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Patrick Ewing, Empire Knick Building

Il est rare qu’un joueur incarne une franchise au point de ne faire plus qu’un avec l’équipe. Ce fut le cas, dans les années 90, du n°33 des Knicks.

« Quand vous pensez à New York, vous pensez à Patrick Ewing », soulignait Michael Jordan qui fut son alter ego chez les Bulls.

« The Beast », c’est 15 saisons passées au service de « Big Apple » dans la quête obsessionnelle du titre NBA et avec un engagement total. Parce qu’il se trouva toujours quelqu’un pour lui confisquer la bague tant convoitée, le grand Pat fit de tristes adieux à la ville qui ne dort jamais.

On discutera longtemps la légende d’un pivot à l’image brouillée, qui eut des rapports parfois délicats avec le public. Un personnage définitivement complexe, devenu le coach de Georgetown après des années comme assistant en NBA.

Une carrière liée à Hakeem Olajuwon

En NBA, on aime hiérarchiser les images et les grands moments. Pas seulement les highlights les soirs de matches, mais aussi les joueurs poste par poste. Prenez les pivots, par exemple. Il y a quelques années, Kareem Abdul-Jabbar avait tranché : George Mikan n°1 devant Bill Russell, Wilt Chamberlain, lui-même et Shaquille O’Neal. Michael Jordan écarte tous ceux-là.

« Si je devais retenir un seul pivot pour la meilleure équipe de tous les temps, ce serait Hakeem Olajuwon. Ça laisse de côté Shaq, Ewing, Wilt, Kareem, Russell… Beaucoup de monde. Je prendrais Hakeem pour ce qu’il vous donnait au poste 5. Pas seulement des points, des rebonds et des contres. Il était aussi dans le Top 7 aux steals. Les gens ne s’en rendent pas compte. Il a toujours fait de bons choix sur le parquet. Je le prendrais pour toutes les facettes de son jeu. »

Olajuwon-Ewing. Réunis pour la première fois en 1983 dans un hôtel à Phoenix pour une campagne de la NCAA contre la drogue. C’est là qu’ils avaient sympathisé. Adversaires dans la finale NCAA 1984. Adversaires dans la Finale NBA 1994. Introduits au Hall of Fame la même année, en 2008. On trouva à l’époque des esprits taquins pour considérer que Patrick Ewing n’était pas « un grand parmi les grands ». Et pas seulement parce qu’il courut après le titre NBA pendant 17 ans. Tous les classements ou presque leur donnent raison sur un point. Le pivot emblématique des Knicks fut l’un des meilleurs centres toutes époques confondues, oui. Mais pas l’égal, sur la décennie 90, d’un Hakeem ou même d’un David Robinson.

L’histoire du n°33 new-yorkais commence au pays du reggae, sur les terres de Bob Marley et Usain Bolt. Patrick Aloysius Ewing – prononcez « you-wing » – naît le 5 août 1962 à Kingston (Jamaïque). Pour l’anecdote, Otis Thorpe, All-Star en 1992 sous le maillot des Rockets, vint au monde le même jour, en Floride. C’est aussi ce 5 août 1962 que Nelson Mandela fut emprisonné en Afrique du Sud (il sera libéré en 1990 après 28 ans de réclusion). Patrick est le cinquième des sept enfants – deux garçons, cinq filles – de Carl et Dorothy Ewing. Papa est mécanicien. Maman s’occupe de la maison en rêvant des Etats-Unis. Le petit Patrick, lui, est très loin d’une carrière de basketteur. Il aime dessiner et veut devenir artiste. Bien sûr, il fait du sport. Il se débrouille assez bien au cricket et joue gardien de but dans son équipe de foot, comme Hakeem Olajuwon. Le basket ? Connaît pas ! Il ne vit jamais un match avant de migrer aux Etats-Unis.

Une partie de son cœur reste en Jamaïque

La vie de la petite famille bascule en 1971. Dorothy quitte les Caraïbes pour s’installer à Boston. Elle travaille au Massachusetts General Hospital. C’est là qu’est établie la faculté de médecine de l’université d’Harvard. Faute d’argent, les enfants sont contraints de rester en Jamaïque. Quatre ans plus tard, la famille est enfin réunie. Les Ewing habitent une maison de cinq pièces. Patrick a posé le pied sur le sol américain le 11 janvier 1975 mais une partie de son cœur est restée en Jamaïque.

« S’installer en Amérique, ma mère en avait rêvé toute sa vie », confia-t-il plus tard à « Time magazine. » « Elle nous disait que les Etats-Unis étaient une terre d’opportunités. Moi, j’avais le cœur un peu noué. J’aime ma vie aux USA, je suis content d’être Américain mais la beauté naturelle, les cascades et les paysages de la Jamaïque me manquent. »

Quand Pat découvre la balle orange, à 13 ans, c’est le coup de foudre. Il joue au basket pour la première fois dans un pick-up game près de chez lui. Il n’a aucun mal à dunker mais son approche du basket est assez primaire. Sur un terrain, il apparaît gauche, ne maîtrise pas bien toutes les phases. Heureusement, il a la chance de croiser la route de Mike Jarvis (celui qui entraînera Yinka Dare à George Washington…). Jarvis s’applique à polir son jeu à la Rindge and Latin High School, à Cambridge (Massachusetts). Pour la petite histoire, les acteurs Ben Affleck et Matt Damon fréquenteront le même lycée une dizaine d’années plus tard.

« Patrick était un gros bosseur », raconte Mike Jarvis. « Quand il ne comprenait pas quelque chose ou quand il ne connaissait pas un point précis, il vous posait cent fois la même question jusqu’à ce qu’il maîtrise complètement le truc. Pat est devenu une star, un géant, un basketteur fabuleux mais il faut le dire : il n’a pas toujours été un joueur extraordinaire… A une époque, il était assez maladroit et mal à l’aise. Il fallait lui demander de se tenir droit, de lever la tête et d’être fier de ce qu’il était malgré tout. »

Fier, Ewing peut l’être : son équipe de lycée sera championne de l’Etat à trois reprises. Elle ne perdra qu’une fois en 75 matches… Pat est invité au camp de préparation de l’équipe olympique des USA, ce qui est une première pour un joueur de high school. Il n’est pas retenu mais ne loupe rien : suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique, les Américains boycotteront les Jeux de Moscou en 1980 (en réaction, l’U.R.S.S. boycottera les Jeux de Los Angeles en 1984). Durant son année senior, Patrick, qui a atteint 2,08 m, n’est pas seulement le meilleur pivot parmi les lycéens du pays, c’est tout simplement le meilleur basketteur de high school. Tous les entraîneurs de la nation ont un œil sur lui. Il a droit à des articles dans « Sports Illustrated » et le « New York Times ». Mike Jarvis voit en lui un nouveau Bill Russell mais meilleur en attaque.

En classe, c’est autre chose. Pat a conservé un énorme accent et ses profs n’arrivent pas toujours à le comprendre. L’anglais pratiqué aux USA ne lui est pas familier. Il a du mal à lire et à s’exprimer. Il participe à un programme spécial pour les lycéens désavantagés, ses parents lui paient des cours privés l’été mais ça ne suffit pas. Au cours de son année senior, Mike Jarvis adresse une lettre à 150 équipes de Division I NCAA (80 répondront). Les recruteurs universitaires sont alertés : il faudra mettre en place un programme d’éducation spécial pour permettre à Patrick de surmonter ses problèmes d’élocution et mener une vie d’étudiant normale.

Au grand dam de tous les habitants de « Beantown » qui le voyaient rejoindre Boston College ou UMass, le natif de Kingston choisit d’effectuer sa carrière universitaire à Georgetown, l’usine à pivots basée à Washington qui formera Dikembe Mutombo, Alonzo Mourning et récemment Roy Hibbert, sans oublier bien sûr Allen Iverson du côté des arrières. L’encadrement du grand Pat est assuré par le légendaire John Thompson.

