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Mario Elie, le Baiser de la mort

Ardu peut être le chemin qui mène à la consécration. Mario Elie (53 ans ce 26 novembre) dut bourlinguer sur deux continents et écumer les ligues mineures avant d’avoir sa chance en NBA.

Il réussit un shoot de légende – « le Baiser de la mort » – contre les Suns et participa activement au back-to-back des Rockets au milieu des années 90 avant d’apporter son mordant aux premiers Spurs champions de l’histoire.

Mario Antoine Elie est un vrai New-Yorkais, né et élevé sur les playgrounds de Manhattan. Peu de joueurs professionnels auront vécu une histoire aussi belle. Elie parcourut le monde avant de connaître la gloire et la fortune chez les Houston Rockets. Il joua en Argentine, au Portugal et en Irlande, apprit le portugais, l’espagnol et le français, participa à la World Basketball League, à l’US Basketball League et à la CBA – des ligues pros de seconde zone -, passa de courts moments chez les Sixers, les Warriors et les Trail Blazers… Ouf ! En l’espace de deux saisons (1993-94 et 94-95), Elie vient finalement de remporter autant de bagues de champion que Wilt Chamberlain, Bill Walton et Isiah Thomas !

« J’apprécie ce qui m’arrive. Je viens de très loin et rien n’a été facile. Je viens de New York qui est déjà une ville difficile. C’est encore plus vrai dans les quartiers où j’ai grandi, en bordure d’Harlem. Le seul point positif, c’était la qualité du basket new-yorkais. Il transpire dans mon jeu, dans mon style. »

Elie se décrit lui-même comme un pitbull de quartier. Il mesure 1,96 m et pèse 95 kg. Il ressemble à un petit ailier trapu mais dégaine comme un arrière shooteur longiligne. Sa puissance est digne d’un remorqueur. Son gabarit ne correspond à aucune position mais il peut presque jouer à toutes. Mario a franchi l’étape ultime durant les playoffs 1995, après que l’ailier vénézuélien Carl Herrera s’est blessé à l’épaule et que l’arrière Vernon « Mad Max » Maxwell a été écarté de l’équipe. Sous les feux de la rampe pour la première fois de sa carrière, Mario répond avec son cœur d’asphalte et son passé de streetballer. Il tourne à 9.1 points de moyenne et un superbe 43% à 3 points. Pendant les Finales face à Orlando, il explose sa moyenne avec 16.3 points par match, mettant dans l’embarras Dennis Scott et le reste des ailiers du Magic dans le quatrième et dernier match. Neuf tirs réussis sur onze tentés pour un total de 22 points, 4 interceptions, 3 rebonds et 2 passes.

Clyde Drexler ne se trompa pas en embrassant Elie :

« Tu es bien Mister Clutch ! Nous ne serions pas là sans toi. »

« C’est mon style de joueur favori », surenchérit le coach des Rockets, Rudy Tomjanovich.

Dans la légende avec un tir

Mario restera pour toujours dans le livre d’or de la NBA grâce à sa perf à la fin du Game 7 de la demi-finale de Conférence Ouest 1995 face aux Phoenix Suns. Nous sommes dans l’Arizona ce samedi 20 mai. Les Rockets tentent de devenir la cinquième équipe de l’histoire à remporter une série après avoir été menée 3-1. Egalité 110-110 à 7.1 secondes de la fin. Robert Horry, coincé et sans options intéressantes, balance le ballon sur l’aile gauche. Mario Elie le sauve de justesse. Il pense un instant le passer à Hakeem Olajuwon. Il préfère reprendre de bons appuis et tente un tir arc-en-ciel du paradis. Un shoot à 3 points qui achève les Suns. Il ne lui reste plus qu’à embrasser deux doigts et à envoyer une bise pleine d’ironie au banc de Phoenix. Les fans de Houston baptiseront son tir « Kiss of death » (le Baiser de la mort). Victoire finale des Rockets 115-114 synonyme de qualif.

« C’était un véritable test de confiance », explique-t-il. « Je me suis rappelé ce que Rudy Tomjanovich nous dit toujours : « Si vous êtes seuls et en bonne position, tirez ! » Je suis un très bon shooteur à 3 points si vous me laissez le temps d’armer. Je l’avais et le coin est l’un de mes endroits préférés sur le terrain. Dès que le shoot est parti, j’ai su qu’il serait dedans. Depuis, ma confiance est au beau fixe. »

Tomjanovich aime les durs. Il a fait les playoffs avec dix joueurs sur la feuille de match au lieu de douze. Cinq d’entre eux – Mario Elie, Chucky Brown, Zan Tabak, Pete Chilcutt et Charles Jones – ont joué en Europe ou dans des ligues mineures avant d’entamer une nouvelle vie chez les Rockets.

