Amar’e Stoudemire : « Mon ballon de basket était devenu mon thérapeute »

Le même soir que Mike D’Antoni, Amar’e Stoudemire est entré au Hall Of Fame, et il est revenu sur ses passages aux Suns, mais aussi aux Knicks.

amar'e stoudemire

Des dunks ravageurs, une explosivité hors norme et ce fameux duo avec Steve Nash qui a contribué à transformer la NBA. Pour son entrée au Hall of Fame, Amar’e Stoudemire aurait pu longuement revenir sur ses plus belles années avec les Suns. Mais l’ancien intérieur a surtout raconté le chemin parcouru, depuis une enfance compliquée en Floride jusqu’aux sommets de la NBA. Un parcours qu’il résume par un mot : la persévérance.

« Cette aventure a été une aventure de persévérance », a-t-il expliqué, après avoir remercié sa famille, ses coéquipiers, ses entraîneurs et les fans qui l’avaient vu « voler dans les airs et attaquer le cercle ».

Le ballon comme « meilleur ami » et « thérapeute »

L’histoire d’amour entre Amar’e Stoudemire et le basket commence avec son père, qui l’emmène assister à un match de lycée auquel participe l’un de ses cousins. Ce dernier capte un alley-oop et s’accroche au cercle. Le jeune Amar’e est conquis. « À partir de ce moment-là, j’ai su que je voulais jouer au basket. Je suis tombé amoureux de ce sport. »

Son premier ballon lui est ensuite offert par sa mère. Dans une enfance marquée par la pauvreté et de nombreux déménagements, il devient bien davantage qu’un simple objet : « Ce ballon est devenu mon meilleur ami, il est devenu mon thérapeute. »

De Lake Wales à Newburgh, Port Jervis, Atlanta ou Winter Haven, Stoudemire l’emmène partout. Lorsqu’il traverse une période difficile, il trouve un terrain et joue seul, imaginant Michael Jordan face à lui. « Dès qu’il y avait un problème ou une situation à gérer, j’allais sur un terrain avec mon ballon et je jouais en un-contre-un contre un Michael Jordan imaginaire. »

À 13 ans, son premier dunk change tout

Étonnamment, Amar’e Stoudemire ne commence le basket organisé qu’à 13 ans, grâce à un programme lancé par le Magic d’Orlando. Dès son premier match, le phénomène physique apparaît.

« J’ai eu le ballon, je suis parti et j’ai dunké. La foule est devenue folle, comme si personne n’avait jamais vu un gamin de 13 ans dunker sur quelqu’un. »

Sa réputation dépasse rapidement son quartier puis la Floride. Mais au lycée, Stoudemire sent également qu’il prend une mauvaise direction. À 15 ans, il décide donc lui-même qu’il doit changer d’environnement.

Son entraîneur lui propose notamment la Mount Zion Academy, l’école fréquentée par Tracy McGrady. Cela suffit à convaincre « STAT ».

« T-Mac était une inspiration pour moi. Il venait du même endroit que moi et ça m’a permis de penser que quelqu’un comme moi pouvait passer directement du lycée à la NBA. »

Deux saisons au lycée avant la NBA

Après son passage à Mount Zion, sa dimension athlétique explose et Stoudemire devient l’un des meilleurs lycéens du pays. Mais son parcours reste chaotique, avec plusieurs changements d’établissement et une situation familiale instable.

« Quand vous êtes l’un des meilleurs joueurs du pays, tout le monde vous tire dans une direction en essayant d’obtenir quelque chose de vous. À 16 ans, vous ne savez pas vraiment ce que tout cela signifie. Vous essayez simplement de jouer, d’atteindre votre potentiel et d’aller en NBA. »

McDonald’s All-American, MVP du Michael Jordan Capital Classic et initialement engagé avec Memphis et John Calipari, il décide finalement de sauter l’étape universitaire. Phoenix le sélectionne en neuvième position de la Draft 2002.

Le plus impressionnant ? Stoudemire rappelle qu’au milieu de toutes ces turbulences, il n’avait disputé que deux véritables saisons de basket au lycée ! « Malgré tout ce chaos, je suis toujours resté concentré. J’ai persévéré à travers tout ça. »

« À Phoenix, nous avons changé le basket »

Dans l’Arizona, le lycéen découvre qu’il ne suffit plus d’être plus grand, plus fort et plus athlétique que les autres. Il doit apprendre le basket et surtout devenir professionnel. Penny Hardaway, Tom Gugliotta, Stephon Marbury et les autres vétérans deviennent alors ses professeurs.

