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Larry Johnson a 50 ans : Grand-mère sait faire de beaux paniers

Premier choix de la draft 1991, Larry Johnson était un joueur extrêmement populaire sous les couleurs de Charlotte. A ses côtés, Alonzo Mourning, Muggsy Bogues ou encore Dell Curry. La plus belle époque des Hornets !

Son jeu, combinaison unique de puissance et de vitesse, en avait fait l’ailier du futur et son équipementier, Converse, lui crée un personnage hilarant qui réalisera un carton : « Grandmama ».

Transféré chez les Knicks en 1996, Larry Johnson prendra congé de la NBA cinq ans plus tard, diminué par des douleurs au dos. Destin hors normes que celui du Running Rebel champion NCAA 1990, ancien petit délinquant. La police ne savait plus quoi faire du jeune Larry…

Avant d’être des basketteurs, les joueurs NBA sont des hommes doués de conscience. Planter des paniers n’empêche pas de penser. Certains n’oublient pas d’où ils viennent. L’argent et la gloire n’ont rien effacé. Eux ont réussi mais d’autres vivent toujours en marge du système. Parfois condamnés par leur seule couleur de peau. Ainsi la question ethnique fit-elle soudainement irruption lorsque Larry Johnson transforma le terrain des Finales NBA 1999 San Antonio-New York en champ de réflexion politico-social.

« La NBA est pleine de joueurs noirs. On leur a offert de grandes opportunités, ils ont fait un pas de géant (vers la reconnaissance sociale). Mais quel est le sens de tout ça ? Quand je retourne dans mon quartier, je vois les mêmes choses. Je suis le seul à m’en être sorti. Tous les autres sont morts, ont fini en prison, ont pris des drogues ou en ont vendu. Je suis censé être fier et heureux de ma réussite ? Oui, je le suis. Mais je ne peux pas oublier tout ce qui nous est arrivé pendant des années et des années. Notre communauté est toujours en bas de l’échelle sociale. »

Larry Demetric Johnson naît le 14 mars 1969 à Tyler (Texas), un bled accessible par l’autoroute 20, à l’Est de Dallas. La ville est surnommée « la capitale de la rose » ou « Rose city » : elle fournit 20% de la production nationale de buissons de roses et accueille tous les ans, en octobre, le « Texas Rose Festival ». La jeunesse du petit Larry, elle, n’a rien d’un roman à l’eau de rose. Le sport l’arrache au désœuvrement dans un quartier du nom de Dixon Circle, au Sud de Dallas. Johnson est un enfant à problèmes, un petit délinquant bien connu des services de police. Lui-même se décrit comme une petite brute. Quand il ne vole pas quelque chose dans une boutique, il casse des vitres, jette des pierres sur les voitures, pique des vélos ou se retrouve mêlé à une bagarre.

« Je pouvais me battre dès qu’on me regardait de travers… Je voulais être un dur. Je me battais, tous mes potes se battaient. C’était comme cela que l’on communiquait, d’une certaine façon. »

Boxeur dans le championnat de la police

Le sheriff du coin ne sait pas quoi faire de lui. A 10 ans, Larry possède déjà un beau petit casier. Il est question de l’envoyer dans un centre de redressement pour mineurs mais l’établissement qu’on lui trouve n’a plus de places disponibles. Il faut chercher autre chose pour canaliser son trop-plein d’énergie. On lui propose de monter sur un ring pour participer au championnat de la police, la Police Athletic League (P.A.L.). Larry boxera pendant cinq ans, dont quatre en compétition. « Cela m’a éloigné de la rue », confie-t-il. « Si la P.A.L. a aidé quelqu’un, c’est certainement moi. Sans ça, je ne sais pas ce que je serais devenu. »

Il sera question, un temps, d’une carrière chez les boxeurs amateurs. Mais le Texan abandonne le noble art pour le foot US et le basket. En grandissant, il renonce à son poste de quarterback. Athlète en devenir, Larry n’a pas vaincu ses démons pour autant. Il continue de vivre aux frontières de la loi. Sa mère, Dortha Johnson, l’a élevé seule. Dortha gagne sa vie comme cuisinière. Ils vivent dans une petite maison avec Serwana, la sœur aînée de Larry, une tante et deux cousins. L’argent est une denrée rare. Dortha ne peut pas protéger Larry de son environnement.

