Pour le gamin de Seattle qu’est Mitch Johnson, croiser la route du Thunder en finale de conférence ressemble à un clin d’œil de l’histoire. Une opposition, dont la 6e manche a lieu la nuit prochaine à San Antonio, aux airs de voyage dans le temps pour celui qui a grandi au rythme des succès des Sonics.
Son père John « JJ » Johnson, arrivé dans la ligue au début des années 1970, avait signé une belle carrière dans le championnat américain. Deux fois All-Star (lors de ses deux premières saisons !), celui-ci avait contribué au titre de 1979 des Sonics, avec lesquels il avait fini sa route en NBA.
Mitch Johnson n’aura pas eu cette chance d’imiter son père en intégrant la Grande Ligue comme joueur. Mais ses qualités de leadership, aperçues un peu partout où il est passé, lui permettent aujourd’hui d’être aux portes d’une finale NBA à la tête d’une équipe. Natif de Seattle lui aussi et proche de Mitch Johnson, l’ancien joueur NBA Spencer Hawes se souvient d’un chef d’orchestre, toujours surnommé « le maestro ».
« Je savais déjà pertinemment que Mitch allait devenir entraîneur ou GM », livre, au Seattle Times, qui consacre un article sur sa trajectoire, Jon Brockman, un ancien joueur de l’université de Washington qui a côtoyé Mitch Johnson lorsqu’ils étaient au collège. Brockman se souvient d’un meneur de jeu pas comme les autres, capable de remobiliser sa formation en quelques mots lors d’un temps-mort.
Brook Lopez marqué par son intelligence
Avec Mitch Johnson comme capitaine, auréolé de plusieurs récompenses individuelles locales, dont le titre de MVP du tournoi de l’État, le lycée O’Dea de Seattle a remporté deux championnats d’État. Cap ensuite sur l’université de Stanford où il s’installera comme titulaire pendant son cursus complet de quatre ans (2005-2009), en tournant à environ 5 points, 4 passes et 3 rebonds de moyenne.
« On l’appelait ‘le maestro’. Il nous dirigeait grâce à une excellente compréhension du jeu. Il est l’un des joueurs les plus intelligents que j’ai croisés, même en comptant la NBA. C’était un vrai meneur, un coach sur le parquet, à donner des conseils à tout le monde. Je ne suis absolument pas surpris par sa réussite actuelle », confiait récemment Brook Lopez, qui a évolué avec lui à l’université.
À la sortie de sa période universitaire, ce meneur de taille modeste (1,85 m), qui a également joué aux côtés de Robin Lopez ou Landry Fields, n’allait retenir l’attention d’aucune franchise NBA. Non-drafté, le fils d’une joueuse de tennis à l’université de Washington allait naviguer entre la G-League et les championnats étrangers mineurs.
« Jouer loin de chez soi est toujours une expérience riche. J’ai joué en Lettonie, en Pologne, dans des villes dont j’ignorais l’existence plus jeune. J’ai appris de personnes qui cherchaient juste à survivre, qui jouaient au basket pour des sommes modestes, ça m’a ouvert les yeux », décrivait Mitch Johnson qui, en 2011, a pris une décision clé : revenir à Seattle dans l’idée de se lancer dans le coaching.
Des débuts de coach à Seattle
L’université locale était alors à la recherche d’un coach stagiaire. « Je savais qu’il ferait tout ce qu’on lui demandait et tout ce que le poste exigeait. Il ne faisait pas partie de ces gars qui ont besoin que tout soit clé en main pour accepter un boulot. Quand il vous disait ‘Je veux en être, je veux aider’, vous pouviez lui faire une confiance aveugle, parce que c’est comme ça qu’il vivait et qu’il jouait », se souvient Cameron Dollar.
« L’université de Seattle n’avait pas les infrastructures les plus impressionnantes. Il faisait simplement son travail, sans tambour ni trompette. Ses analyses étaient toujours pertinentes. Il aimait observer sans faire de bruit. […] Il était toujours irréprochable et professionnel, on s’attendait donc à ce qu’il se serve de cette expérience pour aller loin », poursuit l’homme à la tête de l’équipe de Seattle.
Et il ira très loin. Devenu par la suite assistant à l’université de Portland, Mitch Johnson a été repéré, en 2016, par les Spurs, la formation G-League basée à Austin dans un premier temps. Un titre de champion dans l’antichambre de la NBA (2018) plus tard, il a pu intégrer le staff de Gregg Popovich, avant de prendre les commandes suite aux soucis de santé de ce dernier. Le « maestro » dirige aujourd’hui son orchestre le plus important.
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