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Décès de John « Hot Rod » Williams (1962-2015)

hot-rodAtteint d’un cancer de la prostate, John « Hot Rod » Williams s’est éteint ce vendredi à l’âge de 53 ans dans un hôpital de Baton Rouge. Ancien intérieur de Cleveland et Phoenix, son nom restera lié à une histoire de gros sous puisqu’il fut , au début des années 90, le joueur le mieux payé de la Ligue !

Des sous, des sous, des sous ! C’est l’histoire d’un bon paquet de dollars. Ces billets verts qui ne font pas le bonheur mais qui y contribuent fortement. Question : qui touche le plus en NBA ? Quel est le premier homme à avoir gagné 5 millions de dollars par an ? Larry Bird ? Faux. Magic Johnson ? Faux. Donc, c’est forcément Michael Jordan, le meilleur de tous. Eh bien non ! Le veinard s’appelle John Williams, également connu sous le nom de « Hot Rod », du nom de ces voitures avec des roues gigantesques. Pourquoi « Hot Rod » ? Bébé, John se baladait toujours à quatre pattes en criant « Vroum, vroum ! »…

Orphelin à 8 mois…

L’histoire de Williams est l’un des plus beaux contes de fées qui soient. Durant l’été 1990, le Heat offre un contrat sans précédent – 26,5 millions de dollars sur 7 ans, dont 5 dès la première année – à « Hot Rod ». Son bail avec Cleveland est arrivé à échéance. Les Cavs ont 15 jours pour s’aligner. Sinon, ils perdront leur joueur sans la moindre compensation. Quelques jours plus tard, ils font de l’ailier fort de 2,11 m et 111 kg le basketteur le mieux payé de NBA. Entre son enfance d’orphelin et plusieurs affaires délicates lors de son passage à Tulane University, dont il fut le meilleur scoreur historique (16 pts de moyenne sur 4 ans), Williams est un survivant.

John naît dans la pauvreté la plus totale, le 9 août 1962 à Sorrento, un patelin de 750 habitants en Louisiane. Il a huit mois à la mort de sa mère, Annie.

« Je n’ai jamais vu une photo d’elle », confie « Hot Rod ». « Je ne sais même pas où elle est enterrée. Je sais très peu de choses sur elle, sinon que Dieu a rappelé à lui une bonne personne. »

On ne peut pas dire la même chose de son père qui l’abandonna peu de temps après la mort d’Annie. Il ne laissa qu’une chose à son fils : son nom. « Hot Rod » se présenta en tant que John Washington Jr. jusqu’à ce qu’une étude de son certificat de naissance, au lycée, révèle son nom légal : Williams. Etre abandonné laisse évidemment des cicatrices impossibles à refermer. Elles marquent un homme à vie. Michael Green, qui fut l’agent de John, se souvient :

« Quand je lui ai demandé le nom de son père, il s’est mis à pleurer. Je l’ai laissé. Je suis revenu 10 minutes plus tard, il pleurait toujours. »

Les voisins ont une vision d’horreur

Le grand-père maternel, Felton Williams, récupère le bébé. Il fait de son mieux mais ce n’est pas toujours suffisant. Le vieil homme est aveugle. Les gens qui passent devant la maison entendent souvent des cris. En s’approchant, ils découvrent un bambin sur un matelas râpé, entouré de mouches et d’insectes rampants. C’est la vision d’horreur qu’a Barbara Colar, une voisine, tous les jours en rentrant chez elle.

« Un soir, j’ai eu l’impression que le bébé me regardait en me disant : « Emmène-moi, je suis à toi ». Je l’ai pris et je l’ai adopté. »

« Hot Rod », comme elle le surnomme, rejoint ainsi une famille de quatre enfants. Mais John est toujours dans un milieu pauvre et il n’y a pas d’homme au foyer.