« Dans notre quartier, il n’y avait que des meurtres, des bagarres et des affaires de drogues », expliqua-t-elle au « Charlotte Observer. « Toute cette violence l’a contaminé. Avec un tel voisinage, ce n’était pas un si mauvais garçon, finalement. »

Au lieu de lui passer les menottes, on lui met un ballon de basket entre les mains. Chaque week-end, un officier vient le chercher et l’emmène au gymnase pour une petite récréation sous surveillance, avec un caractère obligatoire. Dans les matches de P.A.L., il se balade, scorant régulièrement 45 points ou plus. Au moment de lui choisir une high school, Dortha consulte son coach au collège. Tous deux parviennent à la même conclusion : il est préférable d’éloigner Larry de son environnement. Sa mère l’inscrit à la Skyline High School, le plus grand lycée de la ville. Le programme de basket est solide et l’école est réputée pour sa discipline de fer. Tous les jours, Larry doit se taper deux fois 45 minutes en bus. Loin de chez lui, il se sent un peu comme un étranger.

« Durant les premiers mois, je me suis senti exclu. Je n’avais pas vraiment d’amis. Tout le monde savait que je venais de Dixon, un coin paumé. On ne m’appelait jamais Larry. J’étais le kid de Dixon ou le kid du Sud de Dallas. »

Au gymnase, ça bosse dur. Le coach, J.D. Mayo, ne plaisante pas avec la discipline. Interdiction de boire, de fumer, de consommer de la drogue et de parier. Histoire de prendre un peu de muscle, les joueurs soulèvent de la fonte. Mayo est un coach intransigeant mais Johnson le prend comme modèle. C’est un peu un père de substitution. Au fil des mois, Larry mûrit. Mayo l’appelle d’abord « The Baby ». Puis ce sera « Baby-Man » et enfin « The Man ». Durant quatre ans, les Skyline Raiders ne perdront pas un seul match à domicile. Au terme de sa saison senior, Larry est désigné « Lycéen de l’année ».

Un spectateur nommé Michael Jordan

Michael Jordan est de passage à Dallas pour un match des Bulls. Il va voir jouer le petit prodige. Larry en est tout retourné. Il n’a pas connu plus forte émotion au cours de sa jeune existence… Evidemment, les scouts NCAA se déplacent aussi. Dave Bliss, coach de la Southern Methodist University toute proche, est très impressionné lors de leur première rencontre.

« Je suis allé trouver Larry dans la salle de musculation. Il soulevait des barres avec une telle puissance que la machine décollait du sol. Mais la première chose qui m’a frappé, c’est sa force de caractère. Il avait la faculté de faciliter une situation par sa seule présence. »

Johnson accepte de rejoindre le programme de basket de Bliss mais il loupe le test qui doit lui ouvrir les portes de la NCAA. Il n’obtient pas le score minimum requis au SAT (Scholastic Collegiate Athletic) et doit se rabattre, pour deux ans, sur un junior college. Ce sera l’Odessa J.C., au Texas. Il s’affiche à 22 points par match durant son année freshman et atteint la barre des 30 dans sa saison sophomore. Les deux fois, il sera désigné « Joueur de l’année » en junior college.

« Ce fut une bonne expérience », assure Larry. « J’avais un coach qui parvenait à capter mon attention et qui me transmettait de bonnes ondes. On pratiquait un bon basket. Ce fut une excellente préparation pour la fac. »

Johnson opte pour UNLV (University of Nevada-Las Vegas). « Sin City » possède une réputation sulfureuse. Les Running Rebels aussi. Le programme de basket est costaud (7e meilleur pourcentage de victoires dans le Tournoi NCAA avec 20 matches minimum) mais l’académie traîne quelques casseroles. Jerry Tarkanian, le coach, est un personnage à part, en guerre contre l’institution. « Tark the Shark » (Tark le Requin) a trois marottes : mâchouiller une serviette sur son banc, privilégier le jeu rapide avec des tirs en première intention (associé à une grosse défense) et s’affranchir des règles régissant le championnat universitaire.

Accusée de s’être renforcée de manière illicite, la fac sera privée de « March Madness » en 1992. Tarkanian démissionnera en mars, après 19 saisons dans le Nevada (509 victoires pour 105 défaites). Il donnera son nom au parquet du Thomas & Mack Center, une salle de 18 776 places inaugurée en 1983.

