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Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (11)

La reprise de la saison NBA, ce n’est pas encore pour tout de suite ! On continue de chasser l’ennui avec de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer ses débuts chez les pros, et cette semaine, nous sommes en 1987…

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture !

 

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Sixième partie

Septième partie

Huitième partie

Neuvième partie

Dixième partie

 

 

 

CHAPITRE 20

Place au spectacle !

Sa sœur aînée s’en était rendu compte lorsqu’il était enfant. Son père et même Red Auerbach l’avaient noté au moment où sa carrière décollait. Michael Jordan adorait amuser la galerie. Les personnes qui l’entouraient avaient du mal à comprendre la façon dont sa relation avec le public se développait, y compris les chercheurs universitaires qui avaient commencé à étudier « MJ » comme figure de la culture populaire américaine.

Même lorsqu’il étalait sa vie sur la place publique, il y avait une bonne partie du personnage qui restait cachée. Michael agissait délibérément, guidé par un instinct de conservation grandissant et par la conviction que certains éléments de sa vie ne regardaient personne, un point sur lequel il insistait. Johnny Bach fut témoin de cela. Il éprouvait un sentiment de respect. Observateur passionné du jeu et de la nature humaine, Bach était un grand philosophe à la fois plein de charme et de sincérité. Qui sait où le récit des exploits de Michael Jordan en NBA aurait pu aller sans Bach et leurs entretiens ? « Si ses yeux s’éclairaient et qu’il écoutait, j’avais de la chance », dit Bach en évoquant leur relation et l’opportunité qui lui fut offerte de travailler avec le meilleur basketteur de l’histoire.

Michael Jordan lutta afin de garder pour lui l’indulgence qu’il éprouvait vis-à-vis de lui-même, de même que les missions qu’il avait choisi de mener au-delà du jeu. « Au début, j’ai pensé qu’il en faisait trop. C’était incroyable, se souvint Bach. Il rendait toujours visite à une personne, adulte ou enfant, dont la dernière volonté était de le rencontrer. Il ne laissait jamais tomber quelqu’un. Tous les soirs, il affrontait cette réalité et je n’ai réussi à comprendre comment il y parvenait. Il y avait des gamins qui étaient brûlés, brutalisés, des gosses qui mouraient, succombant à une maladie. Je me rappelle d’un enfant. Son père, hors de lui, lui avait brûlé le visage. On a amené cet enfant à Michael. Il lui a parlé avant le match, dans ce vieux vestiaire que nous avions au Chicago Stadium. Il lui a simplement parlé. Vous ne pouviez pas imaginer un enfant aussi affreusement brûlé. Mike lui a simplement parlé. Il l’a fait s’asseoir sur le banc de l’équipe. Pendant le match, il venait le voir et lui demandait : “Comment as-tu trouvé ce tir en suspension ?” L’un des arbitres est venu et lui a dit : “Michael, tu ne peux pas laisser ce gamin sur le banc. C’est contraire au règlement.” Mike l’a regardé et lui a répondu : “Il restera sur le banc.” Il laissait l’équipe pendant les temps morts pour aller lui parler. Je me souviens que John Paxson et moi avions les larmes aux yeux en regardant cette scène, car ce garçon était atrocement brûlé. Et Michael lui parlait. Il avait cette grandeur en lui. Il y a eu d’autres scènes comme ça. Ça s’est répété plusieurs fois. C’était un homme formidable. »

 

