pu cibler Jalen Brunson ou Karl-Anthony Towns. Après les lancers-francs de Jalen Brunson et le temps-mort finalement appelé par Mitch Johnson, Mike Brown a ainsi fait sortir ses deux cibles défensives, remplacées par Landry Shamet et Mitchell Robinson.

C’est ce dernier qui va d’ailleurs contester l’ultime shoot de Victor Wembanyama à mi-distance, après avoir déjà bien gêné le Français sur la possession défensive précédente. « Je ne sais pas combien de temps il a joué au quatrième quart-temps, ni même pendant tout le match, mais on l’a envoyé sur le terrain. Il a réussi un stop. On l’a sorti. On l’a remis. Il a fait la même chose. Il a juste fait son boulot », a résumé le coach new-yorkais.

Appeler un temps-mort, c’était ainsi donner la possibilité aux Knicks de placer leurs meilleurs défenseurs en jeu.

Le bon choix, la mauvaise exécution ?

Le paradoxe est cruel pour les Spurs. Sur le fond, laisser jouer était défendable. Les données NBA suggèrent même que le temps-mort réduit les chances de marquer sur la dernière possession. Les statistiques NCAA vont dans le même sens. Et le contexte tactique face aux Knicks rendait logique l’idée d’attaquer avant que Mike Brown ne puisse réorganiser sa défense. Mais dans une fin de match de Finals, le processus ne survit pas au résultat…

Et le résultat, c’est que Victor Wembanyama et les Spurs avaient fait un énorme effort pour recoller, avec un 14-0, et que cette jeune équipe n’avait pas la lucidité nécessaire pour jouer dans le désordre.

Wemby a pourtant aimé son dernier tir. Mitch Johnson aussi. « On voulait mettre Fox et Victor dans un pick-and-roll », a expliqué le coach. « Fox lui a fait une bonne passe. Il a reçu le ballon avec de l’espace. Il a pris un bon tir. »

« Bien sûr que j’ai aimé ce tir », a confirmé l’intérieur texan. « Dans ces moments-là, il faut shooter pour marquer. Le résultat compte plus que le processus. Il faut simplement marquer. Je dois simplement marquer. »

Dans la NBA moderne, refuser le temps-mort en fin de match n’est donc plus une faute de coaching. C’est souvent un pari analytique, tactique et psychologique. Mitch Johnson a fait ce pari et les chiffres lui fournissent des arguments. Mais il suffit d’un malentendu et d’une perte de balle pour rappeler que ce ne sont que des arguments.

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Rédacteur de contenu Dimitri Kucharczyk

Tombé amoureux de la balle orange au son de la voix de George Eddy et des arabesques de Penny Hardaway et Hakeem Olajuwon, Dimitri a intégré BasketUSA en 2008, avant d'en devenir rédacteur en chef

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