Le Mal triomphe du Bien

En 1989, Larry Johnson devient donc un Running Rebel. Indépendamment de la personnalité de son coach, l’équipe a mauvaise presse. Las Vegas est le repaire des flambeurs. UNLV celui des marginaux et des cinglés pour qui le basket, en mode streetball, est juste une distraction entre deux parties de blackjack au casino.

« On nous décrivait toujours comme des truands », racontera Johnson. « Les deux fois où on a affronté Duke, on a lu dans les journaux que c’était le combat du Bien contre le Mal. Je pense que cette caricature nous a rendu plus forts encore. C’était toujours nous contre le reste de la Terre. On ne s’est jamais laissé démonter par ce que les gens pouvaient penser de nous. On a simplement fait tout ce qu’il était nécessaire de faire pour gagner. »

Et en cette année 1989-90, les Rebels (35-5) gagnent souvent. Dans quasiment toutes les previews, l’équipe emmenée par Larry Johnson, Stacey Augmon et Greg Anthony était classée n°1. Surprise par New Mexico, elle doit partager le titre de la Big West Conference mais elle aborde le tableau « West » du Tournoi NCAA avec la tête de série n°1. Les Rebels se font une petite frayeur contre Ball State (69-67) dans le Sweet Sixteen. Au tour suivant, Loyola Marymount est passée à la moulinette (131-101).

UNLV gagne son billet pour le Final Four de Denver. En demi-finales, le Georgia Tech de Dennis Scott et Kenny Anderson fait de la résistance avant de déposer les armes (90-81). Les Rebels sont à un match du sacre. Adversaire : Duke. Marginaux décérébrés contre étudiants modèles, gendres idéaux de l’Amérique. Le Mal contre le Bien. Good versus evil, même si les Devils sont en bleu. Le soir précédant la finale, Johnson vise les instances de la NCAA.

« Nous voulons remporter ce titre. Comme ça, quand les enquêteurs viendront poser des questions au coach pour leurs investigations, ils seront obligés de regarder le trophée sur le bureau. »

Duke sera pulvérisé de 30 points (103-73). C’est le plus gros écart dans une finale NCAA et aussi le score le plus élevé. Auteur de 22 points et 11 rebonds, Larry Johnson est retenu dans la meilleure équipe du Tournoi. Anderson Hunt est élu M.O.P.

« La puissance de Larry me laisse sans voix… », commente le coach vaincu, Mike Krzyzewski. « Ça doit être le joueur le plus costaud du circuit. En plus de ça, il est agile et il a du toucher. C’est un basketteur à part et il sera pour les dix prochaines années. »

Crédité de 21 points et 11 rebonds de moyenne pour sa première saison dans le Nevada, Larry est retenu dans la First team All-America. Il se tâte, hésite à passer pro. Même avec une seule année de NCAA derrière lui, on lui promet une place dans le Top 3 de la draft. Il y renonce. Il veut décrocher son diplôme, polir son jeu comme ailier fort et réussir le back-to-back, mission archi-périlleuse chez les universitaires. « Je dois rester. C’est la meilleure chose à faire. Rien que pour m’ajuster au niveau de la Division I, je souffre. Je ne pense pas être prêt pour la NBA. »

La saison parfaite à un match près

Au même moment, UNLV est dans le viseur de la NCAA. Les pratiques de la fac sont étalées au grand jour. Les Running Rebels obtiennent de pouvoir défendre leur titre mais ils seront suspendus pour le Tournoi 1992 et Jerry Tarkanian devra quitter ses fonctions. Pour Larry, qui n’a plus qu’une année à passer au college, c’est le scénario idéal. UNLV aligne l’une des meilleures équipes de l’histoire du basket universitaire. Au moment d’aborder le Tournoi, les Rebels sont invaincus (27-0), une première depuis 12 ans. Ecart moyen : 26.7 points…

Ils sortent facilement Montana, Georgetown, Utah et Seton Hall avant de s’incliner 77-79 en demi-finales face à Duke, dans la revanche de la finale 1990. Stupeur générale à l’Hoosier Dome d’Indianapolis. Grant Hill et Christian Laettner (futurs vainqueurs de Kansas en finale) empêchent UNLV de réussir le back-to-back et la saison parfaite. Indiana avait signé cet exploit en 1976. Le compteur des Rebels, lui, reste bloqué sur un 34-1…

