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Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (7)

La saison NBA est terminée, il va falloir chasser l’ennui et trouver de quoi s’occuper sur la plage. Basket USA a pensé à vous ! Comme l’an passé, nous vous offrons une sorte de roman de l’été, de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer sa première année sur les parquets pros, en 1984-85.

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture !

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Sixième partie

Chapitre 18 : Le pied

Jerry Krause reçut l’appel pendant un entraînement, au printemps 1985, alors qu’il travaillait comme recruteur pour les Chicago White Sox de Jerry Reinsdorf. Reinsdorf voulait le faire venir à Chicago pour lui proposer le poste de general manager des Bulls. L’échange se passa bien si l’on considère que Krause avait été viré plusieurs années auparavant en tant que… general manager des Bulls.

Krause avait passé des années à explorer le monde du baseball et celui du basket, trouvant finalement sa voie en travaillant pour Reinsdorf et les White Sox. Reinsdorf avait grandi à Brooklyn « où être un supporter des Dodgers était presque une religion », expliquait-il (1). Il en était un fan absolu, comme tous les autres gamins sur Flatbush Avenue. Reinsdorf aimait aussi les Knicks de New York, surtout les équipes de Red Holzman du début des années 1970. Plus tard, lorsqu’il termina ses études de droit et commença à amasser une fortune dans l’immobilier à Chicago, Reinsdorf saisit l’occasion d’acquérir des équipes de sport. Il commença avec les White Sox puis continua avec les Bulls.

Krause n’était pas idiot. Apprenant que son patron vouait une admiration aux Knicks, il se mit rapidement à raconter à Reinsdorf l’époque où il était en concurrence avec Holzman comme recruteur. C’était au début des années 1960, la première année où Krause joua ce rôle pour les anciens Baltimore Bullets. D’autres recruteurs dans le milieu se moquaient déjà de lui. Il était trapu, de petite taille, et ne ressemblait pas du tout à un recruteur ou à tout individu en relation avec des sportifs. Il était réservé et portait un trench-coat et un chapeau comme l’inspecteur Clouseau. On l’appelait « le Détective » et on ricanait dans son dos.

Compétition féroce entre Krause et Holzman

Partout où il allait, Krause semblait se heurter à Holzman, qui supervisait des talents pour les Knicks à ce moment-là. Tôt un matin, ils sont tombés l’un sur l’autre dans un aéroport. Holzman a demandé à Krause où il était allé. « En bas de la rue », avait répondu celui-ci. Krause adorait raconter ce qui s’était passé ensuite. « Il m’a regardé et m’a dit : “Fils, je vais te dire quelque chose. Je sais où tu es allé et si tu as un soupçon de jugeote, tu sais aussi où je suis allé, alors arrêtons nos bêtises et devenons amis.” »

Et ils sont devenus amis, même lorsqu’ils luttaient avec acharnement pour dénicher des trésors cachés parmi les joueurs universitaires. Krause pensait être sur le point de réaliser la meilleure affaire de l’année 1967 avec un jeune attaquant tout maigre sorti de l’Université de Dakota du Nord et qui s’appelait Phil Jackson. Mais Holzman le doubla et le lui subtilisa avec le 17e choix de draft des Knicks. « Foutu Holzman ! », avait marmonné Krause ce jour-là.

Krause, qui prospectait pour les Bullets de Baltimore, avait prévu de retenir Earl « la Perle » Monroe, arrière de la fac de Winston-Salem State, avec le 2e choix de draft. Holzman prit Walt Frazier, meneur de l’université de Southern Illinois, avec le 5e. Ces deux joueurs ont fini au panthéon du basket, comme Phil Jackson en tant qu’entraîneur. Holzman est devenu entraîneur des Knicks, qu’il a mené à deux titres de champion NBA, en 1970 et 1973. Frazier, Monroe et Jackson jouaient tous un rôle, aux côtés de gars comme Dave DeBusschere et Bill Bradley. Krause, lui, fit son chemin en tant que recruteur en se battant contre les railleries et les détracteurs qui semblaient douter de lui. Pendant tout ce temps, il se bâtit le type de notoriété qui impressionnait un homme pragmatique comme Reinsdorf.

