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Tony Lavelli, le joueur qui a sauvé les Celtics avec son accordéon

tonylavelliWalter Brown ne sait plus quoi faire. En cette année 1949, le Boston Garden sonne désespérément creux avec 4 000 spectateurs de moyenne alors que la salle peut en accueillir plus de 13 000. Le propriétaire des Celtics tente tout ce qu’il peut pour faire venir les fans : il organise un match à minuit, délocalise une rencontre à Providence. C’est un fiasco et seules 216 personnes se rendront à la salle.

Également propriétaire du Boston Garden et de l’équipe de hockey des Ice Capades, il ne se résout pas à vendre les Celtics qui lui coûtent pourtant extrêmement cher. En quatre ans, il a déjà perdu plus d’un demi-million de dollars (une somme énorme pour l’époque), il a mis sa maison en hypothèque et a vendu une partie de l’équipe de hockey sur glace pour permettre à sa franchise NBA de survivre.

“De nombreux amis disaient à Walter d’abandonner”, expliquera sa femme, Marjorie. “Je voulais qu’il laisse tomber également. Nous venions de finir de payer la maison quand les Celtics sont arrivés. Nous avons vendu des parts dans les Ices Capades et nous avions utilisé les bénéfices pour payer l’hypothèque. Tout ce que nous possédions était lié aux Boston Celtics. Et je me disais : qu’est-ce qui arrivera si nous perdons tout ?”.

Un basketteur qui fait des concerts à l’accordéon pendant la mi-temps

À une époque où le basket professionnel n’intéresse personne, pas même les journaux, les Celtics sont donc sur le point de disparaître. Le propriétaire tente néanmoins tout ce qu’il peut pour les maintenir en vie.

“Walter aimait cette équipe”, continue sa femme. “J’ai entendu des gens dire qu’il s’accrochait parce qu’il était têtu ou parce qu’il était trop fier pour admettre son échec. C’est faux. Les Celtics étaient son idée depuis le départ et il n’a jamais arrêté d’y croire”.

Mais en 1949, il n’y a toujours personne lors des matches. Alors, après la 13e rencontre de la saison, désespéré par ce manque chronique d’affluence et miné par les dettes, il supplie Tony Lavelli de rejoindre son équipe. Passé par Yale, cet ailier est une star universitaire et un héros local qui maîtrise le hook shot comme personne. Néanmoins, ce qui intéresse vraiment Walter Brown, ce sont ses dons d’accordéoniste.

“Le basketball était un métier que j’aimais”, confia plus tard le joueur à Sports Illustrated. “Mais je voulais surtout faire de la musique. Walter Brown et Maurice Podoloff [le commissioner de l’époque] ont été très convaincants et je me suis rendu compte que cela pouvait aider ma carrière dans le show business”.

Un contrat qui le paye presque autant que George Mikan !

Walter Brown lui offre ainsi un beau contrat de 13 000 dollars pour l’année alors que Maurice Podoloff propose de le rémunérer 125 dollars pour chaque concert qu’il fera à la mi-temps. Au total, il en fait 25 et le joueur-accordéoniste est presque autant payé que George Mikan (17 000 dollars), la star de l’époque !

“J’ai donné un concert dans chaque ville. Ils m’ont beaucoup aimé à Rochester. Est-ce que c’était fatigant de jouer de l’accordéon après une mi-temps de basket ? Pas vraiment. J’avais quelques minutes pour me reposer dans les vestiaires. Je mettais ma veste, je prenais mon accordéon et, un peu avant le début de la seconde mi-temps, je jouais. J’adorais jouer de l’accordéon devant les spectateurs”.

En sueur, avec son short et son maillot sur le dos, Tony Lavelli joue si bien qu’il réussit l’impossible : attirer les journalistes au Boston Garden pour voir du basket. Le Boston Globe et les autres quotidiens se mettent à parler des rencontres des Celtics. Parfois même, l’équipe a droit à deux articles : dans la rubrique sportive et dans la rubrique culture. Le public grossit. Walter Brown voit un peu d’espoir et récupère enfin un peu d’argent, même si son équipe ne brille pas particulièrement sur le terrain (22 victoires pour 46 défaites cette saison-là). La carrière sportive de Tony Lavelli prendra de toute façon fin peu de temps après. Red Auerbach est nommé coach de l’équipe la saison suivante et il vire le joueur (8.8 points de moyenne) avec fracas.

“Il dégage”, explique-t-il sans diplomatie. “Il n’est pas assez dur pour le basket professionnel et je n’ai pas le temps de faire des sentiments”.

“Est-ce que j’ai sauvé les Celtics ? Certains le disent”

Walter Brown suit son coach et récupère un autre héros local, Bob Cousy, dans la foulée. Les premières pierres de la dynastie des Celtics sont enfin en place mais si la maison est encore là, c’est parce qu’elle a été en partie maintenue à flot financièrement par les prestations à l’accordéon de Tony Lavelli, qui faisait venir le public en jouant “Lady of Spain” ou des morceaux de Rossini à la mi-temps des rencontres.

Les années suivantes seront toujours délicates pour les Celtics mais c’est la télévision qui assurera sa pérennité. Le premier match retransmis, qui oppose l’équipe aux Knicks, est spectaculaire et permet enfin de faire salle comble. L’équipe est sauvée. Tony Lavelli jouera lui une saison aux Knicks tout en cherchant à décrocher des rôles dans des films. Finalement, en 1950, il partira deux ans avec les Harlem Globetrotters.

Ensuite, il écrira des chansons, sortira quelques disques et gagnera surtout sa vie en se produisant avec son accordéon dans des clubs. Il s’est éteint en 1998 à la suite d’une crise cardiaque. Il avait 71 ans.

“Est-ce que j’ai sauvé les Celtics ? Certains le disent et je crois qu’il y a du vrai là-dedans”.

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