Pas de traitement de faveur chez les Hoyas

Ancien back-up de Bill Russell chez les Celtics, Thompson est l’un des rares entraîneurs noirs en charge d’un gros programme NCAA (il semble que les parents Ewing aient été assez sensibles à la chose). Il coachera les Hoyas pendant 27 ans avec un pourcentage de victoires supérieur à 71 (596-239). Sous ses ordres, la fac disputera le Tournoi NCAA à 20 reprises et atteindra trois fois le Final Four entre 1982 et 85. Thompson connaît Ewing depuis belle lurette. Il l’a vu jouer pour la première fois durant son année sophomore en high school. Dès les premières minutes, il eut la conviction d’avoir sous les yeux une future superstar NBA. Thompson refusa que Patrick bénéficie d’une aide spéciale sur le campus. Les étudiants étaient censés réussir par leurs propres moyens.

En 1982, Pat est sur un petit nuage. Les Hoyas (27-7) remportent la Conférence Big East, avancent jusqu’au Final Four de New Orleans et écartent les Cardinals de Louisville (50-46). La finale contre North Carolina est serrée jusqu’au bout. Ce soir-là, Ewing fait plus ample connaissance avec celui qui empoisonnera son existence pendant quasiment 13 ans. Dans les dernières secondes, Michael Jordan fait passer les Tar Heels devant (63-62). Sur la possession suivante, Fred Brown, arrière de Georgetown, commet la boulette de l’année : il confond James Worthy avec l’un de ses coéquipiers et donne la balle au futur M.O.P. Les Hoyas viennent de signer leur arrêt de mort. North Carolina est sacré champion NCAA. Rien ne peut consoler Ewing (23 pts, 11 rbds). Pas même une citation dans la meilleure équipe du Tournoi.

Durant son année sophomore, Georgetown (18-10) se fait surprendre par Memphis State au deuxième tour de la « March Madness » (66-57). Après cette claque, rien ne sera jamais plus comme avant. L’année 1983-84 voit l’émergence de l’une des meilleures équipes de l’histoire du basket universitaire. Champions de leur Conférence, les Hoyas (30-3) se font une grosseur frayeur contre Southern Methodist University (37-36) avant d’écarter UNLV, Dayton et Kentucky. La finale face aux Cougars de Houston a lieu à Seattle. John Thompson demande à ses poulains de hausser le rythme. Akeem Olajuwon, bien pris en défense en Ewing, est vite piégé par les fautes. Les deux équipes sont adroites mais Georgetown contrôle le match en se montrant plus précis sur la ligne des lancers francs et plus inspiré aux rebonds.

En sortie de banc, l’ailier Reggie Williams plante 19 points pour les Hoyas, deuxième meilleur total du match derrière les 21 d’Alvin Franklin côté texan. Clyde Drexler a quitté les Cougars pour la NBA un an plus tôt. Dominée en puissance et surclassée dans le jeu, la ligne arrière de Houston ne fait pas le poids. L’équipe de Guy Lewis s’incline 84-75. John Thompson devient le premier coach afro-américain sacré champion NCAA. Ewing est logiquement élu M.O.P., pas seulement pour sa finale (10 pts à 4/8, 9 rbds, 4 cts) mais pour l’ensemble de son œuvre. Il ignore évidemment qu’Olajuwon prendra une éclatante revanche dix ans plus tard.

Naturalisé américain, le pivot de Georgetown participe au cours de l’été à la quête de l’or olympique à Los Angeles, au sein de la formation coachée par Bobby Knight. Il y a là Michael Jordan et Sam Perkins, ses bourreaux de 1982, mais aussi Chris Mullin. En finale, les USA dominent l’Espagne.

Papa avant même la fin de ses études

Contrairement à Olajuwon, qui fait l’impasse sur sa saison senior, Patrick Ewing va au bout de son cursus. Tous les ans, des équipes NBA sont venues frapper à sa porte, lui proposant de passer immédiatement pro. Mais Pat avait fait une promesse à sa mère. Pas question de quitter le campus sans son diplôme. Dorothy se tua à la tâche pour tenter d’offrir une vie meilleure à ses enfants. Elle succomba à une attaque cardiaque en 1983, à 55 ans. Peu de temps après, Pat apprenait que sa petite amie Sharon D. Stanford, connue au lycée, était enceinte. Patrick Ewing Jr naît le 20 mai 1984 (il aura deux frères et trois sœurs). Le pivot des Hoyas n’a pas achevé son cursus universitaire qu’il doit déjà jouer les papas.

Classé n°1 du pays, Georgetown est le grand favori à sa propre succession. Toujours aussi irrésistibles (30-3), les boys de la capitale fédérale sont de retour en finale, cette fois à Lexington (Kentucky). Adversaire : les Wildcats de Villanova (25-10), une équipe qu’ils ont dominée à deux reprises en saison régulière et qui s’est difficilement qualifiée pour le Tournoi. Mais à la Rupp Arena, devant 23 124 spectateurs, la formation de Rollie Massimino crée l’une des plus grosses sensations de l’histoire en expédiant le champion sortant au tapis.

Georgetown loupe le back-to-back de 3 points (66-64), plombé par la réussite globale du trio Dwayne McClain-Ed Pinckney-Harold Jensen, auteur d’un 15/19 aux tirs et d’un 17/20 aux lancers francs. Les Hoyas, eux, ne se présentent que 8 fois sur la ligne de réparation… La carrière NCAA d’Ewing (14 pts, 5 rbds) s’achève sur une deuxième désillusion. Du moins sur le plan sportif. Car Pat décroche son diplôme en beaux-arts, spécialité design.

« Avant qu’elle ne quitte ce monde, j’avais promis à ma mère que j’aurais mon diplôme et je suis fier d’avoir tenu cette promesse. J’espère que de là où elle me regarde, elle l’est aussi. »

En dépit d’une brillante carrière universitaire (15.3 pts et 9.2 rbds de moyenne, 3 Finales, 1 titre), Ewing ne jouit pas d’une grosse cote de popularité. L’enseignement spécial dont il bénéficia par le passé fit jaser. Pour beaucoup, Pat est un « illettré » qui n’a rien à faire là : sa place sur le campus, il la doit uniquement à ses aptitudes en basket. En expédiant la fameuse lettre, Mike Jarvis pensait bien faire. Mais cette missive eut un effet dévastateur. Dès son année senior au lycée, Ewing essuya les pires quolibets. Durant un match, un spectateur se moqua de ses difficultés en anglais en arborant un T-shirt barré d’un « Ewing kant read dis » (« Ewing ne peut pas lire ceci », mal orthographié). Meilleur scoreur du match, Pat eut ce commentaire :

« Ce qui est sûr, c’est que je sais compter. Un jour, je serai chez les pros et je compterai tout mon argent sur le chemin de la banque… »

Chez les Hoyas, le pivot se renferme sur lui-même, blessé par les critiques. Il apparaît timide face aux médias et distant avec le public. Il refuse de signer des autographes si ses coéquipiers ne sont pas sollicités. Et puis sur le parquet, Pat a une mine… patibulaire. Avec son crâne en forme d’œuf – front plat et mâchoire en avant -, son regard noir et intense et ses naseaux fumants, Ewing a l’air d’une bête prête à charger. Il joue dur et ne sourit pas souvent. Les fans adverses le surnomment le « Dark Vador du basket ». Le personnage apparaît terriblement sombre.

« Je ne le suis pas », assure-t-il. « Quand je joue au basket, vous ne voyez qu’une facette de ma personnalité. Quand vous êtes sur le parquet et que vous m’affrontez, je dois nécessairement être un autre. Pas votre copain. Pas quelqu’un que vous trouvez sympa et cool. Cette agressivité est dans ma nature. Je suis né avec. »

John Thompson le confirme :

« Ce n’est pas un garçon timide. Il est discret. »

Cette forme de défiance le poursuivra longtemps. Rien, dans l’attitude de celui que l’on surnomme « Hoya Destroya », n’appelle la sympathie du public et les règles imposées à Georgetown par John Thompson n’arrangent pas spécialement les choses. Thompson veut un contrôle total sur l’équipe. Les entraînements se font à huis clos, les joueurs sont tenus à l’écart de la presse. Pour le coach des Hoyas, il s’agit de protéger le groupe d’une surexposition médiatique potentiellement destructrice. Pour les observateurs extérieurs, Thompson est juste complètement parano.

