Histoire Magazine News

[Happy Birthday] Sam Jones, la légende des Celtics oubliée

Il n’est pas vraiment le premier nom qui traverse l’esprit lorsque vient le moment d’évoquer la formidable épopée des Celtics. Pourtant, avec 10 titres NBA en 12 saisons, l’arrière Sam Jones, qui fête aujourd’hui ses 84 ans, est lui aussi une légende. Dans l’histoire de la NBA, seul Bill Russell a raflé plus de titres majeurs que lui en tant que joueur, avec 11 bagues. Mais Sam Jones a aussi été un des éléments déterminants dans les huit titres consécutifs de la franchise du Massachusetts, entre 1959 et 1966.

Ce Hall of Famer, nommé parmi les 50 meilleurs joueurs du premier cinquantenaire de la NBA, cinq fois All Star et dont les deux numéros à la fac (41) et à Boston (24) ont été retirés, a terminé sa carrière par deux nouveaux sacres face aux Lakers, en 1968 et 1969, à l’issue d’un Game 7 remporté à la dernière seconde au Forum d’Inglewood. Qui dit mieux ? Pas grand monde…

Bill Russell : « Le joueur le plus doué que je n’ai jamais vu »

Sam Jones a collectionné les titres et les honneurs en tous genres au cours de sa carrière. Mais au-delà des chiffres, aussi impressionnants soient-ils, reste l’empreinte laissée par cet arrière à l’adresse diabolique, qui a connu son apogée entre 1963 et 1966, afin d’aider les Celtics à amasser quatre titres de plus aux côtés de Bill Russell. Le pivot dévoreur de rebonds est resté dans l’imaginaire collectif comme le leader de cette incroyable génération. Lui seul pouvait ainsi rendre un tel hommage à ce joueur au sang froid extraordinaire, afin de lui rendre la place qui devrait être la sienne dans l’histoire.

« Sam est le joueur de basket le plus doué que je n’ai jamais vu. On a remporté huit titres de suite, et à six reprises, il lui a été demandé de prendre le tir qui décidait du sort de la saison. S’il ratait, on était mort. Il n’a jamais hésité à prendre le tir. Et il n’a jamais manqué.  ».

Le parcours incroyable de Sam Jones ne s’est pourtant pas écrit sans ratures.

C’est dans l’anonymat le plus total qu’il est arrivé à Boston, au sein de la « Dream Team » de Red Auerbach qui ne l’avait même pas vu joué une fois avant de le drafter en 1957. La marche semblait alors un peu trop haute pour le natif de Wilmington (Caroline du Nord), dont le destin aurait pu basculer dans l’enseignement.

« Je ne me suis jamais senti si misérable dans ma vie quand j’ai reçu la nouvelle. Je pensais vraiment que c’était la fin de ma carrière de basketteur. Bien sûr, j’étais ravi de cet honneur, mais je ne me croyais pas en mesure de percer et d’intégrer cette équipe ».

Un tir à mi-distance d’une rare pureté

Surnommé « The Shooter » pour sa mécanique impeccable et un goût prononcé pour les paniers « clutchs », comme l’a rappelé Bill Russell, Sam Jones a développé son tir à mi-distance au fil du temps pour en faire une arme redoutable, une menace constante. Il a aussi permis aux C’s d’étirer les défenses adverses pour libérer de l’espace à son numéro 6 de légende à l’intérieur, à une époque où la ligne à 3-points n’existait pas encore.

« La première chose qu’il faut avoir, c’est de la patience », avait-il rappelé il y a quelques années. « Ton heure va arriver, mais tu dois aussi te rappeler qu’il y a des vétérans au-dessus de toi, qui ont joué avant toi, qui connaissent le jeu un peu mieux… Il faut d’abord s’asseoir pour apprendre, et quand ton nom est appelé, il faut être capable de se donner à 100% ».

Lentement mais sûrement, Sam Jones a répété ses gammes, pris du galon en accumulant titres et confiance afin de passer de 10 à 30 minutes en moyenne par match entre 1957 et 1962, le début d’un changement de statut pour lui. Sur les quatre derniers titres des C’s, Sam Jones a été l’un des éléments prépondérants, culminant à 26 points par match durant la saison régulière 1964-1965 et 28.6 points en playoffs.