« Quand vous venez de là où viennent la plupart d’entre nous, vous avez l’habitude de ne pas être respecté, de devoir déjouer les pronostics. C’est même notre force », assure Elie.

Mario a appris très jeune à combattre l’adversité. Les ghettos de New York peuvent être formateurs. Il va au même lycée que Kareem Abdul-Jabbar, le Power Memorial. Parmi ses coéquipiers figure Chris Mullin. Un Chris Mullin dont Mario Elie est loin d’égaler la cote. Pour taper dans l’œil des scouts pros, il n’a pas d’autre choix que d’écumer les playgrounds de « Gotham ». Son surnom ? Le « Jedi ». Le week-end, on peut le trouver à Central Park en pleine démo de streetball. Le lycée, c’est du passé. Mullin file à St. John’s University tandis qu’Elie doit se contenter du petit American International College, une fac de Division II à Springfield, Massachusetts. Il y brille en devenant le meilleur marqueur de l’histoire de l’école. Son père disparaît malheureusement à cette époque. Mullin est choisi en septième position de la draft 1985, Mario n’est retenu qu’au septième tour (160e choix) par les Milwaukee Bucks qui le renvoient avant même le début du camp de pré-saison. On est le 25 juillet 1985. Direction l’Europe pour l’arrière-ailier d’origine haïtienne, prénommé Mario en hommage au ténor américain Mario Lanza, le père spirituel des Luciano Pavarotti et autres Placido Domingo.

« L’Europe, j’ai adoré ! Beaucoup de joueurs dans ma situation ne voulaient pas me suivre. Ils ne se voyaient pas dans des patelins si loin de chez eux. L’adaptation ne m’a posé aucun problème. De toute façon, il fallait que je quitte New York. Je n’avais rien à faire, alors je pouvais m’amuser et découvrir le monde. Ce fut l’une des meilleures expériences de ma vie », assure-t-il, tout sourire.

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Un « journey man » devenu triple champion NBA

Quand Mario rentre au pays, il fait connaissance avec le succès en étant champion USBL 1990 chez les Youngstown Pride. Puis c’est la CBA avec les Albany Patroons. Là, il rencontre un autre survivant du basket, le coach George Karl.

« Durant ma deuxième année en CBA, j’ai dit à ma mère : « Si la NBA ne m’ouvre pas ses portes à la fin de la saison, j’arrêterai ». Tout ce que vous entendez sur la CBA est vrai : les voyages en van, les fast food avalés sur le pouce, les avions minuscules avec trois changements dans la journée… Le tout payé au lance-pierres ! George Karl m’a beaucoup aidé. J’ai enfilé mon premier maillot NBA chez les Warriors à la fin de la saison 1990-91. »

Ce n’est pas tout à fait exact. Les Lakers l’engagent le 2 octobre 1990 pour le remercier le 15. Philadelphie lui offre un contrat de 10 jours le 28 décembre, non renouvelé, mais il dispute ses trois premiers matches dans la Ligue avec les Sixers. Rebelote chez les Warriors le 23 février 1991. Début mars, il est engagé jusqu’au terme de la saison. L’histoire est en marche. Une saison complète à Golden State. Une autre à Portland où il signe en tant que free-agent en août 1992, à 28 ans. Douze mois plus tard, il est envoyé chez les Rockets contre un deuxième tour de draft. Sûrement l’un des meilleurs investissements jamais réalisés par Houston. L’inventeur du « Baiser de la mort » admet regarder souvent le fameux panier à la vidéo.

« Sans arrêt ! », lance-t-il en rigolant. « De ce match, je ne regarde que la dernière minute et à chaque fois, je me dis : « Damn ! » Cela me fait du bien. Ce fut un moment vraiment spécial. »

Spécial comme la carrière de celui que le Texas rebaptisa « Super Mario » ou « Junkyard dog ». Elie joue un rôle déterminant dans la réalisation du back-to-back en 1995. Passé starter en Finales contre Orlando, il tourne à 16.3 points et 64.9% aux tirs contre 8.8 points et 49.9% en saison régulière. Ajoutez-y 4.3 rebonds et 3.3 passes. Derrière l’arc, on ne l’arrête plus. Il flingue le Magic en réussissant 7 tirs primés (sur 10 tentés) dans les Matches 3 et 4 et 8 tirs primés (sur 14) sur l’ensemble de la série, soit un pourcentage hallucinant de 57.1.