Une réserve émotionnelle sans limite

En pareilles occasions, Jordan semblait puiser dans la même réserve émotionnelle énorme qui nourrissait son instinct de compétiteur, ajouta Bach. « À mes yeux, on abusait. Il recevait tellement de sollicitations de personnes différentes que cela devait le fatiguer. Mais il semblait toujours contenter ceux qui en avaient le plus besoin. Il a grandi, pas seulement en tant que joueur mais aussi en tant qu’individu. Il prenait la mesure des choses et savait rendre un gamin heureux. Moi, je ne pouvais pas le faire. Je vous le dis. J’aurais pu m’effondrer et de fait, je me suis presque effondré. Il a extrêmement bien supporté la pression, qu’il s’agisse des demandes de la presse, des demandes de la franchise ou de celles du jeu en lui-même, le basket. Il s’y est mis et il s’en est occupé plus souvent qu’à son tour. Il a connu quelques mauvaises nuits. Une mauvaise nuit pour lui, c’était une nuit de rêve pour quelqu’un d’autre. Je l’admire encore aujourd’hui. Comment a-t-il pu aider tant de gens ? Je ne le saurai jamais. Jamais. »

Jerry Krause, lui aussi, admira la capacité innée de Jordan de donner aux plus démunis. Selon le general manager des Bulls, le seul moment où la jeune star se montrait contrariée par cette obligation, c’était quand quelqu’un essayait de transformer cet instant en un événement de relations publiques. Les choses qu’il faisait devaient être gardées secrètes, rester strictement en coulisses. Jordan l’avait exigé. « Il faisait ce genre de choses tout le temps, se souvint Tim Hallam. Il précisait juste un point. Il ne faisait pas ça pour la publicité. Il insistait pour que ça reste secret. Il ne fallait absolument pas que la presse soit présente. »

Évidemment, la dernière chose dont Jordan semblait avoir besoin, c’était de relations publiques. Ses performances sur le terrain parlaient pour lui. Il se plaignait en privé d’avoir déjà suffisamment souffert d’une image censée être parfaite. Le public affichait depuis longtemps une faiblesse pour les étoiles du sport et un fort désir de croire le meilleur à leur sujet. On avait élevé une pliéade de figures au rang de mythe dans ce qui avait été décrit comme « le siècle du sport ». On était loin d’imaginer que cette adoration pour « MJ » n’en était qu’à ses débuts.

 

De 200 000 à 650 718 spectateurs

L’explosion des ventes de chaussures reflétait le boom que connaissait l’activité de l’équipe elle-même. Durant les trois premières saisons de Jordan, la valeur de la franchise de Chicago avait plus que triplé. Elle continua de grimper à chaque match. Jerry Reinsdorf, le propriétaire, était si content de ces développements qu’il prolongea le contrat d’un an de Doug Collins et songea à proposer un nouveau bail, plus long, à Jordan.

La fréquentation à Chicago était passée de presque 200 000 spectateurs à 650 718 spectateurs. Cela représentait une hausse de quasiment un tiers par rapport à l’année précédente, quand Michael avait manqué 34 matches à domicile. En déplacement, les Bulls avaient dopé la fréquentation de la Ligue entière, attirant 276 996 spectateurs supplémentaires, ce qui avait généré 3,71 millions de dollars de revenus. Les autres propriétaires reconnaissaient que la nouvelle poule aux œufs d’or n’était pas seulement la propriété de Reinsdorf. Une popularité et une trésorerie en hausse stimulaient la confiance placée en cette équipe de Chicago. « Nous avons acquis du respect dans cette ville, déclara Doug Collins aux journalistes. Nous ne sommes plus considérés comme les Bulls apportant des mauvaises nouvelles. »

 

Une main de fer dans un gant de velours

On avait enregistré tous ces gains. La franchise devait encore embaucher Phil Jackson ou drafter Scottie Pippen. Au printemps 1987, Michael Jordan ne connaissait aucun des deux hommes avec lesquels il nouerait les principales relations de travail de sa vie professionnelle. Pippen rejoignit l’équipe via la draft de 1987 (5e choix par Seattle, échangé contre le pivot Olden Polynice). Jackson en fit autant durant l’intersaison, en tant que coach assistant chargé de missions d’observation et d’autres tâches de moindre importance. Krause voulait surtout Jackson pour l’associer à Tex Winter. Il serait placé sous la tutelle de ce dernier.