Puis arrive l’explosion.

Avec Steve Nash, Shawn Marion et Mike D’Antoni, Amar’e Stoudemire devient la pointe du système « Seven Seconds or Less ». Un basket rapide, offensif et sans véritable position fixe qui annonce, avec plusieurs années d’avance, une partie de l’évolution de la NBA.

« On s’est tellement amusés. Nous avons changé le basket. Tout était tellement facile pour nous. Nous avons adopté la stratégie de Mike D’Antoni, nous avons commencé à jouer un basket sans positions et nous sommes partis à toute vitesse. »

Le terrible coup d’arrêt de 2005

Mais son discours au Hall of Fame est justement construit autour de cette idée de persévérance. Car au moment où Stoudemire semble destiné à dominer la NBA, son genou menace de tout arrêter. Après avoir tourné à 37 points de moyenne en finale de conférence Ouest, il revient à Phoenix avec l’ambition de jouer le titre. Le diagnostic tombe pendant le « training camp » : l’obligation de subir une opération par microfractures après une blessure à un genou.

« À l’époque, une opération par microfractures, ça s’appelait la retraite » rappelle-t-il, sans citer Greg Oden, Penny Hardaway ou encore Tracy McGrady.

Stoudemire manque quasiment toute la saison et entend les doutes s’accumuler : il ne sera plus jamais le même, sa carrière au sommet est terminée… « Une nouvelle fois, la persévérance est entrée en jeu. »

L’intérieur suit scrupuleusement son programme de rééducation. Sa réponse sera spectaculaire : il retrouve un niveau All-NBA et dispute même les 82 matchs de la saison 2006/07.

« Il n’y a rien de comparable au Garden »

Après huit saisons à Phoenix et cinq sélections au All-Star Game, Amar’e Stoudemire rejoint les Knicks en 2010. Pour celui qui avait également grandi à New York et regardé les affrontements entre les Knicks et les Bulls dans son enfance, l’arrivée à Madison Square Garden représente quelque chose de particulier.

« Il n’y a rien de comparable. Quand vous entendez les chants «MVP» chaque soir, que les gens scandent votre nom et que la salle tremble… New York est le meilleur endroit pour jouer. »

Et Stoudemire n’a pas oublié qu’à son arrivée, les Knicks sortaient d’une longue traversée du désert : « Personne ne voulait aller à New York. Moi, je me suis dit : «Les Knicks sont de retour et on va le faire.» »

Avant de se réjouir de les avoir vus remporter le titre en 2026.

Une carrière terminée par un titre

Après New York et un passage à Miami, Amar’e Stoudemire poursuit finalement sa carrière en Israël. Un choix dépassant largement le cadre sportif pour celui qui explique avoir étudié la Torah et l’histoire biblique pendant près de vingt ans. Le contraste avec la NBA est immense : après les avions privés et les hôtels cinq étoiles, il retrouve les déplacements en bus et les petites salles.

« J’étais là-bas pour une raison plus profonde » insiste-t-il. « Le voyage vous emmène parfois sur des chemins que vous ne pouvez pas imaginer lorsque vous êtes jeune. Je suis extrêmement reconnaissant d’avoir pu persévérer pendant toute ma carrière et de l’avoir terminée par un titre. »

Entouré de sa femme, de ses six enfants et de ses proches pour cette consécration, Amar’e Stoudemire a finalement terminé comme il avait commencé : en revenant sur le gamin qu’il était et sur les obstacles qu’il avait dû franchir.

Son message à ceux qui grandissent dans des environnements difficiles ? Éviter les problèmes, rester positif, conserver un objectif et ne jamais abandonner. « Restez concentrés, donnez du sens à ce que vous faites et gardez toujours à l’esprit la persévérance. Peu importe ce que vous traversez, vous pouvez surmonter n’importe quoi. »

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Coordinateur éditorial du site Fabrice Auclert

Depuis 1994, Fabrice encadre la rédaction de Basket USA. Editeur, il co-dirige une agence de presse qui fournit du contenu pour la presse spécialisée (sciences, sport, politique, high-tech, automobile...).

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