La paranoïa gagne le campus

L’expression « Hoya Paranoia », inventée par un journaliste du « Washington Post », accompagnera l’équipe tout au long de ces années. Dans une parodie de la pièce de théâtre de Reginald Rose « Douze hommes en colère », les protégés de Thompson seront aussi rebaptisés « Twelve angry men ». L’équipe pratique la défense la plus intimidante et redoutée du pays. L’agressivité déborde aussi en attaque. Parfois, ça dégénère. Ces Hoyas sont les champions de l’impopularité. En tant que pilier du cinq, Ewing est le premier à en souffrir. Au sens figuré. Car lui s’accommode plutôt bien de la situation.

« Les règles imposées par le coach ne me dérangent pas », expliquait-il à l’époque. « Je n’ai pas envie de parler à la presse. Je veux simplement vivre ma vie d’étudiant, aller en cours, jouer au basket, sortir avec mes amis et apprécier ma vie sur le campus. »

Le natif de Kingston quitte Georgetown avec le record de rebonds et de contres de la fac. Durant son séjour, les Hoyas auront posté un record de 121 victoires pour 23 défaites. Auréolé d’une ribambelle de titres individuels, Ewing sera désigné ultérieurement meilleur basketteur de college des années 80 (16e « all-time » pour ESPN).

Bill Wennington, adversaire d’Ewing avec St. John’s puis avec Chicago entre 1993 et 99, se souvient :

« A chaque fois qu’on jouait contre lui, on le trouvait meilleur. On s’était affrontés quand on était freshmen. C’était toujours de gros matches. On le voyait progresser à vue d’œil à mesure qu’il prenait de l’âge. J’essayais simplement de rester devant lui et entre lui et le panier. »

Au printemps 1985, la NBA ressemble à une ruche. Le meilleur joueur universitaire du pays va débarquer. La Ligue veut éviter que les équipes mal classées ne « tankent » leur fin de saison pour récupérer le premier pick et introduit le principe de la lottery. La plus mauvaise équipe quasiment assurée de récupérer le meilleur prospect, c’est fini. Le directeur du scouting d’une franchise l’annonce :

« Nous avons eu l’ère George Mikan. L’ère Bill Russell. L’ère Kareem Abdul-Jabbar. Maintenant va s’ouvrir l’ère Patrick Ewing. »

Auteurs d’une saison à 24 victoires-58 défaites, troisième plus mauvais bilan de la Ligue, les Knicks héritent du premier choix de la draft et accueillent Ewing comme le Messie. Depuis le titre NBA de 1973, la franchise pleure son lustre perdu. Les Bill Bradley, Walt Frazier, Willis Reed et Earl Monroe attendaient vainement la relève, qu’on crut un temps incarnée par Bill Cartwright et Bernard King. L’ex-Hoya, 23 ans, est retenu n°1 au cours d’une soirée qui voit Chris Mullin rejoindre les Warriors, Charles Oakley les Bulls, Karl Malone le Jazz et Joe Dumars les Pistons.

Depuis le 23 mars, New York déplore la perte de son meilleur marqueur. La carrière de l’ailier Bernard King (32.9 pts de moyenne) a basculé lors d’un match à Kansas City, où les Kings sont alors établis. Victime d’une rupture d’un ligament du genou droit, le prolifique scoreur des Knicks, triple All-Star et double All-NBA First team, a dû passer sur le billard pour une opération de chirurgie reconstructrice très lourde. Il loupera l’intégralité de l’exercice 1985-86. En son absence, Ewing prend les commandes du cinq en attaque (20 pts) comme en défense (9 rbds, 2.1 cts). Offensivement, Pat n’était pas forcément attendu à ce niveau. Le staff des Knicks en fut le premier étonné.

« A New York, tout le monde parle de ses 20 points. Il a développé un jump shot quasiment indéfendable à 4-5 m. La balle a l’air d’atterrir dans le panier avec la même douceur qu’une poule met à couver ses œufs… »

Sa signature : le jump shot ligne de fond

Au fil des ans, Ewing (2,13 m, 109 kg) fera évoluer son jeu pour s’imposer comme l’un des meilleurs pivots shooteurs à mi-distance. Dos au panier, il développe un move assassin, un enchaînement spin-jump shot indéfendable. Ce tir ligne de fond deviendra sa marque de fabrique. Patrick est un compétiteur-né qui s’impose une grosse éthique de travail. Hubie Brown, son premier entraîneur chez les pros, se souvient de son arrivée dans la ville qui ne dort jamais :

« On présentait Patrick comme un défenseur mais la première chose qui sautait aux yeux, c’est qu’il pouvait scorer. Il était même meilleur attaquant que rebondeur ou contreur. Ce n’était pas le cas à la fac ? Eh bien, avec les standards NBA, sa production dans les airs était en dessous de la moyenne. En revanche, c’était un attaquant de premier ordre. Il ne contrait pas en dominant son adversaire direct mais en arpentant la raquette d’une ligne à l’autre. Avec le training staff, on lui a mis au point un programme de renforcement musculaire, dans le haut comme dans le bas du corps, pour qu’il devienne un vrai défenseur de un contre un. Peu à peu, à mesure que son physique a changé, ses stats défensives ont grimpé. En tout cas, ce fut un scoreur dès le premier jour du practice. »

Une blessure au genou prive l’intérieur new-yorkais de 32 matches durant sa saison rookie mais pas du titre de Débutant de l’année, une première pour un Knick depuis la désignation de Willis Reed en 1965. Il était censé fêter la première de ses 11 sélections All-Star à Dallas mais ne put tenir sa place. New York reste dernier de la division Atlantic (23-59) et cela durera encore un an.

S’il rapporte 22.7 points sur les six matches disputés en 1986-87, Bernard King semble avoir oublié son explosivité à l’infirmerie. Le meilleur scoreur NBA 1985 sera coupé au printemps. New York partage le bonnet d’âne avec New Jersey (24-58). L’exercice suivant voit l’engagement de Rick Pitino, qui succède à Bob Hill, et l’arrivée du meneur rookie Mark Jackson. Patrick Ewing dispute pour la première fois la totalité de la saison régulière (20.2 pts). Troisième de sa poule (38-44), « Big Apple » disparaît au premier tour des playoffs face à Boston (3-1), non sans rêver de lendemains meilleurs.

Sans un trade déterminant, l’année 1988-89 aurait peut-être eu la même saveur. Mais voilà, Chicago se met en quête d’un pivot d’expérience capable de soulager la paire Jordan-Pippen en attaque. Avec les progrès d’Horace Grant, le maintien de Charles Oakley dans l’effectif n’apparaît pas absolument indispensable. Le 27 juin, Chicago rend « MJ » furieux en transférant son ami « Oak », rebondeur et défenseur patenté, contre Bill Cartwright, pivot de 31 ans sur la pente descendante.

L’arrivée d’Oakley permet à Ewing de s’installer définitivement au poste 5 (il devait parfois se décaler en power pour jouer avec Cartwright). Comme Patrick, Charles est un guerrier des parquets, un basketteur rugueux et dur au mal qui apporte une certaine bestialité au jeu. Ces deux-là seront les piliers du New York hargneux des années 90. En 1988, on n’en est pas encore là. Rick Pitino, qui entame sa deuxième saison sur le banc, prône la contre-attaque et le pressing tout-terrain.

Cela convient parfaitement au grand Pat qui croit revivre ses années Georgetown. Il poste une saison à 22.7 points, 9.3 rebonds et 3.51 contres (n°3 NBA) et permet à New York de fêter son premier titre de division depuis 1971 (52-30). Les Knicks sweepent Philadelphie au premier tour des playoffs avant de s’incliner 4-2 contre Chicago. La première d’une longue série de déconfitures face aux Bulls. Sur la série, Ewing a tourné à 21.3 points et 10 rebonds. A son crédit, un Match 5 somptueux (32 pts, 11 rbds, 5 cts).

