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3-points, l’attribut de Dana

Entre décembre 1994 et janvier 1996, Dana Barros a établi un record NBA (battu depuis par Kyle Korver) en alignant 89 matches avec au moins un tir à 3-points réussi.

Doublure de Gary Payton chez les Sonics, il explosa après son transfert chez les Sixers, devenant All-Star et Most Improved Player la même année.

On se lève tous pour Dana !

De quoi peut bien rêver un basketteur qui a vu le jour à Boston et qui a grandi dans la région, à part rêvetir le maillot des Celtics ? Ce rêve de gosse, Dana Barros le réalisa le 22 septembre 1995 en s’engageant en faveur de la franchise du Massachusetts. Montant du bail de 6 ans : 22 millions de dollars. Free-agent, il refusa une dizaine d’autres offres.

Dana Bruce Barros ne paie peut-être pas de mine avec son 1,80 m (pour 74 kg) mais il sait comment bousculer une défense. Transféré de Charlotte à Philadelphie en septembre 1993, il devint deux ans plus tard le leader des Sixers (20.6 pts, 7.5 pds, 1.8 int), sélection All-Star et titre de Most Improved Player à la clé. Les Celtics firent une première offre à la mi-septembre et tout s’enchaîna rapidement.

« M.L. Carr (ndlr : GM et coach des Celtics) a déclaré qu’il était surpris par ma signature… Je dois avouer que je le suis aussi », s’esclaffa Barros. « J’avais pas mal de propositions. Spontanément, Boston est la dernière équipe à laquelle j’aurais songé. C’est une opportunité tombée du ciel, un rêve qui devient réalité. J’ai emprunté pas mal de chemins tortueux. Me voici enfin de retour à la maison. Ça sera la fête à chaque fois que je foulerai le parquet à domicile. »

Dana était aux premières loges lorsque les Celtics furent sacrés champions à trois reprises dans les années 80. Jusqu’en 1985, il étudie à la Xaverian Brothers High School, pas loin de Westwood (Massachusetts). C’est un meneur de petite taille mais très véloce. Dana s’engage tout naturellement dans la meilleure fac du coin, Boston College. Il se lance dans la communication et les médias en carressant l’espoir de devenir commentateur télé ou journaliste.

Mais Dana est trop bon basketteur pour rester le cul assis derrière un micro ou une caméra. Dans sa saison junior, il s’affiche à 21.9 points de moyenne (4.1 pds). Dans son année senior, il grimpe à 23.9 points (3.3 pds). Crédité de 2 342 points en carrière, Barros devient le premier joueur meilleur scoreur de la Conférence Big East deux années de suite.

Il a appris à encaisser les chocs au foot US

Lors de la draft 1989, les Supersonics (futur Thunder) le retiennent en seizième position. Tous les observateurs se focalisent immédiatement sur son petit gabarit, ignorant que Barros a appris à encaisser les chocs en jouant receveur et arrière défensif au football américain à l’époque du lycée. On ne lui trouve aucune autre qualité que celle de shooteur longue distance. On va jusqu’à parler de prospect sans véritable avenir chez les pros en dépit de ses 9.7 points de moyenne comme rookie…

Décalé en deuxième arrière, Barros paie cash son déficit de centimètres. Pour ne rien arranger, Seattle drafte Gary Payton au printemps suivant. Barré par un point guard volcanique, Dana est rejeté toujours un peu plus loin sur le banc (11.4 mn, 6.3 pts). Impossible de dégager des minutes dans un backcourt où Eddie Johnson, Sedale Threatt, Ricky Pierce et Nate McMillan bouffent le temps de jeu, en plus du nouvel arrivant.

Cela n’empêche pas Barros de devenir en 1991-92 le joueur le plus adroit de la Ligue derrière l’arc avec 44.6% de réussite. Un tir qu’il est capable d’armer en une fraction de seconde. Depuis Fred Brown en 1980 (lui aussi meilleur shooteur à 3 pts), aucun Sonic n’avait fini en tête d’une catégorie statistique. L’exceptionnelle adresse de Barros se confirme en playoffs avec 8 tirs primés réussis consécutivement, performance encore jamais réalisée.

« Le plus dur fut de m’adapter aux différents changements de coach », expliquera-t-il plus tard.

Bernie Bickerstaff, K.C. Jones et George Karl se sont succédé sur le banc sans lui faire confiance. Il n’a jamais obtenu plus de 18 minutes en moyenne. La galère s’achève en septembre 1993. Le 1er, il est cédé à Charlotte dans le cadre de l’échange Eddie Johnson-Kendall Gill. Le 3, il est expédié à Philadelphie pour permettre aux Hornets de récupérer Hersey Hawkins.

