Joakim Noah, un retour en France sur les traces de son identité

Avant de devenir une star sur le campus de Florida, avec un doublé historique, puis un All-Star et meilleur défenseur NBA à Chicago, Joakim Noah a grandi à Paris. Où il revient pour une véritable quête identitaire…

Joakim NoahFils d’une superstar en France, devenu à son tour une star, mais loin de chez lui, aux États-Unis, à la fac de Florida notamment puis à Chicago, Joakim Noah a toujours entretenu une relation compliquée avec l’Hexagone. Et avec la célébrité de son père, Yannick Noah.

Né à New York, et formé à l’adolescence sur les playgrounds de Big Apple, « Jooks » a toujours fait valoir sa culture américaine durant sa longue et fructueuse carrière NBA. Mais c’est pourtant bel et bien à Paris qu’il a grandi enfant. Plus précisément dans les beaux quartiers de Neuilly-sur-Seine…

Jeux de ballon proscrits à Neuilly !

Pour le média qu’il a créé, Nomad, en partenariat avec la NBA, il revient précisément sur les traces de son enfance, dans son quartier assez cossu, au 43 bis du boulevard Victor-Hugo à Neuilly-sur-Seine, où les jeux de ballon étaient proscrits et où la smala Noah détonnait. Il navigue dans la capitale, au moment de la finale de la Ligue des champions en plus, et fait étape au playground du 144, au 144 quai de Jemmapes, dans le 10e arrondissement.

« Jooks » passe aussi un moment émouvant avec son paternel sur un bateau-mouche, une conversation que Joakim attendait, selon ses mots, depuis presque vingt ans.

« Je ne dirais pas que c’était écrasant [d’être ton fils], mais c’était… [il cherche ses mots] On a été éduqués de manière très libre, mais il y avait ce blocage avec la France, à cause de toi, de qui tu étais [en France]. C’est difficile à expliquer, mais je voulais simplement avoir mon propre truc, ne pas être simplement le fils de Yannick. Mon prénom est Joakim, en fait. »

Et son père de répondre :

« Je sais que c’était difficile parce que [le sport] était si important pour toi. Et tu n’étais pas un de ces jeunes talents reconnus, avec un joli tir en suspension et tout ça. Je me souviens d’un match quand tu devais avoir dix ans. Tu étais entré en jeu à la fin, pour trois minutes, alors que ton équipe perdait de plus de 20 points. Tu as pris un rebond et, quand tu as pris ce rebond, tu as hurlé : « Aaaaahhhh ! » C’était dingue. Quand on est rentrés à la maison, dans la voiture, je ne voulais pas parler parce que j’étais triste que tu joues si peu. Et après quinze minutes, tu m’as dit : « Papa, tu as vu mon rebond ! » J’ai dit : « Jooks, c’était le plus beau rebond que j’aie jamais vu ! » Et on a crié ensemble : « Yeah, les rebonds ! » Tu as toujours eu cette passion en toi. Je voulais que tu te fasses ton propre chemin et tu as traversé beaucoup de difficultés, surtout du simple fait que tu avais tout durant ton enfance. Mais tu as réussi quand même ! Je me fiche que tu sois un grand joueur, je suis surtout heureux que tu sois une belle personne. »

À Lyon, au château de Tony Parker

Toujours en quête d’identité, avec ses origines multiples (camerounaises, suédoises, françaises et américaines), Joakim Noah nous amène à la rencontre de son ancien coéquipier chez les Bleus, Mamatou Diarra, et du grand frère de ce dernier, le légendaire rappeur Oxmo Puccino.

Et puis, clou du spectacle pour ainsi dire, il nous emmène même jusqu’à Lyon, où il rend visite à un autre ancien coéquipier en Equipe de France, et pas des moindres : Tony Parker. Ce dernier lui ouvre les portes de son château, une maison de rêve avec piscine sous voûtes, cave à vin, jardin, salle des trophées, mais aussi un club privé !

Les deux hommes reviennent surtout sur leur relation forte, malgré un seul véritable été en Bleu pour Noah, tissée dès l’EuroBasket 2011. Un moment clé dans l’histoire de l’Equipe de France, comme le souligne Tony Parker, qui avait notamment pris la défense de son coéquipier face aux critiques.

« Je trouvais que la manière dont tu étais traité en France n’était pas forcément juste, et j’ai ressenti une responsabilité de dire la vérité, de dire que ce n’est pas facile de représenter son pays, avec les pressions des franchises NBA notamment. Je savais que ça ne devait pas être facile pour toi d’être le fils d’un père aussi connu. En France, on a tendance à critiquer assez rapidement et je voulais en quelque sorte te défendre, car je sais que tu aimes la France. C’est juste plus compliqué que ça. »

Tony Parker n’a surtout pas oublié l’impact de Joakim Noah sur le parcours des Bleus jusqu’à la finale de l’EuroBasket 2011, synonyme de qualification pour les Jeux olympiques de Londres.

« Je te serai toujours reconnaissant d’être venu en 2011 car tu as eu un énorme impact. Avant, on avait raté les JO en 2004 et en 2008. De mon côté, je me disais que si tu ne venais pas, on n’aurait aucune chance. On a fini en finale et j’étais tellement heureux qu’on se qualifie aux JO. Pendant la saison, tu me disais qu’on allait jouer la finale contre les États-Unis. Je sais à quel point tu voulais venir, et à quel point ça t’a fait mal de te blesser en playoffs [à la cheville gauche]… »

Un échange qui résume finalement toute l’ambivalence de la relation de Joakim Noah avec la France. Un pays dont il a longtemps voulu s’émanciper pour tracer sa propre route, sans jamais vraiment couper le lien avec ses racines.

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Rédacteur Emmanuel Laurin

Journaliste à Basket USA depuis 2009, Emmanuel Laurin a été correspondant à Oklahoma City puis à Portland. Il a couvert de nombreux playoffs, Finales NBA, ainsi que la Summer League et le All Star Weekend, sans oublier l'Equipe de France depuis l'Euro 2015. Il a collaboré avec de nombreux magazines, dont Basket Le Mag, Total Basket, Maxi Basket, 5 Majeur ou encore le mag de la FFBB.

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