Larry Johnson est désigné « Joueur universitaire de l’année » (23 pts et 11 rbds de moyenne). Il est arrivé au bout de son cursus. Il a 22 ans. C’est l’heure du grand saut en NBA. Stacey Augmon et Greg Anthony se présenteront eux aussi à la draft. Le premier sera retenu en 9e position par Atlanta, le deuxième en 12e par New York. Le trio magique quitte le Nevada sur un énorme scandale. Le 21 mai, un journal local publie des photos d’Anderson Hunt dans un jacuzzi en compagnie de deux coéquipiers et du sulfureux Richard Perry, alias « Richie the Fixer ». Ce parieur new-yorkais supposé proche des milieux mafieux s’est fait connaître en achetant des matches. Il aurait aidé UNLV dans son recrutement. La NCAA voit rouge. Robert Maxson, le président de la fac, aussi. Jerry Tarkanian, qui assurait avoir tenu Perry à l’écart du groupe, prend les « Hot tub photos » en pleine figure. En mars suivant, il quittera le campus.

Le n°4 de Johnson est retiré. Le Texan fera son entrée au Hall of Fame de la fac en 2002. En 2007, il retournera à UNLV pour compléter son diplôme en sciences sociales et tenir une promesse faite à sa mère.

Le 26 juin 1991, Larry Johnson (à ne pas confondre avec son homonyme de NFL, actuel running back des Washington Redskins, ni avec l’éphémère arrière des Buffalo Braves en 1977-78) est drafté en première position par les Charlotte Hornets, une équipe engluée dans les profondeurs de la Conférence Est (26-56). Le champion NCAA 1990 aborde l’aventure professionnelle avec gourmandise.

« Je pense pouvoir faire pour Charlotte ce que j’ai fait pour Skyline, Odessa et UNLV », annonce le jeune Frelon dans les colonnes du « Charlotte Observer ». « C’est-à-dire apporter de la dureté, jouer du mieux que je peux et récolter quelques victoires. »

Ma grand-mère fait du basket !

Il n’y a absolument aucun suspense pour le titre de Rookie de l’année, même si Dikembe Mutombo a ses supporters. En Caroline du Nord, l’ex-Running Rebel a un impact immédiat (19.2 pts à 49%, 11 rbds, 3.6 pds). Johnson se classe deuxième meilleur marqueur de l’équipe derrière Kendall Gill, 11e meilleur rebondeur de la Ligue et 24e meilleur scoreur NBA. Charlotte, jeune franchise créée en 1988, passe pour la première fois la barre des 30 victoires (31-51). Robuste (2,01 m, 106 kg) et explosif, Larry s’impose au fil des mois comme le véritable boss de l’équipe. Le costume ne lui convient pas tout à fait. Il ressent une certaine défiance, peut-être à cause de son manque de vécu.

« En tant que franchise player, vous ne pouvez tenter certaines choses que si vous avez la confiance totale de vos coéquipiers. Quand c’est le cas, vous vous sentez libre de prendre des risques et de commettre des erreurs. Quand vos partenaires vous font suffisamment confiance pour vous laisser prendre le dernier tir, là, oui, vous savez que vous pouvez le prendre. »

Ce qui est certain, c’est que Larry a la confiance d’Allan Bristow. Le coach des Hornets n’imagine pas confier les clés du camion à quelqu’un d’autre. « Nous savons que Larry est un garçon autour duquel nous pouvons bâtir. C’est la première pièce de l’édifice. Il est intouchable. Trouver un leader est terriblement difficile. Larry en est un. Il ne donne peut-être pas de la voix mais il est déjà très mûr et surtout, il est exemplaire sur le parquet. »

La cote de popularité du n°2 des Hornets, battu par Cedric Ceballos en finale du concours de dunks à Orlando, grimpe en flèche. Larry a le sourire et le muscle généreux. Quand il arbore sa raie au milieu du front, sa fine moustache et ses smokings, on dirait un trompettiste sorti d’une boîte de jazz ou du film « Cotton Club ». Les fans l’adorent. Les sponsors le réclament. Converse en fait son ambassadeur.

Le département marketing a une idée de génie et lui crée le personnage de « Grandmama » pour une série de spots publicitaires. Johnson y apparaît déguisé en mamie avec chapeaux, grosses lunettes, colliers de perles, robes à fleurs et shoes de l’équipementier. Mamie fait du basket et elle pète la forme : elle dunke sur tout ce qui bouge ! L’idée suggérée par la campagne est terriblement simple et diablement efficace : avec des pompes Converse, même la grand-mère de Larry peut battre les pros.

