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Doc Rivers avait choisi trois visages particulièrement symboliques pour l’accompagner au moment de son entrée au Hall of Fame : Ray Allen, Kevin Garnett et Paul Pierce, les trois piliers des Celtics champions NBA en 2008. Une façon de rappeler que, pour le technicien, cette consécration individuelle est avant tout le résultat d’une aventure collective.
« Je ne sais même pas par où commencer en regardant cette salle », a-t-il lancé au début de son discours. « Le basket a été toute ma vie. » Avant de plaisanter sur cette voix éraillée devenue l’une de ses marques de fabrique : « Ce n’est pas ma vraie voix. C’est le coaching qui me l’a volée. » Et de rappeler également que son véritable prénom n’est évidemment pas Doc, mais Glenn.
De Maywood au Hall of Fame
L’ancien entraîneur des Bucks a surtout profité de cette soirée pour remonter le fil de sa vie. Tout commence à Maywood, dans la banlieue de Chicago, et à Proviso East High School, établissement qui a produit une douzaine de joueurs NBA.
Pour le jeune Glenn Rivers, voir des sportifs issus de son quartier réussir au plus haut niveau a été déterminant. Son oncle Jim Brewer évoluait en NBA tandis que son cousin Ken Singleton jouait en MLB. « Les voir réussir m’a façonné. Je voulais être comme eux. Et surtout, je croyais que je pouvais y arriver parce qu’ils l’avaient fait. »
Son premier grand défi sportif était pourtant beaucoup plus familial : battre son frère aîné, Gar, qui lui infligeait régulièrement de sévères corrections en un-contre-un. Jusqu’au jour où Doc Rivers finit par prendre le dessus devant toute l’équipe de son lycée et fut promu dans l’équipe première, aux côtés de son frère. Un souvenir qu’il considère encore comme « l’un des plus beaux moments » de sa vie.
« Utilise le basket, ne laisse pas le basket t’utiliser »
Très ému lorsqu’il a évoqué ses parents disparus, Doc Rivers a également raconté les principes transmis par son père, policier, entraîneur de Little League et premier propriétaire noir d’un magasin de disques dans la région de Chicago. « Il n’y aura pas de victimes dans la famille Rivers », lui répétait-il lorsqu’il se plaignait.
Sa mère avait une autre formule : « Tu es exactement là où tu dois être. » Une phrase qu’elle utilisait aussi bien lorsque tout allait bien que dans les périodes difficiles, pour lui rappeler qu’il fallait alors agir pour changer les choses.
Doc Rivers a ensuite rendu hommage aux entraîneurs et dirigeants qui lui ont ouvert la voie, de George Raveling à Lenny Wilkens, KC Jones ou John Thompson. Avec notamment cette phrase de George Raveling, entendue alors qu’il était encore au lycée : « Utilise le basket, ne laisse pas le basket t’utiliser. » « Ce point de vue m’a accompagné toute ma vie » a-t-il ajouté.
Pat Riley avait vu juste
Et puis il y a eu Pat Riley. Alors meneur des Knicks, Doc Rivers avait eu avec son entraîneur « la plus grosse dispute » de sa carrière. Le ton était tellement monté que Jeff Van Gundy, derrière la porte, se demandait s’il allait devoir intervenir s’il entendait des meubles bouger…
Au milieu de l’altercation, Pat Riley lui avait pourtant lancé une prédiction : « Un jour, quand tu seras entraîneur – et tu le seras –, tu comprendras exactement ce que je veux dire. »
La réponse de Doc Rivers ? « Tu es fou ? Je ne serai jamais entraîneur ! »
Des années plus tard, il a donc profité de son intronisation pour remercier Pat Riley d’avoir eu raison. Mais surtout pour rappeler l’une des grandes leçons que l’ancien coach des Lakers, Knicks et Heat lui avait transmise : ne jamais entraîner quelqu’un uniquement pour le joueur qu’il est aujourd’hui, mais le pousser vers celui qu’il peut devenir demain.
Un lien « pour le reste de nos vies » avec les Celtics de 2008
C’est évidemment son passage à Boston qui occupe une place centrale dans sa carrière d’entraîneur. Arrivé chez les Celtics en 2004, Doc Rivers avait conduit le « Big Three » formé par Kevin Garnett, Paul Pierce et Ray Allen jusqu’au titre en 2008, puis à une nouvelle finale NBA deux ans plus tard. Face aux trois hommes qui l’accompagnaient sur scène, il a tenu à les remercier de l’avoir laissé les diriger : « Ce qui vous rendait exceptionnels pour moi, c’est que vous m’avez permis de vous coacher. »
Il s’est notamment souvenu de cette fameuse sortie en « Duck Boat » organisée à 8 heures du matin, qui n’avait pas franchement enthousiasmé Kevin Garnett. « Je ne peux pas proférer d’insultes, donc je ne peux rien vous répéter de ce que Kevin Garnett avait dit », a-t-il plaisanté.
Plus sérieusement, Doc Rivers a insisté sur le lien indestructible créé par le titre de 2008 : « Quand vous gagnez un titre, vous êtes liés pour le reste de votre vie. »
Au-delà du trio de stars, l’ancien coach du Magic, des Celtics, des Clippers, des Sixers et désormais des Bucks a tenu à associer à son intronisation tous ceux qui ont participé à sa carrière : dirigeants, assistants, préparateurs, responsables vidéo, intendants et bien sûr joueurs.
« À chaque joueur qui m’a suffisamment fait confiance pour que je l’entraîne : il y a sûrement eu des moments où je n’étais pas facile à vivre. Il y a sûrement eu des moments où j’avais tort. Mais je peux vous garantir que mes intentions étaient toujours les bonnes. J’essayais soit de vous rendre meilleur, soit d’aider l’équipe à gagner. »
La leçon de son fils Austin
Une philosophie qu’il a également appliquée à son propre fils, Austin Rivers, qu’il a eu la particularité d’entraîner aux Clippers. Une expérience qui lui a même permis de comprendre quelque chose d’essentiel à ses yeux.
Austin Rivers lui avait ainsi expliqué qu’il acceptait que son père soit plus dur avec lui qu’avec les autres parce qu’il savait que cela venait « d’un endroit rempli d’amour ». « Je me suis dit : voilà le secret. Si vous pouvez être dur avec vos joueurs et qu’ils savent que cela vient d’un endroit rempli d’amour, alors vous pouvez vraiment réussir dans ce métier. »
Après près de 1 200 victoires comme entraîneur et une place parmi les 15 plus grands coaches de l’histoire désignés par la NBA, Doc Rivers pouvait alors boucler la boucle, en revenant à Maywood et à cette phrase de sa mère qui l’a accompagné toute sa vie.
« Le basket a emmené un gamin de Maywood à travers le monde, et il m’a amené sur cette scène ce soir. Je lui en serai éternellement reconnaissant » conclut-il, avant de finir avec ces mots. « Ma mère avait raison. Je suis exactement là où je suis supposé être. »
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