« Trop de Ford qui se prennent pour des Cadillac »

Ce dernier reprit les Bulls au printemps 1985. Il pensait pouvoir garder Rod Thorn comme directeur des opérations basket de l’équipe mais elle essuya une série de revers, ce qui incita le nouveau propriétaire à s’intéresser à ce que Krause ferait pour améliorer leurs performances.

D’abord, a expliqué Krause, il se débarrasserait des pommes pourries. « Je pensais que nous avions tout un tas de Ford qui voulaient ressembler à des Cadillac, se souvenait Jerry. C’était une démarche égoïste. Chacun jouait pour soi. » Ensuite, connaissant une ou deux choses à propos du choix de jeunes talents, il utiliserait la draft pour transformer les Bulls en une équipe d’avenir. Ils cesseraient de signer de mauvais joueurs libres de tout contrat.

Reinsdorf aimait la démarche consistant à s’appuyer sur la draft et il avait confiance en Krause en tant que recruteur. Ce dernier expliqua que le premier joueur qu’il chercherait serait un ailier fort rugueux, un type qui protègerait le panier et Michael Jordan, la nouvelle étoile montante des Bulls. Il tenterait également de drafter des joueurs athlétiques avec de longs bras. Enfin, ajouta-t-il, il chercherait de bons shooteurs pour faire payer les adversaires lorsqu’ils feraient des prises à deux sur Jordan. Tout aussi important : il chercherait des citoyens solides. Chicago devait nettoyer son passé, sali par des individus peu recommandables.

Après la discussion, Reinsdorf a réalisé qu’il devait virer Rod Thorn et prendre Krause. « Krause était au sommet de la hiérarchie pour ce qui était de dénicher les talents chez les White Sox et j’avais appris à le connaître, expliqua plus tard le propriétaire de la franchise. Il devait y avoir un changement de culture au sein de notre organisation et Krause pensait la même chose que moi. » Au fil du temps, ils furent connus à Chicago comme « les deux Jerry ». Les deux maîtres de l’ère Jordan dans la franchise de l’Illinois. « Je veux une équipe qui pratiquera le basket de Red Holzman, déclara Reinsdorf en annonçant les changements. Une équipe généreuse, qui défendra à l’unisson, qui connaîtra les rôles de chacun, qui bougera sans le ballon. Le travail de Jerry Krause sera de trouver le Dave DeBusschere de 1985 et le Bill Bradley de 1985. »

Le retour de Krause fait l’effet d’une bombe

Krause avait déjà été general manager des Bulls, cinq ans plus tôt environ. Il avait occupé ce poste quelques mois avant d’être remercié après avoir proposé d’engager Ray Meyer, l’entraîneur de la fac de DePaul, comme coach. Krause commit une erreur car il n’avait pas l’autorité nécessaire pour soumettre une offre à Meyer. Le propriétaire des Bulls le vira rapidement à la suite de cet incident très public, faisant de lui la risée de la ville.

La nouvelle de son retour fit l’effet d’une bombe dans les rédactions sportives des journaux de Chicago. Jerry Krause va donc être le patron de Michael Jordan ? « Jerry avait la réputation d’être un type qui sortait en public avec des taches de sauce sur sa cravate, expliqua un jour Bill Gleason, journaliste sportif à Chicago. Personnellement, je n’ai jamais vu de taches de sauce mais certains affirment en avoir vu. Bien sûr, il était trop gros. Jerry a toujours eu un problème avec la nourriture. » Krause mesurait 1,67 m et pesait 117 kg.

« Jerry a toujours été là, déclara en 1998 un employé de longue date chez les Bulls. Il connaissait tous les coaches, les assistants coaches et les recruteurs de la Ligue. La direction précédente des Bulls le méprisait. Il y avait toutes ces histoires. Ils l’éreintaient tout le temps. Et voilà qu’il revenait pour reprendre le poste de general manager. » Krause était ravi de retourner chez les Bulls. « J’étais parti dans le déshonneur et je revenais au sommet », expliqua-t-il.