D’une façon ou d’une autre, Krause parla à Collins d’embaucher Jackson, qui demeurait le « drôle d’oiseau » du basket américain. Une sorte d’intellectuel qui arborait des plumes sur son chapeau et avait la réputation de consommer du LSD, comme il l’avait révélé dans un livre. Cette fois, le hippie du basket pro s’était rasé et il avait mis une cravate pour l’entretien. C’étaient les instructions de Krause. Jordan n’avait jamais entendu parler de Jackson lorsque celui-ci arriva dans l’équipe. Il le regarda avec méfiance, y voyant une autre invention de Krause, mais les premières impressions furent suffisamment fortes pour balayer cette défiance.

Personne n’avait indiqué que Jackson attendrait sagement le moment de remplacer Doug Collins mais les choses de ce genre étaient implicitement admises dans le petit monde clos de la NBA et généralement, elles donnaient lieu à des intrigues de palais tordues. La NBA n’avait pas vraiment utilisé de coaches assistants jusqu’à la fin des années 1960 et au début des années 1970. La plupart des franchises ne pouvaient pas s’en offrir ou ne voulaient pas payer pour en avoir un. Pourquoi Doug Collins devait-il faire confiance à Jerry Krause, qui avait déjà licencié deux entraîneurs en deux ans ? Malgré tout, cette association fonctionna car Jackson était discret et réservé, malgré son ego.

La frustration et le cynisme de « MJ » comme moteur

Les Bulls rassemblaient de fortes personnalités. Jordan, Jackson, Collins, Bach et Winter. Réunis par ce petit homme étrange qui s’appelait Jerry Krause. Et maintenus sous pression par la frustration grandissante et le cynisme de Michael. Il ne faisait pas réellement confiance à Krause pour trouver des solutions afin de faire progresser l’équipe. Il était encore assez remonté au sujet de ce qu’il considérait comme une maladresse du general manager à son retour, suite à sa blessure au pied. Mais ses parents et Dean Smith lui avaient appris à se montrer respectueux. Il savait ce que voulait dire la hiérarchie. Il pouvait, à l’occasion, se montrer taquin dans un échange avec les médias mais lorsque les journalistes l’interrogeaient directement au sujet de la composition de l’équipe, Jordan éludait souvent la question, affirmant que le choix des personnes ne relevait pas de ses attributions.

En coulisses, toutefois, il avait plein de doutes et la draft de 1987 mit ces doutes en pleine lumière. Krause avait travaillé pour obtenir deux choix au 1er tour. Pippen, retenu au cinquième rang et obtenu dans un deal avec les Seattle Supersonics, n’était pas un élément dont le talent faisait débat en interne. Le dixième choix, en revanche, devint un problème. Dean Smith et Michael Jordan faisaient tous les deux pression sur Krause pour qu’il retienne Joe Wolf, intérieur de North Carolina. Voire le meneur Kenny Smith, lui aussi formé chez les Tar Heels. Le general manager des Bulls se méfiait de plus en plus des joueurs de North Carolina. Le système de Dean Smith rendait difficile l’évaluation des talents qu’il avait sous sa responsabilité. De plus, l’entraîneur des Tar Heels savait se montrer persuasif. Il voulait toujours que ses joueurs soient draftés le plus haut possible. Un general manager en NBA pouvait se retrouver en difficulté s’il laissait Smith troubler sa réflexion. Krause était sur les nerfs, le soir de la draft, au sujet de ce dixième choix mais Jerry Reinsdorf, le propriétaire, lui avait dit « d’y aller au culot ». Alors, Krause sélectionna Horace Grant, ailier fort de Clemson, aux dépens de Joe Wolf, ce qui rendit furieux Dean Smith. Le choix d’un joueur de Clemson au détriment d’un joueur de North Carolina irritait l’entraîneur des Tar Heels car cela pourrait être utilisé contre lui dans le processus de recrutement.

