Réussir sa première en playoffs n’a rien d’anodin. Si l’on retient davantage les derniers matchs, ou ceux à l’enjeu plus grand, une première impression réussie est l’occasion de faire passer un message, et bien souvent de lancer une série du bon pied. Demandez à Victor Wembanyama, devenu le premier joueur de l’histoire dimanche à marquer 35 points tout en inscrivant cinq paniers à 3-points pour ses débuts en postseason.
D’autres ne peuvent pas en dire autant, entre contexte peu favorable (équipe performante aux responsabilités plus diluées, débuts très tôt en playoffs avant d’exploser…) et pression parfois trop forte. Pour d’autres gloires de la NBA, l’entrée en scène fut bien plus majestueuse. En voici quelques exemples de très haut niveau.
Michael Jordan
23 points, 10 passes dans une défaite contre les Bucks en 1985
Avant de signer la meilleure moyenne de points en carrière en playoffs, Michael Jordan n’est encore qu’un rookie quand ses Bulls se frottent à la tête de série numéro 2 de l’Est, les Milwaukee Bucks. Tous les regards sont braqués vers l’un des nouveaux visages de la ligue, auteur d’une saison régulière impressionnante (28,2 points). Pas de chance, il se retrouve nez à nez avec Sidney Moncrief, alors double défenseur de l’année sortant.
La première période est un régal, avec 19 points inscrits par MJ. Mais les Bucks se reprennent au retour des vestiaires, alors que Michael Jordan est touché à la jambe sur un choc. Il termine avec seulement quatre points inscrits en deuxième période, et un très moyen 7/19 au tir. Les Bulls s’inclinent et perdront la série 3-1.
Magic Johnson
13 points, 12 rebonds, 16 passes contre les Phoenix Suns en 1980
De sa première campagne de playoffs, on retient surtout de Magic Johnson son dernier match, joué comme pivot contre Philadelphie en l’absence de Kareem Abdul-Jabbar. Sa première sortie valait pourtant le détour. Chef d’orchestre des Lakers, le rookie laisse le scoring à Kareem Abdul-Jabbar (30 points), Norm Nixon (26) ou Jamal Wilkes (19).
Mais il s’occupe avec brio de tout le reste. Ses 16 passes décisives restent le plus gros total de l’histoire pour un débutant en playoffs. Il signe le premier de ses 30 triple-doubles en carrière en phase finale, et Los Angeles s’impose pour lancer sa route vers le titre.
Larry Bird
15 points, 7 rebonds, 3 passes contre les Houston Rockets en 1980
Comme Magic, Larry Bird signe ses premiers pas en playoffs en 1980. Les Celtics viennent de terminer la saison régulière avec le meilleur bilan de toute la ligue et visent le titre. Leur quête débute contre les Rockets, alors placés dans la Conférence Est.
Larry Bird n’a pas à forcer son talent dans le collectif léché de Boston. Il fait partie des sept joueurs à passer la barre des dix points, sans qu’aucun ne dépasse les 19 unités. L’ailier termine avec 15 points, 7 rebonds et 3 passes : des débuts réussis, avant une vraie montée en puissance dans ces phases finales, conclues à 21.3 points et 11.2 rebonds de moyenne malgré une élimination en finale de conférence contre les Sixers.
LeBron James
32 points, 11 rebonds, 11 passes contre les Washington Wizards en 2006
Enfin les playoffs, après deux premières saisons riches en attentes démesurées mais pas encore en victoires. On ne parle pas de Victor Wembanyama, mais, vingt ans plus tôt, de LeBron James. Ses Cavaliers regoûtent aux phases finales, portés par un jeune « King » assoiffé de reconnaissance.
Contre les Wizards de Gilbert Arenas, Antawn Jamison ou Caron Butler, il est survolté, attaquant le cercle avec férocité sans oublier ses partenaires. Cleveland mène tout le match, et sa star ne sort pas une seconde. Le résultat ? Un triple-double à plus de 30 points, du jamais-vu dans l’histoire pour un joueur disputant son premier match de postseason. La légende de LeBron James en playoffs pouvait difficilement mieux débuter.
