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Doit-on accepter de voir les arbitres ne plus siffler dans le « money time » ?

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NBA: Brooklyn Nets at Orlando MagicIl faut avoir arbitré un match de mini-basket devant des parents qui pensent être aux Finals NBA pour comprendre la solitude d’un officiel. Personnellement, je n’aime donc pas accabler les zèbres, dont le travail est compliqué et forcément imparfait.

Mais devant le match entre les Cavaliers et les Warriors hier soir, j’ai eu le désagréable sentiment d’assister au paroxysme d’un phénomène de plus en plus inquiétant à mes yeux. Car si les arbitres ont laissé passer beaucoup de contacts durant la partie, ils ont carrément avalé leurs sifflets dans les deux dernières minutes du match. Alors que Richard Jefferson avait ainsi pris une technique pour avoir fait un clin d’oeil à Kevin Durant un peu plus tôt, LeBron James a pu secouer le cercle dans tous les sens en fin de rencontre sans prendre de technique. Et sur la dernière action, alors que Kevin Durant démarrait son dribble, l’ailier était déséquilibré par Richard Jefferson, qui lui marchait clairement sur le pied…

« – C’est une faute ! » s’exclamait Jeff Van Gundy.
« – Ce n’est pas une faute », répondait Mark Jackson. « C’est une bonne défense et puis on ne veut pas qu’un grand match se termine par ça ».

Toute la problématique est dans ce court échange entre les deux consultants. Les arbitres ne veulent plus être le facteur décisif d’une rencontre, ils s’effacent donc dans le money time et le « sacralisent » au point que tout y semble permis.

Une faute qui serait sifflée en début de match doit-elle être laissée de côté sous prétexte que l’action va déterminer le sort de la rencontre ? A-t-on implicitement créé différents « régimes de vérité » avec des rencontres divisées en périodes où les règles fluctuent, où ce qui est acceptable change ? À lire les réactions et à entendre Mark Jackson, nous n’en sommes pas loin (si ce n’est pas déjà le cas) et je trouve ça préoccupant.

Les arbitres à l’épreuve de la transparence

Comme les arbitres eux-mêmes et bon nombre de joueurs, je suis par exemple contre les rapports sur les coups de sifflet des arbitres dans les deux dernières minutes. Adam Silver a beau justifier que l’arbitrage NBA a besoin de transparence (Tim Donaghy est passé par là…), je ne vois que des effets pervers à cet éclairage des décisions arbitrales.

À mes yeux, on est là dans une extension de la « théorie des perspectives », du prix Nobel Daniel Kahneman. Pour faire simple, les gens ne jugent pas les pertes et les gains de la même façon et les systèmes de référence changent les comportements de ceux qui doivent prendre une décision. Des chercheurs ont même prouvé que la transparence amplifiait le phénomène. En faisant jouer des cobayes au jeu « À prendre ou à laisser » dans un cadre privé ou public, ils se sont rendus compte que ceux qui jouaient devant des spectateurs et les caméras de télévision avaient une forte tendance à limiter les risques, par rapport à ceux qui jouaient seuls.

Le même phénomène a été remarqué dans les hôpitaux américains quand, par souci de transparence, des patients et leurs familles ont été associés aux tables rondes des médecins. Les docteurs se sont alors mis à vouloir éliminer toute marge d’erreur, réduisant la portion de risque afin d’éviter une perte de crédibilité. En effet, se tromper est beaucoup plus dommageable pour la réputation de l’hôpital que le fait d’avoir raison.

Bref, si je m’égare dans la théorie, c’est que je pense que les rapports publiés par la NBA accentuent la peur des officiels de commettre une erreur dans les deux dernières minutes. Hier, on a ainsi vu les arbitres vérifier qu’un shoot de Klay Thompson était bien parti après la sirène des 24 secondes, alors que tout le monde savait que c’était le cas. Pour être certains de ne pas se tromper, les officiels ont offert un « temps mort » à Cleveland avant la dernière action, et permis à Steve Kerr de sortir Stephen Curry pour faire rentrer Shaun Livingston afin de booster sa défense.

Cette peur devenue maladive de l’erreur en fin de rencontre me semble de plus en plus marquée chez les arbitres et lorsque j’entends Draymond Green tranquillement expliquer qu’il préfère tenter une interception sur une dernière possession, quitte à faire faute, plutôt que de laisser son adversaire shooter, j’y vois entre les lignes un joueur malin qui a compris comment utiliser la volonté des officiels de ne pas être un facteur dans le « money time » à son avantage. Et j’ai peur qu’ils soient de plus en plus nombreux à le faire, si la ligue ne réagit pas.

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