Sa première décision fut de virer l’entraîneur Kevin Loughery. Sa seconde fut de faire venir son vieil ami Tex Winter, un coach d’université à la retraite, pour travailler avec le staff d’entraîneurs qu’il allait engager. Il choisit Stan Albeck, en poste un peu plus tôt chez les New Jersey Nets, pour remplacer Loughery. « J’ai su que c’était une erreur presqu’au moment où j’ai pris la décision », déclara Krause plus tard.

Jordan : « Prenez des joueurs pour gagner »

Puis il fixa son attention sur le roster. « J’ai eu des débuts brutaux, se souvenait-il. J’avais neuf joueurs dont je ne voulais pas et trois que je voulais garder. Je voulais conserver Dave Corzine, Rod Higgins et Michael Jordan. Les autres, je n’aurais pas plus leur témoigner plus d’indifférence que je ne le faisais car je m’en désintéressais totalement. Et ils avaient du talent. Tous en avaient beaucoup. Mais ce n’était pas une question de talent. »

Krause se souvenait de s’être assis pour discuter de l’équipe avec Jordan. « Je lui ai dit : “Je crois que tu as une chance de devenir un grand joueur. Je vais essayer de t’entourer de joueurs qui travailleront avec toi.” Il a dit : “Non, ne prenez pas de joueurs qui peuvent jouer avec moi. Prenez des joueurs avec lesquels nous pouvons gagner.” »
Après deux décennies de bouleversements au sommet de la franchise, les fans des Bulls se montrèrent ouvertement méfiants vis-à-vis de l’approche de Krause, en apparence peu orthodoxe. Mais Jerry savait ce qu’il voulait et se mit au travail pour que cela se réalise. Il s’était dit depuis longtemps que s’il se voyait accorder une autre chance comme general manager en NBA, il aurait une vision claire de ce qu’il voudrait construire.

Cela commença avec le système de basket de Tex Winter, l’attaque en triangle. Ensuite, il voulut promouvoir Phil Jackson comme head coach. Krause connaissait Jackson depuis l’époque où il l’avait supervisé avec l’espoir de le drafter. Fils de deux prédicateurs pentecôtistes, Jackson avait été élevé dans le Montana et dans le Dakota du Nord. À la fin de ses études secondaires, il avait cherché à s’affranchir de son éducation stricte. Il trouva une issue en obtenant une bourse sportive à l’Université du Dakota du Nord, où il joua au basket sous la houlette d’un jeune entraîneur avenant, Bill Fitch. Du haut de ses 2,03 m, Jackson devint deux fois All-American en Division 2 NCAA et candidat légitime à une carrière pro. Krause et Holzman étaient probablement les deux seuls recruteurs professionnels qui s’étaient rendus dans le Dakota du Nord pour le superviser.

Phil Jackson, une candidature trop sulfureuse

En tant que supporter des Knicks, Reinsdorf aimait l’idée de Krause de former Jackson au métier de coach NBA. À la fin de ses treize années de carrière comme joueur, passées à New York et à New Jersey, Jackson avait travaillé comme coach assistant et commentateur pour les Nets avant de devenir coach des Albany Patroons, au sein de la Continental Basketball Association (CBA), pendant cinq saisons. En 1984, les Patroons de Jackson remportèrent le titre en CBA. La saison suivante, il fut nommé Entraîneur de l’année en CBA. Il entraînait encore à Porto Rico lorsque Krause le contacta à propos d’un poste de coach assistant chez les Bulls en 1985.

« J’étais resté en contact avec Phil lorsqu’il jouait, raconta Krause. Nous parlions de temps en temps. J’avais suivi sa carrière d’entraîneur en CBA. Lorsque j’ai obtenu le poste de general manager à Chicago en 1985, je lui ai parlé à nouveau. Je lui ai dit que j’avais besoin de rapports de recrutement sur la CBA. Durant une semaine, j’ai reçu des rapports dactylographiés sur toute la Ligue, avec des détails sur chaque joueur. »

