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Seton Hall, l’URSS, les JO de Barcelone… Les riches souvenirs d’Arturas Karnishovas

Avec Vlade Divac, Arturas Karnishovas est le seul GM européen en NBA. Pour ce qui est de l’international, il faut y ajouter Sean Marks, le néo-zélandais des Nets, et Masaï Ujiri, le président nigérian des Raptors. À part ça, la profession est donc majoritairement américaine.

Avant de se lancer dans le bain de la Grande Ligue après sa retraite professionnelle, le dirigeant lituanien des Nuggets a connu une carrière de joueur riche en événements.

« Je me demandais s’ils allaient me jeter en prison »

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Arturas Karnishovas a fait partie, au même titre qu’Arvydas Sabonis et Sarunas Marciulionis, des pionniers du basket européen, en traversant l’Atlantique alors que son pays était sous le joug communiste de l’URSS.

« Les instances gouvernementales envoyaient des courriers à mes parents expliquant que j’allais être jeté en prison pour un an si je n’allais pas faire mon service militaire. Du coup, j’avais peur de rentrer en Lituanie. En 1992, je suis enfin rentré quand le pays était libéré parce qu’on montait notre première équipe nationale. J’étais toujours aux aguets, je me demandais s’ils allaient me kidnapper. C’était vraiment très éprouvant émotionnellement. »

Débarqué à Seton Hall en 1990, Arturas Karnishovas a essuyé les plâtres. Et c’est un grand écart culturel qui l’attendait à son arrivée sur le continent américain.

« Mon père est venu me voir. C’était intéressant en fait car il y avait pas mal de manifestations à l’époque, à D.C. et à New York, pour la libération de la Lituanie. J’essayais de rester concentré sur le basket mais ça n’était pas toujours facile. Et puis, je suis arrivé sans vraiment parler anglais. Au début, à la fac, c’était très compliqué. Dans un cours d’histoire, j’avais honte de ne pas savoir prendre des notes. Pendant quasiment toute ma première année, j’ai pris des cours de maths. Car c’est la seule matière où je pouvais m’en sortir. Il m’a fallu un an pour vraiment être à l’aise en anglais. Ensuite, tout a été bien plus facile. »

Sur le campus de South Orange, Arturas Karnishovas a appris le jeu à l’américaine sous la houlette de PJ Carlesimo. Et visiblement, ça se passait mieux sur le terrain que dans les amphithéâtres…

« C’était super de jouer pour PJ. Car tout ce qui m’intéressait, c’était d’avoir du temps de jeu. Et j’étais titulaire quasiment à chaque match, dès ma saison freshman. On a joué à Seattle face à la grande équipe d’UNLV à l’Elite Eight [en 1991]. »

L’été suivant, avec une petite boule au ventre, Arturas Karnishovas revient au pays. Il répond à l’appel des drapeaux, mais cette fois pas de service militaire ni de séjour dans les geôles baltes, simplement une expérience qui le marquera à vie…

Celle des JO de Barcelone avec la Dream Team américaine que la Lituanie affronte en demi-finale du tournoi.

« Je sortais de ma saison sophomore et j’étais encore un gamin. Et là, je jouais face à des joueurs que je voyais en vidéo et qui étaient des modèles. Ce qui était marrant pour moi, c’était que PJ était dans le staff. Je me souviendrai toujours : à l’échauffement, je shootais des lancers et je me retourne et là, je vois PJ qui m’observe avec le sourire aux lèvres. Tout ça était incroyable pour moi ! L’écart [avec la Dream Team] était immense à l’époque. On n’a pas pu faire grand-chose face à eux. Notre match le plus important était pour le bronze face à l’équipe de CEI [l’équipe russe post-URSS, ndlr]. C’est sans aucun doute le moment le plus fort de ma carrière. »

Sorti pour cinq fautes, il joue au photographe !

Une mission plutôt compliquée lui incombe…

« Je devais défendre sur Barkley, donc ça n’a pas été très plaisant pour moi ! J’étais maigrelet et j’essayais de défendre sur Barkley. Et je suis sorti pour cinq fautes ! Je n’ai pas beaucoup joué dans ce match au final. C’est pour ça que je suis connu pour être assis par terre sur le côté à prendre des photos. J’ai une photo à la maison où on me voit sauter pour contrer Barkley. Et visiblement, il y a une autre photo de moi et Barkley dans les livres scolaires sur les athlètes olympiques car mes enfants me l’ont montré. »

Médaillé de bronze au final, en battant l’équipe de Russie (ou ce qu’il en reste), Arturas Karnishovas repart de Barcelone avec le sentiment du devoir accompli et des étoiles pleins les yeux. L’ailier qui a débuté sa carrière européenne à Cholet connaîtra par la suite les plus grands clubs européens : Barcelone, l’Olympiakos ou Bologne.

L’Euro-step sifflé en Europe…

Coéquipier de Sabonis, Arturas Karnishovas continue de suivre de près l’évolution du basket dans son pays natal. Et notamment à travers la descendance du grand Sabas : Domantas, désormais du côté des Pacers.

« S’il avait pu venir en NBA dans les années 80, cela aurait été autre chose. Il est arrivé à 31 ans, il avait déjà eu deux blessures au tendon d’Achille et puis aux genoux. Voir son fils jouer en NBA me fait me sentir vieux ! Mais j’ai grandi en admirant Sabonis. Ensuite, j’ai eu la chance de jouer sept ans avec lui en sélection. Et quand j’ai pris ma retraite, il jouait encore à Portland. Ce gars-là était exceptionnel. »

Ayant contribué à forger le pont qui relie désormais l’Europe et la NBA, Arturas Karnishovas continue de représenter dignement cet héritage, en recrutant notamment des joueurs du Vieux Continent dans son équipe des Nuggets désormais construite autour de Nikola Jokic, le pivot serbe.

Le style européen s’est même cristallisé dans un mouvement : l’euro-step. A tort ou à raison en fait !

« L’euro-step de James [Harden] ou Dwyane Wade, c’est un mouvement sur lequel on se faisait siffler marcher dans les années 90. Du coup, j’ai arrêté de le faire. Mais maintenant, ça passe tranquille ! En Europe, c’est simplement un double pas, un mouvement qu’on apprend quand on commence le basket. Il s’agit simplement d’un changement de direction sur les appuis. »

Maintenant, il est devenu légion. La preuve ultime que le basket est plus international que jamais… Tout comme l’effectif des Nuggets intelligemment chapeauté par le sieur Karnishovas.

Une vidéo hommage de Seton Hall

Ses highlights à l’Olympiakos 

Un match à 18 points en quart de finale d’Euroleague

Basket USA

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