Interviews News

Interview Ronny Turiaf : « C’est grandiose de voir Stephen Curry réussir »

Ronny Turiaf

Rebaptisé « Palais of Speed » par l’équipementier Nike, le Palais de Tokyo propose à ses visiteurs de mesurer leur vitesse via diverses ateliers entre une Formule 1 et un terrain de foot installés pour l’occasion. Aux côtés des « flèches » Ousmane Dembélé et Pierre-Emerick Aubameyang, Ronny Turiaf et Boris Diaw y étaient de passage dimanche matin. Basket USA en a profité pour évoquer le passé, le présent, et le futur du premier nommé, de Zadar à son master de leadership.

Qu’est-ce que ça fait de vous retrouver ici avec Boris Diaw, seize ans après votre titre de champion d’Europe des moins de dix-huit ans à Zadar ?

C’est à vie ! Pour vous donner une petite anecdote, nous avons fait de la musculation près d’Arcachon avec Boris Diaw et l’autre jour, alors qu’on fait des exercices, je me mets à sourire. Boris me regarde et me demande pourquoi, et je lui dis « Tu te rends compte qu’il y a seize ans on était dans notre chambre, et là on est en train de vivre nos rêves ? » On n’aurait jamais imaginé ça. Ce sont les petits moments comme ça qui comptent, car comme on est concentré non-stop, on n’a pas trop le temps d’apprécier. Si on m’avait dit il y a quinze ans : « Ronny tu vas vivre tout ça », j’aurais pensé qu’on se foutait de moi ! Jamais ce petit gamin de la Martinique, qui est tombé dans le basket comme ça grâce à son père, n’aurait osé rêver faire ce que j’ai fait, bons et mauvais moments. C’est grandiose d’être là avec mon ami,  il n’y a rien qui puisse venir s’immiscer dans le premier « Big Three » : TP, Babac et moi.

Quel est votre pire souvenir en bleu depuis ce jour là ?

Le quart de finale contre l’Espagne aux JO en 2012. Ça a toujours été un rêve commun de gagner ensemble. Je savais que c’était mon dernier match en équipe de France. C’était le pire à vivre pour moi, de ne pas avoir réussi à gagner avec les potes.

« Le TQO peut créer une cohésion unique »

Et votre meilleur souvenir ?

L’insouciance des gamins de 17 ans à Zadar. Ces moments forts quotidiens là bas, ce sont les meilleurs qu’on ait passés sportivement… Parce qu’en dehors on en a passé beaucoup bien sûr.

A propos d’Equipe de France, comment abordez-vous le TQO, ultime étape pour espérer aller aux Jeux olympiques à Rio ?

Je le sens bien ! Ça me rappelle l’été où on a dû aller battre la Belgique à Pau pour se qualifier (pour l’Euro en Pologne en 2009, ndlr). Dans le sens où dos au mur, il faut réagir. À l’époque, Vincent Collet nous a montré l’importance des détails, la compréhension que chacun devait avoir de son rôle. Il faut aller chercher une qualification, dans des conditions qui ne sont pas forcément idéales, mais justement, l’adversité ressert les liens et ça peut créer une cohésion unique. Le TQO est un obstacle qui peut permettre à l’Equipe de France d’aller plus loin.

Et vous, où en êtes-vous actuellement ?

Je vis avec mon sac à dos, les aventures de Ronny continuent, et ne s’arrêteront jamais ! Même le jour où je donnerai mon dernier souffle, je partirai dans une autre aventure.

« Je serais honoré d’aller dans une grosse écurie en Europe »

Votre hanche va mieux ?

Super ! J’arrive à dormir sur mon côté droit pour la première fois depuis des années, j’arrive à dunker sur mon pied droit. J’aurai pu recommencer l’année dernière avec certaines options que j’ai eu de clubs NBA et en Europe, mais je n’étais pas à 100%. Il me reste encore des détails à travailler pour être tonique et y arriver. Mais aujourd’hui, on peut dire que je suis libéré de ce fardeau qu’était ma hanche, qui m’empêcher de faire ce que je sais faire sur le terrain. Ce sont les aléas du sport et ce n’est pas le premier que je connais (Il sourit). Mais je me sens bien et je prends à nouveau du plaisir sur le terrain, sans trop réfléchir.

