Reggie Lewis

Brokenarrow

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Reggie Lewis

Message par Brokenarrow » 21 juin 2017, 23:31

Reggie Lewis, 1993 maudit by Brokenarrow
De l'ombre à la lumière
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Washington, début des années 80. Dans la capitale fédérale américaine, 2 lycées se tirent la bourre : De Matha, dont sont sortis une pelletée de joueurs NBA, et Dunbar, qui n'aura lui réussi qu'à produire le superbe Keith Booth et ses 2 saisons mémorables chez les Bulls... avant d'accueillir en son sein l'une des plus extraordinaires équipes de high-school jamais vue. David Wingate, Reggie Williams, Tyrone « Mugsy » Bogues... Dans cette fabuleuse équipe invaincue lors de ses 2 dernières saisons, autant dire que Reggie Lewis n'est pas franchement la vedette quand les scouts NCAA viennent observer Dunbar. Georgetown, Wake Forest, Syracuse, UNLV, tant de gros calibres universitaires qui viennent courtiser les membres des Poets de Dunbar.
Reggie, c'est à Northeastern qu'il atterrira, une fac de Boston qui n'avait pour ainsi dire jamais pesée jusque là. L'avantage, c'est que dans une équipe aussi limitée Reggie ne peut que briller : 17,8pts et 6,2rbds de moyenne lors de sa première saison universitaire, et 22,2pts 7,9rbds à 49,7%FG en 4 ans chez les Huskies pour 4 titres de conférence consécutifs et 4 participations à la March Madness (seulement 2 apparitions pour la fac avant son arrivée...). Evidemment meilleur marqueur de l'histoire de la fac et seul joueur avec son maillot retiré, Reggie passe directement de l'ombre à la lumière et attise toutes les convoitises, en particulier celles de l'équipe régionale : les Celtics de Boston.
Red Auerbach, légendaire General Manager des Celtics, en salive d'avance mais Boston ne possède qu'un maigre 22ème pick pour la draft 1987 alors que Reggie Lewis est déjà pressenti dans le top 10. Cependant, lors du Chicago Combine, Reggie jouant blessé rendra une sale copie et inquiète donc les scouts NBA. Avec une draft aussi dense comportant de futurs Hall of Famers comme David Robinson, Scottie Pippen ou Reggie Miller, Lewis glisse petit à petit et verra ses anciens copains de Dunbar Williams et Bogues pris en 4ème et 12ème position. Les picks s’enchaînent, et toujours pas de preneur pour Reggie Lewis, Auerbach n'hésite pas une seule seconde : « L'une des sélections les plus faciles de ma carrière. On n'arrivait pas à croire qu'il était encore disponible. ».
Mais la première saison NBA de Reggie sera loin d'être glorieuse... Barré par une équipe de briscards comme Larry Bird ou Danny Ainge, Lewis ne démarre aucun match et ne tournera qu'à 8 petites minutes en moyenne pour 4,5pts et 1,3 rbds en 49 matchs joués. Retour dans les ténèbres pour l'ancien Huskie.
A star is rising
Mais pas pour longtemps. Bird vieillit mal, de même pour Dennis Johnson et Ainge a des envies d'ailleurs. Reggie Lewis saisit sa chance au vol et passe à 18,5pts 4,7rbds 2,7ast en 33min aux côtés de talents comme Robert Parish ou McHale, actuel coach des Rockets. Lors de sa première titularisation, il claquera 33 points face aux Bulls d'un certain Michael Jordan, auquel il fera d'ailleurs vivre une soirée cauchemardesque quelques années plus tard un soir de 31 mars 1991, contrant 4 fois « His Airness » et le limitant à un sale 12/36 au tir ! Il faudra attendre le début de l'an 1989 pour que Reggie s'installe durablement dans la starting lineup des Celtes. Bien que se faisant chiper le titre de MIP par son camarade de draft et futur maire de Sacramento Kevin Johnson, Reggie venait de prouver à la face du monde qu'il allait maintenant falloir compter avec lui.
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La saison suivante, les Celtics sont en plein questionnement quant à l'avenir de l'équipe. Entre son fameux trio d'intérieurs vieillissant mais toujours à peu près opérationnel et une jeunesse qu'ils se doivent de développer pour assurer l'avenir, la franchise de Boston ne sait sur quel pied danser. L'électrochoc viendra d'abord lors des Playoffs 1990 après une nouvelle honteuse élimination au premier tour face aux Knicks en 5 matchs suivie l'année d'après par une sortie au deuxième tour face à Detroit 4-2 alors que la série était menée 2-1 par les hommes en vert et blanc. La saison 1991-'92 apparaît donc comme un passage de témoin : tandis que Larry Bird ne jouera que 45 matchs pour ce qui sera sa derrière saison, Reggie Lewis débutera les 82 rencontres de la saison. Meilleur scoreur de l'équipe avec 20,8pts à 50%FG 85%FT, Reggie devient le premier des 2 seuls joueurs de l'histoire de Dunbar à être sélectionné au All Star Game (le second étant Sam Cassell). Joli pied de nez de celui qui sera passé de l'ombre du banc de Dunbar au top de la NBA. Pourtant Reggie était vraiment ce que l'on appelle un joueur atypique : joueur peu athlétique, passeur moyen, rebondeur standard et ne shootant pratiquement jamais à 3pts depuis son poste d'ailier, Reggie détonnait dans le paysage NBA. En revanche, lorsque l'on est le roi du contretemps et que l'on enclenche son tir aussi rapidement, tout devient plus facile et guidé par un instinct hors norme Reggie était un véritable démon en défense : « C'était un gros matchup » déclarera Michael Jordan, «Il avait ces longs bras qui me dérangeaient particulièrement. J'essayais d'être agressif avec lui, j'essayais de profiter de sa faiblesse en passe, mais il n'a jamais relâché. Il n'abandonnait jamais sa propre agressivité ». Le GoT avouera même qu'il était parfois dépassé : « Son allure me troublait. A chaque fois que je pensais l'avoir battu, il me revenait dessus. Quand quelqu'un a le talent de détruire quelqu'un en défense et que vous même ne l'avez pas, ça vous rend hésitant offensivement ».