« Je suis allé en CBA et j’y ai eu un certain succès, résuma Jackson. Pourtant, je ne voyais rien venir… Jerry Krause était presque la seule personne qui restait vraiment en contact avec moi dans le monde de la NBA. Et il venait juste d’y retourner. Mais c’était mon lien. Jerry m’avait vu jouer à l’université et nous entretenions une relation qui s’étendait sur vingt ans. Jerry est un type remarquable. Pour le monde du sport, c’est une énigme. Il n’est pas ce que vous considéreriez comme un sportif. Et même en tant que recruteur, trente ans plus tôt, il avait un profil assez inhabituel pour ce job consistant à superviser des joueurs de basket. »

Lorsqu’il jouait avec les Knicks, Jackson était connu pour être anti-conformiste. Dans « Maverick », son autobiographie de 1975 écrite avec Charlie Rosen pour Playboy Press, il évoquait son exploration de la contre-culture des années 1960. Dans ce livre, il parlait ouvertement de sa consommation de LSD et d’autres drogues, ce qui garantissait quasiment qu’aucune équipe de NBA ne considérerait sa candidature pour un poste d’entraîneur. « Je n’ai jamais lu le livre, précisa Krause un jour. Je n’avais pas besoin de le faire. Je connaissais le caractère de Phil. »

« Jax » se présente avec un chapeau de paille orné d’une plume de perroquet…

En assemblant le staff pendant cette intersaison, Krause organisa une rencontre entre Phil Jackson et Stan Albeck pour le poste de coach assistant. Phil se présenta à Chicago avec une barbe, chaussé de sandales et coiffé d’un chapeau de paille orné d’une grande plume de perroquet. « Stan et moi avons eu un échange très court », se remémora Jackson. Albeck dit plus tard à Krause : « Je ne veux pas entendre parler de ce type, quelles que soient les circonstances. »

En réalité, Albeck ne montrait pas beaucoup d’intérêt non plus pour le système de Tex Winter. Ayant échoué à cause de problèmes liés à l’entraîneur durant son premier mandat comme general manager chez les Bulls, Krause ne voulait pas d’un autre couac, alors qu’on lui accordait une seconde chance. Il a donc fait marche arrière et indiqué à Jackson qu’il lui ferait faire un essai une autre fois.

Pendant ce temps, Krause avait effectué quelques manœuvres de dernière minute pour retenir Charles Oakley, ailier fort massif et peu connu de Virginia Union, dans la draft de 1985 (9e choix). Comme de nombreuses décisions de Krause, ce choix ne fut pas populaire à Chicago. « Charles était un enfant difficile. Il n’écoutait personne, se rappella Johnny Bach, ancien coach assistant des Bulls. On peut dire que c’était quelqu’un de volontaire et qu’il en voulait… Il voulait prouver à ceux qui venaient d’une petite école qu’il méritait son rang dans la draft et qu’il était déterminé à jouer avec dureté. »

Oakley devint bientôt l’ailier fort dont les Bulls avaient besoin, un protecteur pour Jordan contre tous les Bill Laimbeer du monde. Krause alla chercher d’autres pièces. Ce qu’il appelait « notre genre de personnes ». « Jerry a ôté beaucoup de choses dont cette franchise n’avait pas besoin, expliqua plus tard Phil Jackson à propos des premiers mouvements effectués par Krause. Elle n’avait pas besoin d’un certain type de personnes. Jerry avait une idée du profil qu’il voulait. Il a apporté du caractère ou ce qu’il aimait penser être du caractère. Des gars bons et solides. Des gars qui voulaient travailler dur. »

L’aiguille

Aussi ambitieux et perspicace fût-il, Krause commit rapidement une erreur, durant la première année de son deuxième mandat à Chicago, en s’aliénant Jordan inutilement. Cela mit leur relation sur de mauvais rails pour les quinze années qui suivirent. Parmi les premières mesures prises par Krause, il y eut la mise à l’écart du meilleur ami du n°23 dans l’équipe. « Nous avons coupé Rod Higgins, rappella Jerry plus tard. Michael était irrité à cause de ça. »

Krause reprit Higgins plus tard, en mars 1986, avant de le couper une deuxième fois. C’était le genre de décision qui poussait les observateurs à se demander si Krause ne tirait pas de la fierté et peut-être même du plaisir à défier ainsi Michael. Pendant ses années comme recruteur de talents, Krause avait étudié les meilleurs moments de ce sport toutes époques confondues, comme il avait passé des heures à repérer des basketteurs en devenir dans les universités traditionnellement noires des États-Unis. Il était particulièrement fier de ce vécu. Il expliquait souvent à Jordan le jeu des plus grandes légendes et ses propres références comme recruteur.

