Le 6 octobre 1993, Michael Jordan annonçait sa première retraite

NBA – Il y a 33 ans, au lendemain du premier « threepeat » des Bulls, Michael Jordan ne trouve plus de challenge à sa taille. Sa passion pour le basket s’est émoussée. Il est usé mentalement. L’assassinat de son père en juillet l’a profondément affecté et il décide de quitter les terrains NBA.

Michael Jordan« Sa Majesté » annonce ce 6 octobre 1993 qu’il met un terme à sa carrière. Retraite dont Michael Jordan sort quelques mois plus tard pour tenter le pari fou de devenir joueur professionnel de baseball. En pointillé, une question lancinante : « MJ » est-il l’un des meilleurs athlètes de tous les temps ?

Il était une fois le meilleur basketteur de tous les temps. Dès son plus jeune âge, Michael Jordan fut un sportif accompli. Basket, baseball, football américain, golf… « MJ » est un surdoué. Au sortir de l’année 1993, il a tout gagné dans le sport qui l’a consacré roi parmi les rois. Trois titres NBA. Deux titres olympiques. Un collier de récompenses individuelles. L’homme de tous les records décide subitement de prendre sa retraite. Subitement pour le grand public. Mais pas pour l’intéressé qui expliquait, dans son autobiographie « For the Love of the Game », parue en 1998, avoir préparé son départ dès l’été 1992.

« Je vais choquer le monde entier. Je vais quitter le basket pour aller jouer au baseball », avait-il lancé avant les Jeux olympiques de Barcelone. Devant la stupeur de son interlocuteur, il avait ajouté : « J’en ai parlé à mon père. Je suis très sérieux. La seule raison pour laquelle je reste, c’est pour réussir le “threepeat”. Actuellement, c’est mon unique motivation. »

De sondages en enquêtes, tout le monde s’interroge alors sur le retour, possible ou probable, de « Sa Majesté ». Effectivement, Michael va revenir. Mais il feinte et prend tout le monde à contre-pied. Quatre mois après l’annonce de sa retraite, Jordan reprend le sport, mais c’est pour s’essayer au baseball, le passe-temps national des Américains, dans l’organisation des White Sox de Chicago.

« Mon but n’est pas d’être All-Star, MVP ou de frapper pour 30%, mais d’évoluer dans la ligue majeure », déclare le rookie pas comme les autres.

Jordan intègre l’organisation des White Sox par l’intermédiaire de l’un de ses clubs affiliés. Comme à son habitude, il s’entraîne énormément. Ce changement de cap sportif étonne. Pourquoi le baseball ? A-t-il les qualités pour y briller ? Ses proches rappellent une anecdote. Lorsqu’il était enfant, son père ne lui avait-il pas prédit qu’il ferait un excellent joueur professionnel de baseball ? À 12 ans, il est à un match de mener son équipe de Wilmington (Caroline du Nord) aux World Series de Little League, avec une défaite 1-0 en finale de l’Eastern Regional.

À 14 ans, il rêve davantage d’imiter les Athletics d’Oakland que les Celtics de Boston, l’équipe vedette de toute une génération de basketteurs en herbe. Avec un ami, Mike manie la balle entre deux parties de basket sur son playground. Lors de son année junior de high school, il est relégué dans l’équipe réserve de basket. Au même moment, l’équipe de baseball du lycée cherche un volontaire pour remplacer un joueur blessé. Jordan se lève et prend la place laissée vacante. « Tout petit déjà, c’était son sport favori », expliquait son père.

Dès lors, tout le monde s’interroge. Va-t-il réussir aussi bien avec la petite balle blanche qu’avec la grosse balle orange ? Qu’importe, Jordan a envie de se faire plaisir, comme le confirme son agent, David Falk : « Mike fait ça pour le fun et aussi pour relever un challenge. Il est riche, il n’a que 30 ans, il a envie d’essayer d’autres choses. C’est le genre de feeling que toute personne a quand elle prend sa retraite. Mais pour le commun des mortels, cette sensation n’arrive que vers 60 ans… »