Rick Pitino parti à Kentucky, Stu Jackson s’emploie à entretenir la dynamique créée. Pour sa cinquième année en NBA, l’intérieur new-yorkais tutoie l’excellence. Il se classe 3e aux points (28.9), 5e aux rebonds (10.9), 2e aux contres (3.99) et 6e au pourcentage de réussite aux tirs (55.1%), ce qui lui vaut une première – et unique – citation dans le premier cinq All-NBA, deux ans après son apparition dans le deuxième (il y en eut cinq autres). Il est élu starter pour le All-Star Game 1990 à Miami – aux côtés de Jordan, Isiah, Bird et Barkley -, ce qui est également du jamais-vu.

Frustré, il songe à partir

Le 24 mars 1990 contre les Celtics, Ewing plante 51 points à 20/29, record en carrière (plus 18 rbds). La succession de Rick Pitino se révèle malgré tout délicate. Seulement troisième de sa division (45 succès), « Big Apple » est contrainte de se déplacer à Boston au premier tour des playoffs et se retrouve menée 2-0. Ewing plante 33, 44 et 31 points pour permettre à New York de renverser la série. La demi-finale de Conférence Est contre le champion sortant, Detroit, s’annonce compliquée et elle le sera. Les « Bad Boys » lâchent le Game 3 (111-103), marqué par les 45 points d’Ewing, au Madison Square Garden mais plient facilement la série 4-1.

Mal secondé (Kiki Vandeweghe émarge à 16.3 pts, Gerald Wilkins à 13.8, Charles Oakley à 11.2, Mark Jackson à 8.8, Maurice Cheeks à 7.8…), Ewing atteint des sommets de frustration au début de la décennie 90. Il « state » à volonté (5e scoreur, 5e rebondeur et 3e contreur de la Ligue) mais l’équipe compile laborieusement 39 victoires et se fait sweeper par Chicago au premier tour des playoffs 1991, après avoir rejoué « Apocalypse now » dans le Game 1 (défaite 126-85). Stu Jackson a perdu son job depuis longtemps, remplacé par l’ex-Sun John McLeod qui ne fait pas mieux.

Le pivot des Knicks (29 ans) songe très sérieusement à partir. Il se déclare même free-agent, arguant du fait qu’il ne figure plus parmi les quatre joueurs les mieux payés de NBA… La Ligue a beau trancher en faveur du club, les deux parties sont au bord du divorce. Après avoir obtenu des garanties sur un renforcement imminent du roster, Ewing finit par se raviser. Première étape : l’arrivée de Pat Riley, quatre fois champion dans les années 80 à la tête des Lakers. Depuis un an, le coach gominé jouait les commentateurs sur NBC. La métamorphose de l’équipe a déjà été retracée dans cette rubrique. Pat (Riley) et Pat (Ewing) rejouent « la Belle et la Bête ».

« C’est différent de ce que j’ai connu à la fac », explique le n°33. « John (Thompson) était un grand coach et un être humain exceptionnel. A mon arrivée chez les Hoyas, j’étais encore un petit garçon. A mon départ, j’étais devenu un homme. John m’a appris beaucoup de choses sur le basket mais aussi sur la vie. Il jouait pivot, donc il connaissait tout du poste. Pat est une personnalité brillante, un entraîneur charismatique. »

Riley, c’est la classe, l’intelligence, le succès (4 saisons à plus de 50% de victoires suivront). Il comprend très vite que le basket flamboyant pratiqué autrefois à Los Angeles ne peut pas être transposé à New York et s’applique à bâtir un cinq à l’image diamétralement opposé. Après le basket champagne, le basket de tranchées. Hier, ça cavalait et ça dégainait. Aujourd’hui, ça doit cogner et saigner. Prime à l’impact physique.

Mark Jackson, Charles Oakley et Xavier McDaniel sont en terrain connu. Greg Anthony arrive de UNLV auréolé d’un titre NCAA décroché un an plus tôt. Les deux surprises du chef, c’est John Starks et Anthony Mason, deux joueurs sortis de nulle part. Le premier dispute sa troisième saison. Il a ramé pour se faire une place en NBA et serait prêt à laisser son cœur sur le parquet. Le second aime jouer des biscotos et possède un brin de folie qui le rend encore plus infréquentable.

La tournure des événements ne peut que séduire Ewing. En coulisses, on ironise sur les talents de psychologue de Pat Riley. Le coach gominé aurait fini de convaincre le n°33 de rester en lui offrant une prolongation de contrat de 2 ans assortie de 18 M$. On reproche aussi à Riley de mener des entraînements épuisants et de critiquer fréquemment ses joueurs en public. Ewing ne trouve rien à y redire, estimant que c’est le prix à payer pour réussir.

Pour sa septième saison dans la Ligue, il s’affiche à 24 points (n°5 NBA), 11.2 rebonds et 3 contres. New York partage la pole position de sa division avec Boston (51-31) et croit son heure venue. Les Pistons passent à la trappe (3-2). Pas les Bulls qui l’emportent au terme d’une série incroyablement disputée et intense (4-3). Ewing signe un match de mammouth (34 pts, 16 rbds, 6 cts) pour le coup d’envoi de la série. New York s’impose 94-89 dans l’Illinois le mardi 5 mai. Neuf jours plus tard, Chicago mène 3-2. Ça sent l’élimination. Le grand Pat souffre terriblement de la cheville mais il plante 27 points au Madison Square Garden pour maintenir les siens en vie, dans l’un des meilleurs matches de sa carrière (victoire 100-86). Exploit sans lendemain : Chicago boucle tranquillement la demi-finale de Conférence le dimanche 17 mai (110-81).

« 1994 sera l’année de New York »

Le pivot « dream teamer » revient de son escapade barcelonaise avec une deuxième médaille d’or olympique autour du cou et la conviction que New York sera l’équipe à battre à l’Est en 1992-93. En s’appuyant sur leur défense, la meilleure du pays, les Knicks postent 60 victoires – record de franchise – et terminent n°1 de leur Conférence. Le rendez-vous avec Chicago, n°2, est pris. Pat Riley est désigné coach de l’année, Ewing arrive 4e dans l’élection du MVP (24.2 pts, 12.1 rbds, 2 cts). Pour la première fois de sa carrière, le n°1 de la draft 1985 passe deux tours de playoffs. « Gotham » abandonne un match aux Pacers et aux Hornets. Demi-finale de Conférence un peu embarrassante qui voit Muggsy Bogues (1,60 m) réussir à contrer un joueur auquel il rend 53 cm…

Le choc tant attendu entre les deux meilleures équipes de l’Eastern tient toutes ses promesses. New York mène 2-0, Chicago égalise. Tout bascule dans les dernières secondes du Match 5 au Madison Square Garden, quand l’ailier Charles Smith se fait contrer à quatre reprises sous le cercle. Victoire 97-94 des Bulls qui se qualifieront 4-2 après un blow out. C’est le quatrième revers face à Chicago de l’ère Ewing. En toute logique, la retraite de Michael Jordan doit lui ouvrir les portes de ses premières Finales. Patrick le garantit :

« 1994 sera l’année de New York ».

Les Knicks veulent la peau du triple champion NBA en demi-finale de Conférence Est. La série s’éternise, chaque équipe s’imposant à domicile. Sanctionné pour une faute très discutable sur Hubert Davis qui aboutit à la perte du Match 5 à New York (87-86), Scottie Pippen se venge en plantant un dunk monstrueux sur la tête d’Ewing lors du rendez-vous suivant. Le n°33 des Bulls s’essuie presque les pieds sur son homologue des Knicks, projeté violemment à terre… Le Match 7 a lieu le dimanche 22 mai au Madison Square Garden. Ewing ne marque aucun point durant la première mi-temps avant de se réveiller dans la seconde (18 pts et 11 rbds au total). Victoire des Knicks 87-77. Au tour suivant, « Big Apple » se retrouve menée 3-2 face à Indiana après avoir pris un avantage de 2-0. New York rétablit l’équilibre à Indianapolis (98-91) mais accuse un retard de 12 longueurs dans le troisième quart-temps du Game 7, au Madison.

