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Histoire News Portrait

[Portrait] Shareef Abdur-Rahim, mon empire pour des playoffs

Troisième choix de la draft 1996, Shareef Abdur-Rahim (41 ans, ce 11 décembre) dut patienter dix ans avant de disputer ses premiers playoffs.

Le champion olympique de Sydney essuya les plâtres dans une « expansion team » – Vancouver – qui ne trouva jamais sa place sur la carte NBA et qui finit par se réimplanter sur le territoire américain.

S’il fut cité en exemple pour son professionnalisme, son humilité et son extrême générosité, « Reef » loupa son rendez-vous avec le grand public. « S.A.R. » ou l’exemple du franchise player qu’on ne peut raisonnablement aimer…

A l’instar d’un Yinka Dare (4 passes en 110 matches NBA), d’un Jason Kidd (14 balles perdues en un match) ou encore d’un Wilt Chamberlain (5 805 lancers francs manqués en carrière), Shareef Abdur-Rahim appartient à la triste assemblée des joueurs qui ont battu des records de nullité. Personne n’a disputé autant de matches de saison régulière consécutifs – 672 – sans voir la couleur des playoffs. Chez les Grizzlies, de 1996 à 2001, « Reef » a malmené la notion même de franchise player. Il y avait le franchise player qui « statait » dans le vent, façon Mitch Richmond à Sacramento (une campagne de playoffs en sept saisons) ou DeMarcus Cousins toujours à Sacramento. Au moins, « Rock » devint All-Star dès sa deuxième saison chez les Kings et il fut convoqué six fois de suite pour le rendez-vous de février, avec un titre de MVP à la clé.

Abdur-Rahim, lui, demeura un franchise player « inutilement » productif durant les cinq années passées à Vancouver (futur Memphis). Le n°3 de la draft 1996 eut l’excuse d’atterrir dans une équipe avec une seule année d’existence dans la Ligue. Mais les autres ne furent pas forcément mieux lotis. Chez le voisin Toronto, Vince Carter disputa les playoffs dès sa deuxième saison alors que le deuxième scoreur de l’équipe (Tracy McGrady) ne tournait qu’à 15.4 points. Pau Gasol, n°3 de draft lui aussi, qualifia ces mêmes Grizzlies pour leur première postseason dans sa troisième saison NBA avec une deuxième option offensive (James Posey) à 13.7 points de moyenne…

Miami, Orlando, Toronto et Charlotte version Bobcats disputèrent les playoffs après respectivement 4, 5, 5 et 6 ans d’existence. Les Grizzlies, eux, ont dû patienter 9 ans. Abdur-Rahim quitta la franchise en 2001, avant le déménagement à Memphis, et laissa l’équipe dans un état de décomposition avancée (23-59 contre 15-67 l’année précédant son arrivée)… Vous avez dit « franchise player » ?

Une famille de basketteurs

Julius Shareef Abdur-Rahim naît le 11 décembre 1976 à Marietta (Géorgie), dans l’agglomération d’Atlanta. Durant la Seconde guerre mondiale, Marietta dut sa prospérité à l’ouverture d’une usine de construction aéronautique fabriquant des bombardiers B-29. Comme vous vous en doutez, « Reef » est musulman. Shareef veut dire « honoré » et Abdur-Rahim « serviteur du plus charitable de tous ». Le papa, William, dirige souvent la prière à la mosquée des Croyants (Masjid Al-Muminum) d’Atlanta. Pour faire vivre le foyer, il a accepté un job de manutentionnaire dans une société de transport routier. William se casse le dos à charger et à décharger des marchandises.

Dans la famille, on aime passionnément le sport, surtout le basket. Muhammad, le frère aîné, transitera par l’université de Detroit. Amir, le cadet, passera par la Southeastern Louisiana University et deviendra coach à la Murray State University. Aminah, la sœur, jouera en college à Clark Atlanta. Le papa eut lui-même quelques prédispositions. Au lycée, William pratiquait quatre sports. A la fac de Fort Valley State, deux. Shareef fut son deuxième enfant. La famille en compta… douze.

« C’était bien, ça m’a aidé », expliqua Shareef. « Il y avait toujours quelqu’un à surveiller, ça m’a responsabilisé. Et puis je n’étais jamais seul. Nous étions très croyants. A la maison, on respectait scrupuleusement les règles du culte musulman. Mon père était très impliqué dans la vie de la communauté. Je l’ai souvent accompagné quand il allait distribuer des repas aux personnes les plus démunies à l’occasion de Thanksgiving ou quand il rendait visite à des personnes traitées pour une addiction aux drogues. »

Shareef a 6 ans lorsque Dominique Wilkins signe ses débuts sous le maillot d’Atlanta. Il est un peu jeune pour s’enflammer pour les envolées de « Nique » mais lui aussi a été nourri au biberon du basket. Un jour, il tombe sur un prospectus pour un tournoi amical. Il garde le papier précieusement dans sa poche, rentre chez lui le soir et supplie son père de le laisser participer. Enfin, il peut faire partie d’une équipe !

Treize ans plus tard, en 1995, « Reef » est devenu la star de son lycée. Durant son année senior, il mesure 2,05 m et pèse 97 kg (en NBA, il sera mesuré à 2,06 m pour 111 kg). Deux fois, il a mené la Marietta Joseph Wheeler High School en finale du championnat de Géorgie. Deux fois aussi, il a été désigné « Joueur de l’année » de l’Etat. Dans sa dernière saison, il tourne à 29 points et 12 rebonds. Ses coéquipiers l’appellent « The Future ». En quatre ans, il aura rapporté 1 457 points à l’école.

