Cadre de l’USK Prague depuis 2022 et capitaine de l’Équipe de France depuis un an et demi, Valériane Ayayi s’apprête à s’offrir un nouveau défi après avoir accepté de retrouver la WNBA, onze ans après sa dernière expérience outre-Atlantique, aux San Antonio Stars.
Ce sera au Phoenix Mercury, finaliste en 2025, où elle retrouvera Monique Akoa-Makani, parmi les révélations de la saison dernière, et son ancienne coéquipière à Prague, Alyssa Thomas.
Avant d’attaquer la finale du championnat tchèque face au Zabiny Brno à partir de lundi, avec pour objectif de rafler un quatrième titre national consécutif, l’ailière de 31 ans, élue basketteur/basketteuse française de l’année 2025, a pris le temps de discuter avec BasketUSA pour évoquer cette nouvelle aventure qui se profile en Arizona.
Valériane, quelle agréable surprise de vous voir de retour en WNBA, onze ans après. Comment cela s’est-il fait ? Avez-vous reçu des sollicitations de franchises ?
En fait, ça fait plusieurs années que plusieurs franchises me contactent, plusieurs années que je dis non, pour diverses raisons. Et là, cette année, avec l’opportunité du Mondial, qui tombe tard, l’opportunité s’est rouverte. Le nouveau CBA joue aussi son rôle dans la décision. Tout ça fait que c’était le meilleur moment pour revenir, et donc j’ai simplement dit oui quand on m’a fait une proposition.
Phoenix, un choix qui s’est fait naturellement
Aviez-vous plusieurs offres, et pourquoi avoir répondu favorablement à la demande du Mercury ?
Ça faisait deux ans qu’ils me réclamaient. Ils m’ont montré beaucoup d’intérêt et sont venus plusieurs fois me voir jouer cette saison. Pour moi, ça s’est fait assez logiquement, assez facilement. Je retrouve une ancienne coéquipière. C’est une équipe qui est allée jusqu’en finale l’année dernière, qui a de l’ambition. Tout était réuni.
Vous allez effectivement retrouver Alyssa Thomas, une joueuse leader qui facilite tout le jeu du Mercury. Quelle relation entretenez-vous avec elle, et sa présence a-t-elle motivé votre choix ?
On a toujours une très bonne relation. On s’écrit, on prend des nouvelles l’une de l’autre. On s’est vues aux Jeux Olympiques et on est restées en contact via les réseaux sociaux. Quand j’ai eu mon dernier meeting avec l’organisation de Phoenix, je lui ai écrit, on a longuement discuté. Elle m’a fait comprendre que ce serait un fit parfait pour eux de pouvoir m’intégrer dans l’équipe. Elle me connaît, je la connais, je sais ce qu’elle peut apporter et vice versa. Ça facilite aussi les choses.
Vous allez également retrouver une autre joueuse française, Monique Akoa-Makani. Avez-vous déjà pu échanger avec elle ?
Non, pas encore.
« Avant le nouveau CBA, c’était de l’argent de poche »
Ressentez-vous qu’il y a de plus en plus d’engouement autour de la WNBA, qui est de plus en plus compétitive et attractive ?
C’est clair ! L’avantage, c’est qu’ayant joué là-bas il y a plus de dix ans, je sais à quoi ça ressemblait. Et même au-delà des salaires, j’ai vu la ligue évoluer — que ce soit l’engouement des fans, des médias — et aujourd’hui j’apprécie le fait que les joueuses puissent être qui elles sont, sur et en dehors du terrain. C’est une bonne façon pour elles de s’exprimer. C’est vraiment cool de voir cette ligue évoluer.
Sur le plan financier, qu’est-ce que ce nouvel accord représente, puisque comme vous l’avez dit, cela a également pesé dans votre décision d’y retourner ?