Le double champion olympique prend alors les choses en main. Il finira la soirée avec 24 points et 22 rebonds. A 28 secondes de la fin, John Starks pénètre ligne de fond et loupe son tir contre la planche. Ewing place une claquette décisive qui scelle la victoire (94-90) et la qualification des siens. Après neuf ans dans la Ligue, il est enfin en Finales NBA. C’est l’homme le plus heureux de la Terre et il veut le faire savoir. Le pivot des Knicks grimpe sur la table de marque et crie tout son soûl. Cela faisait 21 ans que « Big Apple » n’avait pas atteint ce stade.

L’affiche Houston-New York offre une revanche de rêve au pivot des Rockets Hakeem Olajuwon, défait 10 ans plus tôt en finale NCAA avec les Cougars (et battu 4-2 par les Celtics dans la Finale 1986). Cela fait une décennie que les deux intérieurs stars courent après la consécration en NBA. Olajuwon a tourné à 27.3 points (52.8%), 11.9 rebonds et 3.7 contres en saison régulière. Ewing à 24.5 points (49.6%), 11.2 rebonds et 2.7 contres.

« Quand je regarde Hakeem, je vois la même soif de victoires que la mienne », explique Ewing qui a dépassé en novembre Walt Frazier comme meilleur scoreur de l’histoire des Knicks. « C’est un grand joueur et je suis un grand joueur. Tous deux, nous avons fait à peu près tout ce qu’il était possible de faire dans cette Ligue, à part gagner le titre. Observez-nous, nous avons le même regard, la même détermination, la même rage de vaincre. J’ai gagné au lycée. J’ai gagné à la fac. J’ai deux médailles d’or olympiques. Maintenant, je veux faire partie d’une équipe championne NBA. »

O.J. Simpson éclipse la Finale

Pour cette Finale 1994, les barbelés sont tirés en défense. Aucune équipe ne marquera plus de 93 points. Un événement insolite se produit après le Game 3, alors que Houston mène 2-1 (chaque finaliste s’est incliné une fois à domicile). Le Madison Square Garden accueille simultanément le plus grand rendez-vous NBA de la saison et les Finales de la Stanley Cup. Le mardi 14 juin, les New York Rangers sont sacrés champions NHL face aux Vancouver Canucks (4-3). Le Game 4 Knicks-Rockets a lieu 24 heures plus tard. Le succès des Rangers est une vraie source d’inspiration pour les joueurs de Pat Riley. Ils ont regardé la rencontre. Le regretté Anthony Mason était même présent au match. Avant la quatrième manche de la Finale NBA, le capitaine des Rangers Mark Messier fera un tour dans les vestiaires new-yorkais avec le trophée.

Les Knicks prennent les Games 4 et 5 quasiment sur le même score (91-82 et 91-84). Ce Match 5 a lieu le jour de la parade des Rangers à Manhattan, devant 1,5 million de personnes. Un autre événement fait la Une en ce vendredi 17 juin : la course-poursuite entre O.J. Simpson et la police de Los Angeles. L’ancien coureur des Buffalo Bills est suspecté d’avoir tué son ex-épouse et l’ami de celle-ci. Les écrans de télé US offrent un spectacle surréaliste, la retransmission du match étant reléguée dans un coin pour permettre aux Américains de suivre en live la traque du running back Hall of Famer dans sa Ford Bronco…

Les Knicks repartent dans le Texas avec un avantage de 3-2 (25 pts, 12 rbds, 8 cts pour Pat dans le Match 5). A la dernière seconde du Game 6, John Starks prend le shoot du titre derrière l’arc. Contré – avec une faute ? – par Hakeem Olajuwon dans ce qui est considéré comme l’un des plus grands clutch plays défensifs de l’histoire. Victoire des Rockets 86-84. La septième manche se tient le mercredi 22 juin. Un voyage au bout de l’enfer pour une équipe de New York qui dispute là son 25e match des playoffs 1994, record égalé par les Pistons en 2005 et battu par les Celtics en 2008. La perf de Starks dans ce Match 7 (2/18 aux tirs, 0/11 à 3 pts) est pour beaucoup dans la faillite de « Gotham » qui s’incline 90-84 et abandonne le titre aux Rockets. Mais les regards se tournent inévitablement vers Pat Ewing, copieusement dominé par son rival de toujours.

Soir après soir, Olajuwon prouve qu’une classe le sépare du pivot des Knicks. Sur la série, « The Dream » a tourné à 26.9 points (à 50%) contre 18.9 (à seulement 36.3) pour « The Beast ». A 31 ans, Hakeem est au sommet de son art. Il fait main basse sur les trophées de MVP, MVP des Finales et Défenseur de l’année, exploit jamais réalisé ni réédité. Olajuwon est définitivement un pivot à part : ce n’est pas seulement un aspirateur à rebonds et une machine à contrer, c’est aussi un intercepteur redoutable (seul centre dans le Top 10 des steals en carrière). Et surtout, c’est un attaquant prodigieux, qui se déplace à la vitesse de l’éclair et qui réalise toujours le geste parfait. Son passé de footballeur lui a donné une variété de feintes infinie et un jeu de jambes étourdissant pour un basketteur de sa taille.

Son jeu dos au panier, tout en fakes et spin moves – le fameux « Dream Shake » -, est un modèle du genre. Hakeem possède une adresse diabolique et c’est aussi un bon dribbleur. Patrick Ewing n’a tout simplement pas les armes pour contenir, sinon dominer le meilleur intérieur de la décennie 90, qui aura surclassé tous ses rivaux (O’Neal, Robinson). Ses 87 rebonds à 64 n’y changent rien. Ses deux records aux contres – 30 sur la série, battus par les 32 de Tim Duncan en 2003 ; 8 dans le Game 5, battus par Dwight Howard en 2009 – non plus. A l’occasion du dixième anniversaire du premier titre de la franchise, Carroll Dawson, ex-assistant coach des Rockets devenu GM, expliqua l’état d’esprit qui animait le groupe :

« Le titre des Rangers nous a autant motivés qu’il a motivé New York. Les joueurs ont vu comment la folie pouvait s’emparer d’une ville. Ils ont regardé la parade. On dit que ce fut un soutien moral pour les Knicks mais ce fut également valable pour nous. Les joueurs ont voulu ce titre encore plus. Les fans de « Big Apple » attendaient le titre NHL depuis 54 ans. Il n’y eut rien de meilleur. Les habitants de Houston étaient dans le même cas de figure, l’équipe n’ayant jamais rien gagné. »

Michael Jordan revient, Pat Riley s’en va

Michael Jordan toujours absent, les Knicks abordent la saison 1994-95 dans la peau de contenders à l’Est. Sixième meilleur scoreur de la Ligue (23.9 pts) et quatrième meilleur rebondeur (11 prises), Ewing mène les siens à la 2e place de la division Atlantic (50-32), derrière Orlando. Cleveland est vite expédié au premier tour (3-0).

La demi-finale de Conférence face aux Pacers vire au cauchemar avec les 8 points de Reggie Miller en 9 secondes dans le Game 1. Indiana s’adjuge les Matches 1, 3, 4 et 7 (97-95 au Madison Square Garden) et prend sa revanche, un an après son revers en finale de Conférence. Diminué par des douleurs au mollet, le n°33 new-yorkais tourne à 19 points et 9.6 rebonds sur la série. Son finger roll pour l’égalisation à la dernière seconde du match décisif rebondit sur le cercle. Un canard de sport, considérant comme beaucoup qu’il s’agit du plus gros ratage de sa carrière, lui demande s’il n’est pas temps, à 32 ans, de se retirer… Son shoot victorieux dans le Game 5 (96-95) ? Vite oublié.

Début juin 1995, « The Beast of the East » subit une arthroscopie pour faire réparer un cartilage du genou droit, genou déjà opéré l’année précédente. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, le come-back de Michael Jordan dans l’Illinois est suivi du départ de Pat Riley à Miami. Un vrai coup de massue pour l’intérieur d’origine jamaïquaine qui atteindra les 20 000 points en carrière l’année suivante.

« J’aurais aimé que Pat reste. Je le considère comme un coach extraordinaire. Il a aidé la franchise à se hisser là où elle est, c’est indiscutable. Il nous manquera énormément. »

Don Nelson prend le relais sur le banc et se met rapidement à dos une partie du vestiaire. Adepte d’un style up-tempo, « Nellie » ne veut plus entendre parler jeu placé, grosse défense et matches en 85 points. Son dada, c’est l’attaque accélérée et les tirs en première intention, même s’il n’a clairement pas l’effectif adapté. En coulisses aussi, la tension monte. Nelson fait bondir Dave Checketts, le GM, en parlant d’échanger Ewing pour libérer du cap et faire une grosse offre au futur free-agent Shaquille O’Neal.

Le successeur de Pat Riley est largement au-dessus des 50% de victoires (34-25) mais une série de neuf défaites en 13 matches lui est fatale. Checketts en profite pour le débarquer. Jeff Van Gundy, jusque-là assistant, prend les commandes de l’équipe. Au printemps, Ewing connaît sa cinquième élimination face aux Bulls (4-1 en demi-finales de Conférence), l’équipe aux 72 succès… battue deux fois en saison régulière. Patrick sait New York dans une impasse et appelle à un renforcement du roster.

« Ce groupe a passé beaucoup de temps ensemble. Nous n’avons pas atteint notre but. »

Traduction : il faut du changement. Le bûcheron aux mains d’or Anthony Mason est cédé à Charlotte contre Larry Johnson. Allan Houston, free-agent à Detroit, accepte de rejoindre les Knicks. Dans sa troisième saison NBA, le n°13 de la draft 1993 s’est affiché à 19.7 points de moyenne. Il prendra la place de John Starks dans le cinq de départ. Pour la première fois depuis le départ de Bernard King, Patrick Ewing peut compter sur une menace extérieure consistante, ce qui sera encore plus vrai avec le renfort de Latrell Sprewell. A la mène, c’est beaucoup moins génial (Charlie Ward, drafté en 1994, et Chris Childs, signé comme free-agent) mais le joueur le mieux payé de la Ligue – 16 M$ la saison, battus par les 25 de Jordan – applaudit la campagne de recrutement menée en cet été 1996.

« On m’a enfin entouré de joueurs au calibre All-Star. Je pense que toutes nos recrues sont d’excellents basketteurs. »

Le vice de Miami

Jeff Van Gundy met du temps à trouver la bonne formule mais New York (57-25) attaque les playoffs avec un cinq et une rotation enfin cohérents. Charlotte est sweepé au premier tour. En demi-finales de Conférence, « Gotham » retrouve Pat Riley, assis sur le banc du Heat. Miami, champion de la division Atlantic, est au bord de l’élimination. A 3-1, les Knicks ont la série en main mais une bagarre éclate à la fin du Game 5 suite à une altercation entre Charlie Ward et P.J. Brown. Patrick Ewing a le tort de se lever du banc, comme Larry Johnson, John Starks et Allan Houston. Ewing, Houston et Ward sont suspendus pour le Match 6. Johnson et Starks pour un éventuel Match 7.

« Cette sanction est complètement disproportionnée », commente le pivot. « Je n’ai fait que me lever et marcher. Avec cette suspension, ils me flinguent. »

Pas seulement Ewing : les Knicks et la série aussi. Miami s’impose 95-90, 101-90 et gagne le droit de se faire découper en rondelles par Chicago en finale de Conférence. Les fans de « Big Apple » ne pardonneront jamais à Pat Riley qu’ils soupçonnent d’être à l’origine de l’incident. Au cours de l’été, New York offre à l’autre Pat un contrat de 4 ans et 65 millions de dollars (sa carrière lui en rapportera 120). Il a 34 piges. Sa carrière doit logiquement s’achever chez les Knicks.

« Tout a commencé à New York et il y a de fortes chances que tout se termine à New York. J’ai passé 12 ans ici, je souhaite que mon aventure NBA prenne fin chez les Knicks. Les fans de cette équipe méritent un titre et j’espère le leur offrir durant la fin de mon séjour. »

Sa carrière est à deux doigts de s’achever le 11 janvier 1998 au Bradley Center. A Milwaukee, Andrew Lang pousse Ewing alors que celui-ci tente de dunker sur une passe de Charlie Ward. Le n°33 s’écrase lourdement au sol. Poignet droit disloqué. Rupture des ligaments. La blessure est spectaculaire au possible : on voit un os dépasser… La saison du pivot new-yorkais est déjà finie. Il n’avait manqué que 20 matches en 10 ans, il doit en louper 56 d’un coup.

New York se classe deuxième de sa poule, fait illusion contre Miami (3-2) avec Jeff Van Gundy accroché à la jambe d’Alonzo Mourning mais pas contre Indiana (4-1). Patrick a fait son retour lors du Match 2. Il a bossé très dur en salle de rééducation mais n’a pas retrouvé toutes ses sensations au niveau du poignet. Et puis la bête est blessée. Moins robuste, moins véloce. Cela fait plus d’une décennie que Pat, adepte des régimes végétariens, traîne sa grande carcasse sur les parquets NBA. Il arbore régulièrement des protections aux genoux. Le pivot de « Big Apple » a l’air rafistolé de partout mais il est toujours debout. Les médecins l’avaient condamné. A tort.

« Cette blessure m’a gravement affecté. Je m’en rendais bien compte : mon shoot n’était plus aussi pur, aussi soigné. Mais bon, je pouvais toujours shooter et donc planter des points. »

 

« Je pensais être un gros bosseur. Je suis le premier arrivé aux entraînements mais quand je débarque, Patrick est déjà là depuis une heure… », rapportait Larry Johnson au sujet de sa rééducation.

En tant que président de l’association des joueurs (élu pour 4 ans en 1997), Ewing est en première ligne pour la négociation du nouveau Collective Bargaining Agreement. L’impossibilité de trouver un accord satisfaisant pour tous débouche sur une grève qui amputera l’exercice 1998-99 de 32 matches. Lorsque la saison démarre, « l’Empire Knick Building » a 36 ans. Pour la première fois, il va descendre sous la barre des 20 points (17.3 pts, 9.9 rbds, 2.6 cts).

Avec les départs de John Starks et Charles Oakley, une page s’est tournée. Les Knicks accueillent Latrell Sprewell, scoreur prolifique à Golden State, Marcus Camby, intérieur prometteur à Toronto, et Kurt Thomas, travailleur de l’ombre dur au mal. La deuxième retraite de Michael Jordan redistribue les cartes. Au lendemain du lock-out, personne ne sait à quoi s’attendre. La Floride domine la division Atlantic avec deux équipes à 33-17 (Miami, Orlando). New York obtient son billet pour les playoffs de justesse (27-23).

« Allez chercher ma bague ! »

Comme toujours, les séries Heat-Knicks sentent le soufre. Les deux équipes se détestent. La tête de série n°8 pousse le n°1 jusqu’à un Match 5. Miami mène 77-76 à 2.7 secondes de la fin. Allan Houston réussit alors le panier le plus important de l’histoire de la franchise. Il pénètre et balance la balle depuis la ligne des lancers. Le ballon rebondit sur l’arceau avant de tomber dans le cercle. Game over. En demi-finales, Atlanta est sweepé, notamment par l’entremise de Marcus Camby qui se rachète d’une petite saison en apportant 11 points et 13 rebonds dans le Game 2. Pour la cinquième fois en 10 ans, New York trouve Indiana sur sa route. Patrick Ewing apprend après le Match 2 qu’il joue avec un tendon d’Achille partiellement déchiré. Il est contraint de quitter ses camarades, le cœur en bouillie. Son message s’étale à la Une de la presse new-yorkaise :

« Allez chercher ma bague ! »

Côté Pacers, Mark Jackson et Rik Smits avaient ironisé sur la gravité de la blessure, pensant qu’il s’agissait d’une manœuvre pour rendre Pat plus populaire… L’action à 4 points de Larry Johnson dans le Game 3 a été retracée courant août sur Basket USA. Dans le Match 6, « L.J. » est contraint à son tour de quitter le parquet, touché au genou. Mais Allan Houston est dans un grand soir (32 pts), contrairement à son adversaire direct (3/18 pour Reggie Miller). Les hommes de Jeff Van Gundy s’imposent 90-82 et 4-2 dans la série.