Tyrone et Dana, All-Stars sortis de nulle part

Ici, dans la cité de l’amour fraternel, on le veut vraiment mais au terme de sa première année chez les Sixers (70 titularisations, 13.3 pts, 5.2 pds), on trouve qu’il bouffe beaucoup de ballons. Barros s’est classé n°1 aux passes, aux steals et pour l’adresse longue distance. Pourtant, il est fortement question de le lourder. Dana a 27 ans. Son avenir en NBA se joue maintenant. Il accepte de signer un contrat d’une saison pour 950 000 $. Une année pour tout donner. Une année pour prouver qu’on peut lui faire confiance dans une équipe qui sort de deux saisons à 26 et 25 victoires et dont le nouveau meilleur scoreur est Clarence Weatherspoon.

Utilisé 40.5 minutes par match, Barros va complètement exploser. C’est le deuxième joueur de la Ligue qui passe le plus de temps sur le parquet après l’ailier des Bucks Vin Baker. Il s’incruste parmi les meilleurs dans quatre catégories différentes. Chaque soir, ce point guard court sur pattes mais vif comme l’éclair et solide comme un roc rapporte 20.6 points (18e NBA) et 7.5 passes (11e NBA), avec 49% de réussite dans le champ, 46.4% derrière l’arc (3e NBA) et 89.9% aux lancers francs (3e NBA). L’absence longue durée de Jeff Malone fait de lui la seule arme de destruction massive disponible à l’arrière.

L’incroyable se produit en février 1995. La sélection Est pour le All-Star Game de Phoenix réunit Penny Hardaway, Scottie Pippen, Shaquille O’Neal, Reggie Miller, Grant Hill, Patrick Ewing, Joe Dumars, Larry Johnson, Alonzo Mourning, Vin Baker et deux gars sortis de nulle part : Tyrone Hill et Dana Barros. Oui : dans sa sixième année NBA, Dana est une Etoile. Lui, le meneur de poche compact, remplaçant obscur, dont personne ne voulait. Il passe 11 minutes sur le parquet des Suns (5 pts, 3 pds).

A partir du 23 décembre 1994 commence une invraisemblable série, battue depuis par Kyle Korver : durant 89 matches consécutifs, Barros réussira au moins un shoot à 3 points. La série s’interrompra 13 mois plus tard, le 10 janvier 1996. Faut-il s’en étonner sachant qu’il avait déjà réussi la deuxième série la plus longue de l’histoire en NCAA (70 matches consécutifs avec au moins un « trey », 221 au total lors de ses deux dernières années) ? Le précédent record – 79 – avait été établi par Michael Adams, à cheval sur deux saisons.

« Cette deuxième année à Philly était la saison de tous les dangers pour moi. Je ne pouvais pas me planter. Je ne pouvais plus me planter. Soit je franchissais vraiment un palier, soit je gardais définitivement l’étiquette de joueur du banc. »

Le troisième petit à 50 points après Murphy et Adams

Année de tous les dangers. Année de toutes les surprises. Comme le record de franchise pour le nombre de paniers primés réussis dans un match (9 contre les Suns fin janvier). A cette improbable sélection pour le mid-winter classic succéda un match à 50 points et 8 rebonds contre les Rockets, le 24 mars 1995. Calvin Murphy et Michael Adams étaient les deux seuls joueurs de 6 pieds à avoir atteint cette barre mythique. Puis un premier triple-double en carrière, le 8 avril contre Orlando (25 pts, 10 rbds, 15 pds). Et enfin le titre archi-mérité de Most Improved Player. Barros récolte 50 voix sur les 105 votants dans l’élection du joueur ayant le plus progressé.

« Ce trophée représente beaucoup à mes yeux », expliquait-il. « C’est une forme de récompense pour ma persévérance. Si je ne m’étais pas accroché, comment aurais-je pu survivre à cinq saisons infernales ? »

Satisfaction prolongée par cette signature chez les Celtics.

« Je peux aujourd’hui prendre du recul et savourer tout ce qui m’arrive. C’était dur d’atteindre le sommet. Je suis fier de mon parcours et surtout fier de cette incroyable saison. »

Barros ne veut pas redescendre de son nuage. Il veut enchaîner les défis. Comme celui de se coltiner des arrières du calibre de Michael Jordan et Reggie Miller.

« Mon obsession, c’est que le mec qui défend sur moi perde confiance. Je n’ai aucun complexe par rapport à ma taille. Au contraire. C’est ce qui me rend confiant. Tout ce que j’ai se trouve ici », conclut-il en mettant la main sur son cœur.

Rappeur à ses heures perdues

Marié à Veronica et papa d’un petit Jordan, Barros est un homme casanier. Son refuge, il l’a construit à deux minutes de l’endroit où il a grandi. Rappeur à ses heures perdues, il a enregistré un album avec d’autres stars NBA. Sur « Basketball’s best kept secrets » sorti en 1994, c’est lui qui interprète le titre « Check it ». Toutes les recettes de l’opération sont allées à une association de prévention contre la drogue.

« J’ai été élevé dans le ghetto, dans la rue, comme beaucoup d’autres jeunes. Le rap, c’est le type de musique qui correspond à cet univers. Je ne parle pas de la zik qui demande de flinguer untel mais de celle qui met en avant le son, le rythme et le sens du texte. Dans mon agenda, j’ai toujours une plage disponible pour des actions sociales. Je suis quelqu’un de calme et de silencieux mais il ne faut pas croire que je ne me soucie pas des autres. J’ai quelque chose à donner en retour », assure-t-il.

Il travaillera notamment avec la Fondation nationale pour les transplantations rénales. Ici, à Boston, avec le n°11 de ses débuts (échangé contre le 3 du temps de Seattle), il est censé devenir le chouchou. Son fan club compte pas mal de membres.

« Je ne dois pas perdre de vue le plus important. Je porte désormais l’un des uniformes les plus prestigieux de l’histoire du basket. Je me dois d’être ce que je suis désormais devenu. »

Un petit homme qui fait peur aux grands. Un sniper redouté. N’a-t-il pas été retenu quatre fois pour le concours de tirs à 3 points du All-Star week-end, de 1993 à 96 (4e en 1993, battu par Mark Price en finale en 1994, 7e en 1995, 5e en 1996) ?

Un Kevin Love avant l’heure

Malheureusement pour lui, Dana restera l’homme et l’Etoile d’une saison. Dans le contexte que l’on sait. Les Sixers n’avaient pas été aussi mauvais en attaque (95.4 pts de moyenne) depuis 1954-55 et à l’époque, ils s’appelaient Syracuse Nationals. Leur saison 1994-95 fut pathétique (24-58). Dana a donc été élevé au rang suprême pour avoir brillé dans une équipe de cancres, honneur refusé à beaucoup d’autres… A moins que les sélections de Kevin Love et Blake Griffin cette année n’illustrent une tendance nouvelle.

Durant l’exercice 1995-96 qui lui permet d’étendre sa fameuse série derrière l’arc, Dana chute à 13 points par match avec un temps de jeu sensiblement inférieur (29.1 mn). David Wesley, Dee Brown, Todd Day et lui se relaient dans le backcourt. Les coéquipiers de Dino Radja et Rick Fox loupent les playoffs (33-49).

La série de Barros s’interrompt le 12 janvier face aux Knicks. Il tente neuf fois sa chance de loin mais la réussite n’est pas au rendez-vous. Sur les six derniers matches de saison régulière, il tournera à 19 points. A son crédit également, le shoot de la victoire à 8 secondes de la fin, le 3 février à Miami (100-99).

L’année suivante, celle des débuts d’Antoine Walker, l’équipe touche le fond avec le plus mauvais bilan de son histoire (15-67). Opéré de la cheville droite, le natif de Boston disparaît pour de bon en février, avec seulement 24 matches à son compteur (12.5 pts).

Pendant trois ans, Dana évoluera dans le registre qu’on lui aura finalement toujours connu. Quinze à 20 minutes de temps de jeu, une petite dizaine de points, de l’adresse dans le périmètre (toujours au-dessus des 45%) et derrière la ligne à 7,23 m (jamais en dessous des 40%). Des conseils pour les p’tits nouveaux comme Paul Pierce. Un bon état d’esprit, à défaut d’un rayonnement étourdissant.

Le 16 août 2000, Barros prend la direction de Dallas dans un échange à quatre équipes. Le 17 octobre, il est envoyé à Detroit où il passera deux saisons et disputera une quatrième campagne de playoffs. Revenu à Boston comme assistant coach, il rechaussera ses baskets et participera une dernière fois à la postseason au printemps 2004, à 37 ans.

A Mansfield (Massachusetts), le M.I.P. 1995 ouvre un club de sport, le Dana Barros Sports Complex, mais les dettes qui s’accumulent l’obligent à fermer l’établissement en 2006. Nommé assistant coach à Northeastern University, il démissionne deux mois plus tard pour accepter un poste proposé par la mairie de Boston.

Comme ses études l’y prédestinaient, Dana a intégré le département médias des Celtics. Il intervient aussi comme consultant NBA sur un câble du Nord-Est des Etats-Unis.

Stats

14 ans

850 matches (263 fois starter)

10.5 pts, 1.9 rbd, 3.3 pds, 0.9 int, 0.1 ct

46% aux tirs, 41.1% à 3 points, 85.8% aux lancers francs

Palmarès

All-Star : 1995

M.I.P. : 1995

Gains

25,5 M$

Le titre de rap « Check it »

http://www.youtube.com/watch?v=txXrt0mjGSo

Mix

Crédit photos : DR
Basket USA

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