Déjà pour les joueuses américaines qui ne venaient pas en Europe, elles sont maintenant payées à leur juste valeur. Je pense qu’elles mériteraient même encore mieux, mais c’est déjà un bon début, et elles ont fourni un énorme travail pour parvenir à cet accord. Ensuite, pour nous, les Européennes, avant l’accord, quand on allait en WNBA, c’était un peu pour de l’argent de poche. C’était plus pour le prestige : « Bon, j’y vais. » C’est ce qui s’est passé avec moi. Je l’ai fait une fois, et ensuite, quand il fallait choisir entre se reposer entre la saison, l’Euroleague et l’Équipe de France, ou partir aux États-Unis, je choisissais de rester, de passer du temps avec ma fille, ma famille — ce que je n’avais pas le temps de faire autrement.
Aujourd’hui, ça change la donne. Les salaires font que cracher dessus serait une erreur, et ça peut aussi changer la suite. Je suis maman solo, je suis seule avec ma fille, et à un moment donné, je dois aussi y penser. Ça fait partie des aspects qui changent tout.
Par rapport à l’an dernier et par rapport à l’Europe, le salaire est multiplié par combien ?
Ça dépend de qui on parle. En comparant les plus gros salaires d’Europe aux plus gros salaires aux États-Unis, ça multiplie par quatre ou par cinq.
Le fossé entre l’Europe et les États-Unis se creuse
Qu’avez-vous retenu de votre premier passage en WNBA aux San Antonio Stars ?
La première chose que je garde de cette expérience, c’est qu’en allant là-bas, on se rend compte que tout est fait pour que la joueuse n’ait qu’à penser à jouer et à performer. Tout est organisé pour ça — et encore, c’était il y a plus de dix ans. Les choses ont encore évolué depuis. C’était vraiment ce qui m’avait marqué par rapport à l’Europe. Quand on arrive là-bas, il faut juste être prête à jouer, et c’est tout ce qu’on nous demande. C’est la plus grande différence avec l’Europe : ce côté professionnel, tout ce qui est mis en place autour des joueuses pour qu’elles puissent performer.
Il y avait aussi le niveau de la ligue, même si lorsque j’y suis allée, les meilleures joueuses évoluaient encore en Europe. Aujourd’hui, les Américaines ne viennent plus. Quand j’y étais, je jouais les meilleures joueuses américaines en Euroleague. Le fossé était moins important. Aujourd’hui, on ne les retrouve plus qu’aux États-Unis.
L’évolution de la WNBA est une excellente nouvelle, mais l’est un peu moins pour le basket européen, puisque les joueuses doivent être libérées de plus en plus tôt et rester de plus en plus tard. Quel est votre avis sur la question ?
C’est le même problème qu’il y avait déjà eu avec les championnats européens. On arrive à un point où tous les calendriers se chevauchent. Soit des ligues vont devoir changer leurs dates, soit les joueuses vont devoir faire des choix, parce qu’elles ne pourront pas tout faire — et c’est compréhensible aussi. Mais c’est clair que ça aura un impact sur les ligues européennes.
Quand je jouais, il y avait encore la Russie, donc c’était différent. Mais au Fenerbahçe, par exemple, je jouais contre des Candace Parker, des Maya Moore, des Sue Bird, des Diana Taurasi. J’ai affronté toutes ces joueuses en Euroleague. Aujourd’hui, les A’ja Wilson, les Caitlin Clark, on ne les voit pas en Euroleague. Si les meilleures Européennes venaient elles aussi à privilégier les États-Unis, la ligue en sera impactée. Il y aura toujours de nouveaux talents, toujours des joueuses de très bon niveau en Europe. Mais si rien ne change, l’impact se fera sentir.
Quel sera votre programme après la finale du championnat tchèque ?
Je partirai dès que possible de Prague pour rejoindre Phoenix, qui aura déjà débuté le training camp. Tout va s’enchaîner assez vite. On espère gagner la finale 3-0, et comme on est plusieurs joueuses concernées dans l’équipe, chacune pourra ensuite rejoindre son club pour commencer la saison en WNBA.
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