Kareem Abdul-Jabbar
36 points, 20 rebonds, contre les Philadelphia 76ers en 1970
Monstrueux dès son arrivée dans la ligue, Kareem Abdul-Jabbar (alors encore appelé Lew Alcindor) ne tarde pas à découvrir les playoffs. Et les Sixers ne pourront absolument rien faire pour arrêter le pivot.
Dans une démonstration de domination, le joueur des Bucks survole la lutte au rebond avec 20 prises, quand aucun de ses adversaires n’atteint un total à deux chiffres.
En attaque, il est irrésistible avec 36 points inscrits (13/25, 10/13 aux lancers). Son seul bémol du soir ? Une sortie pour six fautes, la seule chose qui l’aura finalement freiné dans son match XXL. Cinquante-six ans plus tard, aucun rookie n’a dépassé sa marque offensive pour sa première en playoffs, et un seul l’a égalée…
Derrick Rose
36 points, 11 passes contre les Boston Celtics en 2009
Autre phénomène de précocité, Derrick Rose n’a toutefois pas encore les mêmes références que Kareem Abdul-Jabbar en arrivant en playoffs. Sa première restera pourtant comme une prestation éclatante, l’une des plus formidables performances de la décennie en playoffs, quel que soit le vécu du joueur ou l’enjeu.
Face aux Celtics, champions en titre, le meneur est intenable. Même avec un client comme Rajon Rondo face à lui, il épate la galerie, de sa première passe décisive pour un alley-oop avec Joakim Noah à ses pénétrations tranchantes vers le cercle. Ses exploits permettent aux Bulls d’aller chercher le Game 1 à l’extérieur, après prolongation.
Wilt Chamberlain
35 points, 27 rebonds contre les Syracuse Nationals en 1960
Avant Derrick Rose et Kareem Abdul-Jabbar, qui d’autre que Wilt Chamberlain pour fixer une première barre historique ? Sous les couleurs des Philadelphia Warriors, le pivot livre son habituel récital face aux Syracuse Nationals.
Ce n’est pas toujours très efficace (16/36 au tir, 3/10 aux lancers-francs), mais une telle débauche d’énergie débouche sur une ligne de statistiques gargantuesque dans un match facilement remporté par les Warriors. Pour sa première campagne, Wilt Chamberlain passera également 53 points dans le Game 3 contre les Nationals, puis 50 points et 35 rebonds dans le Game 5 contre les Celtics au tour suivant pour maintenir Philadelphie en vie.
Luka Doncic
42 points, 9 passes, 7 rebonds contre les Los Angeles Clippers en 2020
Luka Doncic découvre les playoffs NBA dans un drôle de contexte, la bulle Disney en pleine pandémie. Face aux Clippers de Kawhi Leonard et Paul George, le Slovène démontre qu’il n’est pas un joueur de 20 ans comme les autres, lui qui a déjà connu les plus hautes sphères du basket européen avec des sacres en Euroligue et à l’Euro 2017.
Il a tous les ballons, et joue les plaques tournantes du jeu des Mavericks, pour le pire (11 balles perdues…) mais surtout pour le meilleur. Tête de série numéro 7, Dallas tient longtemps tête à un des outsiders pour le titre grâce aux arabesques de sa star. Luka Doncic finit avec 42 points à 13/21 au tir et 14/15 aux lancers-francs, record historique pour un débutant. Mais il doit finalement s’incliner face à Los Angeles, malgré une résistance mémorable.
Shaquille O’Neal
24 points, 19 rebonds, 5 contres, 3 passes, 2 interceptions contre les Indiana Pacers en 1994
Dans ses plus belles années, il n’y avait simplement rien à faire face à Shaquille O’Neal. Les Pacers ont pu en attester plus d’une fois en playoffs. C’est face à Indiana que Shaq fait ses débuts en phase finale dans son style caractéristique : une domination physique totale, malgré les 224 centimètres de Rik Smits en face.