« Dean m’a appelé, se souvint Krause. Il m’a littéralement engueulé. “Comment as-tu pu faire ça, espèce d’idiot ?” Littéralement. Et Michael a dit : “Quoi ? Tu as pris ce crétin ?” Pendant des années, c’est comme ça qu’il a appelé Horace. “Crétin.” Devant lui. “Crétin.” En pleine face. »

 

Animosité croissante entre le GM et le franchise player

Krause n’avait pas consulté Jordan au sujet de ce choix. Il savait très bien ce qui lui aurait plu. « J’ai discuté avec des joueurs mais pas avec Michael, car il n’était pas assez âgé pour comprendre à ce moment-là », expliqua Krause. Chose plus inhabituelle : les joueurs qu’il avait consultés à propos des questions relatives à l’effectif évoluaient dans d’autres équipes. Il consultait souvent Robert Parish, le pivot des Boston Celtics, et Brad Davis, le meneur des Dallas Mavericks. « Ces relations s’étaient construites au fil des années, confia Krause plus tard. Ils pouvaient me dire des choses car ils avaient joué contre plusieurs types. »

« Michael et moi ne voyons pas les choses de la même façon, expliqua Jerry en 1995. Michael aurait voulu que je prenne Buzz Peterson, son camarade de chambre à l’université, pour les deux premières années à Chicago. Nous plaisantions tout le temps à ce sujet. Il y avait aussi Walter Davis. Il me pressait de prendre Walter Davis. Je ne l’ai pas fait. »

Cette situation alimenta l’animosité croissante entre les deux hommes. Un an plus tôt, Krause avait sélectionné Brad Sellers au détriment de Johnny Dawkins, un ami de Jordan à l’université de Duke. Maintenant, il ignorait un joueur solide qui sortait de North Carolina. Des années plus tard, Krause concéda que Joe Wolf se serait probablement bien comporté avec les Bulls et que s’il n’avait pas progressé, c’était principalement parce qu’il avait atterri chez des Los Angeles Clippers faiblards. À cette époque-là, l’opinion de Jordan était que personne ne connaissait mieux les joueurs que Dean Smith et aucun tampon de validation n’était aussi fort que le logo des Tar Heels. C’est la raison pour laquelle il portait des shorts d’entraînement de North Carolina sous sa tenue de Bull chaque soir de match et sous ses vêtements courants au quotidien. Il croyait profondément en tout ce qui touchait North Carolina. Il avait remporté un titre NCAA avec cette fac. Les Bulls, eux, avaient été, la plupart du temps, une organisation insignifiante, gérée par un Krause cafouilleux et peu sûr de lui. Un Krause qui lui avait présenté trois coaches en moins de trois saisons.

 

Jerry Krause, a.k.a. « Miettes »

Au-delà de ça, Jordan détestait tout simplement traiter avec Krause, comme s’en souvint Lacy Banks du « Chicago Sun-Times ». « Krause rendait les choses beaucoup plus difficiles que nécessaire et c’est pour cela que Michael le haïssait. » À présent, il était de notoriété publique que Jordan surnommait le vice-président de l’équipe « Miettes ». Car tout ce qu’il mangeait – et il mangeait beaucoup – était censé lui aller bien une fois sur ses vêtements. « Miettes et moi, nous gardons nos distances », déclara Michael à l’hebdomadaire « Sports Illustrated » durant cette intersaison.

Avec le temps, Jordan hésita moins à afficher son mépris pour le general manager dépourvu d’humour. Durant les saisons qui ont suivi, lorsque Krause entrait dans le vestiaire, il encourageait parfois ses coéquipiers à meugler ou à fredonner le thème musical de « Green Acres » (1). Des singeries que, la plupart du temps, Krause ignorait ou ne réussissait pas complètement à saisir.

Lorsque le camp d’entraînement a débuté, cet automne-là, Jordan a fait ce qu’il avait toujours fait : il a dirigé toutes les forces de son instinct de compétiteur sur les rookies et sur les recrues de Krause. Il s’agissait de voir s’ils étaient suffisamment forts mentalement pour en découdre. Pour Jordan, cela devenait de plus en plus un test avec un caractère de rituel. Il devait juger par lui-même, se faire sa propre idée, indépendamment du travail accompli par le general manager. L’insistance et la colère de Jordan au sujet des questions relatives à l’effectif allaient devenir un thème récurrent. Des années plus tard, il hanterait sa propre vie en tant que dirigeant d’équipe.