Où se trouve votre avenir : plutôt en NBA ou en Europe ?

Si je dis que je veux uniquement jouer en NBA, imaginez que dans trois mois je sois dans la forme de ma vie et que ça m’empêche de rejoindre une super équipe européenne… Pourquoi avoir une préférence ? Si je suis plus épanoui en Europe, dans un gros club qui compte sur moi, si j’ai un ami qui a joué à tel endroit, si je suis proche de ma famille et des copains… J’ai quand même eu la chance de jouer dix ans en NBA, j’ai eu la chance de jouer avec pratiquement tous les meilleurs joueurs de ma génération. J’ai eu la chance de vivre des moments tout en haut, mais aussi tout en bas. Je ne ferme aucune porte. C’est sûr que le but ultime, c’est de jouer en NBA. Je serais honoré de retourner en NBA, mais je serais aussi honoré d’aller dans une grosse écurie en Europe, ou même en dehors du basket. J’ai la chance de pouvoir choisir.

Vous avez profité de ce break pour retourner sur les bancs de la fac’…

Oui, je passe un master de leadership.

Vous aimez jouer le rôle de mentor ?

Oui, c’est ce que j’aime faire, c’est ce que je fais d’une certaine façon quand j’aide les « petits », avec un petit coup de téléphone ou un texto. J’ai l’occasion de croiser beaucoup de joueurs de la nouvelle génération et je suis présent pour eux. J’ai eu la chance d’avoir Jérome Moïso, Tariq Abdul Wahad, Cyril Julian pour m’encadrer… Je le voyais boire de l’eau pétillante avant chaque match, je me disais « s’il réussit et qu’il fait partie de l’équipe de France, je vais faire pareil ! » (Rires). Pour moi le mentoring c’est super important.

« C’était splendide d’être là pour le dernier match de Kobe »

Fred Hoiberg, le coach des Bulls, fait aussi partie des gens qui ont compté ?

C’est quelqu’un qui m’a beaucoup apporté, qui m’a apporté la sérénité, qui m’a permis de savoir à quoi m’attendre au fur et à mesure de mon opération du coeur. C’est important d’avoir des mentors et c’est intéressant de pouvoir parler de mon histoire. On se parle toujours, on est connectés, on fait partie du club des fermetures éclairs (ndlr : opérés à coeur ouvert) ! Les « Zippers », avec Jeff Green ou Ethan Thomas.

A propos de mentor, difficile de ne pas évoquer Kobe Bryant. Vous étiez là pour sa dernière ?

Grandiose. J’ai passé toute la journée à Los Angeles et c’était splendide de pouvoir être là pour son dernier match. On était là, ensemble comme à mes débuts, et de pouvoir boucler sa boucle à lui, c’était très beau.

Un mot sur un autre MVP, Stephen Curry que vous avez connu à ses débuts dans la ligue. Aviez-vous vu son potentiel à l’époque ?

On voyait le potentiel, mais je mentirais si je disais que j’avais prévu qu’il serait double MVP. Son aisance, sa prestance, le fait qu’il rende les choses faciles sur le terrain, ça je le voyais très facilement. De le voir réussir aujourd’hui c’est vraiment grandiose et je suis content pour lui.

Quels souvenirs gardez-vous de votre passage chez les Warriors ?

C’est ce qui m’a permis de pouvoir réaliser mon rêve, de pouvoir aider ma famille. C’est là où j’ai grandi également, avec des bons et des mauvais côtés, mais c’est quelque chose qui restera à jamais gravé dans mon coeur. Surtout, c’était le déchirement de partir loin d’une famille, des Lakers, mais c’était une belle aventure.

Propos recueillis à Paris

Basket USA

à lire aussi

Commentaires Forum (et HS)  |  +  |  Règles et contenus illicites  |  0 commentaire Afficher les commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *