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New York et Detroit : le poids de l’histoire

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Knicks sous RileyLe concept de culture est désormais monnaie courante en NBA. Toutes les franchises ou presque évoquent à un moment donné « un projet » porté par une « culture ». Mais chez certaines franchises, la culture se mêle à l’histoire. C’est ce mix qui a fait venir Phil Jackson à New York.

« Construire une culture est devenu commun en NBA maintenant, mais c’est ça qui m’a fait venir ici. »

Des Knicks qui ont oublié un peu leur culture et leur histoire depuis plusieurs saisons. Franchise historique de la ligue, New York s’est construit et a gagné avec des équipes collectives et défensives, portées par un pivot. Willis Reed en 1970 et 1973, puis Patrick Ewing dans les années 90. Actuellement, les Knicks n’ont pas de pivot dominant, ni un jeu ultra défensif. Je suis attaché à ce principe de culture historique d’un club, donc je le regrette un peu. Même si l’idée de pivot dominant n’est plus si importante dans la ligue désormais.

New York sur la poitrine et dans le cœur

Historiquement, les joueurs des Knicks n’ont jamais été les plus talentueux de la ligue, mais ils jouaient avec une envie, une détermination, et une intensité incroyables. Le Madison Square Garden devenait une forteresse où seuls les plus grands (Michael Jordan en tête) pouvaient venir s’imposer. Et non sans difficulté. Aujourd’hui, il y a un effectif de talent, de qualité, mais il n’y a plus cette hargne, ce style new-yorkais, cette culture, justement. N’importe qui, ou presque, peut gagner dans la Mecque du basket.

Après, je ne suis pas fermé au point de vouloir que les Knicks soient définitivement une équipe défensive. Mais en NBA, l’histoire est importante, et elle est a une place fondamentale. L’histoire s’accroche au plafond des salles, dans les couloirs menant aux vestiaires et sur les maillots portés par les fans. Il faut donc la respecter. Porter le maillot des Knicks cela veut dire encore (pour moi) quelque chose. C’est l’identité de la ville qui impose cette culture. Le basket new-yorkais, forgé sur les playgrounds, est peut-être le plus pur, le plus naturel au monde.

« C’est le meilleur endroit pour jouer au basket », a assuré Jackson lors de son arrivée.

Où sont les cols bleus ?

Mais le problème n’est pas que du côté de Gotham. Detroit connaît les mêmes difficultés sportives à cause de choix douteux de Joe Dumars. Pourtant, le GM des Pistons a connu les trois titres de la franchise, deux en tant que joueur en 1989 et 1990 et celui de 2004 en tant que dirigeant. Les anciens de 1989 ont été honorés la semaine dernière et quelques jours plus tard, les Pistons encaissaient 123 points contre les Sixers, qui restaient sur 26 défaites de suite !

Là aussi, l’histoire des Pistons est un chemin à suivre. Detroit a toujours été champion avec sa défense avant tout, puis un collectif en attaque, porté par Isiah Thomas puis Chauncey Billups. Comme à New York, les joueurs des Pistons représentent une ville. Celle des cols bleus, des travailleurs de l’industrie automobile. Il faut mouiller le maillot et tout donner au Palace d’Auburn Hills. Josh Smith et Brandon Jennings, tout comme Ben Gordon et Charlie Villanueva avant eux, ne sont pas dans cette filiation. Ce sont d’abord des solistes alors que Detroit est une ville d’ouvriers, et les Pistons une franchise capable de gagner un titre (en 2004) avec un meilleur marqueur à… 17.6 pts de moyenne.

L’exemple San Antonio

Les Knicks et les Pistons doivent-ils reconstruire des équipes défensives pour espérer retrouver les sommets ? C’est évidemment plus compliqué que ça. La culture historique n’est pas une prison sportive. La preuve avec les Lakers, adeptes du « show time » et des effectifs ronflants, qui ont échoué l’an passé avec Dwight Howard, alors que la tradition veut que Los Angeles remporte des titres avec un pivot dominant.

Les Spurs sont le meilleur exemple de cette mutation. Ils ont remporté quatre titres entre 1999 et 2007 avec un jeu stéréotypé, centré sur Tim Duncan, sans génie. Depuis trois saisons, les Spurs ne gagnent plus le titre (certes ils en sont tout près) mais pratiquent peut-être le plus beau jeu de la ligue. Ils ont changé de culture mais les bilans statistiques en saison regulière et en playoffs sont restés les mêmes. La transition s’est faite dans la victoire, sans pour autant changer de joueurs cadres, ni de coach.

Le poids de l’histoire

Le poids de l’histoire est donc une base, une fondation dans la construction d’une franchise. Les Knicks et les Pistons ne peuvent pas y échapper avec un constat aussi simple : les meilleures périodes coïncident avec des équipes basées sur la défense et le jeu collectif ; les périodes sombres avec des joueurs individualistes et pas concernés pas la défense. On parle souvent de valeurs dans le sport professionnel, à New York et à Detroit, elles tapissent les palmarès. Ce n’est donc pas une erreur de les ressortir de temps en temps. Maintenant si ces équipes veulent et peuvent gagner avec un autre style de basket, tant mieux. Mais pour le moment, elles ne l’ont jamais fait.

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