Succès immédiat, gros carton publicitaire. Le personnage de « Grandmama » accroît la popularité de Johnson qui gardera ce surnom tout au long de sa carrière. Dans les boutiques NBA, on s’arrache les répliques de son maillot. Le n°2 des Hornets arrive en deuxième position des ventes aux Etats-Unis derrière la tunique d’un mystérieux joueur des Bulls. Larry aura aussi son salon de coiffure à Charlotte, « 6 001 Hair Salons ».

« Larry avait l’air taillé dans le granit », explique-t-on au département pub de Converse. « Nous savions qu’il deviendrait populaire. Ce que nous ne savions pas, c’est à quel point le personnage de Grandmama allait plaire aux gens. »

En Une du premier numéro de « Slam »

Avec l’arrivée du pivot de Georgetown Alonzo Mourning, deuxième choix de draft 1992 derrière Shaquille O’Neal, la cote de sympathie des Hornets va atteindre des sommets, notamment auprès d’un jeune public qui découvre la NBA. Les uns craqueront pour le Magic version Shaq-Penny, les autres se feront piquer par les Frelons, équipe en devenir immédiatement identifiable grâce à des couleurs et un logo uniques.

Les jerseys se vendront comme des petits pains, aux Etats-Unis mais aussi en Europe. En mai 1994, Larry Johnson fait la Une du premier numéro du magazine « Slam ». Le 18 octobre, le Hornet bourdonne à Paris, au Palais Omnisport de Paris-Bercy, à l’occasion d’un match de pré-saison entre Golden State et Charlotte (victoire des Warriors 132-116 devant 15 324 spectateurs).

Avec l’arrivée du pivot des Hoyas, difficile de ne pas craquer pour le squad de Caroline du Nord. Rex Chapman, l’un des meilleurs dunkeurs blancs de l’histoire, est parti mais Alonzo Mourning, Larry Johnson et Kendall Gill, small forward hyper élégant, forment un trio jeune, surpuissant et bougrement séduisant. Dell Curry, le papa du Warrior Stephen, est un shooteur à 3 points redoutable. Muggsy Bogues et son 1,60 m redonnent une dimension humaine à un jeu confisqué par les géants.

Présenté comme le Charles Barkley du futur, Larry Johnson est un joueur excitant. C’est le prototype du 4 moderne, massif et véloce, suffisamment costaud pour répondre au défi physique mais aussi suffisamment aérien pour voyager en haute altitude. A la puissance, la vitesse, l’explosivité et la détente, celui que l’on surnomme aussi « L.J. » a ajouté la vista, un mental d’acier et un sens inné du spectacle. Son enfance agitée l’a endurci. Il n’a pas peur d’aller se frotter aux grands. Il possède du caractère et sait contrôler ses émotions. En dehors de Charles Barkley et Karl Malone, impossible de trouver ailier fort plus agressif et intimidant.

Pour sa deuxième saison dans la Ligue, l’intérieur bodybuildé se fixe deux objectifs : devenir All-Star et disputer les playoffs, ce qui serait une première pour la franchise. Les deux missions sont remplies. En février 1993 à Salt Lake City, il est désigné starter à l’Est aux côtés de Michael Jordan, Isiah Thomas, Scottie Pippen et Shaquille O’Neal (4 pts, 4 rbds en 16 mn). C’est une première pour un Hornet.

84 millions de dollars sur 12 ans, plus gros contrat de l’histoire

En avril, Charlotte boucle sa saison régulière avec 44 victoires et gagne le droit de disputer les prolongations. Les Frelons sortent Boston (3-1) au premier tour. New York remporte la demi-finale de Conférence en cinq matches sur son expérience. Seul joueur, avec Charles Barkley, à avoir tourné à plus de 20 points (22.1), plus de 10 rebonds (10.5) et plus de 4 passes (4.3) en saison régulière, Johnson est retenu dans le deuxième cinq All-NBA, complété par John Stockton, Joe Dumars, Dominique Wilkins et Patrick Ewing. Ses deux premiers triple-doubles sont intervenus coup sur coup les 18 et 19 mars contre Minnesota et Indiana.

