Une petite révolution. Les amateurs de Basket-Reference, la bible des chiffres NBA (mais pas que), et les passionnés de statistiques ont peut-être remarqué dernièrement que, sur la page de Wilt Chamberlain, on retrouve la mention de 446 contres (5.4 de moyenne) pour la dernière saison de sa carrière, en 1972/73. Sauf que les contres n’ont été officiellement comptabilisés par la NBA que la saison suivante, en 1973/74.
On peut aussi remarquer quelques performances de Bill Russell en playoffs, tout comme l’ensemble des contres de Portland au début des années 1970. Tout cela étant pourtant invisible dans les statistiques officielles de la ligue.
C’est encore à doses homéopathiques mais, après des années de vide, quelque chose commence à se dessiner. Et le récent record de Victor Wembanyama a relancé l’intérêt pour ces chiffres oubliés. Avec 12 contres dans le Game 1 face aux Wolves, le Français a ainsi battu le record de shoots repoussés dans une rencontre de playoffs. Enfin, depuis 1973, car avant, beaucoup considèrent que Wilt Chamberlain a fait largement mieux.
La preuve : dans le Game 5 de la finale de conférence contre les Hawks en 1969, il aurait contré 16 tirs !
Comment le savoir ? Par une coupure de presse du Daily Breeze, où l’on peut lire cette phrase, écrite par le journaliste Mike Morrow : « Wilt a fait ce qu’il avait à faire, soit 16 points, 29 rebonds et 16 contres. » Des images existent de cette partie, où l’on voit « The Stilt » repousser quelques tirs, mais impossible sans l’intégralité de la rencontre de vérifier le chiffre avancé à l’époque.
Se plonger dans les archives pour trouver des chiffres
Comme la statistique n’était pas officielle à l’époque, les journalistes n’avaient aucun intérêt à gonfler les chiffres, comme l’auraient peut-être fait les statisticiens de Chicago avec Michael Jordan en 1987/88, la saison où il est élu défenseur de l’année. Et l’idée que nos confrères aient pu compter les contres de Wilt Chamberlain et mettre les totaux dans leurs résumés a évidemment intéressé les fans les plus acharnés de statistiques. Michael Lynch, ancien d’ESPN et désormais à la tête de Sports-Reference (où l’on retrouve Basket-Reference), fait partie de ce groupe.
Lors de l’automne dernier, il a été contacté, afin de lui indiquer que dans les colonnes de The Oregonian, on pouvait trouver les chiffres précis des contres de l’équipe de Portland entre 1970 et 1973, évoqués plus haut. Michael Lynch comprend alors qu’avec les résumés des matches des années 1960 et 1970, on peut retrouver des statistiques. Il poste alors un message sur le forum Reddit pour demander si d’autres personnes ont des archives similaires.
En quelques instants, on lui envoie une référence : un article du Long Beach Independent du 1er avril 1973. Il est alors dit que Wilt Chamberlain a contré 446 tirs durant la saison régulière qui vient de se terminer. « Ça m’a complètement époustouflé », confie-t-il dans un long article à Yahoo Sports. Outre le plaisir d’avoir enfin des chiffres, c’est une révolution puisque faire une saison à 446 contres en 82 matches, c’est tourner à 5.4 de moyenne.
Les records officiels de la NBA ? 456 au total et 5.5 de moyenne par Mark Eaton en 1984/85. L’homme aux 100 points n’était donc pas loin de faire la meilleure saison de l’histoire dans ce domaine et, à l’époque, il avait 36 ans, était donc en fin de carrière avec des qualités athlétiques toujours aussi impressionnantes pour la concurrence mais évidemment moins tranchantes qu’auparavant. Forcément, sachant ça, cela ouvre des perspectives folles, ainsi que l’appétit de Michael Lynch. « J’ai décidé qu’il était nécessaire de faire le plus de recherches possible. »
Plus de 8 contres de moyenne en carrière ?
Après quatre mois de travail et des milliers de résumés lus, il parvient à dresser un premier bilan, sur 184 matches des 1 045 joués par Wilt Chamberlain en saison régulière, soit 17% des rencontres. Le plus haut total qu’il a trouvé sur une partie ? 23 contres ! Le soir de Noël 1968, contre les Suns. « Chamberlain a été crédité de 23 contres, dont 15 en seconde période et aucun n’a été sifflé comme illégal », lit-on dans le résumé du Long Beach Press-Telegram. Le record officiel d’Elmore Smith (17 en octobre 1973) serait alors repoussé bien loin.
Parfois, Michael Lynch a écarté des contres qu’il ne jugeait pas assez solides pour être conservés. Exemple : le 5 novembre 1960 face aux Pistons, dans la presse, on signale que Wilt Chamberlain « a contré 50 tirs »… Pour le reste, il a tenté dès que possible de recouper les chiffres avec plusieurs sources et, en cas de divergence forte, a toujours privilégié la source la plus crédible.
Ses conclusions, sur moins de 20% de la carrière du double champion NBA donc, l’amènent à avancer la moyenne de 8.2 contres par match en saison régulière. Un simple calcul, en imaginant que sa moyenne fut plus forte en début de carrière, permet de fantasmer son total : plus de 9 000 contres, alors que le record actuel est celui d’Hakeem Olajuwon, 3 830 tirs repoussés. Michael Lynch avance une possible moyenne en carrière de 8.8 contres par match, ce qui serait évidemment, là aussi, le record, et de loin, devant les 3.5 de Mark Eaton.
En playoffs, les recherches de Michael Lynch sont plus solides, avec 81 matches sur les 160 de la carrière de Wilt Chamberlain. Sur les 50% observés, il donne la moyenne de 7.2 par match. Les 3.2 contres d’Hakeem Olajuwon, le record actuel, seraient une nouvelle fois envoyés aux oubliettes.
Quant au record en playoffs sur un match, on l’a vu, ce serait cette performance contre les Hawks à 16 contres. Mais le chercheur pense qu’il est « peu probable » que ce soit la meilleure perf’ de celui qui a accumulé les records comme presque personne dans l’histoire de la NBA. Le débat reste donc ouvert, en attendant d’autres trouvailles.
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