En finale cette année là, il marche sur les Lakers de Jerry West (battus 4-1), inscrivant 37 points dans un Game 4 remporté en Californie et déterminant pour le titre. Si le trophée de MVP des finales avait existé cette année, Sam Jones aura sans doute rallié tous les suffrages. Ironie du sort, c’est Jerry West qui soulèvera ce trophée pour la première fois de l’histoire, l’année du dernier titre de Sam Jones, en 1969. C’est d’ailleurs la seule et unique fois que le MVP des finales a été attribué à un joueur de l’équipe perdante, soit les Lakers, battus en sept manches.

Durant cette dernière danse, c’est sans doute John Havlicek qui aurait mérité le titre de MVP, même si Sam Jones, fidèle à sa réputation, avait sorti le tir « clutch » qui a permis à Boston d’égaliser à 2-2 en l’emportant 89-88 à la dernière seconde, et de se relancer complètement dans la série, d’un tir sur un pied, à la Dirk Nowitzki.

Ovationné à LA en plein Game 7 pour son dernier match

Face à Jerry West, Elgin Baylor et Wilt Chamberlain, les Celtics ont remporté leur 11e titre et Sam Jones a pu prendre sa retraite au sommet à 35 ans, après s’être appliqué à boucler la boucle.

« Je suis né un 24, j’ai porté le numéro 24 en NBA toute ma carrière et pour mon dernier match en tant que professionnel, j’ai scoré 24 points ».

La fin de l’histoire aurait pu être moins belle. Flashback : Bill Russell et Sam Jones sont rapidement sanctionnés d’une 5e faute personnelle en début de quatrième quart de ce Game 7. Si le pivot des C’s reste sur le parquet, Sam Jones doit retourner sur le banc. Mais l’avance de 17 points de Boston commence à fondre et la décision est prise par Bill Russell (qui fait aussi office de coach) de le remettre sur le terrain alors qu’il reste plus de 7 minutes à jouer. Pris par une feinte de Jerry West, le n°24 de Boston concède sa 6e faute et doit quitter le terrain. Le score affiche 101-89 en faveur des C’s, à la sortie de Sam Jones, dont le numéro avait d’ores et déjà été retiré par sa franchise.

Cette 6e faute est alors synonyme de la fin de sa carrière. Spontanément, le Forum d’Inglewood lui offre alors une sortie avec les honneurs, marquée par une standing ovation. Un événement marquant dans la rivalité entre les deux franchises.

Les Lakers reviennent à un petit point (102-103) jusqu’à ce que Don Nelson ne redonne un peu d’air aux siens d’un tir miraculeux à mi-distance. Cette fois, LA ne s’en relèvera pas et Sam Jones quitte la scène par la plus belles des victoires.

« Il fallait en gagner un sur leur parquet, celui-là a été le bon et c’était le meilleur. C’est la plus belle victoire de ma carrière, je ne pouvais rêver meilleure façon de partir », a-t-il déclaré après le buzzer et ce combat de tous les instants face à Jerry West, qu’il a battu à six reprises en finale NBA. « Je dois avouer que je disais une petite prière à chaque fois qu’il touchait la balle ».

Jerry West finira par remporter son seul et unique titre NBA en 1972 au cours d’une carrière marquée par huit échecs en finale, ce qui ne l’a pas empêché de devenir l’homme logo de la grande ligue. Son pire cauchemar, Sam Jones, a quant à lui remporté ses dix finales, ce qui ne l’a pas empêché d’entrer dans un certain anonymat à la fin de sa carrière.

Le nom de Sam Jones n’est clairement pas le premier qui ressort au milieu de toutes ses stars d’antan. C’est toujours le cas aujourd’hui, près de 50 ans après son dernier match. Mais finalement, l’anonymat doit assez bien se vivre lorsqu’on porte une bague à chaque doigt. Joyeux anniversaire, monsieur Sam Jones.

Basket USA

à lire aussi

Commentaires Forum (et HS)  |  +  |  Règles et contenus illicites  |  0 commentaire Afficher les commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *