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Équipe de France : la nécessité d’une remise en question qui dépasse le terrain

Par  — 

Défaite en huitième de finale par l’Allemagne, l’équipe de France sort du Top 8 européen pour la première fois depuis 1997. Comme souvent au moment de la chute viennent les critiques et les appels à la destruction.

Des ambitions démesurées pour cet été ?

À titre personnel, et je l’ai dit à maintes reprises, notamment dans le Hoopcast, bien qu’en désaccord avec George, je n’attendais pas de résultats concrets de l’équipe de France cet été et j’appelais les supporters à davantage faire preuve de patience plutôt que de nourrir des ambitions démesurées, et ce pour plusieurs raisons.

D’une part, cette réflexion n’est en rien une injure envers les joueurs qui se sont déplacés à l’Euro, même si certains d’entre eux ont pu le comprendre autrement. Les équipes nationales, comme les clubs, vivent des cycles. Notre ère la plus glorieuse s’est achevée difficilement l’an passé, aux Jeux olympiques. Même avec du talent, il est souvent compliqué de pérenniser des résultats après de grands chamboulements d’effectif.

Un favori qui n’en est pas un

Aussi, et c’est encore un avis très personnel, je crois que l’on s’est toujours trompé sur le statut réel de l’équipe de France. Elle n’a jamais eu la marge de l’Espagne. Je vais même encore aller plus loin : il n’y a jamais eu de rivalité avec l’Espagne ou, s’il y en a une, elle n’est pas réciproque. L’Espagne nous a toujours battus lors de matchs décisifs, hormis à deux reprises. Les rivaux des Espagnols sont les États-Unis. Nous ? Nous sommes le poil-à-gratter du bon vieux derby.

Cela ne doit pas remettre en question l’immense joie connue des victoires de 2013 ou 2014 mais plutôt notre manque de lucidité, pour ne pas dire notre arrogance. Hormis lors des quarts de finale des Jeux Olympiques 2012 et lors de l’Euro 2015 en France (à chaque fois, avec le même résultat à la clef) la dernière génération de l’équipe de France n’a jamais joué l’Espagne de Pau Gasol les yeux dans les yeux.

Je pense sincèrement que le comprendre permet de relativiser la place de la France dans le circuit international et, de fait, éviter certaines erreurs, cette méprise au sujet de notre niveau qui a souvent entraîné les éternels faux-pas : les défaites en ouverture contre l’Allemagne en 2013 ou contre le Brésil en 2014, la tôle prise contre l’Australie en 2016 ou la Finlande cette année (la liste est évidemment plus longue).

Perdre n’est pas un problème, sauf si la défaite s’explique par un manque d’intensité. Ce fut le cas à chaque fois lors de ces exemples et c’est symptomatique d’un certain état d’esprit : la suffisance.

Et cela démontre en partie pourquoi la France n’est pas l’Espagne, pourquoi elle n’a pas son statut : elle n’a pas la marge suffisante pour se montrer suffisante.

« Les dernières années nous ont un petit peu trop habitués à avoir des médailles chaque été (…) et elles nous ont peut-être fait oublier à quel point c’est difficile de pouvoir faire des résultats, de pouvoir monter sur le podium. » confie Boris Diaw dans le dernier épisode de Selection.

Au bout du compte, la France n’a jamais été aussi forte qu’en mission ou dos au mur, avec la rage, ce fut le cas en 2011, en 2013 évidemment ou encore en 2014. Le statut de favori ne lui va pas : les compétitions successives ont prouvé qu’elle assumait difficilement ce costume, et cela ne date pas de la génération Parker. Cela démontre sans doute qu’elle ne le mérite pas et le revendiquer est une faute de goût.

Une équipe nationale littéralement en pleine formation

De fait, son aventure avortée lors de cet Eurobasket ne me déçoit pas : je ne m’en réjouis évidemment pas mais elle n’est pas illogique. Il faut comprendre que l’équipe de France a entamé sa transition avec cette compétition. L’Espagne est passée par là, la Serbie est passée par là, même les États-Unis sont passés par ce chemin de croix.

Et je serai le dernier à critiquer les joueurs qui ont participé à cette compétition : en premier lieu, parce qu’ils sont venus. Et, surtout, parce que je ne doute pas une seule seconde qu’ils espéraient tous un autre résultat, pas plus que je ne doute de leur esprit de compétition. Je connais peu de joueurs qui travaillent et respirent le basket comme Evan Fournier, Edwin Jackson ou Nando De Colo, qui estiment le maillot bleu comme Boris Diaw, Antoine Diot, Leo Westermann ou Joffrey Lauvergne. Enfin, on ne peut pas douter de joueurs qui mettent leurs griefs de côté ou se remettent en question pour rejoindre la sélection en plein été, je pense à Thomas Heurtel ou Kevin Seraphin.

Alors pourquoi cet engagement ne se traduit pas par la hargne que l’on aimerait voir sur le terrain ? Par une rage collective et la démonstration d’une union sacrée ? Pour répondre simplement : parce que ça s’apprend. Aucune équipe ne nait en un jour et celle-ci n’avait pas de vécu. À l’exception d’Axel Toupane et Vincent Poirier, ils avaient certes déjà tous joué sous cet uniforme mais combien de fois simultanément, la même année ?

Certes, c’est aussi le cas pour d’autres sélections, comme la Serbie, privée de deux de ses meilleurs joueurs mais comme je l’ai dit, la France n’a sans doute pas leur marge et c’est un pays nourri d’un état d’esprit, d’une culture de jeu, de l’intensité, de la bataille, différents. D’ailleurs, Vincent Collet l’a admis. On en revient au point précédent.

Vincent Collet, la cible idéale

Cette absence d’intensité pourrait être inculpée à Vincent Collet. Soyons clair, c’est déjà le cas. Après tout, au bout de huit ans à la tête de l’équipe de France, un Euro 2015 manqué de peu et deux dernières campagnes tristes, peut-on s’étonner qu’on tire à boulets rouge sur le sélectionneur ?

Pourtant, je ne pense pas que toutes les critiques soient justifiées. D’une part, s’il avait fallu changer de tête, c’était au terme des Jeux olympiques, une fois son contrat achevé. La FFBB l’a prolongé jusqu’en 2020, ce n’est donc pas au premier acte manqué de son nouveau contrat qu’il faut se raviser.

D’autre part, Vincent Collet a évidemment ses torts sur cette campagne. Tactiquement, la plupart de ses adversaires l’ont dominé ; il a aussi des principes qui peuvent me surprendre, bien que je ne sois pas coach et n’ai pas la prétention de vouloir lui apprendre son métier, comme le fait d’insister avec ses cadres dans le cinq de départ, quitte à affaiblir le banc et, à mon humble avis, l’équilibre de l’équipe. Je ne comprends pas pourquoi il faut à tout prix aligner trois très bons joueurs offensifs comme Thomas Heurtel, Nando De Colo et Evan Fournier ensemble quand le banc pourrait profiter de l’un d’entre eux et, à l’inverse, qu’un défenseur comme Axel Toupane intègre le cinq. C’est une digression : nous sommes plus de 60 millions de sélectionneurs et de coachs. Vincent Collet a ses principes et ils ont mené la France à sa plus belle collection de médailles ces huit dernières années.

Ainsi, je pense que ce qui est vécu comme un échec ne peut pas entièrement lui incomber : si l’équipe de France est en transition, le coach l’est logiquement lui aussi. Il est passé en un an d’une sélection à l’identité traditionnellement défensive à une autre clairement orientée vers l’attaque. De ce que j’ai vu sur cette campagne, hormis quelques couacs, c’était sans doute l’équipe la plus prometteuse dans ce secteur depuis l’année 2014. Mais comme l’a déjà narré un vénérable conteur dénommé Laurent Sciarra : « Des dauphins, t’en fais pas des requins. » Défensivement, cette équipe de France était composée de dauphins et s’ils doivent un jour se rapprocher de squales, cela ne peut se faire en un été.

Des changements nécessaires au sein de la DTN ?

Comme je l’ai déjà écrit au sujet de la culture du jeu, je pense que la partie la plus importante du problème se situe ailleurs. Cette transition est une superbe opportunité pour se remettre en question, encore faut-il le faire dans les moindres détails.

Il est ainsi peut-être temps d’un changement à la fédération, notamment au niveau de la direction technique nationale. Attention, il n’est pas question de couper des têtes – surtout à l’heure où le contrat à durée déterminée va devenir roi – Patrick Beesley a ses compétences et son expérience. Mais si j’apprécie l’air frais apporté par Jean-Pierre Siutat, un changement salvateur après tant d’années de monarchie Mainini, la fédération reste encore trop statique, trop technocrate.

Que voit-on ailleurs ? Andreï Kirilenko à la tête de la fédération russe, Jorge Garbajosa pour l’Espagne, Predrag Danilovic chez les Serbes, Stokjo Vrankovic chez les Croates, Arvydas Sabonis chez les Lituaniens, je m’arrête là. Sans se focaliser sur le poste de président, il est peut-être temps que d’anciens joueurs investissent notre institution nationale. Je vous invite à examiner l’organigramme de la fédération, à côté le Sénat est une instance jeuniste. C’est très bien d’avoir Laurent Foirest mais où sont les autres ? Le basket féminin l’a compris : Nathalie Lesdema et Yannick Souvré sont ainsi toutes deux au comité directeur de la FFBB, et la deuxième est même directrice générale de la fédération de volley-ball. Aucun ancien joueur n’est dans le lot. Tous n’ont pourtant pas rompu avec le basket : Frédéric Fauthoux, bon comme coach avec Paris, Joseph Gomis, coach particulier de Nicolas Batum, Aymeric Jeanneau, toujours dans les coulisses de la SIG… la liste est longue.

Aussi, une fédération aussi importante que la fédération doit s’investir davantage dans le dialogue : coach à Strasbourg, Vincent Collet ne peut parcourir les États-Unis et le reste de l’Europe toute l’année. On a vu par le passé que les joueurs, désireux de garder un lien avec la sélection, pouvaient se montrer frustrés d’être peu contactés, cela ne devrait plus jamais arriver, et pas seulement pour leur ego mais aussi pour stimuler la cohésion. Ce rôle, Patrick Beesley et Crawford Palmer ont eu du mal à l’assumer. Il faut donc trouver autre chose.

Le nouveau calendrier FIBA, une opportunité ?

Malgré la remise en question qui s’impose naturellement à chaque défaite, l’optimisme est de rigueur, la Fédération va en partie dans le bon sens et la réforme du calendrier FIBA n’y est pas pour rien. Certes, elle divise mais elle a imposé à l’instance nationale de créer un vrai pool de joueurs, des cadres et des nouveaux arrivants susceptibles de se développer et de progresser dans le contexte de la sélection.

Même sans la NBA et l’Euroleague, le vivier de talents est là. Cela ne signifie pas que la progression est acquise, beaucoup d’autres sélections ont elles aussi du talent, mais cela laisse penser que la France aura à terme les moyens de composer avec les imprévus.

Les nouvelles fenêtres de qualification permettront de mobiliser ces joueurs. En cas de qualification pour la Coupe du Monde 2019, ce que tout le monde espère, se posera le souci d’éventuellement les remplacer par des joueurs plus capés. C’est un vrai problème mais, en intégrant cette « Team France », tous les joueurs l’ont accepté.

Seulement si la LNB et la FFBB mutualisent leurs efforts

Cependant, les cycles passent vite et même si ce groupe France est très prometteur en l’état, il est primordial de toujours anticiper. À ce titre, d’autres générations arrivent : les Jaylen Hoard, Yves Pons, Joël Ayayi, Ivan Février, Olivier Sarr, Sekou Doumbouya et consorts…

Si ce nouveau calendrier perdure et que le conflit avec l’Euroleague reste intact, les joueurs du championnat de France seront les plus sollicités. Dans cette optique, la LNB et ses représentants, dans les hautes sphères et sur le banc, auront eux aussi leur part de responsabilité dans les futurs résultats de la sélection. Il est impensable que si peu de joueurs français, et encore moins les jeunes, n’aient leur place sur le terrain.

« En Pro A, il n’y aura pas suffisamment de joueurs de niveau international qui ont de l’expérience dans des compétitions majeures, telles que l’Euroleague. » me disait l’ex-sélectionneur Claude Bergeaud pour Basket Europe l’an passé.

Le problème est vaste, complexe et ne se résoudra pas ici : cela vient de la règlementation de la ligue, des coachs, des présidents de club aux mains lestes quand il faut faire tomber les têtes et, probablement, aux joueurs aussi. Néanmoins, le fait est que d’autres ligues, et pas des moindres, n’hésitent pas à développer chez eux leurs talents.

« Cela donnera des opportunités à de jeunes joueurs de jouer en équipe nationale et de glaner de l’expérience en prenant part à des matchs de haut niveau. » expliquait le sélectionneur espagnol Sergio Scariolo

Une chose est sûre, viendra un temps où si nos meilleurs éléments partent en NBA, en G-League, en NCAA ou en Euroleague et que le reste ne trouve pas de temps de jeu en Pro A, nos ambitions seront synonymes de déraison. Malheureusement, quand le DTN me dit l’an passé qu’ « il faut aussi ne pas se tromper, les prochaines rencontres qualificatives pour la prochaine Coupe du Monde ne vont pas être du même niveau de ce que l’on vient de vivre ces dernières années, on ne va pas jouer la Serbie, ni l’Espagne. Il faut bien sûr respecter l’adversaire, il ne s’agit pas de les sous-estimer… », j’ai peur que la France n’en ait pas encore vraiment fini avec sa suffisance.

(Edit : j’avais attribué à l’équipe de France une défaite face à l’Iran en 2014, en fait une victoire 81-76, pardon pour eux)

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