Il y a quelque chose d’étonnant dans la rivalité entre Victor Wembanyama et Chet Holmgren, et surtout dans la façon dont le Français l’utilise. Je voulais plonger aux sources, et cette finale de la Coupe du monde U19 de 2021, mais 20 Minutes l’a déjà très bien fait, en interrogeant le sélectionneur et les coéquipiers de Wemby, qui ont vécu auprès de lui le sacre de l’intérieur américain, et la détresse du Français, privé de l’or et du trophée de MVP…
« Victor avait donc à cœur d’en faire un peu plus sur ce match-là pour essayer de l’éteindre » explique Clément Frisch. Le futur DPOY avait d’ailleurs dominé le duel, avec 22 points (6/14), 8 rebonds et 8 contres en 27 minutes, contre 10 points (3/8), 5 passes et 2 rebonds de Chet Holmgren en 23 minutes. C’est d’ailleurs surtout Kenneth Lofton Jr. (16 points) qui avait porté les Etats-Unis vers le titre, même si c’est bien Holmgren qui sera sacré MVP du tournoi, devant un Victor Wembanyama inconsolable.
« Ça a touché Victor de ne pas avoir ce titre de MVP du tournoi, mais surtout d’avoir perdu cette finale contre Chet. Victor aurait préféré mettre 2 points sur la finale mais l’emporter. Ça l’a piqué et leur rivalité a commencé après ce match » confirme Jayson Tchicamboud.
« Autant j’ai l’impression que ce sont surtout les médias qui créent cette rivalité Victor-Chet, autant maintenant, je vois que c’est devenu un peu personnel entre eux. À chaque fois qu’il joue contre lui, on sent un surplus de motivation chez Victor, et on sent qu’il ne l’aime pas. Mais ça n’était pas encore le cas à l’époque » conclut Clément Frisch.
Difficile en effet de rater le surplus de motivation de Victor Wembanyama quand il affronte Chet Holmgren. Parce qu’il sait qu’il est un meilleur joueur et qu’il sait aussi qu’il ne réparera jamais cette opportunité perdue. « Rien que d’y penser, ça me serre la mâchoire », expliquait même Wemby en 2022. « C’est un regret. Un vide en moi que je dois combler. »
Chet Holmgren a gagné avant lui ce que Victor Wembanyama poursuit encore : l’or international, puis une bague en NBA. L’Américain n’a rien demandé, et il est pourtant devenu la proie d’un rival supérieur, mais pourtant jaloux…
« Cela m’a motivé plus que tout autre chose » détaillait le Français après la qualification en Finals, au sujet de la cérémonie de MVP de Shai Gilgeous-Alexander à laquelle il avait dû assister. « Parfois, ce sport est tellement difficile. Cette équipe est tellement forte qu’il faut puiser dans toutes les émotions dont on dispose pour gagner. Parfois, ces émotions, c’est la passion, c’est l’amour du jeu. Parfois, c’est la colère. Parfois, ça peut même être la jalousie. Mais je ne veux pas me laisser accabler par ces énergies. Je les canalise sur le terrain. »
Le sport professionnel a des accents shakespeariens. Iago met ainsi en garde Othello : « Attention, monseigneur, à la jalousie. C’est le monstre aux yeux verts qui tourmente la proie dont il se nourrit. » Dans son ascension vers les sommets, Victor Wembanyama n’a pas voulu étouffer ce monstre aux yeux verts. Il l’a apprivoisé. Il en a fait un moteur, une bête intérieure chargée de remplir ce vide qu’une finale U19 perdue a laissé en lui.