Durant l’intersaison 1993, Kendall Gill file à Seattle. Hersey Hawkins arrive en provenance de Philadelphie, son adresse sous le bras. Courant octobre, Larry signe le plus gros contrat de l’histoire. Jamais un basketteur NBA ne s’était vu proposer 84 millions de dollars (sur 12 ans !). Il offre une Cadillac et une nouvelle maison à sa mère. Lui-même se constituera une belle collection de voitures (une Corvette noire customisée, quatre Mercedes, une Toyota Supra…). « Larry est le leader de cette équipe et il le restera toujours », commente George Shinn, le patron de la franchise, qui promet un titre à ses supporters.

L’investissement ne sera pas amorti. Touché au dos le 27 décembre contre les Pistons, Johnson doit se contenter de 51 matches (16.4 pts). Il y aura un avant et un après-Detroit. Ce soir-là, « L.J. » réussit son troisième triple-double en carrière (29 pts, 20 rbds, 10 pds), qui est aussi le troisième du club. En quittant le terrain, il semble laisser là tout ce qui faisait le piment de son jeu, à commencer par son explosivité et son jump. Au fil du temps, les douleurs au dos se réveilleront. On ne retrouvera jamais totalement le Larry de la première heure.

Aux 31 matches loupés par Johnson, il faut ajouter les 22 d’Alonzo Mourning, blessé à la cheville et au mollet. Dell Curry et Hersey Hawkins sont les seuls Hornets à effectuer une saison complète. L’absence de « Grandmama » coûte cher (9-22). Charlotte récupère son ailier fort en mars, poste un 17-8 mais 50% de victoires ne suffisent pas pour se qualifier en playoffs. Johnson est retenu pour les championnats du monde au Canada. Il est désigné co-capitaine de l’équipe. La « Dream Team » II, complètement remaniée par rapport à sa devancière, écrabouille la Russie en finale (137-91).

« L.J. » doit faire évoluer son jeu pour ménager son dos. Pénétrer moins, shooter de plus loin. Durant l’exercice 1994-95, il tourne à 18.8 points sur 81 matches, avec une pointe à 39 en février contre les Knicks (meilleur total en carrière), et réussit 81 tirs à 3 points, soit 53 de plus que lors de ses trois premières saisons réunies. Ses 369 passes sont aussi un record en carrière. Deuxièmes de la division Central derrière Indiana, les Frelons atteignent pour la première fois le seuil des 50 victoires mais ils maudissent le retour de Michael Jordan. « L.J. » a beau tourner à 20.8 points sur la série, Chicago passe aisément le premier tour des playoffs (3-1).

« Avec lui, on n’aurait rien gagné »

Entre Larry Johnson, All-Star en février à Phoenix (7 pts, 4 rbds en 20 mn), et Alonzo Mourning, les tensions se sont multipliées. La cohabitation entre les deux meilleurs scoreurs de l’équipe devient extrêmement délicate. Le front office tranche en faveur du premier : début novembre, l’ancien Hoya est envoyé à Miami contre Glen Rice, Matt Geiger et Khalid Reeves. Kendall Gill est de retour en Caroline du Nord. Kenny Anderson arrivera courant janvier pour pallier l’absence de Muggsy Bogues. Rice (21.6 pts) prend immédiatement les rênes du scoring mais l’équipe n’est plus aussi puissante sous les panneaux. Cela donne une saison à 41 victoires et une nouvelle absence en playoffs qui conduit la direction à commettre ce qui paraissait inconcevable trois ans plus tôt.

Johnson, auteur d’une année solide (20.5 pts et 8.4 pds de moyenne), est cédé à New York le 14 juillet 1996, échangé contre Anthony Mason et le pivot Brad Lohaus. Sur le banc, Dave Cowens remplacera Allan Bristow. Le GM des Hornets, Bob Bass, n’hésite pas une seconde à brûler l’idole d’hier. « Larry était notre franchise player, oui. Mais nous nous sommes posés une question très simple : « Les Hornets peuvent-ils remporter un titre NBA avec Larry ? » Et la réponse était : « Non ». »

Le meilleur rebondeur et deuxième meilleur scoreur (derrière Dell Curry) de l’histoire des Hornets fait de tristes adieux à la Caroline du Nord, un Etat qu’il n’aurait logiquement jamais dû quitter (souvenez-vous, 12 ans…). Une page de l’histoire de Charlotte se tourne. L’équipe perdra peu à peu son public et sa cote de sympathie. Bien sûr, Glen Rice est élu MVP du All-Star Game 1997 et termine 3e meilleur scoreur de la Ligue. Mason tourne à un double-double. Geiger profite de l’arrivée de Vlade Divac. Mais cette saison à 54 victoires – nouveau record – s’achèvera en queue de poisson avec un sweep signé des Knicks… de l’ami Larry, auteur de 20 points dans le Game 1 et 22 dans le Game 3. Accessoirement, Charlotte a lâché son premier choix de draft, Kobe Bryant.