Cinq ans après leur défaite face aux Rockets, les Knicks sont de retour en Finales. Pour trouver trace d’une équipe atteignant ce stade avec une fiche en saison régulière aussi médiocre, il faut remonter à 1981 (40-42 pour les Rockets). En l’absence de Pat Ewing, le duo Tim Duncan-David Robinson offre un avantage de taille décisif aux Spurs. A eux deux, Kurt Thomas et Marcus Camby ne rapportent que 15.2 points par match (plus 15.4 rbds et 2 cts). En face, les « Twin Towers » pèsent 44 points, 25.8 rebonds et 5.2 contres. Victoire de San Antonio 4-1 malgré les 26 points de moyenne de Latrell Sprewell et les 21.6 d’Allan Houston. Sans son pivot, « Big Apple » a posté un 4-5 en playoffs. Avec lui, un 8-3. Année définitivement pourrie puisqu’en septembre, le grand absent des Finales est victime d’un cambriolage. On lui dérobe pour 300 000 $ de biens dans sa propriété d’Englewood Cliffs (New Jersey).

Le dunk d’Ewing à 1’21 de la fin du Game 7 de la demi-finale de Conférence 2000 permet à New York d’éliminer Miami pour la troisième année de suite. Au lendemain d’une finale de Conf’ perdue contre Indiana (4-2) et faute d’un accord pour une prolongation de contrat, les Knicks prennent la décision très controversée d’échanger le vieux lion, qui avait de beaux restes (15 pts et 9.7 rbds sur 62 matches de saison régulière).

Après 15 ans de bons et loyaux services, Pat prend la direction de Seattle dans un échange à quatre équipes. Glen Rice, Vernon Maxwell et Luc Longley rejoignent les Knicks. Sur un plan purement sportif, la manœuvre présente un intérêt limité : l’équipe avait déjà son quota de shooteurs. Sur un plan symbolique, elle est extrêmement maladroite. Patrick avait 15 ans de maison. Même à l’agonie, il aurait dû finir sa carrière dans son équipe de toujours. C’est le sentiment du Shaq, auteur d’une formule lapidaire :

« On ne transfère pas une légende ».

Chez les Sonics, Ewing rapporte 9.6 points sur 26.7 minutes. L’équipe part en vacances en avril. Free-agent, il s’offre un dernier challenge à Orlando, à 39 ans, avec le n°6, celui qu’il porta lors des Jeux de Los Angeles et Barcelone. Toujours privé de Grant Hill (16 matches seulement), le Magic empoche 44 victoires et disparaît au premier tour des playoffs face à Charlotte (3-1). Le 17 septembre 2002, Patrick Aloysius Ewing annonce sa retraite après 17 saisons dans la Ligue. Pas de titre mais deux Finales, 11 All-Star Games, 7 citations All-NBA, 3 apparitions dans le deuxième cinq défensif et 6 places dans le Top 5 pour l’élection du MVP de la saison régulière.

« Il y a de bons souvenirs et de mauvais souvenirs mais ce sont des souvenirs quand même. Nous étions si près en 1994… Contre San Antonio, je n’ai malheureusement pas pu tenir ma place. Ce fut le truc le plus dur à avaler. J’étais assis sur le banc à écouter les fans des Spurs hurler et je ne pouvais rien tenter pour essayer de les faire taire. Ça m’a brisé le cœur. »

Les Knicks n’ont jamais fait appel à lui…

La partie est terminée mais le grand Pat ne peut s’imaginer vivre loin des parquets en faisant de la muscu, du shopping et en écoutant du blues et du reggae, ses deux grandes passions. Coach ? Il n’y a jamais pensé. Michael Jordan s’en charge pour lui.

« Je ne me voyais pas passer mes journées à la maison, assis à ne rien faire. Mike m’a offert un poste à Washington. J’ignorais si le boulot de coach était susceptible de me plaire, c’était l’occasion de le savoir. J’ai apprécié cette expérience et je suis resté. Quand Washington a remercié Mike, Jeff Van Gundy, mon ancien coach chez les Knicks, m’a sollicité. J’ai accepté un poste d’assistant à Houston mais j’ai beaucoup réfléchi. Travailler pour les Rockets après ce qui s’était passé en 1994, c’était délicat… Je m’éclate dans cette nouvelle vie. J’apprends énormément. Bien sûr, j’espère devenir head coach un jour. A quoi bon vous lancer dans quelque chose si ce n’est pas pour devenir le meilleur ? »

Le 3 juillet 2007, Ewing est engagé par le Magic comme assistant pour la première saison de Stan Van Gundy sur le banc. Après s’être occupé des cas Kwame Brown et Yao Ming, il est chargé de faire progresser Dwight Howard en attaque. On le retrouvera ensuite aux Rockets ou encore aux Hornets.

En revanche, les Knicks n’ont jamais fait appel à lui et beaucoup s’en sont étonnés. Depuis le départ de Jeff Van Gundy, New York a usé une dizaine de coaches (Don Chaney, Herb Williams, Lenny Wilkens, Larry Brown, Isiah Thomas, Mike D’Antoni, Mike Woodson, Derek Fisher…). Il n’a jamais été question d’intégrer Ewing dans le staff. Ce qui ressort de nos différents reports aux States, c’est que Pat affronterait la même défiance que lors de son séjour à la fac. Certains estimant qu’il n’a pas le bagage intellectuel requis pour le poste… Finalement, c’est Georgetown, sa fac’, qui lui offre sa première expérience de « head coach ».

Depuis 1990, Patrick est marié à Rita Williams. Rita étudiait le droit. Elle effectua un stage d’été dans l’équipe du sénateur Bill Bradley, champion NBA avec les Knicks en 1970 et 73, et rencontra Pat alors que celui-ci bossait au Congrès, attaché au service de Bob Dole (Bradley et Dole furent tous deux candidats à la présidentielle américaine). Ils eurent deux filles, Randi et Corey. La chair étant faible, Ewing a traîné – comme beaucoup d’autres – quelques affaires de mœurs peu glorieuses. On lui prêta une aventure extraconjugale avec une danseuse des Knicks. En 2001, il témoigna dans une affaire de prostitution visant un club de strip-tease d’Atlanta. Le proprio soutenait qu’il avait payé des danseuses pour qu’elles aient des relations sexuelles avec des sportifs pros. Ewing reconnut être allé au club une dizaine de fois et avoir bénéficié d’une petite gâterie à deux reprises mais rien d’autre. Aucune charge ne fut retenue contre lui.

La presse sportive rapporta un autre épisode peu reluisant, jamais confirmé par l’intéressé. Depuis toujours, le pivot des Knicks est avare en autographes, préférant une bonne poignée de mains. Un après-midi, il aurait été conduit dans un service hospitalier pour enfants atteints d’une maladie en phase terminale. Ces gamins condamnés par la médecine se faisaient une joie de rencontrer une légende vivante du basket US. Ewing, lui, goûte peu ce type d’opérations. Il aurait ruminé tout au long du trajet de l’hôpital et aurait fini par écourter sa visite. Aux enfants lui demandant un autographe, Patrick aurait déclaré :

« Je ne signe jamais d’autographes les jours de match… »

 

Parce que chaque homme a sa part d’ombre et qu’on ne saurait résumer sa vie à ses actes les moins inspirés, on précisera qu’Ewing proposa aussi de donner un rein à Alonzo Mourning lorsque celui-ci eut besoin d’une transplantation. Il était donneur compatible mais le cousin de « Zo » apparut comme un meilleur choix. Il y eut d’autres œuvres charitables. En 1994, il se rendit en Afrique du Sud avec Dikembe Mutombo et Alonzo Mourning pour une série de clinics.