« J’avais l’habitude de l’asticoter, se souvint Krause à propos de son premier conflit avec Jordan. J’avais l’habitude de lui dire : “Un jour, tu seras peut-être aussi bon qu’Earl Monroe. Tu me rappelles Earl et Elgin. Tu es une combinaison d’Earl Monroe et d’Elgin Baylor et un jour, tu seras peut-être aussi bon que les deux. Earl s’est imposé sur le terrain. Toi, tu le fais dans les airs. Elgin était le premier à le faire dans les airs. Tu me fais penser à lui.” Et chaque fois après ça, il disait : « Cet enfoiré de Monroe… » Puis il ajoutait : “À quel rang prendrais-tu Monroe ? En 2e position de la draft ? Quel foutu contrat…” Je pense que tout ce truc avec Michael vient d’Earl Monroe. »
Les employés de Bulls qui avaient l’occasion d’assister à ces échanges grimaçaient devant l’insistance de Krause pour défier Jordan. « Si tu veux lancer des trucs sur Michael, il vaut mieux qu’ils soient vrais, expliqua Tim Hallam. Parce qu’il n’oublie jamais et ne lâche jamais. » En fin de compte, les taquineries du general manager des Bulls ruinèrent toute chance de nouer une relation amicale avec la star de l’équipe qu’il gérait. Le comportement de Krause semblait motivé par le manque de respect qu’il ressentait chez Jordan à son encontre.

« MJ » ne jure que par la Caroline du Nord

Pendant ce temps-là, Michael œuvra pour la seule chose en laquelle il avait vraiment confiance. Il voulait que l’équipe signe Buzz Peterson ou acquière prenne Walter Davis. De façon générale, il semblait favorable à tout ce qui avait trait à la Caroline du Nord, ce qui faisait lever les yeux de Krause au ciel. Au bout d’un moment, Jordan a simplement décidé d’éviter à tout prix le nouveau general manager des Bulls. Tels furent les rebondissements complexes de l’intrigue que constitua la carrière professionnelle de Jordan. Elle reposa sur l’alchimie entre deux hommes qui étaient enchaînés l’un à l’autre par la Providence, l’un manquant désespérant d’affection, l’autre faisant tout son possible pour éviter d’en donner. L’aspect le plus étrange de leur duo, c’est que Krause collectionnait les incertitudes et que Jordan n’en avait absolument aucune. En dépit de tout cela, Jerry se révéla être l’une des plus fortes personnalités que Michael croisa sur sa route.

L’hostilité entre les deux hommes s’est accentuée quand Jordan est entré dans sa seconde saison. Plusieurs vétérans du basket pro ont jugé que Krause rendait l’ensemble du processus inutilement difficile. « Michael allait être la première star en NBA, se souvenait Kevin Loughery. Vous aviez l’homme autour duquel construire. Vous saviez que vous alliez faire mieux chaque année en ajoutant des pièces. Pour bâtir une bonne équipe en NBA, vous devez avoir une star. Quand vous en avez une, vous avez l’opportunité d’ajouter d’autres pièces. Non seulement Michael était une star mais il pouvait faire beaucoup de choses. Il pouvait occuper trois postes : meneur, arrière shooteur et ailier. Je suppose que si vous deviez le faire jouer poste bas, il pouvait le faire. Il pouvait prendre des rebonds, il pouvait faire des passes. C’était une star qui pouvait faire beaucoup de choses sur un terrain. Ce n’était pas un joueur unidimensionnel comme beaucoup de vedettes. Il facilitait la tâche consistant à assembler une équipe. »