Joueur d’échecs, de billard et de golf à ses heures perdues, « L.J. » nourrit de grands espoirs à son arrivée à New York. Il est précédé d’une réputation de joueur jaloux de ses prérogatives et souvent mécontent mais se révélera un coéquipier dévoué. Les Knicks s’affichent à plus de 57% de victoires depuis 1991. La raquette est déjà bien fournie avec Patrick Ewing et Charles Oakley. Décalé en 3, Johnson doit se sacrifier. Ses stats tombent à 12.8 points et 5.2 rebonds. C’est sa production la plus faible depuis son arrivée dans la Ligue. L’attaque sur jeu placé lui convient beaucoup moins. Toujours diminué par ses douleurs au dos, Johnson doit s’exprimer autrement. Dans le périmètre. En défense. Au locker room.

« Je me suis d’abord préoccupé du bien-être de l’équipe », explique le Texan, âgé de 28 ans. « Sans une bonne cohésion dans le groupe et sans une certaine camaraderie entre joueurs, vous n’allez nulle part. A ce stade de ma carrière, je veux remporter un titre. Aussi, j’ai facilement accepté ce nouveau rôle. Je savais que je n’étais plus l’option n°1, que c’était l’équipe de Patrick (Ewing). J’ai réfléchi à ce que je pouvais simplement faire pour l’aider. »

« What’s wrong with you ? »

Il fallut aussi accepter la pression inhérente à la pratique du basket pro dans un big market. Encore plus au Madison Square Garden. Rien à voir avec ce qu’il connaissait à Charlotte, où on le traitait comme un roi. « L.J. » eut des rapports parfois délicats avec la presse new-yorkaise.

« Que ce soit de la part du public ou des médias, la pression est maximale. Chaque soir, il faut gagner. Il y a les rumeurs de transfert. Et puis on remet mes douleurs au dos sur le tapis. Ou alors c’est des questions comme : « Pourquoi ne joues-tu pas aussi bien qu’à Charlotte ? Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? » Parfois, il faut se forcer à revenir à la réalité. Se souvenir qu’on est là pour jouer et que c’est censé être amusant. Pas une corvée. Mais c’est difficile. Mon dos me fait souffrir mais j’ai encore beaucoup à donner. J’espère ne pas avoir encore joué mon meilleur basket. Je me considère comme un winner. Je n’ai pas gagné le titre NBA mais je me considère comme un winner parce que c’est mon état d’esprit. »

La demi-finale de Conférence Est 1997 entre Miami et New York tourne au ridicule. Les Knicks mènent 3-1 avant qu’une bagarre n’éclate dans le Match 5. Patrick Ewing, Allan Houston et Charlie Ward sont suspendus pour le Game 6, Larry Johnson et John Starks pour le Game 7. Le Heat remporte les trois dernières manches et se qualifie.

Un an plus tard, New York est puni au même stade par Indiana (4-1). Et la vengeance est un plat qui se mange froid. Finale de Conférence Est 1999. Samedi 5 juin. Game 3. Madison Square Garden. Il reste 11,9 secondes à jouer. 91-88 pour Indiana. Larry Johnson est derrière la ligne à 3 points. Il part en dribble, arme son tir. Le Pacer Antonio Davis mord dans la feinte et lui tombe dessus. L’arbitre siffle une faute tardivement, quelques dizièmes de seconde avant que la balle ne quitte les mains de « L.J. ». Le shoot qui suit est considéré comme étant déclenché dans la continuité de l’action. Trois points… plus le lancer. Le Madison Square Garden chavire (voir la vidéo-ci dessous).