Mario demeure chez les Rockets jusqu’en 1998. Houston est sweepé par Seattle en 1996 avant de prendre sa revanche au printemps suivant. Associer trois superstars qui ont largement dépassé la trentaine – Olajuwon, Barkley, Drexler – ne paie pas : en finale de Conférence Ouest, John Stockton fait joujou avec le meneur rookie Matt Maloney. En 1998, on reprend les mêmes mais au premier tour. Qualification du Jazz 3-2. A 35 ans, Mario Elie se retrouve free-agent. Il décide de s’engager à San Antonio en janvier 1999. Les Spurs ont deux tours jumelles (David Robinson, Tim Duncan), un petit général (Avery Johnson), un ailier swingman (Sean Elliott) mais il manque une pièce au puzzle. Un joueur porte-bonheur. Un vétéran possédant la culture de la gagne et sachant rameuter les troupes quand c’est nécessaire. A l’annonce de son arrivée, David Robinson ne s’y trompe pas :

« Nous avions besoin d’un élément comme lui. Un aboyeur, un gars un peu dur et méchant avec du caractère. Ce groupe en manquait. »

Durant la saison écourtée par le lock-out, Elie démarre 37 matches sur 47 et rapporte 12.7 points à 47.1%. Son pourcentage derrière l’arc est son meilleur depuis l’année du deuxième titre des Rockets (37.4%, 40/107). Mario pèse beaucoup moins lourd en playoffs (7.9 pts sur 31 mn) mais sa seule présence semble renforcer la confiance d’une équipe qui ne tremblera guère. Meilleur bilan de la Ligue (37-13). Deux matches seulement lâchés sur l’ensemble de la campagne de playoffs, contre les Wolves au premier tour et contre les Knicks en Finales. Le vendredi 25 juin 1999, San Antonio est couronné pour la première fois de son histoire. C’est la troisième bague de « Super Mario » qui porte le même numéro fétiche, le 17, depuis son séjour à Portland.

Un assistant réputé, mais jamais engagé comme coach

Les lendemains de titre sont difficiles avec un Sean Elliott souffrant d’insuffisance rénale et devant mettre sa carrière entre parenthèses. Il sera de retour en mars 2000 après avoir subi une transplantation – une première pour un sportif – mais Tim Duncan est touché au ménisque peu avant le terme de la saison régulière. Privé de son ailier fort à tout faire, le champion sortant va au tapis (3-1 pour Phoenix au premier tour). Les Spurs ne retiennent pas Mario Elie, tombé à 7.5 points en saison régulière comme en playoffs. Il est libre, il a 36 ans, il faut penser à la suite… Pour 1 million de dollars, il s’offre un farewell tour chez le tombeur de San Antonio, Phoenix. La blessure de Penny Hardaway (4 matches) condamne rapidement une formation sérieuse avec des basketteurs intègres (Kidd, Marion, Clifford Robinson, Rodney Rogers, Tony Delk, Tom Gugliotta…). Elimination 3-1 contre Sacramento au premier tour des playoffs.

Le New-Yorkais stoppe les frais. Il rêve de devenir entraîneur. San Antonio le contacte en septembre 2003 pour remplacer Mike Brown, parti à l’époque à Indiana, en tant qu’assistant coach. Gregg Popovich comme mentor ? Idéal pour entamer une deuxième vie sur le banc. Pas pour espérer décrocher un jour le poste de numéro 1… Un an plus tard, on le retrouve chez les Warriors en relais de Mike Montgomery. Après le renvoi de l’ancien coach de Stanford, Golden State remet son sort entre les mains de Don Nelson. Elie s’en va tester l’analyse pré et post-match pour la télé des Rockets. En septembre 2007, l’homme aux 116 matches de postseason accepte d’épauler son ancien complice Avery Johnson dans le staff de Dallas. Le « petit Général » ne survit pas à la démonstration des Hornets au premier tour des playoffs (4-1), un an après l’humiliation infligée par Golden State (4-2). Comme Dwane Casey et Terry Stotts, Elie est invité à se mettre au service de Rick Carlisle. L’expérience durera un an. Il est ensuite engagé par Paul Westphal chez les Kings, puis il retrouve Avery Johnson à Brooklyn. Toujours placé, jamais gagnant, contrairement à son ex-coéquipier des Rockets Scott Brooks qui a obtenu les rênes du Thunder puis des Wizards, Elie passe banc de touche en banc de touche sans qu’aucune franchise ne lui confie le poste de head coach.

Pire, il est aussi victime des changements de coach, et le Magic l’a coupé cet été à l’arrivée de Frank Vogel.

Stats

11 ans

732 matches (395 fois starter)

8.6 pts, 2.8 rbds, 2.6 pds, 0.9 int, 0.2 ct

47.3% aux tirs, 36.5% à 3 pts, 85.4% aux lancers francs

Palmarès
Champion NBA : 1994, 95, 99

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