Un Hall of Famer sous le feu des critiques

C’est peu dire que Patrick Ewing aura entretenu des rapports compliqués avec le public et pas seulement le sien. Bien sûr, lorsque son maillot est retiré le 28 février 2003 à la mi-temps du match New York-Orlando (Houston a retiré le n°34 d’Olajuwon en novembre 2002…), les spectateurs du Madison n’ont qu’un blaze sur les lèvres. Plusieurs minutes avant la pause, le public se met à scander le nom de son héros. Qu’on aime ou pas le personnage, « The Beast » a redonné vie et fierté aux Knickerbockers. Son dévouement à la franchise fut rarement pris en défaut pendant 15 ans. Ewing est un nom qui parle aux gens (pas seulement à cause de la série « Dallas »…). En 2009, 13 ans après sa participation au film « Space Jam », Snickers sortait encore un spot de pub dont il était le héros (mangez une barre et faites-vous dunker dessus par Patrick « Chewing »).

« Patrick a un cœur de champion », disait Michael Jordan. « Quand vous pensez à New York, vous pensez à Patrick Ewing. Il est arrivé et a redonné vie à cette équipe. »

Des reproches, évidemment, il y en eut. Ils refirent surface en avril 2008, lorsqu’on apprit qu’Ewing deviendrait Hall of Famer dès sa première année d’éligibilité, en compagnie d’Hakeem Olajuwon (inséparables, ces deux-là…) et de Pat Riley. Prenant le contre-pied des médias new-yorkais, quelques journalistes s’appliquèrent à déboulonner la statue du Commandeur. Canoniser le n°33 ? Pas si vite !

« Après son départ de Georgetown, Pat s’est complètement désintéressé de la défense pour se concentrer uniquement sur son scoring. Son égoïsme était légendaire. Il n’a jamais compris les nuances les plus subtiles du jeu. Les fans de la première heure n’ont pas oublié ses saucissons balancés dans le moneytime. Quand un journeyman avait le malheur de critiquer Ewing parce qu’il ne jouait pas en défense ou ne s’entraînait pas assez, il était coupé dès le lendemain. Lorsque Don Nelson songea à bâtir son attaque sans Ewing, lui-même se retrouva à la porte », écrivit un reporter de « Dime Magazine ».

Un tacle qui renvoyait à l’analyse faite par Hugo Lindgren pour « Slate » dès 2002.

« Il y a deux façons de considérer sa carrière. La belle version, c’est que Pat fut l’un des meilleurs centres de l’histoire et que seule l’incapacité des Knicks à le doter de bons coéquipiers l’empêcha d’atteindre son but. L’autre, c’est que c’était un joueur entêté, sans imagination, qui se croyait meilleur qu’il n’était et qui mena l’équipe à sa perte par son obsession à être l’option n°1 en attaque. C’était un clone de Bill Russell mais cela ne lui suffisait pas. Il voulait être un scoreur à la Wilt Chamberlain et les Knicks le voulaient aussi. Il devint l’un des meilleurs pivots de l’histoire avec son fadeaway jump shot ligne de fond, difficile à réussir et quasiment impossible à défendre. Il vécut de plus en plus loin du panier. Les Knicks auraient dû mettre un terme à cela dès qu’ils s’en aperçurent. La taille devient un avantage toujours plus décisif à chaque pas que vous faites vers le cercle. »

 

« New York a perdu la tête, pensant que l’équipe avait seulement besoin d’entourer son big man avec des joueurs unidimensionnels qui ne demanderaient pas la balle. Alors ils ont recueilli des éléments rejetés ailleurs – John Starks, Anthony Mason – et d’autres dont la carrière était sur le déclin – Xavier McDaniel, Rolando Blackman, Derek Harper, Larry Johnson. Mais Ewing ne produisait jamais assez d’attaque pour porter les Knicks. Leur défense dans la raquette et leur rebond offensif ont commencé à souffrir parce que Patrick ne bossait plus sur ce qui avait fait de lui une star à Georgetown. Dans les Finales 1994, le meilleur boulot de couverture sur Olajuwon n’a pas été réalisé par Ewing mais par Anthony Mason, qui faisait presque une tête de moins… »

 

« Avec la complicité du staff et du front office, Ewing s’est établi comme la seule option offensive légitime et rien ne put changer cela. Don Nelson a essayé de reconstruire l’attaque. C’était une idée à la fois brillante et stupide. Brillante parce qu’il avait vu les limites de Patrick. Stupide parce qu’il voulait transformer Mason en point forward. Ewing ne pouvant tolérer d’être éclipsé, Nelson et Mason ont quitté la ville. Si ses coaches avaient réalisé que son potentiel aurait été meilleur comme clone de Russell, ils auraient développé la puissance offensive de l’équipe et trouvé plus de shooteurs. Assez pour battre un Jordan au top ? Non. Mais assez pour profiter de son absence en 1994, 95 et 99 et peut-être briser la malédiction qu’Ewing va maintenant trimbaler pour l’éternité. »

 

Quelle place dans l’histoire ?

En jetant un œil au palmarès plus bas, vous noterez que l’intéressé disparut du deuxième cinq défensif après 1992… Bien sûr, l’ami Patrick n’eut jamais de Scottie Pippen. Mais après tout, Houston fut champion en 1994 avec un deuxième scoreur à seulement 14 points de moyenne (Otis Thorpe). Même remarque pour San Antonio en 2003 (Tony Parker à 15.5 pts). Hakeem Olajuwon et Tim Duncan furent assez forts pour s’imposer sans lieutenant.

S’appuyant sur le scénario des playoffs 1999, Bill Simmons (ESPN) conçut de son côté la « Théorie Ewing ». Il est une idée répandue qui veut qu’une équipe joue parfois mieux sans son franchise player. Quand votre meilleur élément n’est pas là pour vampiriser le jeu, les autres prennent leurs responsabilités et le collectif en sort gagnant. Pour Simmons, le parcours des Knicks en 1999 prouve que l’absence d’Ewing n’était pas si préjudiciable. Evidemment, la démonstration bute sur le résultat des Finales. Et son argumentation devient alors très faible : « Ewing Theory » ou pas, New York était trop limité en taille…

Des années après le départ du grand Pat, figure incontournable de la NBA des années 90 et membre du C.L.S. (Club des Losers Sublimes), on continue de refaire le match ! Les séries face aux Bulls, aux Pacers et au Heat sont devenues des classiques. « Slam » l’a classé 36e de son Top 50 des joueurs de l’histoire. Seuls Walt Frazier et Willis Reed peuvent prétendre avoir fait plus pour New York. Oui, le 21e meilleur scoreur de tous les temps (24 815 pts), icône de la Mecque du basket, fait partie du Top 10 des pivots « all-time ». Mais plutôt dans le troisième chapeau.

Le premier réunirait Kareem, Wilt et Bill (à vous de les classer). Le deuxième Hakeem, Shaquille et David Robinson (idem). Même avant de connaître la consécration, les deux derniers eurent un petit truc en plus. Entre 1992 et 1999, le Shaq était déjà un Hercule des parquets (27 pts, 12 rbds et 2.55 cts de moyenne). Robinson, lui, était un athlète sublime, aussi véloce et mobile qu’un arrière, décevant en playoffs, moins costaud mentalement mais plus complet des deux côtés du parquet (record à 71 pts, un quadruple-double comme Olajuwon).

Finalement, le seul tort de Patrick Ewing fut peut-être de naître cinq et six mois avant les deux joueurs qui ont trusté tous les titres NBA de 1991 à 98…

Stats

17 ans

1 183 matches (1 122 fois starter)

21 pts, 9.8 rbds, 1.9 pd, 1 int, 2.4 cts

50.4% aux tirs, 15.2% à 3 points, 74% aux lancers francs

Palmarès

All-Star : 1986, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97

All-NBA First team : 1990

All-NBA Second team : 1988, 89, 91, 92, 93, 97

All-Defensive Second team : 1988, 89, 92

Rookie de l’année 1986

All-Rookie First team : 1986

Champion olympique : 1984, 92

Champion NCAA 1984

Retenu parmi les 50 meilleurs joueurs de l’histoire

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