Parmi les nouveaux visages que Krause amena cette année-là au camp d’entraînement, il y avait George Gervin. « Ice Man » avait brillé pendant des années chez les San Antonio Spurs. C’était l’un des vétérans qui avaient participé à l’isolement de Jordan durant le All-Star Game. Cela planta le décor pour des séances tendues au camp d’entraînement cet automne-là. La jeune star de l’équipe ne s’est pas éloignée de son chemin pour accueillir Gervin. Ce dernier savait que s’il fallait fléchir, compte tenu des circonstances, il devrait le faire. « C’était un jeune gars qui arrivait dans la Ligue, déclara Gervin en évoquant Jordan, qui avait alors 22 ans. À ce moment-là, il n’avait pas prouvé ce qu’il valait. Il avait montré un potentiel qui laissait penser qu’il deviendrait un grand joueur. Mais c’était un jeune gars en NBA, essayant de se faire un nom comme la plupart des jeunes qui arrivaient. »

George Gervin mis au défi… et au supplice

Fidèle à son modus operandi, Jordan défia rapidement Gervin lors d’un un-contre-un. « Nous avons joué, raconta Gervin en laissant entendre qu’il n’était pas de taille à lutter avec l’énergie débordante de Jordan. Nous avons fait quelques paniers. J’étais un vétéran tout prêt de la sortie, alors il en décousait avec le vieux « Ice Man ». Il n’en décousait pas avec le « Ice Man » d’autrefois. Je savais que j’étais juste là pour apporter ma contribution. J’avais fait mon temps. Je savais que c’était son tour, je jouais vraiment ma dernière saison en NBA. Il avait son propre style. Mike était un grand athlète. Il a développé ce tir extérieur plus tard dans sa carrière. J’étais un shooteur et un scoreur depuis le début. Donc, nous avions des jeux différents. Il sautait beaucoup. Je glissais beaucoup. J’étais comme Fred Astaire. Il était comme un pantin. »

Ce un-contre-un brisa la glace entre les deux hommes mais Jordan n’était pas prêt à laisser Gervin entrer dans son cercle de proches. « Je ne lui ai pas parlé tant que cela », expliqua Gervin, ajoutant qu’il soupçonnait Jordan d’être toujours remonté après l’incident du All-Star Game. « À l’époque, je n’avais que du respect pour lui parce que je voyais la volonté qui l’animait. En lui. Pas sur le terrain. Je parle de la volonté qu’il avait pour tenter de gagner. Vous pouviez affirmer cela en vous appuyant sur les entraînements et d’autres trucs. Il n’arrêtait pas. Il avait une sacrée volonté. Pour réussir. Et pour gagner. »

L’arrière plus âgé vit rapidement la ligne distincte qui séparait l’entourage proche de Jordan du reste de l’équipe. « Il avait des affinités avec quelques gars. Charles Oakley, Rod Higgins. Nous n’étions pas vraiment proches, se souvint Gervin. C’était comme ça. La vie est drôle… Le jeu est une chose mais la chose la plus importante, c’est de bâtir des relations. Je pense que le plus grand cadeau de ma carrière a été de nouer quelques relations avec mes coéquipiers. Je les appréciais et ils savaient qu’il ne s’agissait pas que de moi. »

La situation des Bulls au début de cette seconde saison révéla un défi auquel Jordan devrait faire face. L’élite constituée par son cercle d’amis créa une séparation immédiate dans chaque roster où il apparut. Vous étiez dans ce cercle ou vous n’y étiez pas. La majorité de ses coéquipiers, en particulier pendant les premières années, ont été maintenus à une bonne longueur de bras, regardant à l’intérieur du cercle de l’extérieur. Selon Gervin, Jordan avait besoin de son cocon pour survivre mais au même moment, il lui fallait apprendre qu’aucun homme n’est une île. « Tu dois pas bosser pour la reconnaissance. Tu dois donner tout c’que t’as, mon gars. »

1. L’équipe des Dodgers a déménagé à Los Angeles en 1958.

À suivre…

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life »

726 pages, 32 euros, 13,99 euros en format numérique (ePub).

En vente en librairie, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne.

Talent Sport http://talentsport.fr

https://www.facebook.com/Talentsport2014/

Autres livres de basket disponibles

> Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (sorti le 14 mai 2014)

> Jack McCallum, « Dream Team » (sorti le 8 juin 2016)

> Kent Babb, « Allen Iverson, not a game » (sorti le 9 novembre 2016)

> Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (sorti le 31 mai 2017)

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