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Règle des 65 matchs : la situation de Cade Cunningham relance le débat

Pensée pour lutter contre le load management, la règle des 65 matchs affiche de sérieuses limites. Le cas de Cade Cunningham illustre les effets pervers d’un dispositif devenu parfois contre-productif.

Cade CunninghamVoilà trois saisons que la NBA a mis en place la règle des 65 matchs, qui oblige les joueurs à atteindre un certain seuil de participation pour rester éligibles aux récompenses individuelles. L’intention était claire : limiter le « load management », rassurer les diffuseurs et redonner du poids à la saison régulière.

Sur le principe, la mesure pouvait sembler presque symbolique. Dans l’histoire de la ligue, il était déjà rare qu’un joueur décroche un trophée majeur ou une distinction de fin de saison en ayant disputé moins de 80% des matchs. Chez les MVP, il n’existe qu’un seul précédent : Bill Walton, élu en 1977/78 après avoir joué 58 rencontres. D’autres cas existent pour les All-NBA Teams ou les équipes défensives, comme Patrick Ewing, Rookie de l’année avec 50 matchs, Andreï Kirilenko dans la All-Defensive Second Team avec 41 rencontres, ou Scottie Pippen dans la All-NBA Third Team et la All-Defensive First Team malgré seulement 44 matchs.

« Je comprends l’intention de la règle, mais la mise en place est difficile à saisir »

Autrement dit, les votants savaient déjà faire le tri. Le problème, c’est qu’en voulant objectiver l’éligibilité, la NBA a aussi considérablement rigidifié le système.

Le cas de Cade Cunningham le montre parfaitement. Victime d’un pneumothorax après 61 matchs, le meneur des Pistons pourrait ne pas atteindre le seuil requis et donc sortir des débats pour les distinctions de fin de saison, alors même que personne ne conteste la qualité de sa campagne.

« Je comprends l’intention de la règle, mais la mise en place est difficile à saisir », explique ainsi JB Bickerstaff. « Surtout que ça a un impact sur la façon dont le jeu est joué, et dont il est coaché. »

C’est le paradoxe du dispositif. En liant directement les récompenses à un seuil fixe, la NBA pousse indirectement certains joueurs à forcer leur retour ou à jouer diminués pour rester dans les clous. Surtout que ces distinctions ne sont pas seulement symboliques : elles peuvent aussi avoir des conséquences financières très concrètes.

« Désormais, il y a tellement de choses qu’il faut prendre en compte alors qu’on ne devrait pas avoir à les prendre en compte », poursuit le coach des Pistons. « Les gars sont assez bons, ils méritent certaines choses, ils font des sacrifices… Ils ne devraient pas devoir penser qu’ils ont besoin de jouer blessés pour que ça se concrétise. Je ne sais pas comment améliorer le système mais en cas de grosse blessure, si on a joué d’une certaine façon et qu’on a disputé assez de matchs et de minutes, on devrait rester éligible pour les trophées de fin de saison. »

Techniquement, la NBA a prévu une dérogation, le « Extraordinary Circumstances Challenge », qui permet à un joueur de réclamer son éligibilité aux trophées de fin de saison s’il a disputé 85 % des rencontres de son équipe avant une blessure mettant fin à sa saison. Sauf qu’il faut avoir joué au moins 62 matchs pour y prétendre…

Un Effet Cobra ?

« Je ne pense pas qu’il y ait une seule personne parmi tous les votants qui, en voyant les 61 matchs disputés par Cade, dirait : ‘Je ne pense pas qu’il mérite sa place dans la meilleure équipe All-NBA’. Voilà un joueur qui a tout fait comme il fallait, qui a subi un pneumothorax et qui va passer à côté de la All-NBA Team à cause de cette règle débile qui ne résout en rien le problème » confirme ainsi Draymond Green.

Le Warrior est lui-même concerné par les limites du texte. Draymond Green a bien disputé 58 matchs cette saison, et Golden State a encore 11 rencontres à jouer. Mais certaines de ses apparitions ne sont pas comptabilisées, parce qu’il a été expulsé rapidement face au Jazz et aux Suns, et qu’il s’est aussi blessé tôt contre Philadelphie.

Car la règle ne se limite pas à un total brut de matchs joués : il faut aussi atteindre au moins 20 minutes sur le terrain pour qu’une rencontre soit validée, avec seulement deux exceptions entre 15 et 20 minutes. Résultat : un joueur peut avoir participé à un match sans que celui-ci compte réellement dans le calcul final.

« On pourrait penser que le total inclurait les matchs auxquels les joueurs ont réellement participé », souffle Steve Kerr, qui demande à ce que la « règle soit remaniée. »

Pensée pour sanctionner les absences choisies, la règle des 65 matchs commence aussi à pénaliser les absences subies. Et à vouloir trop encadrer la disponibilité de ses joueurs, la NBA risque donc de fragiliser ce qu’elle voulait justement protéger : la santé des joueurs, la qualité du jeu et même la crédibilité de ses récompenses.


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Rédacteur de contenu Dimitri Kucharczyk

Tombé amoureux de la balle orange au son de la voix de George Eddy et des arabesques de Penny Hardaway et Hakeem Olajuwon, Dimitri a intégré BasketUSA en 2008, avant d'en devenir rédacteur en chef

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