Le prototype de l’athlète moderne

En fait, cette reconversion recouvre une autre réalité. Il s’agit aussi de savoir si Michael Jordan est un surdoué du sport au-delà de la sphère basket. Avec ses 1,98 m et ses 90 kg, possède-t-il les qualités physiques pour s’essayer à plusieurs disciplines ? Déjà, on sait que « MJ » a excellé dans toutes ses activités. La formation scolaire américaine favorise évidemment la pratique de plusieurs sports. Mais Michael possède ce petit plus qui fait les grands champions. Doué pour le basket, le football américain, le baseball mais aussi le golf, Mike est le prototype du sportif accompli avec un mental de battant. Il a toujours considéré le sport comme une passion et un plaisir. Avec cependant l’envie de ne jamais occuper une autre place que celle de premier…

Au-delà de cet amour pour le sport, Jordan est un formidable athlète. Détente, explosivité, coordination, dextérité, vision du jeu, équilibre, vitesse… Il cumule une multitude de qualités qui peuvent lui permettre d’envisager une reconversion vers une autre discipline. Et puis il y a aussi cette coordination œil-main indispensable au baseball.

« J’ai toujours su que la coordination de mes yeux et de mes mains était parfaite. Pendant longtemps, je me suis habitué à une balle plus grosse. Le pari de le faire avec une autre plus petite est un super challenge pour moi. Je réussirai si l’équipe sait utiliser mes qualités. »

Le propriétaire des Chicago White Sox, Jerry Reinsdorf, également propriétaire des Bulls, n’hésite d’ailleurs pas à déclarer : « Mike can do anything ! » (« Mike peut tout faire ! »).

« Jordan possède tous les atouts physiques nécessaires. À 30 ans, il est au top de sa condition. Il n’a pas encore entamé sa courbe descendante de vieillissement. Il a, en plus, le bonus de l’expérience et de l’endurance », explique alors Jean-Pierre de Mondenard, spécialiste en médecine sportive.

Michael est bâti pour être champion. Son gabarit est celui de l’athlète moderne. Sa musculature, notamment celle de ses jambes, est hors normes et son explosivité constitue l’un des éléments qui ont façonné sa domination sur les parquets. Autant de qualités potentiellement transférables vers d’autres disciplines.

« Le basket est un sport où de nombreuses qualités sont mises en exergue. Bien entendu, ça sert quand on pratique une autre activité. La dextérité et les longs doigts de Michael, par exemple, lui donnent une envergure, un bras de levier plus importants. Ils favorisent une perception du toucher et une précision plus grandes. Un gars comme Michael court comme n’importe quel athlète de 1,80 m. Il démarre sur 15 m comme un dragster. Dans tous les sports, le démarrage est fondamental. Et puis le basket est une discipline qui permet une synchronisation à toute épreuve. Quand vous courez vers la gauche en regardant vers votre droite et en dribblant en même temps, vous travaillez et développez vos trajectoires et votre vision de l’espace. Jordan a des appuis hyper efficaces, instantanés, tout en regardant ailleurs. »

« Je ne peux passer une journée sans faire de sport »

Alors, « MJ » parmi les meilleurs athlètes de tous les temps ? « Depuis mon adolescence, je ne peux passer une journée sans faire de sport », explique le champion. « Mon menu de préparation comporte de la musculation, beaucoup de natation, des séances de stretching et de la relaxation. J’ai une alimentation équilibrée et j’ai pratiqué de nombreux sports. »

« Il est évident qu’il a un gabarit parfait mais pour moi, la référence absolue reste le décathlon », commente Jean-Pierre de Mondenard. « Là, sur dix épreuves très athlétiques, on pourrait mesurer précisément toutes ses qualités. Il existe des sports, le cyclisme sur piste par exemple, où sa puissance de bassin serait intéressante. »

Le cas Jordan est-il unique ? Évidemment non.

« Ricardo Patrese, le champion italien de Formule 1, fut sélectionné plus jeune dans les équipes nationales italiennes de ski et de natation », reprend le spécialiste de la médecine sportive. « La meilleure athlète de l’année 1971, l’Autrichienne Ilona Gusenbauer, détenait le record du monde de saut en hauteur et jouait en Coupe d’Europe de basket avec Vienne. Bo Jackson, aux États-Unis, a mené de front une carrière au baseball et une carrière de footballeur américain. Je crois que Jordan a toujours su contredire les idées reçues. »