La nouvelle clé de voûte des Celtics, c'était clairement lui.
Un drame innommable
« C'était naturel pour lui de devenir capitaine. Il était avenant, un leader naturel, le genre de gars que tout le monde appréciait et vers qui tout le monde se tournait pour prendre les choses en mains. Je pensais qu'il serait notre capitaine pour les 10 années suivantes ». Tels furent les mots prononcés par Red Auerbach 10 ans après la mort de Reggie Lewis. Capitaine, reggie ne l'aura été qu'une saison, en 1992-93. Malgré une saison compliquée terminée à 48 victoires avec des Parish et McHale au bord de la rupture et aucun Celtics sélectionné au ASG, Reggie réalise tout de même une saison de haut vol avec 20,8pts 4,3rbds 3,7ast avant d'affronter les Charlotte Hornets et ses vieux potes de Dunbar, Bogues et Wingate, au premier tour des Playoffs. Triste coïncidence...
Le Game 1 démarre sur les chapeaux de roues pour l'enfant chéri de Boston, qui marque 10 des 12 premiers points de ses Celtics dans les 3 première minutes ! Le rythme est hallucinant, les 2 équipes foncent et enchaînent les allers-retours sur le terrain. Puis, au milieu du premier quart-temps et sans raison apparente, Reggie s'effondre, tout seul. Ses jambes le lâchent, il titube avant de s'écraser sur le parquet du Boston Garden. Personne ni même les commentateurs ne comprennent ce qu'il se passe, et Reggie non plus sûrement. Sortant du match pour reprendre ses esprits, il reviendra en jeu dans le deuxième QT pour terminer le match sur une victoire, avec au final 17pts en 13min de jeu. Seulement, le monde ne pouvait pas se douter que c'était la dernière fois que l'on voyait jouer Reggie de la série. Des playoffs. De sa vie.
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Tout de suite, on repense à Hank Gathers, le monstrueux joueur de LMU qui fut l'un des rares joueurs NCAA à avoir été meilleur marqueur et meilleur rebondeur la même saison avant de décéder d'une crise cardiaque en plein match sur le parquet sous les yeux de sa famille, de ses amis et des fans. Reggie Lewis subit alors toute une batterie de tests afin d'avoir une idée précise de la situation, il passe entre les mains de plusieurs cardiologues mais les rapports sont discordants. L'un dévoile une anomalie cardiaque similaire à celle de Gathers, un autre ne signale rien de grave, et un troisième demande des tests plus poussés. Le médecin des Celtics, Arnold Scheller, choisit contre l'avis de tous de dévoiler au grand jour son diagnostic : il y a de fortes chances que la carrière de Reggie soit terminée, et la famille du joueur ne veut pas se l'avouer. L'été 1993 aura été dévastateur pour la NBA : le 7 juin, c'est l'extraordinaire et talentueux Drazen Petrovic qui décédait dans un accident de la route, puis le 27 juillet c'est Reggie Lewis qui succombait à une crise cardiaque dans le gymnase de la fac de Brandeis, alors qu'il shootait contre l'avis de médecins. La mort de Petro' était accidentelle, fruit pourri du destin, mais celle de Lewis pouvait-elle être évitée ? Pourquoi les médecins n'ont pas été fichus de tomber d'accord sur la gravité de la situation ? Tant de questions sans réponses qui n'empêchent pas le monde de la NBA d'être en deuil, jusqu'à ce qu'un journaliste du Wall Street Journal appuie 2 ans après le drame là où ça fait mal : la crise cardiaque de Reggie Lewis serait-elle liée à sa jusque-là secrète consommation de cocaïne ? La NBA ne veut pas de ce genre de polémique et les Celtics de même, d'autant plus après la mort tragique de Len Bias le soir de la draft 1986 après une overdose.
Cocaïne ou malformation cardiaque, la mort aura retiré aux fans le plaisir de voir Reggie Lewis continuer d'écrire son histoire, de le voir intronisé au Hall of Fame ou de se remémorer ses futurs exploits. Comme le dira Michael Jordan après sa mort: "Reggie was on his way to being something really special. Here's this talented guy who had never done anything wrong, who did so much for the city of Boston, and the next thing you know, he's gone". L'histoire retiendra surtout un joueur unique, sans un gramme de méchanceté ni de vanité, généreux et proches des gens, fauché sur sa route vers la gloire. Saloperie de destin.
« Those days were really Good Old Day'z... »
:idea: Bonus : Pour terminer cet hommage, une vidéo du dernier match de Reggie, avec à 3:42 la chute qui signera la fin de sa carrière...
[youtube]AxO8koWxZMQ[/youtube]
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Pred

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Re: Reggie Lewis

Message par Pred » 29 juin 2017, 19:58

Sacré joueur, excellent défenseur, gros QI basket, je l'ai adoré avec Boston avec le vieux Bird. Une belle équipe avec McHale, Parish, Fox, Gamble etc... Les mecs lâchaient rien, du bonheur.