Tout le monde attend Shareef chez les Yellow Jackets de Georgia Tech, une équipe dont il est fan depuis la première heure et qui a vu passer Kenny Anderson, Jon Barry, Matt Geiger, Mark Price, John Salley ou encore Dennis Scott et Chris Bosh. Un prodige new-yorkais du nom de Stephon Marbury opte pour cette fac mais Shareef, lui, décide de filer à Berkeley, là où est établi le campus de l’université de Californie. Il explique son choix par la présence d’une forte communauté musulmane. Mahmoud Abdul-Rauf, le meneur des Nuggets converti à l’islam au début des années 90, lui avait conseillé de rejoindre cette fac. Son deuxième choix était Kentucky.

En Californie, tout le monde est aux petits soins pour Shareef. Il doit pouvoir s’épanouir loin de sa Géorgie natale. Le coach des Golden Bears, Todd Bozeman, demande à Hashim Alauddeen, un étudiant très impliqué dans la communauté musulmane du campus, de s’occuper de lui. Les parents de « Reef » ont divorcé. Aussi, sa mère Aminah décide d’aller vivre avec lui, en compagnie de sa sœur Qaadirah. Shareef a toujours souligné l’influence positive de ses parents qui lui répétaient sans cesse la même chose :

« Dans chaque étape de ta vie, souviens-toi de là où tu viens et reste humble ».

« Il est en paix avec lui-même »

L’ailier freshman des Golden Bears ne tarde pas à se mettre en évidence. Sur ses trois premiers matches en NCAA, Abdur-Rahim tourne à 32.3 points à 73.9%, en se démultipliant sur le terrain. Il plante de près comme de loin, avec énormément de clairvoyance et de lucidité dans le jeu. A 19 ans, il apparaît comme un garçon étonnamment calme et mature. Il tient cette sagesse de son éducation et de sa foi.

« J’ai rarement vu quelqu’un avec une telle paix intérieure », explique Todd Bozeman. « Dans la vie de tous les jours, il est incroyablement posé. Sur le terrain, il pratique un basket total. Je l’avais recruté pour qu’il devienne notre go-to-guy et il l’est devenu. Je pense qu’il est en paix avec lui-même et que cela l’aide beaucoup. Il a juste à s’occuper de jouer. Il est comme retranché dans ses matches. Pour un joueur de première année, c’est inhabituel. »

« C’est un joueur extraordinaire », commente Lou Henson, son homologue d’Illinois. « Son jeu est un package de tout ce qui fait le basket. »

Les Golden Bears gagnent leur carton d’invitation pour la « March Madness » mais disparaissent dès le premier tour, battus 74-64 par Iowa State. Ce jour-là, celui que Tariq Abdul-Wahad appelait son « frère en religion » passe totalement à côté du sujet. C’est sa ligne de stats la plus faible de la saison (7 pts, 2 rbds).

Un exercice qui vit « Reef » tourner à 21.1 points (à 51.8%), 8.4 rebonds et 1 passe sur 28 matches. Retenu dans la Third team All-America, il devient le premier freshman élu « Joueur de l’année » de la Pac-10. Numéro 1 de la conférence aux points, il se classe troisième aux rebonds, cinquième aux interceptions et aux contres. L’ailier des Golden Bears est désigné sans surprise « Freshman de l’année » et figure parmi les 17 finalistes pour le John Wooden Award qui récompense le meilleur joueur universitaire. Le titre va finalement au pivot junior de Massachusetts Marcus Camby.

Abdur-Rahim n’imaginait pas quitter le campus après seulement une saison en NCAA (la moyenne de ses notes était de 3,5, l’obtention d’un diplôme requérant un 3) mais les scouts se firent pressants. On lui fit miroiter une place dans le Top 10 de la draft 1996 qui allait se révéler une cuvée exceptionnelle (Iverson, Camby, Marbury, R. Allen, A. Walker, Bryant, Stojakovic, Nash, J. O’Neal, Ilgauskas, Fisher…).

Et puis passer pro, c’était l’assurance de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Impossible de fuir cette responsabilité-là. Aussi, en mai, Shareef se déclare prêt pour la NBA. Il se ravise moins d’un mois après, gagné par le doute, cogite et décide finalement de maintenir son nom à la draft, expliquant avoir fait son choix avec l’aide de Dieu.

« Je devais prendre cette décision pour donner la meilleure suite possible à ma carrière. Je regarde aussi en arrière. Si j’avais été seul au monde, je serais resté chez les Golden Bears. Mais ma mère s’est sacrifiée pour moi tout au long de sa vie. Mon père aussi. C’était à mon tour de me sacrifier pour eux. »

Heureux dans une équipe de bras cassés

Rétablissons la vérité : il n’est pas seulement question de bons sentiments… La fac de Berkeley est dans le collimateur de la NCAA qui soupçonne les Golden Bears de s’être renforcés de manière illicite. Abdur-Rahim n’a peut-être pas envie, tout simplement, de payer les pots cassés. Il est intéressant de noter que sa décision finale tomba un jour après la réception d’une lettre informant Berkeley de l’ouverture imminente d’une enquête… Ce sont les révélations de l’arrière franco-américain Jelani Gardner, parti à Pepperdine, qui alertèrent la NCAA. Les parents Gardner expliquent avoir reçu 30 000 $. Un après le départ d’Abdur-Rahim, Todd Bozeman, le coach, sera contraint de démissionner. Pour la petite histoire, Gardner, vu à Saint-Etienne, Reims, Brest, Châlons-en-Champagne, Golbey-Epinal ou encore Nantes, subit une transplantation de rein en 2002.

En ce mois de juin 1996, « Reef » a d’autres préoccupations. Au sortir d’une année à 15 victoires-67 défaites pour leur saison inaugurale dans la Ligue, avec une série de 23 revers (à une longueur du record des Cavs), les Vancouver Grizzlies – futurs Memphis Grizzlies – héritent du troisième choix de draft. Abdur-Rahim est retenu derrière Allen Iverson et Marcus Camby. Le Canada n’est pas forcément la destination prisée par un jeune basketteur américain. Mais Shareef, lui, est heureux. Sincèrement.

