À une extrémité du terrain, Dwight Howard, Dwyane Wade ou encore LeBron James multiplient les dunks pendant l’échauffement. À l’autre, les Grecs s’appliquent tranquillement aux lancers-francs. Le contraste ressemble aujourd’hui à une métaphore parfaite de ce qui va suivre.
Ce 1er septembre 2006, à Saitama, les Etats-Unis disposent encore de la collection de talents la plus impressionnante de la planète. Mais pendant quarante minutes, la Grèce va être la meilleure équipe.
Vingt ans jour pour jour après cette demi-finale du championnat du monde, le 101-95 infligé par les Grecs à Team USA reste ainsi l’un des grands séismes de l’histoire du basket international. Et surtout l’ultime avertissement dont les Américains avaient besoin avant la naissance de la « Redeem Team ».
La Grèce récite son basket
Pourtant, tout commence comme prévu. Team USA mène 20-14 après un quart-temps puis prend jusqu’à douze longueurs d’avance (33-21), sur un tir à 3-points de Joe Johnson. Le rouleau compresseur semble lancé.
Sauf que les champions d’Europe 2005 ne paniquent absolument pas. Sous la direction de Theo Papaloukas, ils passent un 9-0 aux Américains. Puis Sofoklis Schortsanitis entre véritablement en scène.
À 21 ans, « Baby Shaq » pèse environ 130 kilos et n’a encore jamais joué en NBA. Cela n’empêche pas l’intérieur de l’Olympiakos de martyriser la défense américaine sur le pick-and-roll. Ecran, plongée vers le cercle, passe de Papaloukas, panier. Puis on recommence, encore et encore.
Chris Bosh reconnaîtra après la rencontre l’impuissance américaine : « Ils ont joué le même système pendant tout le match. Et pourtant, nous ne sommes jamais parvenus à faire les bons ajustements », rapportait-il.
Sofoklis Schortsanitis inscrit finalement 14 points en seulement 17 minutes, à 6/7 au tir. Papaloukas distribue lui 12 passes décisives. Et après avoir terminé la première mi-temps sur un 24-8, la Grèce mène 45-41.
Treize possessions, treize paniers
Le plus impressionnant reste à venir. Car au retour des vestiaires, la défense américaine n’a toujours pas de réponse. La Grèce marque sur ses treize premières possessions de la seconde mi-temps.
Dimitris Diamantidis, Kostas Tsartsaris et Vassilis Spanoulis sanctionnent derrière l’arc. Les passes supplémentaires se succèdent et les Américains courent systématiquement derrière le ballon. « Il semblait qu’ils n’avaient rien raté de tout le troisième quart-temps », résumera Dwyane Wade…
Ce n’est presque pas une impression. Sur les deuxième et troisième quart-temps cumulés, la Grèce réussit 25 de ses 33 tirs ! Elle inscrit 63 points en vingt minutes face à une sélection qui compte pourtant LeBron James, Shane Battier ou Chris Paul parmi ses défenseurs.
Vassilis Spanoulis est le symbole de cette démonstration. L’arrière termine avec 22 points à 6/10 au tir et 7/9 aux lancers-francs. À la fin du troisième quart-temps, il traverse encore le terrain pour inscrire un panier au buzzer et donner douze longueurs d’avance aux siens (77-65). À Saitama, l’impensable prend forme.
Carmelo Anthony sonne la révolte, mais trop tard
Team USA possède évidemment trop de talent pour disparaître sans réagir. Dwyane Wade accélère, LeBron James attaque le cercle et Carmelo Anthony, meilleur Américain du tournoi, termine avec 27 points. À 36 secondes de la fin, un 3-points de Kirk Hinrich ramène même les Etats-Unis à quatre longueurs (95-91).
Mais ils ont laissé trop de points en route : 9/28 à 3-points et surtout 20/34 aux lancers-francs. La Grèce ne tremble pas et Mihalis Kakiouzis inscrit quatre lancers dans les dernières secondes. 101-95.
Theo Papaloukas expédie le ballon vers les tribunes et les Grecs se jettent les uns sur les autres. LeBron James, Dwyane Wade, Chris Paul, Dwight Howard et Chris Bosh joueront pour le bronze. « C’est un choc pour nous », reconnaît Carmelo Anthony. « Nous étions très motivés par la conquête du titre et ça fait mal de perdre. »
« Nous devons mieux apprendre le basket international »
Pour les Etats-Unis, cette défaite est d’autant plus douloureuse qu’ils pensaient avoir déjà tiré les leçons du passé. Après la sixième place du Mondial 2002 à Indianapolis puis le bronze olympique d’Athènes en 2004, Jerry Colangelo avait repris le programme en main et confié la sélection à Mike Krzyzewski. Les joueurs étaient invités à s’engager sur plusieurs étés afin de créer la continuité dont Team USA avait cruellement manqué.
Le Mondial 2006 devait être la première étape de la reconquête. La Grèce montre qu’elle est encore incomplète.
« Nous devons mieux apprendre le basket international », reconnaît Coach K. « Nous avons beaucoup appris aujourd’hui parce que nous avons affronté une équipe qui joue un basket extraordinaire et qui joue ensemble. »
Au-delà de l’échec tactique sur le pick-and-roll, les Etats-Unis comprennent notamment qu’ils ne peuvent plus se contenter de connaître leurs adversaires de loin. Des années plus tard, Mike Krzyzewski expliquera que cette défaite avait poussé Team USA à améliorer considérablement son scouting. Plus question que cela se reproduise.
Le traumatisme qui accompagne la « Redeem Team »
Un an plus tard, Kobe Bryant rejoint le programme américain. Jason Kidd revient également, tandis que LeBron James, Dwyane Wade, Carmelo Anthony, Chris Paul, Chris Bosh et Dwight Howard poursuivent l’aventure. La continuité voulue par Jerry Colangelo commence enfin à porter ses fruits.
En 2008 à Pékin, lorsque Team USA retrouve la Grèce en phase de poules, le souvenir de Saitama est toujours là. Cette fois, les Américains étouffent leurs bourreaux : 92-69.
Quelques jours plus tard, Kobe Bryant et compagnie dominent l’Espagne dans une finale spectaculaire et rendent aux Etats-Unis le titre olympique qu’ils attendaient depuis 2000. La « Redeem Team » a accompli sa mission.
Et la défaite contre la Grèce restera finalement l’unique revers de Mike Krzyzewski à la tête de Team USA. Dix ans plus tard, le technicien la décrivait toujours comme la plus grande déception de sa carrière, avec une image particulièrement forte : « La maison avait brûlé. Nous étions déprimés et honteux. » Mais très revanchards.
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