Charles Oakley, le garde du corps rêvé

La vérité, c’est que de nombreux joueurs NBA n’étaient tout simplement pas prêts à jouer aux côtés de Michael. L’université dont ils venaient ou la personne qui les avait draftés importaient peu. Tous ceux qui intégraient le roster étaient bien conscients de la force mentale que le n°23 demandait à chacun d’étaler. Il semblait évident qu’il avait peu confiance en ceux qui l’entouraient. « Michael a d’abord pensé qu’il pouvait prendre le match en main et faire la différence tout seul en permanence, commenta Jim Stack, recruteur pour les Bulls. Et il fit souvent ça, effectivement, durant les périodes clés des matches, pour nous aider à gagner. Nous avons été, je pense, bloqués un certain temps. Jusqu’à ce qu’il adopte véritablement ses coéquipiers et l’idée qu’il pouvait les aider. »

La saison précédente, une grande partie de l’aide était venue de l’ailier fort Charles Oakley, qui avait tourné à 14.5 points et 13.7 rebonds, et du meneur John Paxson qui s’était affiché à 11.3 points de moyenne tout en shootant à presque 49%. « Ce qu’il fallait faire avec Michael, c’était gagner sa confiance en tant que joueur, expliqua Paxson. Vous deviez faire quelque chose pour qu’il ait confiance en vous en tant que basketteur. Il était dur avec ses coéquipiers, de sorte que lorsqu’il exigeait que vous jouiez dur, vous vous exécutiez. Arrivait un certain moment où vous faisiez quelque chose sur le terrain pour gagner sa confiance. C’était la chose la plus difficile pour les nouveaux gars qui débarquaient. Certains n’y arrivaient pas. Certains gars ne pouvaient pas jouer suffisamment bien ou de manière régulière. Ils ne faisaient pas le sale boulot et toutes les petites choses qui comptent. C’est l’une des raisons pour lesquelles Michael aimait Charles Oakley. Charles jouait dur. Il faisait des petites choses sur le terrain que Michael appréciait. Beaucoup de gars ne comprenaient pas ça. »

Scottie Pippen, le gars de la campagne

La première fois qu’il a rencontré Scottie Pippen, Michael Jordan l’a regardé et a dit : « Oh, génial, un autre gars de la campagne ! » C’était une référence à Pete Myers, sixième choix de draft de Jerry Krause en 1986. Myers était sorti de l’université d’Arkansas. Pippen venait de la fac voisine, Central Arkansas. « Je n’avais jamais entendu parler de lui, déclara Jordan. Il venait d’une école NAIA (2). »

Pippen venait d’Hamburg, dans l’Arkansas. Une ancienne ville de chemin de fer qui comptait environ 3 000 habitants. C’est aussi là que vivait Charles Portis, l’auteur de « True Grit ». Scottie était le dernier-né des douze enfants de Preston et Ethel Pippen. Preston Pippen travaillait dans une usine de textile. Sa santé avait décliné pendant les années de lycée de Scottie, ce qui avait peut-être limité les opportunités pour son enfant le plus jeune. Pippen était resté la plupart du temps sur le banc, durant son année junior à Hamburg High, mais il fut titulaire au poste de meneur pendant son année senior. Il mesurait 1,85 m pour 68 kg. Pour la deuxième partie de son incroyable voyage au pays du basket, son entraîneur au lycée fit le nécessaire afin qu’il intègre Central Arkansas comme manager d’équipe. Un rôle que Pippen avait joué au lycée. « J’étais chargé de prendre soin du matériel, des maillots, des trucs comme ça, se rappela-t-il. J’avais toujours aimé faire ça. Être le responsable attitré. »