L’équipe ne ressemble pourtant à rien. Greg Anthony a fini meilleur scoreur (14 pts) devant Bryant Reeves (13.3), alias « Big Country », et Blue Edwards (12.7). Le principal mouvement de l’intersaison voit l’arrivée des Lakers Anthony Peeler et George Lynch. L’entraîneur, Brian Winters, a passé deux années dans l’ombre de Pete Carril à Princeton avant de seconder Lenny Wilkens à Cleveland (7 ans) puis à Atlanta (2 ans). C’est sa première expérience comme head coach. Les perspectives s’annoncent peu réjouissantes mais Shareef n’en a cure.

« Je suis heureux, vraiment heureux. J’avais rendu visite à Vancouver avant la draft et c’était une franchise avec laquelle j’avais un bon feeling. J’étais retourné chez moi en disant à mes proches que les Grizzlies seraient une bonne équipe pour moi parce que je m’y sentais bien. J’ai l’impression que Dieu avait planifié tout ceci. »

Engagé pour 3 ans et 6,3 millions de dollars, le natif de Géorgie dispute son premier match NBA à seulement 19 ans, ce qui en fait le quatrième joueur le plus jeune de la Ligue. La jeunesse, c’est ce qui caractérise cette équipe des Grizzlies née en 1995. A l’entame de l’exercice 1996-97, le joueur le plus âgé, Blue Edwards, a 31 ans. Il compte 7 ans d’expérience en NBA, comme Eric Leckner. Tous les autres en ont 5 maxi et il y a là quatre rookies : Abdur-Rahim, donc, mais aussi Moochie Norris, Chris Robinson et Roy Rogers. Moyenne d’âge du roster : 25 ans et 3 mois…

Meilleur marqueur et rebondeur de l’équipe en pré-saison, « S.A.R. » perd pied une fois que les choses sérieuses commencent. Brian Winters le titularise en 3 alors qu’il avait l’habitude de jouer près du cercle. Face à des joueurs plus rapides, ses lacunes défensives sont étalées au grand jour. Son tir n’est pas très fiable et sa sélection de shoots est assez douteuse. Il finit par se retrouver sur le banc.

« J’ai pris un mauvais départ », admet-il. « J’ai été le premier surpris par le manque de précision de mon jeu. Mais on me demandait de défendre sur des gars plus rapides, chose que je n’avais jamais faite. Etant grand, j’avais toujours eu l’habitude de jouer assez près du panier. Je vais m’ajuster, je suis en train d’apprendre. Je reçois un maximum d’attention tous les soirs et j’affronte les meilleurs joueurs. C’est la même chose qu’un étudiant en chimie bossant avec le meilleur scientifique ou un jeune avocat bossant avec le meilleur professeur de droit. Je suis en train d’apprendre avec les meilleurs profs de basket. »

Le coaching staff décide finalement de le décaler en power forward. Shareef refait surface. Il tourne à 18.9 points et 7.5 rebonds en décembre et il est élu co-rookie du mois avec l’arrière des Nets Kerry Kittles. A partir de janvier, le n°3 se met à tourner à 24 points avec 53% de réussite aux tirs. Il en inscrit 37 face aux Warriors et établit un record de franchise.

Le 8 février, Son Altesse Royale est convoquée à Cleveland pour le Rookie Game qui oppose encore à l’époque (et pour l’avant-dernière année) les débutants de la Conférence Est à leurs homologues de l’Ouest. Abdur-Rahim passe 24 minutes sur le parquet et plante 17 pions (8/13, 4 rbds, 1 pd). L’Eastern s’impose 96-91. « Reef » boucle sa première année dans la Ligue avec une moyenne de 18.7 points (à 45.3%), 6.9 rebonds, 2.2 passes, 1 interception et 1 contre. Il a pris les commandes de l’équipe, il apparaît toujours plus mûr et sait garder son calme en toute occasion. C’est un candidat sérieux pour le titre de Rookie de l’année.

Un jeune homme bien sous tous rapports

« Ne cherchez pas, c’est le meilleur », tranche Lionel Hollins, alors assistant coach. « Shareef a la maturité et le caractère. Le caractère, c’est ce qui vous permet d’affronter toutes les difficultés. La maturité donne une perspective à tout ça. Dans cette Ligue, vous devez toujours apprendre. Si vous baissez les bras à mesure que les défaites s’enchaînent, vous n’avez aucune chance de devenir le joueur que vous êtes censé être. »

Et à Vancouver, les défaites continuent de s’enchaîner : 68 en cette année 1996-97, ce qui vaut aux Grizzlies de rester bons derniers de la division Midwest. Personne dans la Ligue n’a fait pire (le Boston d’Antoine Walker et David Wesley compte une victoire de plus). Malgré toute l’affection que l’on peut porter à ce jeune homme bien sous tous rapports, avec énormément d’éducation, il est impossible de le préférer à deux authentiques trublions, Allen Iverson (23.5 pts de moyenne) et Stephon Marbury (15.8 pts et 40 victoires avec Minnesota). Troisième dans l’élection, Abdur-Rahim est retenu à l’unanimité dans le premier cinq des débutants.

« Très franchement, rien n’a été particulièrement ardu. Ce qui fut délicat, c’est de multiplier les voyages et de disputer autant de matches. Mais je ne peux pas me plaindre : jouer en NBA, c’est génial. Il est difficile de dire si c’est conforme en tout point à ce que j’en attendais mais j’ai vécu un truc énorme jusqu’ici. »

La saison ultra-poussive des Grizzlies a été fatale depuis longtemps à Brian Winters. Il fut débarqué après 43 matches (8-35) et remplacé par Stu Jackson, qui officia également comme GM de la franchise, et qui est aujourd’hui le numéro 2 de la NBA. L’intérim de l’ancien coach des Knicks ne se révèle pas spécialement convaincant (6-33). Aussi, Vancouver fait appel durant l’été 1997 à Brian Hill, ancien finaliste NBA à la tête du Magic d’Orlando dont Penny Hardaway a fini par avoir la peau. Hill passera un peu plus de deux saisons en Colombie-Britannique et remportera grosso modo un match sur quatre (31-123). Shareef Abdur-Rahim ne tarde pas à séduire son nouveau coach.

« C’est un garçon intelligent et un joueur mature. Il a d’énormes qualités. Avec un tel potentiel et une telle personnalité, vous voyez forcément en lui une future star. »

L’effectif des Grizzlies, qui accueillent Otis Thorpe, Sam Mack et Antonio Daniels (4e choix de draft), reste dramatiquement faible. L’équipe prend le meilleur départ de son histoire (6-7) avant de retomber dans sa médiocrité ordinaire (3 victoires du 27 janvier au 5 avril). Le match d’ouverture face aux Mavericks, le 31 octobre, fut un petit événement en soi puisque Violet Palmer devint la première femme à arbitrer un match de sport pro US. Vancouver boucle la saison avec 19 succès, nouveau « record » de franchise, et abandonne la dernière place de la division à Denver (11-71).

A titre personnel, Shareef Abdur-Rahim a passé la barre des 20 points de moyenne (22.3, n°6 NBA) et capté 7.1 rebonds. La raquette des Grizzlies a globalement donné satisfaction. Descendant d’une longue lignée de pivots blancs besogneux, Bryant Reeves apporte une dimension cubique et une touche rurale au poste 5. Ce n’est pas forcément le centre le plus mobile du circuit (il faut déplacer les 130 kg et 2,13 m du gros nounours…) mais il a honoré sa prolongation de contrat XXL – 61,8 millions sur 6 ans – en sortant sa meilleure saison (16.3 pts, 7.9 rbds, 1.1 ct), avec une pointe à 41 unités contre les Celtics. Les kilos en trop et les blessures mettront un terme à sa carrière prématurément, à 27 ans. Même topo pour l’arrière-ailier Michael Dickerson qui tourne à 18.2 et 16.3 points pour ses deux premières saisons à Vancouver avant de se blesser, de revenir pour 10 matches (en 2 ans) et de tirer sa révérence.

« Je pense avoir beaucoup grandi », déclare Shareef en 1998. « L’année passée, pour mes débuts en NBA, je ne savais pas vraiment ce qui allait se passer. Maintenant, je sais comment appréhender les choses. Je sais ce que je dois faire pour être prêt à affronter un match ou une saison. Evidemment, je n’ai jamais perdu autant de rencontres… C’est dur à encaisser. Je suis un compétiteur, je joue pour la gagne. Nous avons connu une année très difficile mais j’adore ma vie de basketteur NBA. Je ne voudrais rien faire d’autre. »

Shareef bosse dur en salle de musculation pour se renforcer dans le haut du corps. Il n’a pas le gabarit requis pour affronter les meilleurs 4 de la planète. Et il le sait.

« Physiquement, je suis toujours en retrait. Je travaille aussi dur que possible, je n’arrête pas de soulever des poids. Avec des ailiers aussi costauds, je dois utiliser mes fondamentaux. Souvent, je suis plus rapide ou je me déplace un peu mieux sur le parquet. J’essaie de jouer sur mes qualités et de ne pas me focaliser sur les leurs. »

Vancouver, purgatoire des basketteurs NBA

Malgré l’arrivée du meneur d’Arizona Mike Bibby, 2e choix de draft 1998, les Grizzlies replongent durant la saison écourtée par le lock-out (8-42) et finissent derniers de la Ligue. Auteur de sa meilleure année en NBA (23 pts, 7.5 rbds, 3.4 pds), Abdur-Rahim passe l’été suivant à Porto Rico. C’est là que se joue le Tournoi des Amériques qualificatif pour les Jeux Olympiques de Sydney.

Pour la franchise canadienne, rien ne va plus. Préféré à Baron Davis, Lamar Odom, Richard Hamilton, Andre Miller, Shawn Marion ou encore Ron Artest, Steve Francis est drafté en 2e position. Vancouver est l’une des villes au monde offrant la meilleure qualité de vie ? Francis s’en tamponne le coquillard. Il est furieux d’avoir été ignoré par les Bulls qui ont retenu Elton Brand devant lui. Maintenant, il fait un caca nerveux pour ne pas quitter le territoire américain. Vancouver, c’est loin de son Maryland natal. Et puis il y a les impôts très élevés. Et puis il y a « la volonté de Dieu »… Il est finalement cédé aux Rockets. Vancouver est un nom qui donne de l’urticaire aux basketteurs US. On rapporte qu’après son transfert en Colombie-Britannique en 1998, le shooting guard Doug West (ex-Minnesota) se réfugia dans un bar et vida 17 Heineken. Il partit ensuite en cure de désintoxication… Lorsqu’il mit les pieds pour la première fois à Vancouver, Steve Francis eut droit à un accueil musclé. Insultes, jets de tomates et d’œufs… Un spectateur lança même une balle de tennis sur lui. « Je dois reconnaître que ce fut moche », confia le meneur des Rockets.

Preuve de l’indigence de l’équipe, Abdur-Rahim marque les 20 points de Vancouver dans le quatrième quart-temps d’un match contre Indiana en décembre 1999. Il figure aussi dans le Top 20 de la Ligue pour 13 catégories différentes… Depuis l’exercice 1998-99, la salle des Grizzlies s’est vidée. Le proprio, également patron de l’équipe des Canucks (NHL), a perdu beaucoup d’argent. La NBA écarte la vente de la franchise à Bill Laurie, qui veut déménager l’équipe à Saint-Louis (Missouri) où sont déjà établis ses Blues (NHL). Michael Heisley récupère le bébé début 2000 en promettant de l’élever au Canada. Un an plus tard, il obtient le feu vert de la NBA pour un déménagement à Memphis en s’appuyant sur des pertes qualifiées de grotesques par la direction des Raptors, qui doit affronter les mêmes réalités économiques dans un pays où le hockey est roi… Heisley parle de 40 à 50 M$. Après six ans d’exploitation, on les dit au moins égales, en millions de dollars, au nombre de défaites de l’équipe (359 pour 101 succès, soit 22% de victoires).

Contrainte d’admettre que l’expérience Vancouver est un bide, la Ligue accepte le transfert. Les Grizzlies jouent leur dernier match au General Motors Place le 14 avril. Ils battent Golden State 95-81 pour la dernière sortie de l’équipe avant le déménagement. Mike Bibby est le seul joueur encore actif rescapé de cette ère. Evidemment, une question brûle toutes les lèvres : que se serait-il passé si Vancouver avait retenu Steve Nash, le régional de l’étape, lors de ce fameux soir de juin 1996 ? En cinq ans, la franchise canadienne aura usé trois propriétaires, deux GM, cinq head coaches pour 15, 14, 8, 22 et 23 victoires. Pas de playoffs, pas de premier choix de draft.

Shareef Abdur-Rahim n’accompagne pas l’équipe dans le Tennessee en 2001. Il a demandé à être transféré et voit son vœu exaucé. Après deux nouvelles saisons poussives (22-60 et 23-59) qui ont vu Lionel Hollins et Sidney Lowe se succéder sur le banc, l’ancien Golden Bear prend la direction d’Atlanta. Memphis obtient en échange Pau Gasol, 3e choix de draft, Brevin Knight et le malheureux Lorenzen Wright (retrouvé mort le 28 juillet dernier).

« Reef » aura passé cinq ans au Canada. Sur cette période, l’équipe affiche un pourcentage de victoires flamboyant : 22.7 (86-292). Du franchise player, il eut les stats (20.9 pts à 46.1%, 8.1 rbds, 2.9 pds, 1.1 int, 1 ct), le salaire mais pas l’aura, le caractère ni le leadership. Après 375 matches en NBA, il n’a toujours pas connu le parfum des playoffs. « Reef » est un garçon poli et bien éduqué, pas du tout égoïste. Un mec profondément sympathique. Trop, sans doute. Aboyer sur un terrain et gueuler aux vestiaires, ce n’est pas dans sa nature. En 1999-2000, lorsqu’il s’affiche à un double-double de moyenne (20.3 pts, 10.1 rbds), le staff des Grizzlies se prend à rêver d’une métamorphose. Mais les Jeux Olympiques qui suivront montreront que « Reef » n’a pas passé le cap psychologique séparant un très bon basketteur NBA d’un All-Star confirmé.

Ce n’est pas la première fois qu’Abdur-Rahim est convoqué en sélection américaine. En 1994 en Argentine, il avait tourné à 16.8 points et 10.1 rebonds dans le tournoi de qualification pour le championnat du monde Juniors. Les USA avaient réalisé un sans-faute (8-0) et s’étaient adjugé l’or. L’année suivante, il fit partie de l’équipe juniors US victorieuse (86-77) d’une sélection internationale lors du premier Hoop Summit de l’histoire. Pour les Jeux Olympiques de Sydney en 2000, le Team USA, coaché par Rudy Tomjanovich, réunit une belle brochette de forts en gueule (Kevin Garnett, Gary Payton, Vince Carter, Tim Hardaway, Alonzo Mourning, Jason Kidd…). Face à la France, les trois premiers donnent un aperçu de leurs talents d’orateurs à coups de « Motherfucker » et autres « Fuck you, nigger ». On se demande ce que deux gentlemen comme Steve Smith et Shareef Abdur-Rahim font là…

Comme un intrus dans le Team USA

Le Grizzly s’excuserait presque d’être venu en Australie. En fait, il n’aurait pas dû être là. Grant Hill devait prendre le douzième spot mais il se cassa la cheville gauche durant les playoffs. Le nom de Kobe Bryant fut avancé mais la star des Lakers était retenue par son mariage. Shareef fut donc ajouté au roster au dernier moment. Il ne se chercha pas d’excuses pour louper le rendez-vous. Il aurait pu puisque son propre mariage était fixé au 6 août… « Reef » resta très discret tout au long de l’aventure olympique, dans la vie du groupe comme sur les parquets. Ses stats ? 6.4 points à 54.8% et 3.3 rebonds sur 8 matches, dont un comme starter. Dans la finale face à la France (85-75), il joue 8 minutes et marque 5 points dont 3 sur lancers francs. Les J.O. rappellent si nécessaire que le franchise player des Grizzlies est le meilleur joueur… d’une très petite équipe.

Oui, Abdur-Rahim est un ailier all around (un peu juste à la passe), robuste, excellent rebondeur, capable de planter ligne de fond et dans le périmètre avec une belle palette offensive, du toucher, de bonnes feintes et un vrai sens du jeu. Mais c’est aussi un défenseur assez médiocre, un shooteur pas très régulier à mi-distance, un joueur un peu lent, pas spécialement athlétique et pas franchement clutch. S’il possède un cœur énorme, il n’est pas leader pour un sou. Il plante, c’est sûr, mais sans avoir une véritable influence sur le cours d’un match. Vancouver fut quand même contraint de lui dérouler le tapis rouge en 1999, faute d’alternative crédible. Abdur-Rahim reçut ainsi une prolongation de contrat de 6 ans et 71 millions de dollars.

Avec ce transfert chez les Hawks, Shareef est de retour chez lui, en Géorgie. Il possède une maison dans le coin. Sur le papier, ce n’est pas forcément plus folichon mais à 24 ans, il a l’occasion de donner un deuxième élan à sa carrière. Atlanta vient de signer ses deux plus mauvaises saisons depuis l’installation de l’équipe en Géorgie en 1968, dont un exercice 2000-01 à 25 victoires. Il y a là deux excellents basketteurs – Jason Terry, Toni Kukoc -, deux travailleurs de l’ombre (Nazr Mohammed, Theo Ratliff) et une flopée de joueurs qui auront du mal à trouver leur place dans la Ligue, de Dion Glover à DerMarr Johnson en passant par Ira Newble et Jacque Vaughn. Pour Pete Babcock, le GM, Abdur-Rahim est un cadeau tombé du ciel.

« Si on avait utilisé ce troisième pick, on aurait aimé que notre recrue soit comme Shareef au bout de 3 ans. Pourquoi attendre alors qu’on pouvait avoir ce type de joueur dès à présent ? Theo (Ratliff), Shareef et Toni (Kukoc) forment une bonne frontline. Avec le départ de Brevin Knight à Memphis (ndlr : et la cession des droits sur Jamaal Tinsley à Indiana), la priorité est maintenant de trouver un meneur, de préférence grand. Il n’est pas question que Jason Terry repasse point guard. Depuis qu’il joue 2, il tourne à près de 20 points (ndlr : 19.7). Nous avons volontairement fait éclater une équipe âgée et en perte de vitesse. Le processus de reconstruction a été long et délicat mais nous avons agi de façon méthodique, en suivant le plan établi. »

Le meneur tant attendu ne viendra pas. Atlanta cherche encore et toujours un chef d’orchestre de niveau playoffs (que n’est plus Mike Bibby depuis longtemps) et on se demande ce qui a pu passer par la tête de l’ancien GM Billy Knight pour préférer Marvin Williams à Deron Williams et Chris Paul lors de la draft 2005… Les Hawks bouclent la saison 2001-02 avec 33 victoires.

Flashé à 21.2 points de moyenne sur l’année, Shareef a droit au lot de consolation : une invitation pour le All-Star Game de Philadelphie, dans l’équipe du Wizard Michael Jordan. En 21 minutes, il inscrit 9 points (4/4) et prend 6 rebonds. Il n’y aura pas d’autre convocation de ce type. Abdur-Rahim All-Star, c’était devenu une probabilité très forte après un match à 50 points contre Detroit le 23 novembre. Son Altesse Royale était le premier Hawk à atteindre cette barre mythique depuis les 52 points de Dominique Wilkins contre les Knicks en 1991.

Durant l’intersaison 2002, Glenn Robinson remplace Toni Kukoc sans influencer la courbe des résultats (35-47). Avec Robinson, Abdur-Rahim et Terry, Atlanta aligne pourtant le trio le plus prolifique en attaque (57.9 pts)… Les amateurs de stats retiendront que le 28 décembre face à Washington, Abdur-Rahim inscrit 18 points et devient, à 26 ans et 17 jours, le sixième joueur le plus jeune à atteindre la barre des 10 000, derrière Kobe Bryant, Bob McAdoo, Shaquille O’Neal, Michael Jordan et Kareem Abdul-Jabbar. En décembre 1999 contre Denver, il était devenu le deuxième joueur le plus jeune à atteindre les 5 000 points en carrière, en profitant notamment de son arrivée précoce chez les pros (battu depuis par LeBron James, Carmelo Anthony, Kobe Bryant et Tracy McGrady).

Trop cher et pas assez rentable à Atlanta

Shareef est devenu très cher. 13,5 millions la saison pour un franchise player à 20.1 points et 9.3 rebonds, ça passe quand votre équipe dispute au moins un spot en playoffs. Pas quand elle est à 18-35… L’ailier des Hawks se classe n°11 à l’évaluation mais il n’est définitivement pas rentable. Le 9 février 2004, Atlanta l’envoie à Portland contre Wesley Person et Rasheed Wallace, qui ne fera que passer (1 match). Theo Ratliff et Dan Dickau débarquent eux aussi dans l’Oregon.

« Vous n’imaginez pas à quel point ce fut une décision difficile à prendre sur un plan personnel, surtout vis-à-vis de Shareef », explique Billy Knight. « C’est un mec bien, professionnel jusqu’au bout des ongles, il travaille sans relâche et vous offre tout ce que vous attendez d’un basketteur. Malheureusement, nous n’avons pas remporté les matches que nous aurions dû remporter et nous étions financièrement coincés. Là, on gagne immédiatement en flexibilité. »

Abdur-Rahim passera une saison et demie dans l’Oregon, très intéressante financièrement (l’exercice 2004-05 lui rapporte 14,6 M$) mais beaucoup moins sportivement. Deuxième option offensive derrière Zach Randolph, il ne tourne plus qu’à 16.8 points et l’étiquette de « chat noir » lui colle toujours un peu plus à la peau : après 672 matches et 9 ans de NBA, il ne s’est toujours pas qualifié pour les playoffs… Une opération au coude lui a aussi coûté 28 matches, lui qui n’en avait manqué que 9 jusque-là (avec le trade Atlanta-Portland, il disputa un total de 85 rencontres en 2003-04).

Shareef accepte le principe d’un sign-and-trade avec les Nets, qui lui offrent 6 ans de contrat, mais la visite médicale d’usage tourne mal. En cause : un tissu mal placé dans le genou droit. On sollicite l’avis d’un deuxième médecin. Trois jours après l’annulation de la conférence de presse devant officialiser son arrivée, c’est un Shareef Abdur-Rahim un peu remonté qui se présente face à la presse.

« Je n’ai pas envie de devenir un Net », explique-t-il, estimant que la franchise salit inutilement sa réputation puisque son genou ne l’a jamais empêché de tenir sa place.

New Jersey finit par dénoncer la transaction. Trois jours plus tard, le 12 août 2005, l’ex-Grizzly accepte de rejoindre Sacramento qui lui offre un contrat de 5 ans et 29 M$. Il reprend le 3, un temps délaissé au profit du 33. Les Kings ont tourné une page au cours des douze mois précédents avec les départs de Chris Webber, Vlade Divac, Doug Christie et Bobby Jackson. Mike Bibby – une vieille connaissance de Shareef -, Peja Stojakovic et Brad Miller sont les trois derniers rescapés d’une époque pas si royale.

Bonzi Wells est arrivé une semaine plus tôt et le Dominicain Francisco Garcia a été drafté à sa sortie de Louisville. Le choix de Sacramento s’est fait naturellement : « Reef » vivait en Californie du temps de la fac et sa femme, Delicia, est originaire de San Francisco. Elle lui donnera un fils, Jabri Shareef, et une fille, Samiyah.

Personne n’attend rien de ces Kings new look. Surtout après une défaite 93-67 à Oklahoma City face aux Hornets (alors SDF) pour le coup d’envoi de la saison… Le 24 janvier, les hommes de Rick Adelman sont hors de l’équation des playoffs avec une fiche de 17-24. On pense qu’un dernier pan d’histoire s’écroule avec le départ de Peja Stojakovic à Indiana. Seulement, le joueur qui le remplace n’est pas du genre à laisser filer les matches. Ron Artest apporte le soupçon d’intensité qui manquait à Sacramento.

Ses premiers playoffs à 29 ans !

Au lendemain du All-Star break, la franchise californienne remporte 9 matches sur 12. Avec cinq joueurs (Bibby, Artest, B. Miller, Wells et Abdur-Rahim) à plus de 12 points par match, elle accroche finalement le huitième spot à l’Ouest (44-38). Le mois d’avril fut princier (7-1). Incroyable mais vrai : Shareef Abdur-Rahim est en playoffs à 29 ans avec la plus petite moyenne de sa carrière (12.3 pts sur 27 mn), dans un rôle de sixième homme !

Sacramento lâche logiquement deux matches sur le parquet de San Antonio, champion NBA sortant. Dans le Game 2, « S.A.R. » rapporte 27 points et 9 rebonds. A l’Arco Arena, le public joue son rôle de sixième homme comme aux plus belles heures. Les Kings enlèvent le Game 3 d’un point (94-93) puis égalisent à 2-2 en réussissant un blow out (102-84). Difficile d’en demander plus. San Antonio boucle la série en six manches après une dernière victoire en Californie (105-83). Abdur-Rahim signe 9 points, 8 rebonds, 3 passes et 1 steal dans le Match 6, ternis par ses 6 turnovers.

Sacramento met fin à sa collaboration avec Rick Adelman. Eric Musselman arrose sans doute un peu trop sa nomination puisqu’il est arrêté au volant en état d’ébriété. Inquiété pour des violences domestiques et des faits de maltraitance sur ses chiens, Ron Artest est un peu moins concentré sur son sujet. Après 8 participations consécutives aux playoffs, Sacramento rentre dans le rang (33-49). L’explosion de Kevin Martin (20.2 pts), deuxième dans l’élection du M.I.P. derrière Monta Ellis, se fait un peu aux dépens de Shareef Abdur-Rahim, tombé sous la barre des 10 points (9.9 et 3 fautes sur 25 mn).

Musselman est débarqué après seulement un an et remplacé par Reggie Theus au cours de l’été 2007. Mike Bibby et Ron Artest vivent leurs derniers mois à Sacramento. Abdur-Rahim aussi, du moins comme joueur. Opéré deux fois du genou droit, il ne dispute que 6 matches en 2007-08 (1.7 pt). La douleur ne s’estompant pas, il n’a pas d’autre choix que de mettre un terme à sa carrière le 22 septembre 2008, à 31 ans, peut-être encouragé par la sollicitude du front office : séduit par sa personnalité, le GM Geoff Petrie lui a proposé d’intégrer le staff comme assistant coach. Offre qu’il s’empresse d’accepter fin septembre. Il n’aura disputé que 158 matches pour les Kings en 3 ans. La franchise est contrainte de lui verser ses deux dernières années de contrat, qui était garanties. Le staff médical de New Jersey avait vu juste en expliquant que son genou, par ailleurs atteint d’arthrite, le condamnait à court terme.

« J’ai passé un an et demi à tenter de recouvrer l’intégralité de mes moyens », explique Shareef. « Je dois me rendre à l’évidence, je ne serai pas en mesure de retrouver la condition et le niveau nécessaires pour jouer en NBA. »

Abdur-Rahim se départ rarement de l’humilité qui l’a toujours caractérisé. Quand on l’interroge sur la trajectoire assez singulière de sa carrière, il balaie la notion d’échec. A sa façon, il a réussi : il a prouvé qu’on pouvait devenir un grand basketteur et rester quelqu’un de bien.

« Je suis comme ce gamin qui enquille des paniers seul à minuit, juste pour l’amour du jeu », expliquait-il en 1999 à « Sports Illustrated ». « Le basket a fait tellement pour moi que je n’ai pas envie de gâcher tout ça. Je ne veux pas salir ma passion du jeu en ne pensant plus qu’à l’argent, à la célébrité ou à la hype. »

Aux gens qui estiment qu’il commit une erreur en quittant la fac aussi tôt, il répond calmement.

« Je respecte l’opinion de chacun mais à cet âge-là, les jeunes font souvent ce qui leur plaît le plus dans la vie. Vous ne pouvez pas les blâmer pour ça. Ça ne dérange personne qu’un jeune de 15 ans joue au tennis ou qu’un garçon de 17 passe pro au basket. »

Stu Jackson, le GM de Vancouver, louait déjà l’état d’esprit qui animait le jeune Shareef :

« Vous ne trouverez personne plus humble ni respectueux que lui. Il a beaucoup de respect pour tous ceux qui l’ont précédé. »

Evidemment, ce type de personnage irréprochable, lisse et sans histoires, a de quoi agacer… Suivant les préceptes de sa religion, « Reef » ne fume pas et ne boit pas. Il aime les plaisirs simples (spaghettis, saumon fumé), joue au billard et aux jeux vidéo, va au ciné, collectionne les maillots de basket et écoute Sam Cooke, le plus grand chanteur de soul.

Ennuyeux ou sous-estimé ?

Le site AmIAnnoying.com (Suis-je ennuyeux ?) s’amusa à recenser ce qui rendait Shareef énervant :

– son surnom, « Reef », fait penser à de la marijuana

– il se déclara à la draft après seulement un an en NCAA

– il fut retenu derrière Allen Iverson et Marcus Camby

– il se plaignit du climat à Vancouver

– quand il entendit parler d’un déménagement à Memphis, il snoba les fans

– il fut échangé contre les droits sur Pau Gasol

– il fit partie du deal qui expédia Rasheed Wallace à Atlanta pour un match

Pas de référence à l’absence de playoffs. Et 65.7% des internautes votants jugèrent que « S.A.R. » était effectivement ennuyeux… De leur côté, les lecteurs de « NBA Inside » le désignèrent comme le joueur le plus sous-évalué de la Ligue, en partie à cause du manque d’exposition médiatique dont il souffrait au Canada, dans un mini-market et dans une « expansion team ».

Le cas « S.A.R. » est intéressant parce qu’il remet en question la notion même de franchise player. Abdur-Rahim est le sixième meilleur marqueur de l’histoire des Grizzlies, mais le premier à la moyenne (20.8 pts/m). Il se classe 135e parmi les meilleurs scoreurs NBA (15 028 pts), 148e parmi les meilleurs rebondeurs (6 239 rbds) et 100e (19.02) au PER, le player efficiency rating. Pendant cinq ans, il a incontestablement été le leader technique de Vancouver.

Mais que vaut un franchise player qui ne mène jamais son équipe à plus de 23 victoires ? Jusqu’à quel point la malchance, la faiblesse d’un recrutement, l’incompétence d’une direction ou le peu d’attrait d’un market doivent-ils excuser l’absence de résultats ? S’agit-il de franchise players au rabais ? Un joueur avec de grosses stats qui traverse la Ligue dans une relative indifférence et sans générer un élan de sympathie pour les couleurs qu’il défend peut-il prétendre avoir servi l’image de sa franchise ?

« Abdur-Rahim est le meilleur joueur NBA que vous ne voyez jamais »

« Reef » laissera en fait une image double : impliqué et très respecté dans la communauté, effacé et ignoré au-delà… Dans les colonnes de « Sports Illustrated », Phil Taylor utilisa l’expression résumant le mieux la situation : « Abdur-Rahim est le meilleur joueur NBA que vous ne voyez jamais »

Howard Tsumura, ancien reporter à Vancouver, eut ce commentaire en apprenant la nouvelle de sa retraite :

« Les deux choses dont je me souviendrai concernant Shareef à Vancouver, c’est la taille de son cœur et la profondeur du personnage. C’est la seule star que les Grizzlies purent considérer comme étant née chez eux. Il est facile de voir que de tous les joueurs de l’histoire de la franchise, Shareef est celui à qui l’on demanda de supporter la charge la plus lourde : créer de l’espoir. »

 

« L’histoire retiendra pour toujours que Vancouver fut la franchise la plus rapide à atteindre les 100, 200, 300 défaites. Dans la série de soirées cauchemardesques programmées au General Motors Place, un noyau de fans, petit mais passionné, put toujours apprécier la dignité et l’éthique de travail qui transpiraient d’une équipe personnifiée par celui qu’il appelait « The Future ». En fin de compte, la chose la plus significative que fit Abdur-Rahim à Vancouver fut de répondre aux attentes de fans qui cherchaient désespérément à établir un lien avec les joueurs d’une équipe implantée là, au lieu d’être repoussés. C’est ce que firent tant d’autres qui donnèrent l’impression de vivre leur séjour chez les Grizzlies comme un passage au purgatoire. »

Shareef expliquait lui-même : « J’ai eu de la chance de jouer à Vancouver. Ce fut un honneur et un plaisir de porter ce maillot et d’évoluer devant ce public. »

Désigné « NBA Good guy n°1 » par « Sporting News » en 2004, le champion olympique de Sydney multiplia les œuvres charitables. A Atlanta, il créa la « The Future Foundation » pour venir en aide aux jeunes défavorisés. Après les attentats du 11 septembre 2001, il lança « Rebound America » avec Alonzo Mourning, Gary Payton, Brian Grant et Damon Stoudamire. Chaque joueur s’était engagé à verser de l’argent suivant la catégorie statistique de son choix. Shareef donna 100 dollars pour chaque rebond pris en 2001-02. Cela porta sa contribution à 69 600 $. « Rebound America » en récolta 212 275. Il remit ça avec des joueurs NBA et des joueuses WNBA après le passage de l’ouragan Katrina en Louisiane.

Ses gains en carrière s’élèvent à près de 96 millions de dollars. Ses records sont de 50 points contre Detroit, 22 rebonds contre Golden State, 13 passes contre Houston, 7 interceptions contre New York et 6 contres face à Phoenix. C’est également face à Phoenix qu’il réussit son seul triple-double, le 19 avril 1997 : 26 points, 10 rebonds, 10 passes.

Aujourd’hui, Abdur-Rahim est vice-président de la NBA chargé notamment du calendrier, des règlements mais aussi des relations avec la FIBA. Ancien GM des Reno Bighorns en D-League, après avoir passé plusieurs saisons comme assistant aux Kings, son nom avait circulé cet été du côté du Thunder et des Clippers pour un poste d’assistant GM.

Stats

12 ans

830 matches (704 fois starter)

18.1 pts, 7.5 rbds, 2.5 pds, 1 int, 0.8 ct

47.2% aux tirs, 29.7% à 3 points, 81% aux lancers francs

Palmarès

All-Star : 2002

All-Rookie First team : 1997

Champion olympique : 2000

Basket USA

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