« C’est dur de grandir sans père, sans quelqu’un pour te dire quoi faire ou ne pas faire », confiait-il. « Ma mère d’adoption se tua à la tâche pour nous. Elle avait deux boulots. Quand elle partait, à 6 h du matin, je dormais encore et quand elle rentrait le soir, j’étais déjà couché. On était livrés à nous-mêmes toute la journée. Pour m’occuper, j’ai commencé à jouer au basket. »

Le terrain était en cendrée. Pas du luxe. Ne pouvant travailler son dribble, John va devenir un adepte du shoot dès la réception de la balle. Williams comprend très vite que le basket lui permettra de sortir de la misère. Contacté par Tulane University, il n’hésite pas une seconde quand il reçoit une boîte de chaussures… renfermant 10 000 $. Régulièrement, pendant sa carrière universitaire, on glissera sous sa porte des enveloppes contenant 1 000 $. Toutes ces petites primes, évidemment contraires au règlement NCAA, furent à l’origine de ses ennuis.

« On me donnait cet argent, je n’allais pas le refuser. Ma mère et moi n’avions rien, absolument rien. On avait besoin de vêtements, de chaussures… Je n’avais jamais lu le règlement. »

Il risque 17 ans de prison pour corruption

Entre 1981 et 85, Williams fait les beaux jours de la fac. Aux yeux des scouts NBA, il est un premier tour de draft en puissance. Mais une bombe explose. John et quatre autres joueurs sont poursuivis dans une affaire de matches arrangés. « Hot Rod » est accusé d’avoir touché 8 550 $ pour truquer les scores des rencontres face à Southern Mississippi, Memphis et Virginia Tech. Arrêté le 27 mars 1985, il nie les faits. Bien sûr, cela ne suffit pas. La machine judiciaire est en marche. Il risque 17 ans de prison. La NBA fait passer une circulaire stipulant qu’il peut se présenter à la draft mais que le commissioner, David Stern, devra donner son assentiment. Seul Cleveland croit en sa bonne foi. Les Cavaliers le sélectionnent en 45e position. Williams est jugé pour corruption et conspiration. Le premier procès est annulé. Il faut attendre le second, le 16 juin 1986, pour que Williams soit relaxé, blanchi des cinq chefs d’inculpation.

« Je n’ai jamais eu peur, je savais que j’étais innocent. Le plus dur était de ne pas pouvoir jouer en NBA et d’entendre tous ces mensonges à mon sujet sans pouvoir répondre. »

Un an plus tard, après une pige en USBL, « Hot Rod » démarre enfin sa carrière NBA. Au début des années 90, il devient riche. Très riche. Il se fait construire une villa gigantesque dans la banlieue de Cleveland. A l’autre bout de la propriété, il fait bâtir une autre maison pour Barbara Colar. Avec sa femme Karen et leurs trois enfants (il en aura un quatrième), John a trouvé son havre de paix. Il ne veut pas en bouger. C’est pour cela qu’il a refusé une proposition de Seattle.

« J’adore l’équipe, l’endroit est calme et c’est bien pour ma vie de famille. Je ne voulais pas partir, même pour gagner encore plus d’argent. »

Un choix qui satisfait pleinement Lenny Wilkens, le coach des Cavs.

« Je sais que je peux compter sur lui tous les soirs. Il est très appliqué, peut marquer, prendre des rebonds, réussir des contres. C’est un excellent joueur d’équipe. »

Un salaire qui fait jaser

D’aucuns estiment que la note est un peu salée pour un joueur dont les stats n’atteignent pas des sommets (11.7 pts et 6.7 rbds par match en 1991). Mark Bartelstein, son agent, a son avis sur la question.

« Laissons parler les médisants. John mérite chaque centime de son salaire. C’est le professionnel absolu, le rêve pour n’importe quel coach. Il accepte tout ce qu’on lui demande. Il se moque de ses chiffres personnels, seule la victoire compte pour lui. »

Un bel hommage pour une belle saga. Une histoire que le membre de la confrérie Alpha Phi Alpha, fan de Richard Pryor et Chuck Norris, compare à une montée d’escaliers.

« Certaines marches étaient pourries. Je suis tombé, j’ai été retardé mais je n’ai jamais abandonné. Si tu laisses tomber un instant, tu as perdu pour toujours. »

Rebondeur et contreur solide, Williams dispute neuf saisons dans l’Ohio entre 1986 et 1995. En 1987, il est retenu dans la All-Rookie First Team en compagnie de ses deux coéquipiers Ron Harper et Brad Daugherty (le meneur Mark Price dispute lui aussi sa première saison NBA cette année-là). A titre personnel, « Hot Rod » s’est affiché à 14.6 points, 7.9 rebonds, 1.9 passe et 2.1 contres sur 80 matches, tous disputés comme starter. Durant cette fameuse année 1990 qui voit le Heat lui dérouler le tapis rouge, l’intérieur des Cavs signe sa meilleure saison dans la Ligue en tant que 6e homme (16.8 pts, 8.1 rbds, 2 pds, 1 int, 2 cts).

Hélas, Cleveland a le tort d’évoluer dans la même poule et la même Conférence que l’équipe d’un certain Michael Jordan. Pour « Sa Majesté », les Cavaliers sont au mieux une proie facile, au pire un bon punching ball. Cinq affrontements en playoffs, cinq qualifications pour les Bulls. L’exploit dans le Game 2 de la finale de Conférence Est 1992 (victoire 107-81 dans l’Illinois) restera sans lendemain. Sur cette campagne longue de 17 matches, le n°18 de Cleveland a tourné à 15 points et 7.6 rebonds.

Privé de son pivot Brad Daugherty, diminué au dos et remplacé par John Williams sous le cercle, la franchise de l’Ohio parvient à équilibrer son bilan (43-39) et à faire durer le plaisir en 1995 mais New York accède facilement aux demi-finales de Conférence (3-1). Williams, à qui les Knicks avaient plutôt bien réussi en saison régulière (16.5 pts et 9 rbds sur 4 matches), bouffe la feuille de match durant la série (6.8 pts à 28.6% et 6.3 rbds). Le 7 octobre de cette même année, Cleveland cède son intérieur à Phoenix contre Dan Majerle, Antonio Lang et un premier tour de draft, utilisé en 1997 pour récupérer le meneur Brevin Knight.

A 33 ans, « Hot Rod » est diminué par les blessures et moins productif au scoring (7.3 pts sur 26.6 mn) mais il fait le taf ailleurs quand son corps le laisse tranquille (6 rbds, 1.5 ct). Le souci, c’est que cette équipe de Phoenix a laissé passer sa chance face aux Bulls puis contre les Rockets. Le transfert de Charles Barkley à Houston le 19 août 1996 valide un constat d’échec. Pour John Williams, le soleil se couche rapidement : les Spurs sortent deux fois Phoenix au premier tour des playoffs (3-1 en 1996 et 98) et les Sonics en font autant en 1997 (3-2).

Coupé le 30 juin 1998 alors que sa production est tombée à 3.7 points et que la concurrence de Clifford Robinson est devenue rédhibitoire, le meilleur contreur de l’histoire des Cavs (1 200 blocks, battus par Zydrunas Ilgauskas et ses 1 269) et leader au nombre de minutes jouées (20 802, battues depuis par LeBron James…) atterrit à Dallas où il ne disputera que 25 matches, trahi par son dos.

Au lendemain d’un blockbuster deal qui l’envoie à Boston, en août 2000, « Hot Rod » met un point final à sa carrière. Il s’est éteint ce vendredi à 53 ans, dans un hôpital de Baton Rouge, pas très loin de Sorrento où il avait créé sa société de constructions de maison. Un business qui lui permettait de s’adonner à sa passion : l’architecture.

Stats

13 ans
887 matches (518 fois starter)
11 pts, 6.8 rbds, 1.8 pd, 0.8 int, 1.6 ct
48% aux tirs, 10.5% à 3 points, 72.6% aux lancers francs

Palmarès

NBA All-Rookie First team : 1987

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