Son talent brut fut vite remarqué par l’entraîneur de basket, Don Dyer. « Personne ne l’avait recruté, expliqua Dyer. C’était un figurant. Un figurant de 1,85 m pour 68 kg. Donald Wayne, son entraîneur au lycée, avait joué pour moi à l’université. J’ai pris Pippen pour lui faire plaisir. J’étais prêt à aider Scottie. J’allais faire de lui le manager de l’équipe et l’aider à s’en sortir financièrement pendant ses années à la fac. Lorsqu’il s’est présenté, il mesurait 1,90 m. Deux joueurs avaient quitté l’école. Je pouvais déceler un petit potentiel chez lui. C’était comme un jeune poulain. »

Faire carrière en NBA n’avait jamais traversé l’esprit de Pippen. Pas même dans ses rêves. Mais il atteignit 1,98 m à la fin de sa première année et s’imposa comme l’un des meilleurs joueurs de l’équipe. « Il avait la mentalité d’un meneur, déclara Dyer au « Chicago Tribune » en expliquant l’évolution de Pippen. Nous l’avons utilisé pour monter la balle contre une défense en press. Je l’ai également fait jouer ailier et pivot. Partout sur le terrain. »

Scottie commença à comprendre que sur le terrain de basket, les choses devenaient différentes. « Je pouvais être aussi bon que je le voulais. J’ai pris confiance en mes capacités. » Il fut élu à deux reprises NAIA All-American. Durant son année senior, ses performances ont retenu l’attention de Marty Blake, directeur du scouting de la NBA. Pippen affichait une moyenne de 23.6 points, 10 rebonds et 4.3 passes, tout en shootant à 59% et 58% à 3 points. Blake transmit ces informations aux Bulls ainsi qu’à d’autres équipes. Scottie fut invité à l’un des camps de la NBA pour la détection de talents, le Portsmouth Invitational Tournament, en Virginie. Là, Krause tomba amoureux de Scottie – les recruteurs sont bien connus pour ça. Pippen, qui mesurait à présent 2,04 m, était doté de bras très longs, ce qui avait longtemps été une clé, pour Krause, dans l’évaluation des joueurs. « Nous l’avons observé, se souvint Jerry plus tard, et j’ai été enthousiasmé. J’ai vraiment été secoué. »

Pippen fut dirigé vers le camp suivant, à Hawaï. Krause informa Doug Collins qu’ils avaient repéré un talent très intéressant. « Lorsque nous avons parlé de Scottie à Doug, il s’est montré sceptique, raconta Jerry. J’ai fait réaliser une vidéo de tous les joueurs du tournoi de Hawaï et je l’ai donnée aux entraîneurs. Je leur ai fourni des noms et des rosters mais pas de véritable information au sujet des joueurs. Nous les avons laissés juger par eux-mêmes. Lorsqu’ils sont sortis de la session vidéo, je leur ai demandé s’ils avaient des questions. La première chose qu’ils ont dite, c’est : ‘‘Mais qui est donc ce Scottie Pippen ?’’ »

 

  1. « Green Acres » (Les arpents verts) est une série télé diffusée par la chaîne américaine CBS de 1965 à 1971. Oliver Douglas, brillant avocat à New York, décide de changer de vie en partant habiter une ferme.
  2. National Association of Intercollegiate Athetics. Fondée en 1940, cette association organise des compétitions sportives pour les universités de moindre importance.

 

A suivre…

 

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life »

726 pages, 32 euros, 13,99 euros en format numérique (ePub).

En vente en librairie, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne.

Talent Sport : http://talentsport.fr

https://www.facebook.com/Talentsport2014/

Autres livres de basket disponibles

> Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (sorti le 14 mai 2014)

> Jack McCallum, « Dream Team » (sorti le 8 juin 2016)

> Kent Babb, « Allen Iverson, not a game » (sorti le 9 novembre 2016)

> Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (sorti le 31 mai 2017)

 

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