Les joueurs ont leur façon à eux de signer une action d’éclat. Mark Jackson croisait les poignets. Larry, lui, forme un « L » avec ses bras. New York s’impose 92-91, remporte le Match 5 à Indianapolis (101-94) et boucle la série en six manches. L’équipe de Jeff Van Gundy se retrouve en Finales NBA après avoir terminé 8e de sa Conférence, du jamais-vu. Victime d’une rupture partielle du tendon d’Achille, Patrick Ewing a dû abandonner ses coéquipiers après le Game 2 face aux Pacers, la mort dans l’âme.

Bill Walton : « Une honte pour le basket »

La paire Tim Duncan-David Robinson donne un avantage de taille décisif aux Spurs. Latrell Sprewell a beau planter 35 points dans le Match 5, San Antonio s’impose 78-77 à New York et remporte la confrontation 4-1. Le Game 7 de la demi-finale de Conférence Est 2000 Miami-New York vit un autre morceau de bravoure de Larry : à l’American Airlines Arena, il envoya Patrick Ewing au dunk pour la victoire (83-82) et la qualification.

Profitant de l’exposition médiatique offerte par la couverture des Finales 1999, le capitaine des Knicks s’aventura sur le terrain social. Un président noir à la Maison-Blanche, 10 ans avant l’élection de Barack Obama, cela paraît totalement inconcevable. Johnson s’interroge sur la place de la communauté afro-américaine. La polémique enfle lorsqu’il explique que les Knicks sont une « bande d’esclaves rebelles »… Après sa perf (5 pts, 3 balles perdues, 6 fautes) dans le Game 4, perdu 96-89 par les Knicks, Bill Walton sort le canon et tire à boulets rouges.

« Larry Johnson a passé les dernières 48 heures à se répandre en injures contre le monde entier. Quelle performance pathétique pour ce triste monsieur… C’est une honte pour le basket et la NBA. Johnson a joué honteusement ce soir, il a desservi ce sport. »

Sur la question ethnique, Johnson devient intarissable, mettant mal à l’aise les représentants des médias qui jugent qu’une Finale NBA n’est pas forcément le cadre approprié pour une réflexion sur la situation des Noirs dans la société américaine. Larry s’en moque et en remet une couche.

Les perfs d’Avery Johnson, le meneur des Spurs ? « Ave ? Nous venons de la même plantation. Nous portons le même nom. »

Bill Walton ? « Dites-lui de s’intéresser à son histoire, pour voir combien d’esclaves ont servi ses ancêtres. Faites la même chose, vous tous. Pourquoi la vérité fait-elle aussi mal ? »

L’attaché de presse des Knicks tente d’écourter l’interview. Dans une dernière salve, « L.J. » lâchera la déclaration rapportée au début de cet article. A titre personnel, sa générosité et son sens de la solidarité furent rarement pris en défaut. Il offrit 1 million de dollars (sur les 83 rapportés par sa carrière) pour la construction d’un espace de jeux, près du quartier où il grandit.

 

Johnson passa deux saisons de plus à « Big Apple » avant de prendre sa retraite en 2001, à 32 ans, le dos en compote. Il totalise 66 matches de playoffs (14.2 pts de moyenne). Ses records personnels en saison régulière sont de 44 points contre Boston, 23 rebonds contre Minnesota et 14 passes contre Indiana. Converti à l’islam, « L.J. » pratiquait le ramadan durant la compétition.

Il fut question de son retour en NBA dans un rôle d’assistant à deux reprises, en 2007 à New York (les Knicks n’ont pas gagné un match de playoffs depuis son départ…) et puis à Chicago en 2010. Finalement, le 3e essai sera le bon puisqu’il a finalement rejoint les Knicks en 2012 mais dans un rôle au département marketing et formation.

Larry a participé aux films « Eddie » et « Space Jam ». Il a eu trois enfants avec Celeste Wingfield, rencontrée lors de la fête annuelle de son camp de basket : Larry Jr, Lance et Lasani. Ils s’étaient mariés en août 1994, deux semaines après la fin du Mondial au Canada.

Allan Houston, l’ancien shooteur des Knicks, décrit Larry Johnson comme le meilleur coéquipier qu’il ait jamais eu.

Stats

10 ans
707 matches (699 fois starter)
16.2 pts, 7.5 rbds, 3.3 pds, 0.7 int, 0.4 ct
48.4% aux tirs, 33.2% à 3 points, 76.6% aux lancers francs

Palmarès

All-Star : 1993, 95
All-NBA Second team : 1993
Rookie de l’année 1992
All-Rookie First team : 1992
Champion du monde : 1994
Champion NCAA : 1990

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