Ajoutez-y un corps encore très mobile et aérien — il ira jusqu’à chercher un de ses contres au-dessus du haut de la planche ! — et vous obtenez la première représentation du show O’Neal. Il ne manque au Magic que la victoire, chapardée par Byron Scott à 3-points à deux secondes de la fin (88-89).
Allen Iverson
30 points, 7 passes, 5 rebonds contre le Orlando Magic en 1999
Allen Iverson a déjà marqué la NBA de son empreinte en 1999 en devenant le plus petit joueur de l’histoire à terminer meilleur scoreur de la ligue. Reste désormais à le prouver dans des sphères encore plus élevées.
Sur le parquet du Magic, « AI » est surveillé de près. Mais ses crossovers et sa rapidité font des ravages dans la défense d’Orlando, qui ne trouve pas la parade. Allen Iverson termine meilleur marqueur (évidemment) du match. Et les Sixers créent la surprise pour le premier carton d’Allen Iverson en playoffs, mais pas le dernier.
Nikola Jokic
10 points, 14 rebonds, 14 passes contre les San Antonio Spurs en 2019
Après trois saisons à peaufiner son jeu si atypique, Nikola Jokic découvre les playoffs avec une certaine ambition, alors que Denver a grimpé directement à la 2e place de la Conférence Ouest. Opposé aux Spurs, Jokic fait du Jokic, altruiste au possible (14 des 17 passes décisives du cinq de départ des Nuggets) sans forcer.
Le Serbe en est presque trop discret avec ses 10 petits points et seulement neuf tirs tentés. Mais son triple-double donne un premier échantillon de ce qui attend la NBA pour de nombreuses saisons ensuite. Cela n’empêchera pas San Antonio de créer la surprise dans le Colorado dans ce match.
Kobe Bryant
2 points contre les Portland Trail Blazers en 1997
On peut devenir l’un des plus grands attaquants de l’histoire et avoir malgré tout découvert les playoffs au bout du banc. Chez des Lakers centrés autour de Shaquille O’Neal, Kobe Bryant n’est qu’un rookie débarquant du lycée, qui a encore beaucoup à apprendre.
Son premier match tient davantage du stage d’observation que d’une grande première. Il passe autant de secondes sur le parquet que de points inscrits par O’Neal dans ce match (46) face aux Blazers. Non sans inscrire, tout de même, un panier : un tir à mi-distance à 15 secondes du terme, là où plus d’une équipe aurait laissé le chrono défiler.
Les autres joueurs en activité
L’ère contemporaine est propice aux chiffres exceptionnels, et ce n’est pas un hasard si neuf des quinze meilleures moyennes de points en playoffs sont l’œuvre de joueurs encore présents en NBA. Donovan Mitchell (27 points, 10 rebonds contre le Thunder alors qu’il est rookie), Devin Booker (34 points, 8 passes et 7 rebonds contre les Lakers, avec quatre des six matchs de la série au-dessus des 30 unités) ou Anthony Edwards, auteur de 36 points sur le parquet des Grizzlies à seulement 20 ans pour sa découverte des playoffs, n’ont pas tardé à confirmer leur réputation de scoreurs de prestige en phase finale.
Quant à De’Aaron Fox, il avait signé la deuxième meilleure performance offensive d’un bizuth pour son premier match de playoffs en collant 38 points aux Warriors en 2023.
Ne pas forcément se montrer d’entrée n’est pas pour autant le signe d’une fébrilité au plus haut niveau. Tout jeune, Giannis Antetokounmpo avait signé 12 points anonymes pour sa première face aux Bulls en 2015. Quant à Kevin Durant, il avait souffert face à la défense des Lakers avec 24 points inscrits, mais pour 24 tirs tentés.
![]()
Suivez toute l'actualité NBA sur la
Suivez nous également sur