Mais à 30 ans, n’est-il pas trop tard pour se lancer dans une autre discipline ? « Les exemples de sportifs qui ont éclaté sur le tard ne manquent pas. À 39 ans, le cycliste Gilbert Duclos-Lasalle a remporté Paris-Roubaix… À 30 ans, MJ est en pleine force de l’âge. »

Danny Ainge, qui a disputé trois saisons professionnelles de baseball avec les Toronto Blue Jays avant de se lancer dans une brillante carrière de basketteur, glisse une note humoristique : « Michael a plus de chances d’être pro au baseball qu’au golf. Je sais de quoi je parle, j’ai joué au golf avec lui… S’il réussit dans sa nouvelle carrière, il sera le plus grand athlète que la Terre ait jamais connu. »

James Jordan ne verra jamais son fils s’avancer sur un diamant professionnel. Le 23 juillet 1993, le père de Michael est tué en Caroline du Nord. Un drame qui frappe profondément le joueur des Bulls, très proche de lui.

Mike poursuit malgré tout ce rêve partagé avec son père et participe au training camp des White Sox avant d’intégrer, le 31 mars 1994, les Birmingham Barons, équipe affiliée à Chicago en ligue mineure.

Chez les Barons, il revêt le numéro 45, qu’il portera également lors de son retour chez les Bulls en mars 1995. Jordan effectue une saison complète, disputant 127 matches au poste de champ extérieur. En 436 passages à la batte, il affiche une moyenne de .202, avec trois home runs et 114 retraits sur trois prises.

On oubliera vite que le triple champion NBA inscrit également 51 points et vole 30 bases. À l’automne 1994, il poursuit son apprentissage en Arizona Fall League, sous les couleurs des Scottsdale Scorpions.

« Si vous vous fiez à ses seules stats, il a de réelles capacités », commente Ed Wade, alors dirigeant des Philadelphia Phillies. « Je l’ai vu en Arizona Fall League après la saison régulière et tous les scouts s’accordaient pour dire qu’il avait effectué des progrès significatifs. »

Humilié par une couverture de « Sports Illustrated »

« MJ » participe au training camp des White Sox au printemps suivant mais son rêve de rejoindre les ligues majeures ne se concrétisera pas. Il annonce finalement son retrait des terrains de baseball le 2 mars 1995.

Seize jours plus tard, il fera son grand retour en NBA avec un tonitruant « I’m back ! ». Son passage à la batte aura aussi été marqué par une couverture particulièrement sévère de « Sports Illustrated », le grand hebdomadaire sportif américain dont il fut l’une des figures les plus présentes. En mars 1994, « SI » s’était fendu d’un lapidaire : « Bag it, Michael ! » (« Remballe, Michael ! »).

C’est peu dire que l’intéressé goûta peu le crime de lèse-majesté. Il coupa toute communication avec la revue pendant de longues années.

L’auteur de l’article, Steve Wulf, totalement étranger au choix du titre de Une, en subit également les conséquences. En marge de la polémique, « Sports Illustrated » posait la question qui taraudait quelques esprits, certains estimant que l’icône planétaire du début des années 1990 risquait de ternir son image, son aura et sa place dans l’histoire du sport en se montrant sous un jour beaucoup plus humain à la batte. Une interrogation dont Jordan se gaussa.

« Si je strike 15 millions de fois, est-ce que cela va diminuer le mérite de mes 32 points de moyenne en carrière ? Si j’échoue au baseball, cela fera-t-il de moi un joueur de basket moins bon ? Rien de ce qui se passe sur les diamants ne pourra ternir ce que j’ai fait sur les parquets. »

Le débat se déplace alors sur un autre terrain. Longtemps, on discutera de la place de « MJ » parmi les plus grands athlètes de l’histoire.

ESPN publiera plusieurs classements du genre. Un classement des athlètes « all-around » plaçait notamment Jordan derrière plusieurs sportifs ayant excellé dans différentes disciplines, dont Jim Brown, Jim Thorpe, Dave Winfield, Bo Jackson ou encore Jackie Robinson.

Un panel de 48 personnalités distingua quant à lui Jordan comme le plus grand athlète nord-américain du XXe siècle devant Babe Ruth, Muhammad Ali, Jim Brown, Wayne Gretzky, Jesse Owens ou encore Carl Lewis. Une manière de rappeler que son détour par les terrains de baseball n’aura finalement rien enlevé à sa légende.

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